‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 83 sur 243 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

quer le protestantisme lui-même. Les accusations d'arianisme et de socinianisme dirigées contre la vénérable compagnie de Genève se firent entendre et furent de nouveau formulées avec une grande énergie par des hommes très opposés eux-mêmes à toute espèce de mysticisme religieux l.

Malgré le vote de confiance que lui firent parvenir les étudiants en théologie, sauf deux, MM. Guers et Gonthier2, la vénérable compagnie fut, paraît-il, très irritée de la démarche d'Empaytaz. Tout concourait, en effet, à lui inspirer des craintes fondées sur la possibilité de maintenir son système de théologie et de propagande unitaire. Les mesures disciplinaires très violentes qu'elle prenait semblaient être son unique argument, et, plus tard, on a pu dire avec vérité que « le seul point de vue auquel la compagnie se plaça pendant vingt ans, dans toute sa manière d'agir à l'égard du réveil, fut celui de V ordre extérieur et de V autorité administrative de l'église de Genève représentée par son clergé 5. » Elle fut même louée publiquement par ses défenseurs de n'avoir pas répondu aux accusations dont elle était l'objet. Au surplus, le conseil d'état lui avait donné, fort à propos pour elle, l'ordre de demeurer dans le silence.

Dans le temps où M. Empaytaz déployait courageusement et fidèlement le drapeau de la divinité de Jésus-Christ, arrivait à Genève un chrétien écossais dont le nom se lie étroitement aux premiers pas du réveil dans cette ville, M. Robert Haldane. Cet homme, distingué par sa piété autant que par l'élévation de son caractère, se mit aussitôt à donner des cours libres aux étudiants

1 L'avocat Grenus, par exemple.

* II ne faut pas confondre ce dernier avec le futur pasteur de Nyon. 3 De Golz : Genève religieuse au XIXe siècle.

en théologie, parmi lesquels se trouvaient Ami Bost, Pyt, Guers, etc. Haldane exerça immédiatement l'influence la plus grande et la plus décisive sur ces jeunes théologiens et sur la société des Amis qu'ils avaient fondée, et qui, grâce à l'opposition de la vénérable compagnie, fut dissoute en 1819.

C'était, nous nous en souvenons, dans ce même temps que le doyen Gurtat donnait ses leçons aux proposants de Lausanne. Cette coïncidence pourrait donner lieu à des rapprochements intéressants. Nous nous bornerons, pour le moment, à faire remarquer ce qu'il y avait de curieux dans cette œuvre poursuivie simultanément dans deux villes qui n'avaient alors entre elles, au point de vue religieux, que des rapports bien éloignés. A Genève, comme à Lausanne, ce sont des jeunes hommes se destinant au ministère pastoral et auxquels des hommes plus âgés, plus avancés dans la carrière chrétienne, plus expérimentés, impriment une salutaire impulsion. Et cependant, entre ces promoteurs d'un mouvement dont la puissance ne devait pas tarder à se manifester, il n'existait nulle relation personnelle et même aucune analogie de points de vue et de méthodes. C'était donc Dieu qui les avait choisis l'un et l'autre pour être, dans des pays voisins, les instruments d'une grande œuvre 1 La souveraine grâce de Dieu agit comme il lui plaît, et elle ne s'asservit point aux méthodes et aux procédés de la sagesse humaine. Seulement, signalons déjà ce fait important, sur lequel nous aurons à revenir plus tard, que si, à Genève, le mouvement religieux fut, dans ses origines, tout local et national, il ne tarda cependant pas à subir l'influence prépondérante de la théologie et de la piété anglaises dans la personne d'hommes comme Richard Wilcox, Robert Haldane, Henri Drummond et Anderson, tandis que, dans le canton de Vaud, le commencement de l'œuvre doit être rattaché à la prédication de M. Curtat, et surtout à ses leçons aux étudiants en théologie1.

1 Bauty. Chrétien évangélique, 1865.

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