‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 67 sur 243 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et cela d'une manière assez sensible pour qu'en 4822, le professeur Leresche se crût appelé à réfuter, au sein de l'assemblée générale, des objections qui tendaient à faire envisager une société de Bible dans le canton comme une chose inutile.

Ces oppositions, il faut le reconnaître, ne provenaient pas toutes de l'incrédulité ou de l'indifférence trop évidentes, il est vrai, chez plusieurs et entre autres chez quelques-uns des chefs du peuple. Elles étaient également du fait de beaucoup de pasteurs, qui ne voyaient dans le placement des livres saints qu'une affaire de librairie pour laquelle il n'était nullement besoin d'une société spéciale. Par la manière même dont il s'y était pris, Levade avait provoqué quelques-unes de ces oppositions. En effet, il s'adressait volontiers aux principaux de la nation, aux magistrats, aux beaux parleurs ; il les enrôlait bon gré mal gré, et ces auxiliaires d'un jour se tournaient contre son œuvre, quand ils croyaient s'apercevoir qu'on les menait là où ils ne se souciaient point d'aller. En 1825, le rapport signale de nouveau l'opposition, l'indifférence ou le refus de plusieurs qui se disaient chrétiens.

Ceux d'entre nos pères qui avaient quelque piété s'étonnaient de cette opposition ; pour nous, nous ne nous en étonnons plus. Dans la naïveté de leur inexpérience, ils s'étaient imaginé que dans un pays chrétien la sympathie universelle serait promptement acquise à une œuvre chrétienne. A l'heure qu'il est, peutêtre comprendraient-ils mieux les causes intimes et profondes d'un antagonisme qui n'était autre que celui des ténèbres et de la lumière, de la vie et de la mortl

Pour atteindre plus sûrement et plus complètement la population du pays, la société biblique s'adresse tout d'abord aux communes, soit aux municipalités. Elle sollicite leur coopération active et les engage à devenir co-propriétaires de la société. Un don fait par ces communes leur assurait cette co-propriété et, comme conséquence, le droit sur les exemplaires des livres

saints à un rabais proportionné à la valeur du don ou même à des livraisons gratuites.

En 1826, il y avait 300 communes fondatrices dans le canton, et le rapport de cette année-là constate que les demandes de Bibles sont plus fréquentes de la part des paroisses qui en ont reçu plus , tandis que celles qui n'en ont pas demandé précédemment ri en demandent pas aujourd'hui. Voilà un fait qu'il n'est pas sans intérêt de signaler. En effet, l'expérience a toujours prouvé qu'à celui qui a déjà il est donné encore davantage. Parmi ces 300 communes, il en est sans doute bien quelques-unes sur lesquelles leur adhésion à l'œuvre biblique a attiré des bénédic tions durables.

Les dons destinés à une fondation perpétuelle étaient une première source de revenus pour la société. Une seconde source consistait en contributions annuelles et individuelles, proportionnées à l'intérêt que les divers donateurs prenaient à l'œuvre et entièrement libres et spontanées. La société faisait ainsi tout à la fois appel à 1 état par le moyen des communes et appel aux particuliers.

En 1828, le capital recueilli depuis 1814 était de 200 louis. A cette date, la société ne se réservait plus que la conservation de ce capital et l'application annuelle des intérêts aux communes et paroisses fondatrices et co-propriétaires.

Quant aux moyens d'action de la société, nous les avons déjà implicitement indiqués dans les pages qui précèdent. Le président de la société, dépositaire des livres saints, les membres du comité, les amis de l'œuvre, étaient tous, et chacun dans sa sphère, des agents plus ou moins actifs. Des pasteurs, des communes travaillaient de leur côté. Enfin, les réunions générales qui se tenaient avec quelque solennité au chef-lieu, d'abord dans l'ancien temple allemand (actuellement la grande salle de la bibliothèque cantonale) et en présence des landammans et des députés des différentes autorités du canton, ensuite dans

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