CHAPITRE II
enseignement, pauvre et froid , laissait beaucoup à désirer. Il est vrai qu'il avait été nommé professeur à une époque où l'on ne devait pas être trop difficile lorsqu'il s'agissait de pourvoir de titulaires les chaires théologiques1. L'excellent Durand* enseignait une morale douce, faible, sans nerf, collection de recettes sans principes fermes, puisés au cœur de l'Evangile \ La faiblesse de ses cours pouvait s'expliquer en partie par la nécessité où il se trouvait de les mettre à la portée des étudiants français dont plusieurs arrivaient à Lausanne sans même savoir lire et dont les études ne duraient pas plus de deux ans. Le professeur d'hébreu, Louis Bridel, s'était occupé de Pindare plus que de théologie. Il était plein d'esprit, mais il lui arrivait assez souvent de dire des légèretés et de provoquer, par son étrange exégèse, les murmures et les protestations de ses étudiants eux-mêmes4.
Le professeur Leresche, que nous avons vu, en 1845, donner un des premiers l'exemple de la fidélité chrétienne, après avoirpartage l'erreur générale relativement à la loi du 20 mai 4824, le professeur Leresche, disons-nous, enseignait alors l'éloquence sacrée. C'était un homme pratique, serviteur de la logique, clair et précis dans son enseignement, d'un esprit fin et plein d'instruction. A certains égards, il exerça une bonne influence sur
1 La date de l'entrée de Levade dans le professorat est du 80 juin 1810. - Voir plus haut : Livre I.
3 L. Burnier. Notice sur A. Rochal.
4 Voici un exemple de cette exégèse. Il s'agissait d'expliquer pourquoi l'agneau de Pâques était mangé avec des herbes amères. Bridel citait les opinions de tels et tels commentateurs, puis il continuait : « Je ne sais pas trop pourquoi on cherche bien loin une explication. On ajoutait des herbes amères à la viande des agneaux afin de donner du goût à celle-ci, comme de nos jours on mange le mouton avec de la sauce !! » Bridel ne voyait pas la nécessité de l'inspiration de St. Marc parce qu'il avait simplement abrégé St. Matthieu. Un étudiant le pria un jour de leur indiquer les endroits non inspirés des Ecritures afin de les effacer et d'avoir ainsi une Bible authentique. Dans son explication du Nouveau Testament, le professeur ne présentait que des remarques philologiques.
les étudiants , mais il ne s'élevait point très haut dans les conseils qu'il leur donnait et il traversait, lui aussi, une période d'obscurité et de tâtonnements.
Le réveil religieux, dans le canton de Vaud, s'est grandement ressenti des lacunes de l'enseignement théologique des vingt premières années du siècle, et il était impossible qu'il ne s'en ressentît pas ! S'il a commis des fautes, s'il est tombé dans des erreurs qu'il est plus facile, à l'heure qu'il est, de signaler et de condamner qu'il ne l'était, dans le temps, de prévenir et d'éviter, qui dira jusqu'à quel point une solide exégèse, une dogmatique rigoureusement et complètement biblique, une prudence pastorale élevée et tout empreinte de la saveur évangélique, n'auraient pas été le moyen dont Dieu se serait servi pour aplanir la pente, selon l'heureuse expression de Vinet? La base scientifique n'était malheureusement pas assez solide ni assez large. On l'a bien vu plus tard, lorsque le terrain s'est affaissé en plusieurs endroits et que telles parties de l'édifice, élevé à grands frais, ont été ébranlées si ce n'est renversées.
EXTRAIT DU SERMON DE M. CURTAT SUR JEAN XXI, 15-17. (Voir page 88.)
Pourquoi notre Sauveur, s'eutretenant avec St. Pierre avant de monter au ciel, lui <iemande-t-il par trois fois : « M'aimes-tu? » Pourquoi, dans un moment où il avait à lui donner encore de si nombreuses instructions, répond -il aux témoignages de son attachement, en lui répétant trois fois les mêmes paroles : « Pais mes brebis, pais mes agneaux ? » A ces questions réitérées, à cet entretien si tendre on voit que Jésus voulait graver dans l'âme de St. Pierre quelque importante vérité; on voit qu'il voulait lui faire sentir combien l'amour qu'il exige de ses disciples est indispensable dans le ministère qu'il leur confie, et qu'il faut absolument l'aimer pour paître ses brebis. Ce n'est pas, chrétiens, que nous ne devions tous l'aimer de même. Ah ! que la grâce et la paix soient avec tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus en pureté, et qui, l'ayant connu, ne sont point insensibles aux bienfaits qu'il vint apporter sur la terre ! ce n'est pas que ce sentiment ne nous soit nécessaire à tous pour travailler au bonheur de ceux dont la Providence nous environne, ou qu'elle unit à notre sort; mais il est certain que l'amour du Seigneur est encore plus nécessaire à ses ministres.
Nous nous adressons donc plus particulièrement à vous, qui vous proposez d'entrer aujourd'hui dans une vocation si sainte. Nous ne vous en rappellerons ni les