‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 51 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Présence dans le pays d'éléments favorables à un réveil. — Le doyen Curtat. — Sa prédication. — Ses leçons aux proposants. — L'enseignement théologique à cette époque.

Le mouvement religieux, dans le canton de Vaud, a le droit d'envisager le doyen Curtat comme son premier et l'un de ses plus puissants promoteurs, mais par une inconséquence que n'explique que trop la faiblesse humaine, ce mouvement n'a pas non plus compté de détracteur et d'adversaire plus prononcé et plus ardent. La suite de cette histoire ne le démontrera que trop.

C'est au commencement de ce siècle que L.-A. Curtat (né en 1759, mort en 4832) fut appelé à Lausanne en qualité de pasteur. Cet appel était venu le chercher à Berne, où il desservait la paroisse française. Le long séjour qu'il avait fait dans cette ville et les relations qu'il y avait formées, comme aussi la considération que son caractère et ses talents inspiraient déjà, firent que M. Curtat y fut envoyé en 1805, avec M. Bugnion, pour s'opposer aux exigences des catholiques de Lausanne. Ceux-ci prétendaient pouvoir continuer à célébrer, dans le chœur de notre cathédrale, un culte qui n'avait été autorisé que momentanément, et à cause du séjour accidentel dans notre chef-lieu du gouvernement helvétique. La mission de M. Curtat et de son collègue eut un plein succès.

Le pasteur Curtat, qui fut appelé fréquemment à présider la classe de Lausanne et Vevey et qui, dès lors, vit le titre de doyen s'attacher indissolublement à son nom, se fit remarquer d'abord comme orateur sacré. Dans un temps que ne signalait encore

aucune préoccupation religieuse et où l'on était fort éloigné de prévoir le mouvement qui éclaterait quelques années plus tard, la prédication de M. Gurtat se distinguait particulièrement par les éléments positifs qu'elle renfermait et par ses caractères de chaleur et de vie. La puissance de cette prédication a été hautement et unanimement reconnue par tous ceux qui, depuis, ont entrepris d'en donner une idée quelque peu fidèle et de la faire apprécier avec quelque exactitude. C'est donc à ces témoignages authentiques que nous devons renvoyer nos lecteurs, après les avoir nous-même étudiés avec le soin qu'ils méritent.

M. L. Burnier, dans sa Notice sur Aug. Rochat, parle de l'éloquence sans art apparent, mais tonte pleine de ressources du doyen Curtat, de son inépuisable richesse d'idées et de faits, de son élocution facile et poétique, bien que toute vaudoise dans son accent, de cette abondance qui semblait improvisée et qui, toutefois, était le fruit d'une méditation profonde, d'un travail écrit en quelque sorte dans la tête! Réagissant contre les tendances de l'époque, M. Curtat insistait surtout sur la misère de l'homme, la divinité de Jésus-Christ et l'entière inspiration de l'Ecriture. Il était très explicite sur le non-mérite des œuvres, sur la nécessité de la foi, sur l'éternité des rétributions finales ; il professait hautement le dogme de la prédestination. Il donnait une grande place à la prière dans la vie du chrétien et un grand prix à la connaissance des Saintes Ecritures.

« Quant à sa prédication, dit à son tour M. Bauly1, il faut l'avoir entendue pour comprendre l'impression qu'en ont gardée ceux qui ont eu cet avantage. Etait-ce la puissance de son organe qui le recommandait? non, car sa voix était faible et creuse,... la pureté de son accent et de sa prononciation? nullement, puisqu'il affectait même des locutions incorrectes, et jusqu'à des fautes de prononciation,... un style recher-

1 Dans les beaux articles qu'il a consacrés à la mémoire du doyen Curtat dans le Chrétien évangélique de 1865.

Page 1