CHAPITRE IV
> le patriotisme vaudois inquiet, perplexe, renouant la chaîne des traditions de 1798, entrait de nouveau en lutte avec les prétentions surannées du patriciat bernois. Aux combats gigantesques qui paraissaient devoir prendre fin avec l'omnipotence de celui qu'on s'est plu à nommer emphatiquement Yhomme du destin, succédait une querelle pleine de passion et d'acrimonie entre deux cantons helvétiques.
Certes, les temps étaient encore mauvais et bien peu favorables, semblait-il, à des préoccupations religieuses, à la manifestation et à la satisfaction des besoins de l'ordre spirituel. Toutefois, comme il est dans la nature de ces besoins de prendre naissance au sein des afflictions elles-mêmes et de s'affirmer d'autant plus énergiquement qu'ils ont été plus longtemps comprimés ; comme le spectacle de la chute des institutions humaines, en apparence le plus solidement assises, pousse l'homme à rechercher avec d'autant plus d'ardeur le royaume gui n'est pas de ce inonde; c'est précisément au milieu des circonstances auxquelles nous venons de faire allusion que naquit chez nous la première société publique destinée à donner un corps aux aspirations religieuses , en même temps qu'à leur fournir un point d'appui et un centre d'action.
Au mois de juin 1814, dans une réunion qui eut lieu à Rolle et à laquelle participèrent des pasteurs et des professeurs de Genève, de Neuchâtel et du canton de Vaud, un ecclésiastique, membre de l'académie de Lausanne, forma le plan d'une société dont la fondation doit être envisagée comme la première manifestation sensible et positive d'un réveil de la vie religieuse et de la piété dans le canton de Vaud. Cette société, constituée solennellement le 30 décembre 1814, prit le nom de société biblique du canton de Vaud. L'ecclésiastique qui en avait proposé la fondation était le professeur David Levade.
Le projet d'une société biblique avait été communiqué à Lausanne le 2 octobre précédent. Une nouvelle circulaire fut
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émise le 12 novembre suivant et fut suivie de communications très étendues, adressées aux autorités civiles vaudoiseset aux clergés de différents cantons. Le 1er janvier 1814, la société, définitivement constituée, était remise aux soins d'un comité qui, à son tour, se hâtait de convoquer une assemblée à l'Hôtelde-Ville de Lausanne pour lui soumettre le plan et les règlements de la société biblique.
Sous ce nom général étaient comprises deux sociétés distinctes : La société de Bible et la société des traités. La première distribuait des Bibles et Nouveaux Testaments sans notes ni commentaires. La seconde répandait toute espèce d'ouvrages moraux et religieux. Selon son prospectus du 2 octobre 4814, la société de Bible avait été fondée « pour attester (disaient les fondateurs) notre respect pour notre sainte religion et notre reconnaissance pour les bénédictions temporelles dont V époque de sa fondation rappelle la mémoire*.
Levade fut, pendant quatorze ans, l'âme de la société à laquelle son nom est resté attaché. Pendant ce long espace de temps, c'est lui, surtout, qui a porté le fardeau des soins qu'une telle entreprise exigeait. Président de la société, il en était, en même temps, l'agent dévoué, et l'activité qu'il déployait à son service était vraiment incroyable. C'est de sa maison de la Cité, dépôt général des publications, que se répandaient sur le canton tout entier de nombreux exemplaires des livres saints. C'est encore Levade qui, pendant bien des années consécutives, préside les assemblées générales de la société et qui prononce les discours d'ouverture. En un mot, c'est autour de lui que se groupent les hommes que l'intérêt pour la diffusion de la Bible a réveillés et mis à l'œuvre. S'il était permis de parler ici de gloire, nous dirions volontiers qu'à cet égard Levade n'a partagé la sienne avec personne. C'est par erreur, en particulier, que
1 Discours prononcé par le président dans la séance publique qui a eu lieu le 25 janvier 1816, etc.