‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 53 sur 243 · CHAPITRE Et · texte numérisé non relu

CHAPITRE Et

compte du fait qu'il avait agi dans la mesure des lumières qui lui avaient été départies. Les inconséquences que l'on signale chez lui tenaient sans doute aux lacunes de sa théologie ellemême. C'est ainsi, par exemple, que tout en ayant soin de prémunir les étudiants contre la théologie relâchée d'Osterwald1, il n'était pas lui-même si absolument affranchi de l'osterwaldisme que sa théologie n'en portât fortement l'empreinte. C'est ainsi encore qu'il recommandait chaudement la lecture de Calvin : « Messieurs, lisez Calvin ! » disait-il aux proposants qu'il réunissait chez lui ; mais lorsque ces derniers se rendaient à cette invitation, ils étaient fort étonnés de rencontrer dans Calvin bien des choses que M. Curtat n'enseignait pas ; une orthodoxie d'une autre espèce. Aussi lorsque ces jeunes hommes, devenus ministres, se mirent à prêcher plus nettement la chute de l'homme, son état de perdition, la grâce et la sanctification, M. Curtat trouva qu'ils allaient trop loin, qu'ils tombaient dans l'exagération.

Si l'on rapproche et si l'on compare ces divers témoignages, si l'on tient compte des lacunes et des obscurités que nous venons de signaler, on comprendra, sans doute, pourquoi la prédication du doyen Curtat, cette prédication si éloquente, si émouvante, si propre, semble-t-il, à produire de grands effets, n'a cependant pas tenu toutes ses promesses et n'a pas donné tout ce qu'on aurait été autorisé à attendre d'elle. Elle répandait des vérités ; elle prédisposait les cœurs ; elle remuait, et si elle n'était pas en état de produire un réveil, elle le préparait du moins. Ce qu'il aurait fallu pour amener ce réveil était précisément ce qui manquait à cette prédication ou plutôt à cette doctrine. Il n'en est pas moins vrai que M. Curtat a, pour sa part, puissamment contribué à rendre possible un développement religieux plus accentué et plus complet. Mais c'est par l'enseignement libre qu'il donnait aux étudiants en théologie,

1 Dont les Réflexions donnent bien l'idée du niveau dogmatique de l'époque.

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plus encore que par son action comme prédicateur,, qu'il a accompli ce travail de préparation.

Sa charge de premier pasteur de Lausanne assurait à M. Gurtat le droit de siéger à l'académie. Il entrait ainsi en relation avec les proposants et les candidats au saint ministère; il pouvait les suivre dans leurs études et il était, par conséquent, en mesure déjuger de l'enseignement que ces jeunes hommes recevaient de leurs professeurs. M. Curtat ne dut pas tarder à reconnaître que cet enseignement laissait beaucoup à désirer1, et, mû du désir pieux de combler des vides qu'il pouvait d'autant mieux constater que son fils Anthony venait d'entrer en théologie, il ouvrit sa maison à quelques-uns des amis et des condisciples de ce dernier. Ces entretiens ou conférences ont joué un rôle considérable dans le travail qui a préparé le réveil. C'est du cabinet du doyen Curtat que sont sorties, les unes après les autres, plusieurs générations de jeunes ministres qui n'attendaient, semble-t-il, que d'être touchés aux lèvres par le charbon ardent pris sur l'autel, pour devenir d'éloquents et courageux interprètes de la doctrine chrétienne. Ils recevaient ainsi d'un maître

1 Les lacunes de l'enseignement théologique que recevaient les étudiants de l'académie de Lausanne devaient être bien sensibles, puisqu'en 1816, la classe d'Yverdon fit parvenir au conseil d'état une adresse rédigée par le pasteur Gautheron, dans le but de demander que les examens théologiques des proposants fussent entièrement remis aux soins d'ecclésiastiques seuls. Son but était d'assurer ainsi à l'église vaudoise un clergé plus sérieux et digne de confiance.

2 C'est avec une profonde émotion que nous avons visité ce lieu consacré par de si beaux souvenirs. Le cabinet du doyen Curtat, dépendant de l'ancienne cure de ta Cité (Cité-derrière 17), n'avait pas d'issue sur le jardin. C'est par sa fenêtre que M. Curtat était obligé de passer quand il voulait se promener, sans faire un détour par la maison. Ce cabinet, qui aurait dû être conservé avec un soin pieux, tombe en ruines et sera démoli.

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