CHAPITRE II
la vie des premiers apôtres, et vous vous direz que vous ne pouvez pas trop compter sur le bonheur de cette vie. Hélas vous ignorez ce que l'avenir vous garde ; le temps viendra peut-être où • vous étendrez les mains, où un autre vous liera, et vous mènera où vous ne voudrez pas. » Peut-être qu'un jour vous regarderez ce Jésus invisible aux yeux de votre corps comme le seul ami qui vous reste. Préparez-vous, en l'aimant, un trésor de consolations pour les mauvais jours ; il vous « cachera dans sa loge au mauvais temps, il vous recueillera dans son temple, loin de l'orgueil des hommes; il vous mettra à couvert des disputes des langues, et votre cœur dira à ce bon berger: « Ton bâton et ta houlette sont ceux qui me consolent. »
Enfin, voulez-vous entretenir dans son éclat le flambeau de l'amour de Jésus- Christ? Souvenez- vous sans cesse de l'heure où vous devez retourner à lui. Jésus rappelle à St. Pierre l'approche de sa mort; pensez à la vôtre, qui est plus rapprochée pour un pasteur que pour les autres hommes. Ce n'est pas qu'il ne puisse devenir vieux ; mais quand il prêcherait jusqu'à la vieillesse toute blanche, il est toujours vrai que dans le saint ministère la vie paraît beaucoup plus courte, parce qu'on en calcule différemment la durée. La longueur ou la brièveté du temps ne tiennent qu'à nos circonstances et à notre manière d'être; dans l'enfance et dans la jeunesse où l'on espère toujours, il est infiniment plus long que dans un âge plus avancé. Les hommes, dans les autres états, travaillent six jours de la semaine avec l'espoir secret de se reposer le septième; vous, vous travaillerez six jours pour travailler le septième d'une manière encore plus pénible. Dès aujourd'hui les saisons ne vont plus être pour vous ce qu'elles ont été jusqu'ici et ce qu'elles sont pour le reste des hommes, qui se réjouissent de voir renaître les fleurs et la verdure du printemps, les fruits de l'été, les riches récoltes de l'automne, et le retour des plaisirs de l'hiver. Pour vous, désormais, les quatre saisons vont être les quatre fêtes de l'église chrétienne, et des fonctions plus pénibles ou plus redoutables qui feront disparaître les mois intermédiaires, en sorte que les autres prolongent la durée de la vie par une suite secrète d'espérances, et que vous l'abrégerez par un état habituel d'émotions et par une espèce de crainte. Oh ! comme elles vont s'envoler ces années uniformes de votre ministère! Comme vous vous trouverez à son dernier terme, lorsqu'à peine vous croirez l'avoir commencé ! Comme il sera bientôt venu ce moment solennel où vos âmes s'envoleront au-devant du Seigneur. Oui, « encore un peu de temps et celui qui doit venir viendra, et ne tardera point. » Quoique vous ne le voyez point, aimezle dans cette carrière si courte, afin de vous réjouir en lui d'une joie ineffable et glorieuse.
Si c'est là votre disposition comme nous l'attendons de vous, ô mes bien-aimés, mes enfants, mes nouveaux frères! allez avec courage partout où le Seigneur vous appellera; allez être le sel de la terre, la ville située sur une montagne, les flambeaux luisants au milieu de la génération perverse ; allez commencer par être le secours et la consolation des pasteurs respectables qui vous appellent comme déjeunes lévites dans leurs portes, et les soulager avec tendresse dans les infirmités qui doivent bientôt aussi vous atteindre ; allez par votre régularité et par votre zèle dans tous vos devoirs, réparer s'il est possible, les nombreuses imperfections de vos pré-
décesseurs et de vos pères; allez, le Seigneur soit avec vous ; paissez ses brebis, soignez ses troupeaux, soit qu'ils s'étendent en Galaad et dans les riches plaines de Bazan, soit qu'ils se cachent dans les vallons solitaires du Carmel ; répandez la bonne odeur de Christ dans tous ces lieux ; portez-y gravé sur vos fronts honorables ce que le souverain pontife portait sur sa thiare écrit en lettres d'or: la sainteté à l'Eternel; allez, en un mot, amener plusieurs enfants à la gloire, « oh ! que bienheureux est ce serviteur-là que son maître trouvera faisant ainsi quand il viendra ; en vérité, je vous dis qu'il l'établira sur tout ce qu'il a. » Puissiez-vous jouir de l'effet de ces promesses par Jésus-Christ notre Seigneur, auquel comme au Père et au Saint-Esprit soit honneur, louange et gloire dans l'église et dans tous les âges. Amen.