CHAPITRE V
dans le canton, et des traités, publiés avec l'approbation même du conseil académique, ayant été rejetés et dépréciés par plusieurs, la société avait plié ses voiles et s'était contentée de vendre à bas prix ou de donner des psaumes, des catéchismes et des recueils de passages. Nous savons à quoi cette ligne du rapport fait allusion. Déjà l'année précédente, au sein de l'assemblée générale de la société biblique, une allusion critique fort transparente avait été faite au mouvement religieux de l'époque et à l'esprit dont on disait animés les hommes qui se trouvaient à la tête de ce mouvement. « Ne prenons pas à tâche, » s'écriait Levade, « de peindre sous les couleurs les plus sombres, notre patrie, son clergé et l'esprit public et religieux de nos concitoyens. » Aux yeux de Levade, c'était, en effet, peindre la patrie, le clergé et l'esprit public sous de sombres couleurs que de reconnaître et d'avouer les faiblesses, les lacunes, les infidélités mêmes de l'Eglise; l'ignorance et l'incrédulité du peuple. Il aurait donc fallu dire paix ! paix! là où il n'y avait point de paix ! Ce n'étaient pourtant pas les hommes du réveil qui dépréciaient et rejetaient les traités religieux ; c'étaient bien plutôt les adversaires du réveil ; ceux qui voyaient avec défiance les efforts tentés pour relever le niveau moral et religieux du peuple vaudois et pour faire fleurir de nouveau parmi nous la piété et les vertus chrétiennes. Mais un esprit fâcheux animait alors les sociétés auxquelles le nom de Levade se trouve, en quelque sorte, naturellement uni ; un esprit d'étroitesse, de roideur, de jalousie peut-être et cet esprit qui, bien souvent, aj été le ver rongeur des plus belles et des plus saintes institutions, devait arrêter aussi l'activité de la société dont nous venons de retracer l'histoire. L'amertume se mêie aux accents de la prière et de la charité dans les derniers rapports de la société biblique. Un mot d:un journal religieux de Paris, les Archives du christianisme, provoqua de la part de Levade une apologie de la société qu'il avait créée et une plainte
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contre le journal qui, en annonçant la fondation d'une nouvelle société biblique au canton de Vaud, avait l'air d'oublier que depuis treize années, une autre société, la première en date, y existait et y travaillait. Avec l'année 1828, la société des traités achève de disparaître. Le silence se fait, les voix qui se plaisaient à rappeler périodiquement l'existence et les travaux de la société en même temps que ceux de la société biblique se taisent. En réalité, ces dernières ont vécu. Mais pour cela, l'œuvre n'est pas morte, elle a été reprise et poursuivie par des mains plus jeunes qui ont su lui imprimer une plus grande activité. Ce n'est point ici le moment ni le lieu de parler de ces nouvelles sociétés ; complètement distinctes de celles qui les ont précédées, elles ont droit à un chapitre à part et à une étude spéciale.
Nous avons vu comment, dès 1814, des besoins religieux se manifestaient dans notre canton. Ces besoins n'étaient, comme nous avons pu nous en convaincre, nullement le résultat d'une influence étrangère ; ils étaient nés spontanément, en quelque sorte, ou plutôt l'Esprit qui vivifie les os secs commençait à souffler sur notre église et sur notre peuple. Si l'on a attribué à d'autres causes, toutes extérieures, le mouvement religieux dont nous retraçons l'histoire, c'est parce que l'on n'a pas tenu compte des éléments premiers et locaux qui ont rendu possible ce mouvement. Plus d'une fois déjà nous avons rendu nos lecteurs attentifs à ce fait important de notre histoire religieuse, et il ne sera pas superflu d'y revenir aussi souvent qu'il le faudra. Sans doute, dans une telle histoire il faut être exact et complet ; il ne faut pas méconnaître le rôle qu'ont joué, dans notre réveil, les influences que l'on peut appeler étrangères ; mais c'est pré-