CHAPITRE VIL
De l'état religieux de Genève à cette époque. — Mme de Kriidener et H.-L. Empaytaz,.
Robert Haldane.
A Genève, aussi bien que dans le canton de Vaud, les temps de l'empire avaient été des temps de langueur et de sommeil spirituel. Cependant, avant même qu'ils eussent pris fin, Genève était devenue le théâtre d'un petit mouvement religieux, indice d'un réveil futur. Dès 1810 déjà, on signale dans cette ville l'existence de petites sociétés, sans lien définitif entre elles, et formées dans un but d'édification, sans aucune idée de séparation. De 1813 à 1815, des visites d'étrangers pieux fortifient les sentiments et les principes qui se sont manifestés antérieurement. Quelques étudiants en théologie commencent à éprouver de la répugnance pour les doctrines des professeurs et des prédicateurs. La Bible, — chose étrange! — n'était point étudiée dans la faculté de théologie; bien plus, le Nouveau Testament n'y paraissait même pas 1 La célèbre Mme de Krùdener, qui vint à Genève en 1813, y exerça immédiatement quelque action, en particulier sur un jeune étudiant en théologie, M. H.-L. Empaytaz, lequel, après avoir été interrogé par une commission consistoriale et exhorté à abandonner des réunions non autorisées, fut exclu de la consécration. (1814.) M. Empaytaz ayant suivi
en Allemagne l'amie de l'empereur Alexandre se mit à présider chez elle des réunions religieuses. Il avait été consacré au saint ministère à Francfort. En date du 1er août 1816, il publia une brochure destinée à faire un certain bruit, et qui contribua évidemment à irriter le professeur Chenevière. Cette brochure avait pour titre: Considérations sur la divinité de Jésus -Christ, adressées à messieurs les étudiants de l'auditoire de théologie de Genève , par H.-L. Empaytaz, genevois. L'auteur y déclarait vou loir, non point ouvrir une discussion théologique, mais éveiller l'attention de ses lecteurs sur un article si essentiel et les prémunir contre les doctrines qui introduisaient le déisme dans l'église de Genève. La vénérable compagnie était accusée de ne pas professer la divinité de Jésus-Christ. C'était là un fait certain et prouvé dans la brochure même par un grand nombre de citations. La doctrine de la divinité de Jésus-Christ, démontrée par des textes explicites, était pourtant, comme le rappelle M. Empaytaz, la doctrine officielle de l'église de Genève au commencement du XVIIIe siècle, de même qu'elle avait été celle de toutes les communions chrétiennes à l'époque de la réformation. L'auteur de la brochure concluait donc que, sous aucun rapport, religieux, moral, ecclésiastique, politique même, il n'était indifférent pour l'église et la république de Genève de penser de Tune ou de l'autre façon sur la divinité de Jésus-Christ.
Les Considérations de M. Empaytaz 1 devinrent l'occasion et le prétexte d'un débat très vif et d'une guerre de plume qui a laissé de nombreuses traces dans la littérature religieuse genevoise de cette époque2. Attaquée par les uns avec fureur, elle fut appuyée non moins chaudement par d'autres et même par un journal politique français de Paris, l'Ami de la religion et du roi , lequel, du reste, n'avait ici d'autre intention que d'atta-
1 Immédiatement traduites en diverses langues, anglais, hollandais, etc. 1 M. Bost, dans ses Mémoires dit qu'il n'y fut pas répondu ; c'est-à-dire pas directement ni victorieusement.