‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 47 sur 243 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les mœurs des étudiants se ressentaient tout naturellement de l'état des mœurs générales. A l'époque de Davel, la conduite des étudiants était fort répréhensible, à en juger du moins par les reproches que le héros mourant crut devoir adresser du haut de son échafaud aux élèves de l'académie. « Vous vous destinez au saint ministère, leur disait-il. Mais de quelle manière plusieurs d'entre vous se préparent-ils à un emploi de cette importance et qui exige une si grande sainteté? C'est par une vie déréglée et scandaleuse qui prouve qu'ils n'ont aucune vocation pour cela. Vous ne vous appliquez pas d'assez bonne heure au service divin. Vous négligez vos études, pour vous adonner à la débauche, etc. » Il semble qu'au temps de la République helvétique et de l'empire, ces mœurs ne s'étaient point sensiblement améliorées. Elles devaient même recevoir une direction funeste du passage des troupes françaises qui, en se rendant en Italie, traversaient Lausanne et souvent y stationnaient. « Gomment, dit M. Gindroz, nos jeunes élèves auraient-ils pu résister à toutes les séductions des parades, des symphonies militaires, et même de cette conversation vive, animée, franche, spirituelle du soldat français? Pour quelques étudiants ce furent là des distractions fatales ; plusieurs furent même initiés à des mœurs de corps de garde, qui leur étaient demeurées jusque-là fort étrangères. Mais il fallait subir cette mémorable époque, avec ses grandeurs et ses misères *. »

« La légèreté des étudiants, dit à son tour M. L. Burnier*, leur dissipation et, pour trancher le mot, leurs désordres avaient passé en proverbe. Sous le nom de farces d'étudiants, on entendait des actes qui, pour l'ordinaire, étaient plus coupables que plaisants. Du reste, partout où le monde se précipite, les étudiants y affluaient. C'étaient eux qui, dans les cafés, tenaient

1 Histoire de l'instruction publique, etc.; pag. 264. * Notice sur Rochat, pag. 20.

habituellement le billard, eux qui faisaient le tapage au spectacle, et sans eux nul grand bal ne pouvait avoir lieu. » Comme on le conçoit sans trop de peine, « les étudiants n'étaient généralement pas studieux. Ils ne savaient ni l'allemand, ni l'anglais ; le latin tombait en désuétude et la plupart n'étudiaient que le maigre résumé des pauvres leçons qu'ils recevaient. »

Au moment de l'émancipation du pays de Vaud, quelques étudiants embrassèrent avec chaleur les idées révolutionnaires que la propagande française semait à pleines mains dans notre pays; ils s'élancèrent à la tribune populaire, où leur juvénile éloquence leur gagna plus d'un laurier. Toutefois, comme le fait remarquer à cette occasion M. Gindroz, l'élan qui commençait à se montrer dans la jeunesse académique ne fut pas exclusivement politique ; et, dans les premières années du siècle, alors que le mouvement révolutionnaire s'apaisait en France, quelques-uns des étudiants de Lausanne éprouvèrent le contre-coup des tentatives faites de l'autre côté du Jura, pour rendre à la religion sa place dans la vie des peuples. Ils voulurent s'associer aux défenseurs de la foi chrétienne, et c'est alors que se fit entendre cette Voix de la religion au XIXe siècle dont nous avons déjà parlé, de même que d'autres publications semblables et sur lesquelles nous n'avons plus à revenir ici. A mesure que le siècle avance dans sa marche, et que l'on approche du moment où éclatera le réveil, la vie des étudiants en théologie, quoique légère encore, à bien des égards, tend cependant à revêtir le caractère que les convenances, à défaut de motifs plus graves, exigeaient d'elle.

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