‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 48 sur 243 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Caractère religieux du Vaudois. — Sectes mystiques. — Moraves. — Influence des éléments étrangers dans le réveil d'un peuple.

De ce que nous avons vu jusqu'ici, il est, pensons-nous, permis de conclure qu'au point de vue spirituel, la période de notre histoire qui comprend les années 1798 à 1814 fut une période de langueur, d'affaissement, et, pour tout dire en un mot, de sommeil. Les pratiques religieuses que la tradition et l'habitude avaient transmises à nos pères étaient plutôt propres à endormir la conscience, en donnant le change à ses justes exigences morales, qu'à entretenir et à nourrir la piété. Les événements qui se succédaient en Europe avec une si étonnante variété et une si prodigieuse rapidité absorbaient à tel point l'attention publique que les questions religieuses ne se présentaient pas, ou, du moins, ne réveillaient qu'un bien

faible écho. Le temps n'était pas venu où ces questions revendiqueraient leur place légitime ; où, par moment même, elles primeraient toutes les autres questions et agiteraient profondément les esprits. La crise ecclésiastique et religieuse qui avait caractérisé les premières années de l'émancipation, une fois traversée, notre pays était arrivé à un état de calme bien éloigné de cette paix dans laquelle l'âme se repose dans la plénitude des convictions fortes et des vivantes espérances.

L'ordre était rétabli dans l'église ; les relations du pouvoir civil avec le clergé étaient nettement déterminées, les rouages fonctionnaient régulièrement. Sous la haute surveillance et la direction de l'autorité séculière, l'église étendait sur le pays tout entier le réseau de ses institutions. Un respect traditionnel pour la religion, respect que les secousses des années précédentes n'avaient pas réussi à déraciner complètement, se confondait, pour beaucoup^ avec la piété elle-même. Gela suffisait pour faire croire qu'il ne lui manquait rien, à un peuple que les intérêts de la religion et de l'église n'avaient jamais profondément remué.

A la vérité, de ce qu'il y avait sommeil, il serait faux de conclure qu'il n'y avait plus trace de piété sincère et de vie religieuse au milieu de nous. Ce que nous avons dit sur ce point dans notre premier livre s'élèverait ici en témoignage contre nous. Il ne serait pas même nécessaire d'invoquer le fait que le Seigneur connaît ceux qui sont siens, pour affirmer que le peuple de Dieu avait continué à avoir ses représentants dans notre pays; représentants clair-semés, obscurs pour la plupart et dont les noms ne passeront qu'en bien petit nombre à la postérité, mais enfin représentants de la fidélité de Dieu et igages vivants d'un meilleur avenir.

Il n'est pas dans le caractère du Vaudois d'aimer les manifestations bruyantes en fait de piété et de religion. La réserve, qui est un trait de ce caractère, quelque chose de timide, de gauche

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