CHAPITRE IX
prudentes s'étaient mises à réclamer la vieille foi elle vieil Evangile. Le représentant de la compagnie ne pouvait s'empêcher de gémir sur la ruine d'un plan si subtilement élaboré et si longtemps et désormais si inutilement suivi.
Ces aveux, arrachés par la force des choses, ne tombèrent pas à terre. Sans perdre de temps, M. Bost écrivit et publia sa Genève religieuse en i8i9, dans laquelle il démasquait sans pitié ceux qui introduisaient dans l'église de nouvelles doctrines, contraires à celles de la réforme et que, pour cette raison, il appelle les novateurs 1 : « Nous ne devons pas nous attendre, s'écriait-il, à les voir se montrer avec la loyauté de l'homme qui s'appuie sur le vrai, ou qui est sincèrement dans l'erreur. Ils se cachent ou se montrent selon que leur intérêt les y porte ; ils avancent leurs opinions si elles sont en faveur; ils les enveloppent ou les renient même quand on les attaque avec trop de violence. Ils plient, ils tergiversent, ils taisent, ils intriguent, ils mentent en un mot. Il y a des ruses que l'Ecriture appelle des 'profondeurs de Satan, de sourdes menées, de lentes manœuvres par lesquelles on conduit, au bout d'un long espace d'années, une église à des résultats qui l'auraient effrayée si on les lui eût dévoilés tout d'un coup... Ils sont conduits comme ils conduisent eux-mêmes leurs églises, les yeux bandés par le père du mensonge, séduisant et étant séduits. Mais ils n'en sont pas moins des trompeurs 2 ! » Quel
4 La Genève religieuse se divisait en deux parties qui traitaient successivement du néologisme à Genève, du travail des novateurs et enfin de la réaction et de ses divers organes. C'était une apologie des chrétiens de Genève en même temps qu'un appel à la conscience et à la justice des Genevois ; apologie et appel fondés sur l'é~ tude historique et dogmatique du mouvement religieux.
* Genève religieuse, etc., pag. 8 et 9.
langage! quelle sévérité! quelle dureté, pourrait-on dire! Ne croirait-on pas entendre un Calvin foudroyant, de son éloquence indignée, les libertins, ou un Viret anathématisant les moyenneurs de son temps? Passant ensuite en revue les divers petits foyers de vie religieuse qui s'étaient allumés depuis peu d'années dans Genève, sous le souffle de l'Esprit de Dieu, M. Bost prenait la défense de la nouvelle église, de X église du M. Malan, de la publication de MM. Cellérier et Gaussen, des restes des moraves et des mystiques, etc.; il montrait que l'intolérance avait préparé les voies à la séparation par le besoin de la liberté de conscience. « Nous trouvions, dit-il, dans la décadence de la foi, de la discipline et de la morale de l'église nationale de Genève f une preuve que l'Esprit de Dieu ne V animait plus f
Au jugement de son auteur, la Genève religieuse était en quelque sorte le manifeste du réveil, sa première publication polémique et violente. On comprend donc facilement que M. Bost ait eu une vive émotion lorsqu'il vit son manuscrit prêt pour l'impression. Il se demandait s'il était convenable de dire maintenant ces choses, si vraies pourtant, et si le public les examinerait?
Nous ne savons'si ce que l'on appelle volontiers le grand public examina, comme il convenait de le faire, le procès qui était en train de se poursuivre entre la compagnie des pasteurs et les représentants de l'ancienne croyance de l'église de Genève; mais, ce que nous savons, c'est que le professeur Chenevière exprima tout haut dans son discours, quoique d'une manière aussi habile que possible, la douleur, l'irritation de ses collègues de la compagnie, et que, tout en ayant particulièrement en vue, paraît il, la publication de MM. Cellérier et Gaussen, il attaqua en même temps les vérités évangéliques énoncées dans les symboles et les confessions de foi de l'église chrétienne envisagée dans son ensemble.