CHAPITRE II
devoirs ni la grandeur ; mais nous voudrions vous faire connaître le grand ressort du ministère évangélique et vous en dévoiler le dernier secret; c'est d'aimer le Seigneur Jésus, plus vivement, s'il est possible, qu'aucun de ceux qui lui appartiennent ; et vous en sentirez la nécessité, 1° soit que vous remontiez à la première institution du saint ministère que Jésus établit dans notre texte, 2° soit que vous regardiez aux fonctions dont il vous charge, 3° soit que vous envisagiez l'état du troupeau luimême, ou les circonstances actuelles de l'église de Jésus-Christ.
0 vous, que l'on ne peut voir dans ce temple sans être ému jusqu'au fond du cœur quand on pense au motif qui vous y amène ; ô vous ! que nous appelâmes longtemps nos élèves et nos enfants au Seigneur, et qui devenez maintenant nos compagnons d'œuvre et nos frères, écoutez avec un recueillement religieux non pas nos paroles, qui ne sont que le langage de l'homme mortel, mais la parole que votre Sauveur vous adresse en la personne de St. Pierre. Oh ! puissiez-vous vous en souvenir aussi longtemps que vous serez à son divin service! Puissiez-vous, dans tout le cours de votre ministère, vous répéter souvent cette question : « Simon, fils deJonas, m'aimestu?» Puissiez-vous, dans toutes les époques de votre vie, et au moment imprévu où votre maître vous rappellera, lui répondre avec la même confiance que son apôtre : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. » Amen.
Si nous avons insisté sur la nécessité d'être animés de l'amour du Seigneur Jésus- Christ, c'est non-seulement parce qu'il est le point fondamental du ministère évangélique, mais aussi par une raison bien pénible à rappeler, savoir, que cette disposition est assez rare, et que les ministres du Christ sont exposés au danger éminent de ne pas aimer leur maître autant qu'ils le devraient, ou de tomber dans un défaut de sensibilité religieuse par une suite même de leur vocation. Car remarquez bien ceci : Lorsque d'autres personnes fidèles ou infidèles, lisent ou entendent la parole, ils la lisent et l'entendent comme une parole qui vient à eux, qui descend dans leur cœur, et qui peut le pénétrer comme une épée à deux tranchants. Ainsi cet officier de la reine d'Ethiopie traversant la Judée de Jérusalem à Gaza, lisait sur son chariot cet oracle d'Esaïe le prophète : « 11 a été mené comme une brebis à la boucherie, comme un agneau muet devant celui qui le tond; il n'a point ouvert la bouche; sa vie a été retirée de la fosse, et qui racontera sa durée ? » Frappé de ces paroles dès qu'elles lui furent expliquées par l'apôtre Philippe, il s'écria : « Je crois de tout mon cœur que Jésus est le Fils de Dieu. » Mais un ministre peut lire et prêcher plusieurs fois ces mêmes paroles sans en être extrêmement frappé, parce que les vérités évangéliques se présentent à nous comme des choses que nous sommes appelés à répandre hors de nous et à communiquer aux autres pour remplir notre vocation. Ce sont de longues études où notre esprit se familiarise avec ce style habituel de religion, ce sont des discours qu'il faut composer avec d'autant plus de peine, que les auditeurs sont devenus plus délicats à mesure qu'ils sont devenus moins religieux; c'est une mémoire qu'il faut remplir sans cesse pour l'épuiser comme un vase et la renouveler encore; ce sont des fonctions impérieusement commandées par les jours et par les heures. En sorte que cette bonne parole de Dieu, ces passages admirables qui tou-
chent les cœurs des autres, ne sont le plus souvent pour nous que le matériel d'un ouvrage mécanique et un sujet de travail extérieur, sur lequel nous devons nous exercer comme l'artisan étend le fer au marteau et travaille le bois ou la pierre. C'est donc ici la tentation la plus dangereuse pour les ministres, cette espèce d'indifférence qui est comme le résultat nécessaire de l'habitude ou d'un travail forcé. C'est pourquoi je finirai par vous indiquer les principaux moyens que notre Seigneur rappelle à St. Pierre pour exciter, pour entretenir le feu de son amour. Le premier est de vous appliquer d'abord toutes les vérités de l'Evangile, de composer, de prêcher pour vous avant de penser aux autres. C'est ce que Jésus rappelle à son faible disciple en Lui disant trois fois : « M'aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? » Voulait-il lui donner une prééminence d'amour sur ses apôtres? Non sans doute; mais il a voulu lui rappeler sa chute humiliante répétée jusqu'à trois fois, et que si elle lui était pardonnée, il devnit payer ce pardon par un attachement proportionné à cette grâce. C'est là ce qu'il disait à un autre Simon. « Vois-tu cette femme, elle a beaucoup aimé, parce qu'il lui a été beaucoup pardonné. » De même souvenez-vous de toutes les fautes que vous avez commises, car qui n'a pas commis de fautes et peut-être de graves péchés? souvenez-vous que Jésus vous les pardonne et qu'il est votre Rédempteur; dites comme St. Paul: « C'est une vérité certaine et digne d'être entièrement reçue que Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier ; car je ne suis pas même digne d'être apôtre, mais le Seigneur m'a fait miséricorde afin de montrer en moi le premier toute sa clémence. » C'est ainsi que vous vous accoutumerez à l'aimer comme le Seigneur de vos âmes et que vous pourrez dignement paître ses brebis.
Hâtez-vous d'exciter cet amour du Seigneur dès votre jeunesse et dès vos premiers pas dans votre ministère, comme Jésus le dit encore à son disciple : « En vérité, je te dis qu'à présent tu es jeune, tu ceins toi-même ta robe, et tu vas où tu veux. - Hâtez-vous de l'aimer pendant que votre esprit est libre, votre cœur pur, avant que d'être distraits à chaque instant par les soins et les peines d'une famille, par les soucis des affaires ou des propriétés, avant d'avoir l'âme battue de mille tempêtes et le cœur flétri par la douloureuse connaissance ou le long commerce des hommes; aimez le Seigneur Jésus pendant que votre vie est encore paisible ou fortunée ; vous ne devez guère vous attendre qu'elle le soit toujours. Ce n'est pas que l'on ne voie quelquefois des pasteurs heureux selon le monde, et, si c'est la volonté de Dieu, je souhaite qu'il en soit ainsi de vous; ah ! puisse-t-il vous combler de toutes les bénédictions temporelles comme des spirituelles en Jésus-Christ notre Seigneur! Mais il n'en est pas moins vrai que ce n'est point à cela que vous êtes appelés comme ministres. « Le serviteur n'est pas plus grand que son maître, et le prince de votre salut fut consacré par des afflictions ; » il vous dit lui-même : « Je suis le cep et vous êtes les sarments; mon père est le vigneron ; il taille le sarment qui donne du fruit, pour qu'il en donne davantage. » Pensez aux exemples offerts dans nos saintes Ecritures, où tout fut mis en exemple pour notre instruction ; pensez à toutes les désolations qui tombèrent sur la famille du premier sacriiicateur du Dieu vivant, sur celle du sacrificateur Eli, et de Samuel, et du Roi prophète, et de tous les prophètes, et à