‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 52 sur 243 · CHAPITRE II. SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. SI

ché?... jamais homme ne fut plus éloigné même de ce qui peut y ressembler,... qu'était-ce donc? quelque chose qui partait du cœur et qui y allait, sans être le moins du monde du sentimentalisme; l'art de tirer d'un texte des idées tellement justes, nombreuses et variées que l'on demeurait confondu de tant de richesse. 11 y avait dans le tour de sa pensée quelque chose de si neuf, de si individuel, que force était d'écouter et de se souvenir. Tel sermon de M. Curtat était un événement. On en parlait, non pour répéter l'éloge banal : qu'il prêche bien! mais pour repasser point par point ce dont on avait été le plus frappé. »

Un de ses anciens disciples, le vénérable pasteur L. Germond, père, nous disait un jour à nous-même : Comme prédicateur, Curtat avait une grande éloquence; point ou peu de gestes, point de cris, point de bruit, du calme ; mais on sentait qu'il y avait là de l'àme, un tremblement intérieur qui se manifestait aussi quelquefois par un tremblement de la main. Sa prédication était aussi fort bien ordonnée, coulante, s'enchaînant dans toutes ses parties ; elle avait du mouvement. Le doyen, court de taille, marchant à petits pas dans les rues, la tête penchée sur sa poitrine, avec un air de préoccupation, entrait dans le temple et montait en chaire lentement, d'un air fatigué. Une fois assis, il paraissait ne penser qu'à ce qu'il allait dire. En se levant, il ne regardait point de côté et d'autre vers son auditoire, il lisait solennellement les prières et, bien que n'ayant pas la voix forte, il prononçait très distinctement et tout le monde était suspendu à ses lèvres.. Ses prédications, qui s'adressaient moins au cœur qu'à la conscience, étaient très courues. Sa physionomie parlait, nous disait encore un autre de ses auditeurs, et on était forcé de l'entendre. Tandis que ses collègues répétaient souvent les mêmes sermons, Curtat était toujours neuf, préparant soigneusement ce qu'il voulait dire.

MOUVEM. RELIG. i.

Les renseignements que nous possédons sur le doyen Curtat nous ont été, pour la plupart, communiqués directement par des disciples et des auditeurs immédiats de cet homme aussi remarquable que difficile à caractériser et à comprendre. Or, sur tous les points essentiels, ces divers renseignements concordent entièrement. Si, d'un côté, ils relèvent à l'envi ce qu'il y avait de positif, d'évangélique dans la doctrine et dans la prédication du doyen, ils s'accordent également à reconnaître qu'il y avait là des lacunes et des faiblesses qui n'étaient que trop générales dans la doctrine et dans la prédication des pasteurs vaudois avant le réveil. « Curtat connaissait et prêchait le vieil homme, plus et mieux que l'homme nouveau ; Christ pour nous plus que Christ en nous ; les appels du Saint-Esprit plus que son action constante dans l'âme du pécheur régénéré 1 ; les promesses du salut à ceux qui meurent dans la foi, plus que celles d'une bonne vie et d'une bonne mort à ceux qui croient2. » Si le doyen prêchait avec force et insistance les dogmes que nous avons énumérés plus haut, ce n'étaient pourtant encore là que les dogmes laissés debout par le semi-pélagianisme.

Ce qui manquait essentiellement à sa doctrine, c'était une vue claire sur l'œuvre du Saint-Esprit, l'appropriation personnelle du salut, l'assurance du salut. Dans sa pensée, le Saint- Esprit agissait en tous; tous étaient considérés par lui, bien qu'à des titres divers, comme chrétiens. Il insistait fortement sur la rédemption, mais il la considérait essentiellement dans son fait objectif. On a vivement reproché à M. Curtat de n'avoir pas été plus loin, mais il aurait été juste, semble-t-il, de lui tenir

1 Cette dernière doctrine était, chez lui, vague et faible. * L. Burnier. Notice sur A. Hochai, pag. 27.

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