‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 98 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

parcourait les cantons de Vaud et de Neuchâtel, contribuant puissamment au réveil, surtout dans le premier de ces cantons. Là, dès 1819, il entra en relation avec les jeunes pasteurs et ministres chez lesquels se manifestait quelque vie spirituelle. Procédant avec une simplicité sans pareille, il pénétrait dans leurs cures sans autre introducteur que lui-même.

M. Bost, dans sa biographie de Félix Neff, cite de ce dernier une lettre, écrite de Lausanne en 1820 et qui jette un jour intéressant sur ce que nous pourrions appeler les frémissements qui annonçaient l'apparition prochaine du réveil dans notre pays. « Le Seigneur, dit Neff, paraît ouvrir à la prédication de son Evangile une large porte dans ce canton ; et elle ne se fermera pas de sitôt, pourvu que l'on s'y conduise avec prudence et qu'on se garde d'agiter aucune question secondaire qui, sans être directement relative au salut, pourrait jeter l'alarme dans les esprits et leur faire craindre un schisme1. Mais s'il est nécessaire d'agir ainsi dans un pays dont le clergé s'attache aux doctrines orthodoxes, il ne l'est pas moins de travailler à y réveiller une foi vivante et véritable... » On voit quels progrès Neff avait faits depuis le jour où, sur les remparts de Genève, il proférait des paroles menaçantes contre les chrétiens. Le Journal de cet infatigable serviteur de Dieu, renferme également des détails précieux sur quelques uns des hommes qui marquèrent bientôt après dans le mouvement religieux et sur l'état spirituel dans lequel se trouvaient alors plusieurs localités de notre canton. C'est ainsi, qu'en parlant de Vufflens- la- Ville, Neff s'écrie: C'est un petit Eden que ce Vufflens! Il rend longuement témoignage à l'activité, au zèle, à la piété, au dé-

de Dieu, était d'origine zurichoise. Son nom a été francisé plus tard, sans aucune nécessité, ni raison. — La lettre ci-dessus est curieuse à plus d'un titre. La netteté du style et l'énergie de la pensée reproduisent déjà les traits essentiels du caractère de Neff.

4 Ces paroles étaient d'un grand sens.

vouement du pasteur R. Mellet. En passant à Cossonay, Neff y visite le pasteur Olivier père, « âgé d'environ cinquante ou soixante ans, mais qui n'a pas, comme tant d'autres, l'air appesanti et sensuel ; cela parle déjà en sa faveur. » Dans la conversation, M. Olivier « observa très judicieusement qu'on ne s'irritait pas autant contre les ennemis de l'Evangile, que contre ceux dont tout le tort est de s'attacher peut être trop à une certaine doctrine particulière, tandis qu'ils sont d'ailleurs évangélistes plus fidèles que ceux qui les blâment? Comment, disaitil, voulez-vous les ramener de leur esprit exclusif en les persécutant? C'est le moyen de les y confirmer; car vous leur prouvez, par votre conduite envers eux, que vous n'êtes pas chrétiens. » Dans cette même conversation, M. Olivier reconnaissait devant Neff que, dans le canton deVaud, il y avait bien aussi des néologues et des sociniens comme à Genè/e, mais qu'ils n'osaient pas se déclarer.

Vallony était alors suffragant à Cossonay. « Il passe, dit Neff, pour un jeune homme très éclairé en même temps que bien disposé. » De même que M. Olivier, il paraissait savoir très bien que, dans le vrai sens du mot. il n'y avait pas de chrétiens prononcés dans leurs paroisses; « mais, ajoute Neff, j'ignore ce qu'ils font pour en produire. » Enfin , à Lasarraz, Neff voit Henri Juvet, suffragant d'Eclépens, et qui se disposait à desservir le poste de l'Isle. « Quanta la doctrine, il est un des plus fidèles; il n'a pas honte de Christ et on parle beaucoup de lui. »

Les témoignages si favorables rendus par Félix Neff à plusieurs ecclésiastiques de notre canton, parmi lesquels nous aurions pu citer encore M. François Olivier, l'un des fils du pasteur de Cossonay, sont malheureusement accompagnés d'un certificat beaucoup moins flatteur, délivré à quelques-uns des ecclésiastiques du chef-lieu : « Je vis ce jour-là, chez R., deux ou trois ministres de Lausanne ou des environs ; selon toute apparence, ils me semblent plus mondains qu'autre chose. »

Page 1