CHAPITRE V
Selon toute apparence, c'est de l'Angleterre que le traité religieux a passé sur le continent. Avant 1815, si nos renseignements sont exacts, aucun écrit de ce genre ne se voyait dans le canton de Vaud. On avait si peu l'idée de ce que pouvait et devait être un écrit de cette nature que, lorsqu'on voulut en publier, on n'imagina pas d'en composer, mais qu'on traduisit simplement en français des traités anglais. Ce fut là le cas pour tous les traités publiés dans le canton de Vaud de 1815 à 1852. Ce ne sont pas des productions originales, et sur le titre de chacun d'eux on peut lire cet avertissement stéréotypé : traduit de l'anglais.
Ce fait n'a rien qui doive nous étonner. Une littérature quelconque ne naît pas tout d'un coup au milieu d'un peuple qui n'y a point été préparé, et surtout d'un peuple agricole comme le nôtre et encore très préoccupé du soin de sa conservation et de son organisation politique. Cette littérature était toute faite, en Angleterre ; elle y était à l'œuvre, et les personnes qui l'importèrent sur le continent et dans notre patrie avait pu déjà observer autour d'elles son action et sa marche. Ces personnes ne se demandèrent pas si ce qui était écrit pour le peuple anglais conviendrait de tous points au peuple vaudois. Elles traduisirent en français des traités anglais ; un fonds de publications religieuses populaires se trouva ainsi constitué, en même temps que l'impulsion était donnée.
Les mêmes hommes que nous voyons à la tête delà société de Biblet nous les retrouvons, à peu d'exceptions près, à la tête delà société des traités. Il n'est pas sans intérêt de rappeler quelques-uns d e ces noms. Ce sont tout d'abtTrd ceux des professeurs Levade et Leresche : de MM. Chavannes, pasteur du
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Mont, et Chavannes-Porta, diacre à Lausanne ; A. -P. Mercier; Dapples, médecin; Théod. Rivier , et, dès 1817, celui du professeur Monnard.
La constitution d'un comité chargé de fonctions nettement déterminées implique l'existence réelle d'une société, et malgré ce qu'il y a eu d'un peu languissant, d'un peu décousu et d'intermittent dans l'activité de la société dont nous allons nous occuper, elle ne s'en est pas moins présentée au public sous la forme de société constituée , et elle n'en pas moins travaillé comme telle.
L'œuvre des traités religieux dans notre canton compte, à son origine, parmi ses plus chauds amis et ses plus actifs collaborateurs, Mlle Greaves, dont le nom, déjà cité par nous, a eu un retentissement assez grand pour qu'il ne soit pas superflu de nous occuper un instant de cette pieuse amie du professeur Levade.
Mlle Anna Greaves fut une des premières, semble-t-il, à profiter de la liberté que la chute de Napoléon laissait aux Anglais de visiter de nouveau le continent. Dans les registres de la police de Lausanne on lit, à la date du 2°2 mai 1815: Mlle Greaves, anglaise, pensionnaire chez M. Levade, Cité, ll. Elle a fait la demande d'un permis de séjour pour un an. La date ci-dessus est importante à noter et nous verrons bientôt pourquoi. — Mlle Greaves ne s'occupait que des choses de Dieu, et le désir qui l'absorbait entièrement était de travailler à raviver et à répandre au sein de notre peuple la doctrine évangélique. C'est même dans ce but spécial qu'elle était accourue à Lausanne. Deux demoiselles écossaises du nom de Date, faisant partie de sa société, travaillaient de concert avec elle.
A peine Mlle Greaves était-elle installée chez le professeur Levade qu'elle y provoqua la formation de petites réunions religieu ses, de cultes familiers, comme les Anglais en ont fréquemment après le thé. C'étaient des soirées d'édification auxquelles M. Le-
1 M"e Greaves loua, dans la suite, au Chemin neuf, une maison qui n'existe plus.