‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 80 sur 243 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

complète de relations entre les pasteurs genevois et vaudois. Au fond, ces derniers ne se montraient point empressés à en former de nouvelles, et nous pourrions citer plus d'un fait avéré et plus d'une anecdote authentique qui peindraient assez bien les dispositions d'esprit dont les deux clergés étaient animés1. Les ministres genevois recevaient aussi une autre éducation que leurs confrères du pays de Vaud et ce fait, si insignifiant qu'il paraisse à première vue, ne laissait pas que d'avoir une certaine influence sur les rapports mutuels. Les pasteurs genevois, la plupart citadins, avaient, dans les manières et le langage, une élégance qui les rendait supérieurs au clergé vaudois essentiellement recruté parmi les enfants des campagnes ou des petites villes2. En outre, et surtout, les Genevois avaient sur les Vaudois l'avantage incontestable de posséder une éducation politique et civile, dont la situation si spéciale de Genève leur avait fait une nécessité et un besoin. Les Vaudois se sentaient donc gênés en présence d'un corps qui laissait peut-être trop percer la bonne opinion qu'il avait de lui-même devant un clergé longtemps sujet des Bernois et qui, depuis l'émancipation, n'avait guère fait de progrès dans la science et dans la pratique de la liberté.

La fameuse version de la Bible, faite par les pasteurs et les professeurs de Genève, et publiée par eux en 1805, n'avait pas contribué à rapprocher les esprits. Cependant, quelques années plus tard, dès 1810, nous voyons des pasteurs et professeurs de Genève, de Neuchâtel et du canton de Vaud, se réunir à Bolle. A partir de 4814, les relations entre les deux clergés redevien-

1 Un pasteur de Coppet, M. D.... avait un suffragant qui se fit une fois remplacer par un ministre genevois. — Eh bien, monsieur, lui dit son constituant, comment a-t-il prêché? — Oh! très bien! — Peuh! — Et sur quoi a-t-il prêché? — Sur la résurrection de Jésus-Christ! — Peuh!

C'est tout ce que le suffragant put tirer de son constituant.

2 Lutry, en particulier, a, de tout temps, fourni beaucoup de membres au clergé vaudois.

lient plus régulières. Mais il semble que ce soit surtout aux Genevois qu'il faille attribuer l'initiative de ces rapports plus étroits. En effet, les archives des classes vaudoises renferment (18151816) plusieurs lettres de la vénérable compagnie des pasteurs de Genève, exprimant le désir d'un rapprochement plus intime entre des clergés appartenant désormais à la même patrie suisse. Les classes répondirent dans le même sens aux ouvertures de la vénérable compagnie. Cependant, il subsistait tou jours une cause permanente de rupture: les Genevois évitaient avec soin de s'expliquer surles points qui les séparaient des Vaudois, et ces points se dressaient toujours de nouveau entre eux comme une muraille infranchissable. Dans une situation semblable, il suffit de fort peu de chose pour que la fraternité, poursuivie aux dépens des principes, tombe en poussière. C'est ce qui eut effectivement lieu, et voici dans quelles circonstances.

Il y avait, depuis 1818, à l'académie de Genève, un jeune professeur de dogmatique, dont le nom ne devait pas tarder à acquérir une très grande notoriété dans le monde protestant ; c'était M. /.-/. Ckenevière. Revenu depuis peu de France dans sa ville natale, il s'y était fait remarquer par une éloquence alors très goûtée du public genevois, et à laquelle une certaine élégance de manières, de ton et de style prêtait un charme trompeur. Malheureusement, chez M. Chenevière, pas plus que chez d'autres, les grâces de la forme ne pouvaient suppléer à l'insuffisance du fond et à la superficialité des idées. Avec une ardeur toute juvénile, il donna tête baissée dans les débats religieux et théologiques qui agitaient Genève depuis quelques années. Pressé du désir de faire entendre sa voix, il avait, en 1817, publié sous la forme de Lettres à un ami, deux opuscules sur

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