CHAPITRE V
cisément pour cela que nous insistons sur le fait que, dans ses causes extérieures premières et à ses débuts, le mouvement religieux a été essentiellement et même uniquement vaudois.
Outre les causes locales que nous avons déjà signalées, nous pourrions encore compter parmi les moyens dont Dieu s'est servi pour disposer notre peuple à écouter sa voix, une véritable épreuve nationale, la disette de i816. Après les souffrances et les privations endurées pendant la période du régime impérial ; après les incertitudes et les angoisses des deux années qui suivirent la chute de ce régime ; années qui, au point de vue de son indépendance et de son libre développement, furent plus importantes pour notre canton qu'on ne le sait généralement de nos jours, l'année 1816 apporta sur ses ailes le fléau redoutable d'une disette comme on n'en connaissait plus depuis longtemps dans nos contrées. Il y avait là un appel de Dieu qui ne fut pas, nous devons le croire, sans être entendu et compris de plusieurs. L'année de la misère, comme on l'a appelée dès lors, a laissé dans la mémoire des contemporains plus d'un lugubre souvenir en même temps qu'elle a été le témoin des généreux efforts de nos magistrats comme du courage et de la résignation de notre peuple. Nous sommes tellement persuadé que les épreuves que Dieu dispense aux nations aussi bien qu'aux individus ont toutes un but moral et spirituel, que nous ne craignons pas de mentionner ici, au moins en passant, les souffrances de l'hiver de 1816 à 1817. Lorsque le ministre Vallouy publiait, en 1817, son opuscule intitulé: Conversation de deux Vaudois sur la sanctification du jour du repos, il déclarait hautement, qu'à ses yeux, l'année désastreuse que l'on venait de traverser était un châtiment infligé à notre peuple pour la profanation si générale du dimanche. Les hommes, comme Yallouy, voyaient donc, dans des catastrophes de cette nature, un motif puissant de revenir à Dieu, de se réveiller et de se relever d'entre les morts.
MOUVEM. REL1G. I.
QUELQUES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ DES TRAITÉS (1815-1822). (Voir page 123.)
Le berger de la plaine de Salisbury, si nous sommes bien renseigné, le premier traité sorti des presses de notre canton, avait été traduit par une dame, sous les yeux et pour le compte du professeur Levade. C'est ce que nous apprend le premier rapport de la société de bible. Il parut en un volume in-2A, de 55 pages, et portant sur le titre le sceau de la société biblique1. C'était en 1815.
Une lecture impartiale de cet opuscule en fait bien vite découvrir le fort et le faible. S'il est impossible de l'attaquer au point de vue de la doctrine, on ne peut méconnaître combien une production de ce genre devait paraître étrange aux lecteurs français. La couleur britannique y domine et les traducteurs n'ont point tenu compte des différences de nationalités, d'éducation et de temps. Ils ont purement et simplement transporté leur héros des rives de la Tamise sur les bords du Léman. Le berger peut être un digne chrétien, mais il est trop docteur ; il fait des leçons, il sermonne, il philosophe, et cela, avec une teinte de pédanterie fort regrettable.
La fille du laitier (1815), broch. in 8 de 62 pag., est un ouvrage réellement intéressant. Ce sont des scènes de deuil et des récits de conversions auxquels on ne peut point adresser le reproche d'invraisemblance. Ici, rien d'affecté, rien de faux. Les adversaires du réveil, auraient-ils trouvé inconvenant qu'une fille pieuse prie sur son lit de mort pour ses parents et les recommande à la sollicitude d'un pasteur en exprimant le désir qu'ils soient convertis un jour? On pourrait l'inférer de certaines attaques dirigées contre les publications religieuses de même nature. Il faudrait, à la vérité, y mettre bien de la bonne volonté pour se contenter de pareils motifs d'opposition.
Peu après cette publication, parut le traité EstherWilmot (1816; petit in-12 de 52 pag.), destiné à faire comprendre quelle heureuse influence un enfant pieux peut exercer au sein de sa famille. De son côté, la Noce de la cabane (1816, 31 pag., in-8) exposait les devoirs du mariage et les montrait pratiqués dans une humble famille chrétienne.
L'esclave nègre, dont la première édition porte la date de 1816 et qui fut réimprimé plus tard sous le titre du domestique nègre, est une relation intéressante et authentique, faite par un ecclésiastique anglais, de la conversion d'un pauvre esclave noir. Le rapport de 1816 nous apprend que ce traité fut traduit et imprimé aux frais de quelques jeunes ecclésiastiques et proposants de l'académie. Ce fut "le fils aîné du doyen Curtat qui en provoqua la publication2!
Les sermons pour les enfants, par une dame, eurent jusqu'à trois éditions, dont la dernière forme un petit volume in-32 de 77 pages. Ils avaient été donnés en 1819 par M»e Greaves qui fit les frais de cette publication. — Ces sermons, au nombre de dix-sept, ont le tort de porter un titre malheureux. Ce sont de bonnes petites méditations à la doctrine desquelles il n'y a rien à reprocher. On en publia, en France, une quatrième édition, et les Archives du christianisme de 1821 en parlèrent avec éloge.
\. Une bible ouverte sur les feuillets de laquelle on lit: Sonda les Ecritures. L'exergue porte ces mots : Société biblique. Lausanne, 181 '4.
2. D'après M. L. Burnier, ce seraient les mêmes traducteurs qui, ayant forme entre eux une société religieuse du mercredi dans le quartier latin, à Lausanne, auraient publié la Noce de la Cabane.