‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 81 sur 243 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'état de Véglise de Genève. Le ton léger, railleur, méprisant de ces pamphlets devait plaire à la classe de la population pour laquelle ils semblaient avoir été composés; mais, d'un autre côté, ce ton devait suffire pour fixer la valeur exacte des arguments de l'auteur contre le mouvement religieux qui s'accentuait et s'affirmait de plus en plus à Genève dans le sens d un retour à la saine doctrine et d'un réveil de la piété. Les Lettres d'un ami de la religion, que l'on sut être du ministre Diodati, et qui parurent à la même époque, firent heureusement oublier, par leur modération et leur sérieux, les inconvenantes diatribes du jeune professeur que l'avocat Grenus, dans sa correspondance avec M. Duby, appelait ironiquement Y Apollon de la vénérable compagnie.

Les publications de M. Chenevière eurent un certain retentissement dans le canton de Vaud. On y vit, et avec raison, une nouvelle attaque du rationalisme genevois contre un dogme maintenu par l'église vaudoise, celui de la divinité de Jésus- Christ, dogme que les adversaires de M. Chenevière relevaient et proclamaient hautement en face de l'arianisme de la compagnie. Aussi, dès l'année suivante (1818), les pasteurs du canton de Vaud refusaient-ils de se rendre à Rolle, comme ils l'avaient fait les années précédentes, pour fraterniser avec les pasteurs de Genève 1 . Il est vrai que des relations amicales, formées dès 1811, entre les étudiants en théologie de Genève et ceux de Lausanne, subsistaient encore, mais chez ces jeunes gens aussi, les divergences de doctrines s'accentuaient de plus en plus, et c'est probablement sous l'influence du malaise que le clergé vaudois éprouvait déjà fortement dans ses rapports avec Genève et de la défiance qu'il ressentait à l'égard du clergé genevois, que les étudiants vaudois se montrèrent peu disposés à conserver des conférences théologiques avec leurs condisciples de Genève.

1 Grenus. Correspondance avec le professeur Duby. (1818.)

136 livre n.

Une lettre écrite en 1820, par A. Rochat, sur ce sujet, est caractéristique : « Voyez un peu, s'écriaît-il, ces esprits éclairés, ces penseurs, libres, ces hommes guidés par le flambeau de la raison, qui avancent gravement, comme un principe incontestable, qu'il est indifférent d'adorer Jésus-Christ comme Dieu s'il est une créature, ou de lui refuser l'adoration s'il est Dieu ; d'admettre qu'il n'y a de salut que par la foi en son sacrifice expiatoire, ou de rejeter cette doctrine, qui pourtant est ou n'est pas dans l'Ecriture sainte, etc. 1 » Rochat s'appuyait sur ces considérations pour refuser de nouveaux entretiens théologiques avec les Genevois.

On comprend très bien, du reste, les scrupules et la conduite de Rochat et des pasteurs vaudois en général, si l'on se rappelle que l'année précédente, en 1819, M. Chenevière avait prononcé et publié son fameux discours sur les causes qui retardent chez les réformés les progrès de la théologie. Cette nouvelle élucubratiou du professeur genevois eut encore le plus grand retentissement dans le canton de Vaud et influa notablement sur les relations déjà si faibles que soutenaient entre eux les deux clergés. On a dit que le vrai titre de ce discours aurait dû être celui-ci: « Causes qui ont entravé le triomphe de l'unitarisme à Genève et compromis l'action que la compagnie devait exercer sur les autres églises de la réforme. » Cela est juste! Dans son opuscule, M. Chenevière, irrité des efforts et des progrès de l'orthodoxie calviniste à Genève et des manifestations sympathiques dont ces efforts étaient l'objet de la part d'églises protestantes étrangères, cherche à discréditer l'orthodoxie en lui reprochant son manque d'esprit philosophique, son dédain pour la raison, son recours à la voie de l'autorité, sa passion pour les systèmes et, dans la science théologique, son abandon de la marche suivie avec succès dans les autres sciences pour connaître la vérité.

1 I,. Burnier. Notice sur A. Rochat, pag. 59.

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