‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 74 sur 243 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vade prenait une part constante. Il prononçait quelques paroles d'introduction ou y offrait une prière au Seigneur. L'auditoire, d'abord composé essentiellement de pauvres et où les hommes étaient rares, devint peu à peu assez considérable1.

Mlle Greaves se considérait évidemment comme ayant reçu d'en haut une mission2, et quelle que soit du reste l'opinion que l'on puisse avoir sur ce point, il est impossible de méconnaître qu'elle s'acquitta de sa mission avec un empressement, une ardeur et un courage dignes de tout éloge. Elle ne paraît pas avoir eu de hautes prétentions et ce ne sont guère que les adversaires du mouvement religieux et de l'influence anglaise qui, dans un but facile à deviner, l'ont accusée d'une mise en scène et d'une activité contraires à l'humilité et à la charité chrétiennes. Du reste, ces conventicules de Mlle Greaves, dont on a fait tant de bruit, comme si l'influence étrangère y avait été seule en jeu, étaient au fond dirigés par des Vaudois, entre autres, pour ne pas nommer de nouveau M. Levade, par le jeune ministre Aug. Rachat.

Mais ce n'est pas seulement par de petites réunions d'édification que MUe Greaves commença son œuvre d'évangélisation à Lausanne ; c'est encore et surtout par le moyen des traités religieux. Elle fut, en effet, un des instruments les plus actifs de cette œuvre dans notre pays. Eile a payé de sa personne et contribué de sa bourse à traduire ou à faire traduire en français des traités anglais. C'est à elle, par exemple, pour le moins autant qu'au professeur Levade, que l'on doit le Berger de la plaine de Salisbury, Esther Wilmot, la Fille du laitier, les Sermons pour les enfants, etc., premiers écrits distribués par la société des traités du canton de Vaud.

1 On peut inférer d'une lettre que Mi)e Greaves écrivait en 1820 au doyen Curtat, qu'elle avait eu l'idée d'établir chez elle, le dimanche soir, des réunions religieuses essentiellement destinées aux proposants, mais qu'elle ne donna pas suite à cette idée.

* Voir plus loin sa lettre au doyen Curtat. (1820.)

C'est le 24 mai 1817 que fut présenté le premier rapport de la société des traités dont le professeur Leresche était le président. Le premier article du règlement indique clairement le but

de la société : Répandre au plus bas prix ou gratuitement la pure doctrine de V Evangile, les principes de la foi et de la morale chrétienne par toute espèce de moyens et sous toute espèce de formes, c'est-à-dire par des compositions courtes et variées et dont les formes présenteraient un attrait qui engagerait à les lire.

Entre autres moyens d'action, la société avait imaginé d'envoyer, par le canal du conseil académique, à tous les régents du canton, avec injonction d'en faire lecture chaque année dans leurs écoles, 600 exemplaires du traité intitulé: Le Berger de Salisbury. Nous soulignons à dessein cette dernière phrase, parce qu'elle nous prouve qu'à ce moment-là du moins, on ne considérait pas comme dangereuse ni même comme suspecte la lecture des traités et que s'il ne paraissait pas étrange à la société biblique de s'adresser au conseil académique pour favoriser cette œuvre; le conseil, de son côté, n'envisageait pas comme compromettant pour lui de servir d'intermédiaire à celle-ci. De nos jours une pareiile injonction ne se comprendrait plus ; mais alors tout était nouveau et pour tous1.

Le président de la société des traités ayant choisi et traduit une dizaine d'opuscules composés par différents ecclésiastiques anglais, la société demanda aux pasteurs du canton Pautori-

1 Une question qui se présente assez naturellement ici, est celle de savoir si le patronage du conseil académique n'a pas été, en réalité, compromettant pour la société elle-même. Etait-ce là la voie la plus sage pour rendre l'œuvre des Traités populaire dans notre canton ? On peut en douter.

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