‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 66 sur 243 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

idée ait germé dans son cœur, sous la seule influence de l'esprit de Dieu, cela importe peu. 11 n'en reste pas moins que toute bonne pensée vient d'en haut et que, emprunté ou original, le plan proposé par Levade aux pasteurs réunis à Rolle, en 1814, était un véritable trait de lumière, et que sa réalisation devait marquer le commencement d'une ère nouvelle pour notre canton.

Le but que se proposait la société biblique était excellent et l'opportunité d'une fondation semblable était extrême. C'est ce qui ressort déjà suffisamment des détails que les rapports de la société renferment sur l'état religieux dans lequel se trouvait alors notre pays.

En 1814, il y avait, paraît-il, dans le canton 30000 familles. Presque toutes possédaient le Nouveau Testament ; 10000 seuement possédaient la Bible. La plupart des Bibles étaient in-folio et du prix d'un louis. Les habitants du canton désiraient ce format ; ils montraient quelque prévention contre l'in-4°, de la répugnance contre l'in-8°, et ils ne faisaient aucun cas des Bibles de poche (lî).

Là où les exemplaires de la Parole de Dieu sont en petit nombre, il n'est pas impossible qu'une certaine mesure de piété subsiste et produise même de beaux fruits. Mais c'est une exception qui montre que Dieu discerne ses élus où qu'ils soient et en quelque temps que ce soit, et qu'il a toute puissance sur les âmes. A l'ordinaire, l'absence ou la rareté des exemplaires de sa Parole ont pour conséquence l'ignorance, la superstition et le relâchement moral. Bien des années après la fondation de la société biblique, des statistiques faites avec soin par les amis de l'Evangile constataient que la population du canton de Vaud

était encore loin de posséder le saint volume dans une proportion satisfaisante. Et cependant, une grande extension avait déjà été donnée à l'œuvre biblique. Le rapport de 1822 nous apprend de même qu'il existait de grands vides de livres saints dans plusieurs paroisses. Dans quelques-unes, la moitié des familles n'avaient pas de Bibles.

Toutefois si, en 1814-, sur 30 000 familles, 40000 seulement possédaient la Bible, et presque toutes le Nouveau Testament, en 1827 la proportion était changée à ce point, que les deux tiers de la population étaient pourvus du volume sacré.

Ces détails étaient nécessaires pour prouver qu'une société ayant pour but de répandre les saintes Ecritures et d'en encourager la lecture au milieu de notre peuple, était un besoin urgent de l'époque et que cette société est venue à son heure. Elle est née par l'effet de la volonté de Dieu, alors que les cœurs labourés par les tribulations d'un passé encore tout récent, pouvaient le mieux apprécier les bienfaits d'une telle institution. Il était naturel aussi qu'une société de cette nature naquit dans un pays comme le nôtre, où la Bible, bien que très peu lue, à la vérité, avait cependant conservé ses droits au respect du peuple ; où cette Bible était expliquée du haut de la chaire, où des familles, au sein desquelles s'étaient perpétuées des tradiditions de piété, tenaient à honneur de la lire journellement. Le terrain était donc préparé pour recevoir les fondements d'un édifice qui devait grandir avec le temps et auquel de nouvelles constructions viendraient s'ajouter.

L'opportunité d'une société biblique dans le canton de Vaud bien que manifeste, n'était pourtant pas, on peut le croire, comprise de tous. Dès l'origine déjà, des oppositions se firent jour

Page 1