‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 55 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mal ; témoin ce jour où un étudiant ayant avancé que la conscience du chrétien était en paix, le doyen s'emporta en disant : « Ce pauvre ami R. qui va nous dire que le chrétien n'a point de conscience ! » On ne put le faire revenir de cette impression aussi pénible que mal fondée.

Quoi qu'il en soit des petites préventions du doyen Gurtat et des lacunes de sa théologie, il n'en est pas moins certain que ses entretiens apportaient lumière et vie à ses auditeurs. « Ce fut surtout par son homilétique, dit M. L. Burnier, que M. Curtat rendit de vrais services aux étudiants. Souvent il leur répéta qu'ils seraient toujours plus riches de leur texte que de leur tête, et qu'heureusement ils étaient appelés à prêcher, non pas leurs propres idées, mais ce que dit Dieu dans sa Parole. Son exégèse pouvait n'être pas constamment juste, mais elle était constamment respectueuse. Il voulait que le prédicateur commençât par déterminer avec netteté le sens de l'Ecriture, et il entendait qu'une fois ce sens fixé, l'on ne se perdît pas en vaines déclamations, mais qu'on cherchât purement et simplement à le faire pénétrer tel quel dans l'esprit des auditeurs1. 11 voulait aussi que le ministre de la Parole ne manquât pas de s'appliquer à lui-même cette Parole, et qu'ainsi il parlât en homme convaincu, non- seulement de la vérité de l'Evangile, mais encore de l'intérêt actuel qu'y ont toutes les âmes et la sienne avant tout2. »

L'influence exercée par M. Curtat sur les étudiants en théologie fut positive. Il ne saurait être permis d'en douter. Dans le cabinet où il les recevait et où il leur donnait de si sérieuses leçons, on vit passer ensemble ou successivement des hommes qui,

4 11 insistait auprès des étudiants pour que, dans leurs prédications, ils s'attachassent à ce qu'il appelait l'emphase du texte ou le nominatif, c'est-à-dire, non pas l'idée-mère du verset, mais le mot sur lequel il fallait mettre l'accent. « Sans cela, leur disait-il, vous ne ferez que répéter toujours les mêmes choses. »

* L. Burnier. Notice, etc., pag. 28.

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les uns plus tôt, les autres plus tard, se trouvèrent mêlés au mouvement religieux connu sous le nom de Réveil. Là se rencontrèrent les Auguste Rochat, les Henri Juvet, les Lardon, les C. Dapples, lesDupraz, les L. Germond, les Samuel Thomas et tant d'autres dont les noms se lient étroitement à notre histoire religieuse contemporaine.

Il est à regretter que l'on n'ait pas conservé tout au moins un choix des sermons du doyen Curtat. L'étude que nous en pourrions faire à cette heure nous permettrait d'apprécier avec plus d'exactitude encore la manière dont le prédicateur présentait la doctrine chrétienne et l'appliquait à l'auditoire qu'il avait sous les yeux. Il existe quelques rares exemplaires manuscrits d'un sermon qui fit grand bruit dans le temps où il fut prêché, et qui produisit le plus grand effet sur l'esprit des jeunes candidats au ministère, à l'intention desquels il fut prononcé.

En juillet 1812, le fils aîné de M. Curtat recevait, avec cinq de ses condisciples, l'imposition des mains. Le doyen, chargé du service de consécration, y mit tout son cœur et tout son talent. Il prêcha sur ce texte, si propre à émouvoir profondément les nouveaux ministres: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu1 ? On raconte que trois pasteurs étrangers, qui se trouvaient mêlés à la foule des auditeurs, ne furent d'abord surpris que du peu d'extérieur du prédicateur, mais que, au bout d'un moment, ils se regardèrent entre eux tout saisis et les yeux baignés de larmes 2.

On possède du doyen Curtat une prédication imprimée, est-il

1 Nous avons déjà donné un court extrait de ce sermon ; on en trouvera un plus considérable à la fin de ce chapitre, pag. 92-96. 4 Banty : Chrétien évangélique. 1865.

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