‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 86 sur 243 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Un sermon sur le salut far la foi en Jésus-Christ1 , qu'il prêcha au commencement de 1817, eut un retentissement extraordinaire et devint aussitôt , selon toute probabilité , le prétexte dont la compagnie s'empara pour promulguer son fameux règlement du 3 mai de cette année-là. M. Haldane, qui était encore à Genève, constate la surprise, la douleur, l'irritation et l'indignation qui paraissaient sur la physionomie de quelques-uns de ceux qui étaient présents dans le temple, lorsque la doctrine scripturaire s'y fit entendre de nouveau2. La compagnie fut très irritée et M. Malan ayant protesté contre le règlement du 3 mai, se vit exclu de la chaire3. Après quelques explications qui lui furent données et qui lui parurent plausibles, il se soumit cependant dans un esprit de paix, dit-il lui-même4, ce qui ne l'empêcha pas d'être, l'année suivante (1818), éliminé de nouveau et cette fois-ci de toutes les chaires du canton. Cette exclusion était due à un second sermon très ferme sur ces paroles de Jaques, II, 14: « Que servira-tAl à un homme de dire qu'il a la foi, etc s. Dès ce moment, M. Malan entrait en guerre ouverte avec la vénérable compagnie, et, tout en invoquant sa qualité de membre et de ministre de l'église nationale, il n'en commençait pas moins à tenir des réunions de prière qui, de simples cultes de famille, devinrent bientôt de véritables assemblées d'église avec chants, prières, lecture et explications de la Bible. Il est vrai

4 Bost. Genève religieuse en 1819.

2 Haldane. Lettre à M. J.-J. Chenevière, pag. 81.

3 « M. le pasteur César Malan a joué dans sa patrie, vers 1820, un rôle considérable ; on sait qu'à cette époque Genève subissait encore l'influence du déisme pâle et énervant du dernier siècle, auquel manquait l'ardente inspiration de Rousseau. Que l'on se figure l'effet que dut faire dans un semblable milieu, l'apparition du calvinisme doctrinal le plus rigide que M. Malan avait embrassé avec toute l'ardeur de sa jeunesse et d'un caractère naturellement absolu. Il en résulta des froissements douloureux où tous les torts ne furent pas du côté de la vénérable compagnie. » (M. E. Bersier. Revue chrétienne, 15 juin 1864.)

4 Témoignage rendu à l'Evangile par un ministre de Dieu, 1823.

5 Bost. Genève religieuse en 1819.

qu'avant d'en venir à élever sur sa propriété du Pré TEvêque. une chapelle et une salle d'école, ce qui eut lieu en 1820, il avait eu, en 18191, la naïveté de demander au conseil d'état l'usage d'un temple de la ville pour les vrais fidèles. C'était, il faut en convenir, exiger un peu trop de magistrats auxquels les dissidents de l'époque ont rendu unanimément le témoignage d'avoir protégé les chrétiens contre les violences de la population et d'avoir fait respecter la liberté de conscience et de culte, plus que ce n'était le cas sur aucun autre point du continent-. Il est vrai qu'il y eut des désordres partiels et momentanés ; M. Malan lui-même vit un jour une multitude excitée par les calomnies et les accusations odieuses dont ses réunions étaient l'objet, renverser la clôture de son jardin et violer son domicile3. Dans d'autres circonstances, on lança quelques pierres et l'on cassa des vitres, mais jamais la violence ne put s'étayer de l'appui du gouvernement genevois. C'est un témoignage honorable qu'on peut lui rendre et cela avec d'autant plus d'empressement que, dans le canton de Vaud, où il aurait été plus facile encore de faire respecter la liberté individuelle des citoyens, on ne sut point suivre un si bon exemple. Mais, pour en finir avec les faits de détail qui concernent M. Malan, ajoutons ici qu'en juillet 1823, ayant été suspendu de toutes fonctions ecclésiastiques dans le canton de Genève, vu, disait le décret, ses nombreuses insubordinations, et ne pouvant se soumettre à cette sentence, il annonça au conseil d'état qu'il se retirait de l'église nationale4.

1 Ce fut en octobre de cette année-là, et à Fernex où il donnait des prédications que le vulgaire appliqua à Malan, le premier, l'épithète grossière de mômier. * Bost. Défense des fidèles, etc.

s Venez et voyez. (1820.) 4 Témoignage rendu, etc.

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