CHAPITRE I
gieuse que nous venons de mentionner n'ont, à nos yeux, qu'une importance très limitée. Les mystiques de l'un ou de l'autre type n'avaient rien de l'ardeur habituelle du prosélytisme sectaire. Ils se cachaient bien plus qu'ils ne se montraient ; ils se complaisaient dans leur petite vie intérieure, dans leurs relations naturellement d'autant plus intimes et personnelles qu'ils étaient moins nombreux. Ils ne tenaient pas à attirer sur eux l'attention d'un monde qu'ils estimaient incapable de les comprendre et de sympathiser avec eux. Les moraves auraient été dans une situation plus favorable pour exercer quelque bonne et sérieuse influence autour d'eux, et en réalité, ils n'ont pas été sans faire du bien. Dans plusieurs localités le réveil a commencé, si ce n'est par eux, du moins par des personnes en relation avec eux et subissant plus ou moins leur influence. Toutefois les moraves, eux aussi, ont, dans leur piété, quelque chose d'intime qui leur suffit, et s'ils accueillent toujours fraternellement les âmes qui veulent se réjouir à leur lumière, ils ne sont cependant pas animés de ce besoin de propagande qui pousse à l'activité extérieure étendue et profonde *. Le bien-être moral, la satisfaction spirituelle qu'ils trouvent dans ce que nous pourrions appeler en parlant de leur société leur intérieur de famille, les retiennent loin des agitations et des luttes que provoque tout réveil un peu général. Nous croyons donc fermement que , si aucun autre élément que ceux que nous venons de mentionner n'était venu se mêler à la vie religieuse de notre peuple , le réveil ne se serait jamais produit parmi nous. Il aurait toujours manqué ce levain qui fait lever la pâte ; un souffle puissant ne se serait pas fait sentir et n'aurait pas gonflé les voiles d'un navire que le calme plat eût laissé enchaîné sans mouvement à la rive.
dener, et M. de Sainte-Beuve a consacré à cette femme célèbre deux de ses spirituelles études littéraires. [Portraits de femmes et Derniers portraits.)
1 11 va sans dire qu'il n'est pas question ici de l'activité que les frères moraves déploient dans leurs missions chez les païens.
Nous ne devons pas méconnaître l'influence que des éléments étrangers peuvent exercer sur la vie religieuse d'un peuple. L'histoire de l'établissement du christianisme est là pour nous instruire sur ce point. Le salut venant des juifs, apporté par des juifs, aux grecs et aux latins, a démontré l'impuissance du génie naturel des peuples les plus civilisés et de la raison humaine en général pour arriver à la découverte de la vérité absolue. Voilà bien l'élément étranger, l'influence étrangère évidente et indispensable. Mais qu'un peuple devenu chrétien soit tombé dans un état de langueur spirituelle , de sommeil religieux, nous disons alors que l'élément étranger tout seul ne suffira pas pour le réveiller. C'est en lui-même : c'est dans son propre fond que ce peuple doit retrouver cette vie qui semble disparue et éteinte. Le réveil d'un peuple, pour être réel, profond, durable, doit être conforme au génie national de ce peuple, à ce que nous pourrions appeler sa ligne spirituelle. Il en est de ceci comme d'nn fleuve qui peut, sans inconvénient, grossir jusqu'à remplir tout son lit, mais qui ne déborde jamais sans laisser des traces funestes de son passage. Dans un réveil religieux, tout ce qui est étranger au génie national et aux traits généraux du caractère d'un peuple n'amène aucun résultat permanent ou ne produit que des effets fâcheux et regrettables. Il faudra donc que le fleuve rentre, un jour ou l'autre, dans son lit, pour qu'il ait toute son utilité Ce qui est conforme à l'esprit national sera conservé : ce qui lui est étranger sera rejeté peu à peu. Laissant donc de côté des influences trop peu sensibles ou trop peu étendues pour qu'il soit indispensable d'en tenir compte dans une histoire comme celle-ci, appliquons-nous plutôt à rechercher, dans le sein même de l'église du pays, les préparations au réveil.