‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 85 sur 243 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Etat religieux de Genève (suite). — M. César Malan.

Ce fut à cette même époque que parut un homme dont l'Europe et l'Amérique chrétiennes se sont, depuis plus d'un demi-

1 Dans sa Lettre à M. J.-J. Chenevière, 1824.

2 Haldane. Lettre, pag, 21.

3 Bost. Mémoires, I.

siècle, habituées à associer le nom à l'histoire religieuse et ecclésiastique, non-seulement de Genève sa patrie, mais encore du protestantisme de langue française en général. Cet homme était César Malan, que l'on a appelé, à cause de l'énergie et de l'audace déployées par lui dans la lutte dont il a été l'un des héros : le César du réveil1.

M. Malan, ministre du Saint-Evangile et régent de la cinquième classe du collège de Genève, avait été amené en 1813 à reconnaître les erreurs graves dont la doctrine de la vénérable compagnie était entachée. D'un esprit décidé, absolu et porté aux extrêmes, il revint avec ardeur aux doctrines de la réformation et ne tarda pas à accentuer le calvinisme comme personne avant lui ne l'avait fait. Ayant établi dans sa classe la première école du dimanche que le continent eût peut-être encore possédée, il eut le chagrin de voir celte florissante école fermée, après cinq mois d'existence, par l'autorité scolaire. Chargé, comme régent, d'enseigner le catéchisme à ses écoliers, il substitua la Bible au manuel alors en usage et, pour ce fait, il se vit, sur le préavis de la compagnie, privé de sa place par le conseil d'état (2 novembre 1818). Mais ces faits, quelque intéressants et caractéristiques qu'ils soient en eux-mêmes, n'auraient cependant pas été de nature à assigner à M. Malan une position particulière dans le mouvement religieux dont Genève était alors le théâtre.

1 On consultera avec intérêt et profit la biographie que l'un des fils de M. Malan a écrite de son père, sous ce titre : Lavie et les travaux de César Malan. Genève-Paris, 1869. Nous y apprenons entre autres, que c'est en 1814 que M. Malan commença à croire que Jésus était Dieu. Dès les premiers jours de son ministère il avait eu quelques notions de l'importance de cette vérité, après un entretien avec un pasteur du canton de Vaud. (Remarquer ce fait!) « Je passai par son village et j'y prêchai. Au sortir de l'église, il vint à moi d'un air triste, et ne me dit d'abord que ces mots: « Monsieur, il m'a paru que vous ne savez pas que pour convertir autrui il faut « d'abord être converti soi-même. Votre sermon n'est pas chrétien, et j'espère que « mes paroissiens ne l'auront pas compris ! » Paroles salutaires ! ce furent elles et tout ce que ce fidèle serviteur de Christ y joignit ensuite qui me firent comprendre ce qu'est en effet un chrétien. » (Germain le bûcheron.)

Page 1