‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 56 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dit sur le titre, aux frais de l'état; c'est le sermon prêché dans l'église de Lausanne en octobre 181 7. Il a pour texte, Luc XVI, 10. Celui qui est fidèle dans les petites choses, etc. Comme on le voit, le sujet en est bien, ainsi qu'on a cru pouvoir le formuler plus tard les fautes légères et leurs conséquences souvent terribles. Ce sermon avait été prêché à l'occasion de deux criminels exécutés, à cette époque, à Lausanne. Ceci se passait plusieurs années avant l'apparition des fameuses brochures dont nous aurons dans la suite à parler longuement. Le besoin de défendre une cause qu'il avait embrassée avec une chaleur trop empreinte de partialité, n'avait pas encore amené le doyen à se faire d'étranges illusions sur l'état religieux du peuple vaudois et à tracer de cet état un tableau qui n'avait que le tort grave d'être inexact. Aussi, dans le sermon de 1817, le prédicateur avouait-il que le peuple vaudois, « malgré ses sentiments de vertu, ne laissait pas que de négliger un grand nombre de ses devoirs 1 î » Du reste, les caractères distinctifs de la théologie et de la morale théologique de M. Curtat se retrouvent ici. Le Saint-Esprit n'y apparaît point comme la source et l'instrument de la sanctification ; l'orateur fait de singulières distinctions entre la vertu et la piété, par exemple ; et la morale de ce discours, bien qu'élevée, est cependant encore trop mélangée de semi-pélagianisme. A côté d'excellentes choses, il en renferme donc de bien faibles; conséquence inévitable de vues plus ou moins obscures sur des points importants de la doctrine et de la morale chrétiennes.

Notre intention n'étant pas d'écrire ici une Vie du doyen Curtat, mais bien d'apprécier la part que, par le moyen de son action

Il y avait déjà des aveux semblables dans le sermon de 1812.

sur l'église vaudoise en général et sur les étudiants en théologie, en particulier, il a eue dans le réveil, nous croyons pouvoir négliger beaucoup de détails et de faits intéressants dont le récit ne concourrait pas directement à notre but. Les pages qui précèdent suffisent cependant pour démontrer que cette part a été grande et réelle, et que le caractère propre de cette action a été celui d'une préparation et d'une impulsion. Seul, entre ses collègues, M. Gurtat a eu une influence appréciable sur ses contemporains. En effet, ni le doyen Ricou, vieillard à la belle et noble figure, et dont la prédication un peu familière était relevée par une voix sonore et un débit plein de feu, mais qui ne présentait à ses auditeurs guère autre chose que la petite morale osterwaldienne1 , ni le pasteur Secrelan, franc, mais un peu rude, et qui exposait une doctrine, plus avancée, dit-on, qu'on ne serait tenté de le croire de nos jours2, ni M. Chavannes- Porta, homme excellent et qui a pu mériter le beau témoignage d'avoir été un vrai Nathana'êl, un Israélite sans fraude, mais qui ne comprenait pas toujours son époque, ne sauraient être mis en parallèle avec M. Curtat. Et, si l'on considère uniquement l'influence qu'il a exercée sur les étudiants, il est certain que le doyen n'a point eu de rivaux. On sait combien, à cette époque, l'enseignement théologique était faible dans notre académie. M. Levade, qui avait été précédé dans sa chaire de dogmatique par M. Pichard , homme savant mais qui professa très peu d'années, ne s'élevait pas au-dessus de la médiocrité. Son

1 On raconte que, lorsque ce pasteur soutenait quelque idée opposée à celle de M. Curtat, celui-ci l'arrêtait par ces mots qui mettaient fin au débat: « Comment, frère Ricou, vous qui avez tant de bon sens! »

* C'est ce même pasteur Secretan, si nous sommes bien informé, qui, dans une réunion tenue à Rolle, vers 1810, entre pasteurs genevois et vaudois, parla vivement aux premiers en leur déclarant ouvertement qu'ils étaient déchus de la foi. Ce discours fit grande sensation et on le comprendra sans peine. C'était un terrible homme, nous disait un de ses anciens collègues, en nous racontant une anecdote trop familière pour trouver place ici.

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