‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 88 sur 243 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

inégale, dont il s'est fait l'enthousiaste parce qu'ils étaient disputés; les a faits tout autres que Calvin lui-même ne les faisait, en a exprimé toutes les conséquences forcées que les orthodoxes même se gardent d'en tirer, puis s'est fait le champion de ces conséquences et damne quiconque s'en éloigne d'un iota. » Ce jugement pèche sans doute par ce même caractère d'absolu que l'auteur reproche à M. Malan ; cependant il est caractéristique, et à cause même de sa nature toute confidentielle, il a de la valeur comme couleur locale.

Pour les diverses causes que nous avons énumérées plus haut, M. Malan s'est trouvé assez promptement isolé dans le mouvement religieux de Genève, et son isolement s'est prolongé pendant plus de quarante années. On a vu ce! esprit ardent, courageux et dominateur conduire seul le petit troupeau qu'il avait rassemblé autour de lui ; le paître sans faiblir, sans se décourager, malgré les déceptions qu'il devait souvent éprouver et les défections qui devaient l'affliger. Homme fort et d'une foi inébranlable, M. Malan a tenu jusqu'au bout haut élevé le drapeau qu'il avait arboré au premier jour. Si, depuis de longues années, le réveil s'était étendu et affermi en dehors de son infatigable activité et entre les mains d'hommes d'une foi toute pareille à la sienne, il suivait néanmoins sa voie, ne réclamant l'aide de personne et refusant plus tard, en 4849, de fondre sa petite congrégation dans Yéglise évangélique, qui aspirait à réunir en une seule, toutes les dénominations nées du réveil à Genève1. Chose caractéristique î Malan n'a point laissé de successeur ; au-

1 Voir sur les motifs qui empêchèrent Malan de s'unir à la nouvelle église évangélique à Genève : La vieet les travaux de César Malan; ouvrage déjà cité: pag. 446 et suivantes et pag. 472.

cun aller ego n'a pris sa place quand la mort l'a couché dans le tombeau ; aucune voix ne s'est plus fait entendre dans celte chapelle du Pré-ïévêque, où s'était réunie, pendant près d'un demisiècle, Véglise du témoignage! Cette chapelle elle-même, — ô instabilité de tout ce qui porte un cachet humain ! — a été rasée un jour, et maintenant son lieu ne la reconnaît plus! Serait-ce à dire que l'on dût voir dans ces faits un jugement d'en haut sur l'œuvre accomplie par Malan ? A Dieu ne plaise! Non; celte œuvre a été sainte dans son principe, grande dans son développement, réelle et bénie dans ses effets; seulement, dès l'origine, elle avait trop reçu l'empreinte d'une seule personnalité, pour qu'elle pût vivre en dehors de cette personnalité et subsister après elle. Malan a été l'un des serviteurs de Dieu qui ont accompli les plus grandes choses sur cette terre; mais il semble que Dieu ne l'avait qualifié que pour l'œuvre spéciale qu'il a accomplie, et que le jour où cette œuvre a été achevée, Dieu a retiré à lui son serviteur. Et puis, ne l'oublions pas, le troupeau de M. Malan ne s'est pas réduit à ce que M. Chenevière appelait ironiquement le « petit régiment de demoiselles entre deux âges. » Son église véritable était à l'extérieur, dans quelques contrées de la Suisse française, par exemple, et surtout en Angleterre, en Ecosse et même en Amérique. Aussi ne sommesnous point autorisés à dire que si son œuvre a cessé ostensiblement à Genève, elle ait cessé ailleurs.

Ce n'est pas le moment de caractériser et de préciser le point de vue dogmatique et disciplinaire de M. Malan. Nous le ferons plus tard et lorsque nous aurons à envisager l'influence que cet homme remarquable a exercée directement sur le mouvement religieux dans le canton de Vaud.

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