‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 89 sur 243 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Elat religieux de Genève. (Suite.) — Publications de MM. Cellérier pere et Gaussen, et de M. Ami Bost. — Réponses à M. Chenevière, par Galland et Curtat.

Le discours de M. Chenevière sur les causes qui retardent les progrès de la théologie, etc., parut à la fin de l'année 1819; il avait été précédé de deux ouvrages dont nous allons nous occuper brièvement et qui, tous deux, eurent certainement quelque influence sur la publication du professeur de dogmatique à l'académie de Genève.

MM. les pasteurs Cellérier père et Gaussen, jugeant que le moment était opportun pour remettre en mémoire un monument de la foi des pères, donnèrent une nouvelle édition de la Confession de foi des églises réformées de la Suisse de 1566, et ils la firent précéder de quelques réflexions générales sur la nature, le légitime usage et la nécessité des confessions de foi.

Une confession de foi, disaient les pieux éditeurs, est l'expression et non pas la règle de notre foi. C'est un symbole, c'està-dire une marque à laquelle chacun peut reconnaître une église et l'enseignement religieux qu'on y reçoit. Par là nos églises ne chargent point les consciences d'un nouveau joug. Les inconvénients que l'on signale dans les confessions de foi tenaient à l'esprit d'un siècle persécuteur. C'est à cause de la liberté même qu'il est nécessaire à chaque église de dresser un formulaire de sa croyance.

Les églises sans confession de foi, continuaient MM. Cellérier et Gaussen, sont exposées: 1° à la confusion entre les prédicateurs, entre les docteurs, entre les membres du trou-

peau, entre l'église et les chefs de l'état, entre les églises ellesmêmes ; ainsi donc à Yanarchie; à une espèce de jacobinisme religieux donnant raison aux attaques du catholicisme. En second lieu, ces églises sont exposées à la tyrannie. Or, de quel droit, après avoir rejeté la foi de nos pères, punissons-nous des hommes qui lui sont demeurés fidèles?

On le voit, les éditeurs de la Confession de foi prenaient hautement la défense des hommes francs et courageux qui avaient déchiré les voiles derrière lesquels la compagnie cachait le travail dont la dernière fin était la substitution graduelle d'une croyance erronée à la foi des pères. Ils faisaient l'apologie des confessions de foi les plus strictement orthodoxes, au sein d'une église qui avait aboli toute confession de foi et qui s'en vantait comme d'un progrès di^ne d'éloges. Ils attaquaient ainsi avec une grande force, quoique indirectement, le fameux règlement du 3 mai 1817. Ils condamnaient enfin et ils stigmatisaient énergiquement la polémique violente, brutale, haineuse autant que superficielle, dont M. Chenevière avait donné l'exemple dans sa lutte avec les orthodoxes. M. Chenevière ne devait pas l'oublier.

La compagnie alarmée, — à ses yeux l'ennemi n'était-il pas déjà dans la place '? — fit faire publiquement son apologie par un de ses membres, M. le pasteur de Fernex, dont le discours eut toute la signification et toute la gravité d'une révélation singulièrement compromettante pour ceux auxquels elle était arrachée. On y avouait ingénument et avec des accents de douleur que, grâce à une franchise indiscrète et téméraire, le plan poursuivi de longue main par la compagnie, avait été dévoilé prématurément. L'église de Genève arrivait tout doucement au but; c'est-à-dire au genévianisme pur et simple, quand des voix im-

1 M. Chenevière dans son Précis des débats théoloyiques qui, depuis quelques années ont agité la ville de Genève (1824), avoue que la compagnie s'était efforcée en vain de détourner à temps les éditeurs de faire cette publication.

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