CHAPITRE IV
Hlalolre de* Wranes depuis Clovl* jfa*iii'à la mort de Dagoher*.
§ 1er. Rèffne tic Cloris. — Conrernion des Francs m CfcristtftaUmt.
Avec Clovis commencent la certitude et l'intérêt de l'histoire des Francs. Jusqu'alors ce peuple n'a joué qu'un rôle secondaire dans le grand mouvement des invasions; et cependant à peine commence -t-il à s'établir, qu'il tend déjà à s'élever audessus de tous les autres Etats barbares. C'est que cette race, toute jeune encore et toute pleine de son énergie primitive, reçut dans son entière pureté le christianisme de l'Eglise latine, qui n'avait pas fait jusqu'alors de prosélytes parmi les Germains. Les Bourguignons et les Visigoths, au contraire, qui occupaient l'est et le midi de la Gaule, se trouvaient déjà affaiblis par un long contact avec la civilisation romaine, et de plus étaient entachés du vice de l'ariauisme. Rester séparé de l'Eglise, c'est-à-dire de la seule puissance qui eût la force sociale, c'était se condamner à une existence politique de courte durée. Aussi l'Eglise prit pour ainsi dire les Francs par la main et, pour prix de leur docilité à se laisser conduire, leur réserva l'empire de l'Occident.
Avènement de Clovis. — Défaite de Syagrius. — Clovis, fils du roi Childéric et de la Thuringienne Basine, parvint dès
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ràge de quinze ans au commandement de la tribu des Francs Saliens (481). Son royaume n'était composé que de l'île des Bataves et de l'ancien diocèse d' Arras et de Tournay ; son armée s'élevait à peine à cinq mille guerriers; et pourtant, avec ces faibles ressources, le jeune prince conçut l'audacieux projet de se substituer aux divers peuples qui occupaient la Gaule. Il s'associa une foule d'hommes des autres tribus de sa nation et sut les retenir à son service par le partage équitable des dépouilles. Alors il vint attaquer les milices romaines près de Soissons (486). Syagrius leur chef fut vaincu et se réfugia chez les Visigoths, dont le roi Alaric 11 le livra à Clovis. Le dernier représentant du nom et de l'autorité de Rome fut égorgé secrètement ; et le pays entre la Meuse et la Seine se soumit au vainqueur, qui fixa sa résidence à Soissons. Quelque temps après, Clovis réunit à ses Etats le vaste diocèse de Tongres (491).
Mariage de Clovis. — Gondebaud régnait alors en Bourgogne conjointement avec Godegisèle, après avoir fait périr ses autres frères, Chilpéric et Gondemar. Les deux filles de Chilpéric, toutes deux catholiques, vivaient en exil à Genève, se livrant aux pratiques chrétiennes et exerçant l'hospitalité envers les voyageurs, lorsque des députés envoyés par Clovis en Bourgogne virent la plus jeune qui se nommait Clotilde. « Témoins de sa beauté et de sa sagesse, et ayant appris qu'elle était du sang royal, ils dirent ces choses au roi Clovis. Celui-ci envoya aussitôt des députés à Gondebaud pour la lui demander en mariage. Gondebaud, craignant de le refuser, la remit entre les mains des députés, qui, recevant la jeune fille, se hâtèrent de la mener au roi. Clovis, transporté de joie à sa vue, en fit sa femme1. » L'épouse fidèle, dit Aimoin, liée à un mari infidèle, ne prit point de repos qu'il ne connût la vérité ; et dirigée par les conseils de Remi, évèque de Reims, elle entreprit de convertir Clovis par les enseignements de la charité et de la foi. Le roi consentit même à faire baptiser son fils aîné, et quoique la mort subite de ce jeune prince eût excité en lui quelques craintes superstitieuses, il se laissa persuader de répéter l'expérience sur son second fils, Clodomir. La tendresse conjugale avait préparé la conversion de Clovis; une victoire l'acheva.
Bataille de Tolbiac. — Conversion de Clovis. — Les Allemands ayant envahi à l'improviste le royaume des Francs Ripuaires, ceux-ci demandèrent l'appui des Saliens. Clovis, décidé par le danger commun, vole au secours du roi Sigebcrt,
1 Grégoire de Tours. Ui$t. eeele*. des Francs, liv. lï.
P1ŒM1ÉKE PÉRIODE. - CHAPITRE IV.
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son parent, et engage le combat à Tolbiac, près de Cologne. Comme les Francs, pressés par leurs ennemis, commençaient à se débander, « Dieu de Glotilde, s'écrie Clovis en levant les a mains au ciel, si tu m'accordes la victoire, je croirai en toi et «me ferai baptiser en ton nom; car j'ai invoqué mes dieux, et «ils ne possèdent aucun pouvoir puisqu'ils ne secourent pas «ceux qui les servent. » Aussitôt les Francs reprennent courage et les Allemands sont mis en fuite. Clovis soumit à ses lois une partie de leurs États dont il forma une province particulière (France du Rhin ou Franconie); les Allemands de l'Alsace et de la Souabe conservèrent leurs ducs héréditaires en payant tribut. Le reste alla s'établir dans la Rhétie, sous la protection de Théodoric *.
Après le retour de Clovis, l'évéque de Reims le pressa d'accomplir son vœu. Il hésitait par crainte de ses soldats; mais ceux-ci s'écrièrent : « Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels « et nous sommes prêts à obéir au Dieu immortel que prêche « saint Remi. » Aussitôt l'évéque fait préparer les fonts sacrés. On couvre de tapisseries peintes les portiques intérieurs de l'église, on les orne de voiles blancs; on répand des parfums, les cierges brillent de clarté, tout le temple est embaumé d'une odeur divine, et Dieu fit descendre sur les assistants une si grande grâce qu'ils se croyaient transportés au milieu des par • fums du paradis. Le roi pria le pontife de le baptiser le premier, et comme le nouveau Constantin s'approchait du baptistère pour s'y faire guérir de la vieille lèpre qui le souillait, le saint de Dieu lui dit de sa bouche éloquente : «Sicambre, baisse humblement la tête ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré*. » Deux sœurs de Clovis et trois mille de ses principaux guerriers sont baptisés avec lui (25 décembre 496). A dater de ce jour la monarchie franque fut fondée avec l'appui de l'Eglise. Celle-ci, qui s'était inclinée devant les rois couverts de pourpre, ! devint, selon l'expression de Sidoine-Apollinaire, la maîtresse ^ «les rois couverts de fourrures. Elle se servit des Francs pour propager l'unité de la foi ; mais en échange elle allait leur donner la prépondérance politique, et le baptême de Clovis annonçait de loin le sacre de Charlemagne.
Soumission du pays entre la Seine et la Loire. — Les quatre années suivantes furent signalées par d'importantes conquêtes. Secondé par les évêques catholiques qui gouvernaient les villes
i Celle partie de la nation des Alemanni demeura sous la dépendance des Oslrogoihs jusqu'au milieu du sixième siècle, époque où elle passa sous la domination des Francs.
1 Grégoire de Tours, liv. II, ch. 3*.
florissantes comprises entre la Seine et la Loire, Clovis n'eut pas de peine à y faire reconnaître son autorité. Cette partie du territoire gaulois, à laquelle des historiens modernes ont donné le nom de Confédération armoricaine, se rangea sous les lois de Clovis avec les débris des milices romaines qui s'y trouvaient encore. Dans la dernière année du cinquième siècle, le royaume franc comprenait, à l'exception de la presqu'île de Bretagne, tous les pays compris entre l'Océan, la Loire, la Saône et le Rhin.
Guerre contre les Bourguignons. — Dès-lors Clovis porta ses regards vers la Bourgogne pour venger les injures de Clotilde en satisfaisant sa propre ambition. Assuré du concours des évêques et de l'appui de Godegisèle, il vint attaquer Gondebaud, le battit près de Dijon et le serra de près dans Avignon. Mais la force de la place et les adroites négociations du Gaulois Aridius, déterminèrent le vainqueur à se contenter d'un tribut annuel. Après le départ des Francs, Gondebaud reprit l'offensive, vint assiéger dans Vienne son frère qui l'avait trahi, s'empara de la ville et fit périr Godegisèle avec tous ses partisans; la garnison franque que Clovis avait laissée à Vienne fut envoyée prisonnière au roi des Visigotbs (601). On ne sait si Clovis conduisit une seconde expédition en Bourgogne ; mais ce qui est certain, c'est que Théodoric, roi des Goths d'Italie, intervint en faveur de Gondebaud et obtint des deux peuples rivaux la cession de la Provence, qu'il fit administrer par son vicaire Gémellus. Gondebaud, de son coté, se concilia les Gaulois par la publication de lois très -équitables et flatta les évêques par l'espoir d'une conversion prochaine, qu'il sut pourtant différer jusqu'à sa mort.
Guerre contre les Visigoths. — Les populations catholiques du Midi, opprimées par les Visigoths ariens, désiraient vivement, dit Grégoire de Tours, la domination des Francs. L'expulsion des évêques de Tours et de Bhodez qui s'étaient placés sous la protection de Clovis, rendait la guerre imminente, lorsque Théodoric parvint par ses sages conseils à retarder la rupture entre Clovis son beau-frère et Alaric II son gendre. Les deux rois curent même une entrevue à Amboise et convinrent de vivre en paix. Mais quelque temps après, Clovis réunit ses guerriers au Champ-de-Mars et leur dit : «Je supporte avec grand chagrin que ces ariens possèdent une partie des Gaules. Marchons avec l'aide de Dieu, et après les avoir vaincus, réduisons le pays en notre pouvoir. » Les Francs applaudirent, passèrent la Loire près de Tours, dont ils respectèrent le territoire
consacré par le souvenir de saint Martin, et s'avancèrent vers Poitiers. Les Visigoths, qui les attendaient dans les plaines de Youglé, furent complètement vaincus et perdirent leur roi qui fut tué dans la mêlée de la main même de Clovis (507). Aussitôt le vainqueur partage son armée en deux corps : l'un, commandé par son fils aîné, va soumettre V Auvergne, le Rouergue, l'Albigeois, et parvient jusqu'à Arles; à la tète du second, Clovis s'empare de Bordeaux et de Toulouse, et assiège Carcassonne. C'en était fait delà monarchie desVisigoths si Théodoric ne leur eût envoyé des secours. Son général, lbbas, battit les Francs devant Arles et força Clovis à abandonner la première Narbonnaise, qui continua d'appartenir aux Visigoths sous le nom de Septimanie. Clovis se vanta d'avoir réuni l'Aquitaine à ses Etats. Mais cette incursion passagère ne peut passer pour une conquête sérieuse ; et les dévastations commises par les Francs dans ce pays y laissèrent les germes d'uue
inimitié profonde qui devait durer trois cents ans.
Bektions de Clovis avec le clergé. — Les évêques du Midi, assemblés en concile à Orléans, votèrent des remerciments au vainqueur des Visigoths, et Avitus, évéque de Vienne, lui écrivit : « Ta félicité est la nôtre, et quand tu combats, c'est nous qui gagnons la victoire. » En effet, outre l'avantage que le clergé catholique trouvait à l'abaissement des ariens, il y gagna des avantages temporels en recevant une part considérable des trésors, des terres et des serfs enlevés aux églises hétérodoxes. Clovis se montra magnifique envers les prêtres. Les donations qu'il leur fit furent déclarées inaliénables, et par là il les plaça parmi les grands propriétaires sur le même rang que les vainqueurs, « Cessez, disait-il dans ses diplômes, cessez d'être étrangers parmi les Francs, et que les possessions qui vous viennent de nous vous tiennent lieu de patrie. » Vers le même temps il reçut d'Anastase, empereur d'Orient, les insignes du consulat. Ce titre légitima les conquêtes du roi franc aux yeux des Gallo-Romains ; et comme pour montrer qu'il succédait pleinement aux droits impériaux, il vint fixer sa résidence à Paris, dans le palais même de l'empereur Julien.
Un seul peuple gaulois avait échappé jusqu'alors aux armes de Clovis : c'étaient les Bretons. Il somma vainement leur chef Budic de renoncer au titre de roi, et plaça des gouverneurs francs ou frisons dans les villes de Nantes, de Vannes et de Rennes. Toutefois, cette race énergique et fière parvint à repousser le joug étranger, et Hoel, fils de Budic, fut l'allié, mais non le sujet, des fils de Clovis,
HISTOIRE DU MOYEN-ACfi.
Crimes et mort de Clovis. — Après avoir assuré l'empire de la Gaule aux Francs, Clovis voulut établir à jamais la domination de sa tribu et de sa famille ; et le Barbare se retrouve tout entier dans la cruauté et la perfidie dont il usa pour atteindre ce but. Sigebert, roi des Ripuaires, Chararic qui s'était établi à Thérouanne, Ragnacaire et Renomcr qui régnaient, l'un à Cambrai, l'autre au Mans, périrent tous de mort violente avec leurs fils et leurs frères ; et Clovis, de gré ou de force, s'empara de leurs Etats et de leurs trésors. Tous les princes de la famille de Mérovée ayant ainsi disparu de la scène, les Francs ne reconnurent plus qu'un maître. « On rapporte cependant que Clovis, ayant un jour rassemblé les siens, parla ainsi de ses parents qu'il avait fait périr : «Malheur à moi qui suis resté comme un voyageur parmi des étrangers, n'ayant pas de parents qui puissent me secourir si l'adversité vient. » Mais il disait cela par ruse et non par douleur de leur mort, pour découvrir s'il avait encore quelque parent afin de le tuer ' . » Quoi qu'il en soit le conquérant ne jouit pas longtemps du fruit de ses travaux et de ses crimes. Quelque temps après, il mourut à l'âge de quarante-cinq ans (27 novembre 511), après avoir fondé la monarchie la plus illustre comme la plus ancienne de l'Europe.
g II. Divisions de« Ktats Francs sous les successeurs de Clovis. —
Frédégonde et Bruaehaut.
Partage du royaume de Clovis. — L'ardeur conquérante des Francs ne fut pas arrêtée par la mort de Clovis. Les vaillants compagnons qui lui survivaient continuèrent le cours de leurs succès, même sous des rois enfants, don t l'aîné seul était en âge de les conduire au combat. C'est que, malgré le partage du royaume de Clovis, la nation, ou plutôt l'armée des Francs, garda cette unité qui faisait sa force, et que l'assemblée générale continua de décider souverainement des affaires de l'Etat. La royauté franque n'était pas encore une magistrature politique, une fonction gouvernementale dans le sens moderne de ce mot. Le devoir des rois était de mener leurs hommes à la guerre ; leur puissance consistait dans la possession d'immenses alods avec lesquels ils attachaient à leur fortune de nombreux compagnons. Mais le démembrement de ces alods n'entraînait pas le démembrement de la puissance publique. Aussi verrons-nous les Francs pendant cette période réunir a leur empire la Bourgogne et la Thuringe, et s'étendre en Germanie; s'ils échouèrent en Italie
« Grégoire de Tours, liv. 11, ch. 12,
PItEMIÈUE PÊIUODE. — CHAI'ITUE IV. ^
et cd Espagne, ce fut plutôt par des causes accidentelles que par le défaut d'unité dans le commandement.
« Les Germains, dont les institutions politiques étaient dans l'enfance et ne s'étendaient guère au-delà du cercle étroit de la famille, ne surent trouver rien de mieux pour régler la succession du trône que de suivre l'usage observé pour la succession des patrimoines. Et comme chez eux les fils se partageaient les biens de leur père par portions égales, les fils de Clovis se partagèrent la Gaule aussi également qu'ils purent, sans avoir égard à l'intérêt de la population ni même à celui de leurs futurs Etats. La Gaule fut donc divisée par eux en quatre lots de même que s'il eût été question d'un pré ou d'un champ, et chacun de ces lots fut érigé en royaume4.» De là cette division qui nous semble si bizarre. Thierry, l'aîné, eut des possessions audelà du Rhin ainsi qu'entre le Rhin et la Meuse, avec Metz pour capitale, ce qui forma l'Ostrasie ou France orientale ; mais il obtint également des domaines en Aquitaine et en Auvergne. Childebert fut roi à Paris, à Senlis, à Tours et à Alby; Clodorair à Orléans et vers les Pyrénées ; Clotaire à Soissons et dans l'Aquitaine. Tous, au reste, fixèrent leur résidence en deçà de la Loire. Pour eux, le Midi était encore un pays étranger et hostile.
Conquête de la Thuringe. — A l'est des Francs, les Thuringiens, réunis aux Varnes et aux Hérules, avaient formé un royaume qui s'étendait des bords de l'Elbe aux rives du Necker, sous le gouvernement des trois frères : Baderic, Hermanfroi et Berthaire (515). Hermanfroi, voulant régner seul, se délivra de Berthaire et de Badaric avec l'appui de Thierry, auquel il refusa ensuite le prix du sang versé. Thierry, après avoir longtemps dissimulé sa colère, entra dans la Thuriuge en 530, vainquit Hermanfroi dans deux batailles, l'attira à une conférence, et le précipita du haut des remparts de Tolbiac. La Thuringe fut réunie à la France ostrasienne.
Guerre contre les Visigoths et les Bourguignons. — Les autres fils de Clovis, tous trois nés de la pieuse Clotilde, tournèrent avec empressement leurs armes contre leurs voisins hérétiques. Les prétextes ne manquèrent point pour justifier ces agressions. Le mariage de leur sœur avec Amalaric, roi des Visigoths, conclu comme un gage de paix entre les deux nations, n'était pas heureux. Les rigueurs exercées par un époux arien contre une princesse orthodoxe décidèrent Childebert à envahir la Septi-
* Cuérard, de la formation de l'Étal Social delà France, p. 6.
H1S101KE DU MOYKN-AtiE.
manie. Il prit et pilla Narbonne, et ramena sa sœur, qui mourut dans le trajet. Les Yisigoths ne tardèrent [pas à rentrer dans les places qu'ils avaient perdues (531). Quelques années auparavant, les trois rois, excités par leur mère, qui avait son père à venger, avaient tenté la conquête de la Bourgogne. Sigismond, roi de ce pays, essaya de conjurer l'orage en abjurant l'arianisme, et en se mettant sous la protection des évêques; mais le farouche Clodomir le vainquit, le fit prisonnier, et le jeta dans un puits avec toute sa famille. Lui-même, à son tour, tomba dans une embuscade et fut tué à Véseronce. Ses frères évacuèrent la Bourgogne, et revenus dans leurs Etats, ils égorgèrent de leurs propres mains deux fils de Clodomir, enfants innocents qui embrassaient leurs genoux en leur demandant la vie: un troisième, Clodoald (saint Cloud), échappa, et se voua au culte du Seigneur dans le village qui a gardé son nom1.
Après s'être partagé les États de leurs victimes, les rois de Paris et de Soissons reprirent la conquête de la Bourgogne, s'emparèrent d'Autun et des principales villes, détrônèrent Gondemar, successeur de Sigismond, et réunirent au royaume des Francs des provinces fertiles, populeuses et civilisées (524-534). Les Bourguignons payèrent tribut, servirent dans les armées des vainqueurs, et embrassèrent le catholicisme, mais conservèrent leur nationalité et leurs lois. L'arianisme disparut de la Gaule, et les Francs n'eurent plus de rivaux dans ce pays.
Expéditions des Francs en Italie. — Pendant que les fils de Glotilde étaient occupés à la conquête de la Bourgogne, l'Auvergne, mal disposée pour Thierry, s'était soulevée en faveur de Childebert. Ne pouvant contenir l'ardeur impatiente des siens, le roi d'Ostrasie les conduisit en Auvergne, et leur livra ce riche pays à ravager. Les hordes sauvages et à moitié païennes des Francs de l'est revinrent gorgées de butin, et suivies par de longues files de chariots et de prisonniers enchaînés. Sous le règne de Théodebert, fils et successeur de Thierry, une proie nouvelle leur est offerte : les Grecs et les Ostrogoths, qui se disputaient l'Italie, ayant appelé les Francs, Théodebert franchit les Alpes à la tête de cent mille combattants, et défait successivement les Ostrogoths et les Grecs, qui ont à Tenvi acheté son alliance ; mais des maladies contagieuses lui enlèvent le tiers de son armée, et il est forcé de ramener sur le Rhin ses
* voy. le réeU drtmaUqae de Grégoire de Touri, liv. 111, ch. 18.
ntEMlÈKE PÉRIODE. — CHAPITUE IV.
soldats chargés de dépouilles. L'année suivante, Justinien cède aux Francs les droits de l'empire sur la Provence, qui portait encore le titre illusoire de Préfecture des Gaules (540). Mais peu soucieux de l'amitié de l'empereur d'Orient, Théodebert, aussi actif qu'entreprenant, conçoit le projet de conquérir Constantinople en descendant le Dauube, et en soumettant sur sa route les Lombards et les Gépides. 11 meurt au milieu des préparatifs de cette expédition. Le règne de son fils Théodebald n'est remarquable que par une nouvelle et désastreuse invasion en Italie. Sous prétexte de secourir les Ostrogoths, Leutharis et Buccelin, avec soixante-quinze mille hommes, Saxons, Allemands ou Francs, traversent les Alpes et ravagent Tltalie supérieure ; mais ils divisent leurs forces, et pendant que l'armée de Leutharis est détruite par une épidémie sur les bords du lac Bénacus, IVarsès extermine celle de Buccelin près de Capoue (554). Théodebald ne survécut que d'un an à l'expédition aventureuse conduite sous son nom.
Démêlés de Childebert et de Clotaire. — Childebert et Cloiaire, d'abord rivaux , puis réunis contre les Visigoths qu'ils allèrent combattre sousles murs de Sara gosse, se brouillèrent de nouveau à la mort de Théodebald, dont Clolaire prit le royaume sans vouloir le partager avec son frère. Un fait rapporté par Grégoire de Tours nous montre quelle était l'indocilité et l'humeur belliqueuse de ses nouveaux sujets. Apres avoir rudement châtié les incursions des Saxons, Clotaire se montrait disposé à accepter leur soumission ; mais les Francs s'y opposèrent. Le roi leur dit : « Renoncez à votre projet, car le droit n'est pas de votre côté; ne vous obstinez pas à un combat où vous serez vaincus; mais si vous voulez y aller, je ne vous suivrai pas. » Alors, pleins de colère, ils se jetèrent sur lui, déchirèrent sa tente, l'accablèrent d'injures furieuses, et l'entraînant par force, ils voulurent le tuer, s'il différait de les mener au combat. Clotaire, voyant cela, marcha avec eux malgré lui. Leurs ennemis firent parmi eux un grand carnage, et Clotaire demanda la paix, en disant aux Saxons que c'était contre sa volonté qu'il les avait combattus.
Clotaire seul roi. — Ce roi avait envoyé son fils Chramne pour gouverner l'Aquitaine. Secrètement excité par Childebert, le jeune prince se révolta contre son père, et se jeta sur le Poitou et la Bourgogne, tandis que Childebert envahissait la Champagne ; mais ce dernier mourut bientôt après, ne laissant que des filles. Clotaire se mit en possession de son royaume et de ses trésors, et se trouva ainsi, comme Clovis, chef unique
de toutes les tribus franques (558). Chramne, révolté de nouveau, se réfugia auprès de Conobre, duc des Bretons, fut vaincu, et tomba entre les mains de son père, qui le fit brûler dans une cabane avec sa femme et ses enfants. Un an après, comme Clotaire chassait dans la forêt de Cuise, il fut saisi de la fièvre, et se rendit à Compiègne. Là, cruellement tourmenté ' par le mal, il disait : « Que pensez-vous que soit ce Roi du ciel qui fait mourir ainsi de si puissants rois?» Et il rendit l'esprit dans cette tristesse. Ses quatre fils le portèrent à Soissons avec de grands honneurs, et l'ensevelirent dans la basilique du bienheureux Médard (561) *.
Nouveau partage de Vempire Franc. — Les héritiers de Clotaire, comme précédemment ceux de Clovis, se partagèrent l'empire Franc , non d'après les divisions géographiques, mais d'après la valeur des domaines royaux. Chacun d'eux voulut aussi résider au nord de la Loire, en s'attribuant une part dans les conquêtes faites au midi. Caribert régna à Paris sur file de France et le Vexin, et en outre sur le Quercy, l'Albigeois et les villes des Pyrénées. Gontran eut Orléans pour demeure, et commanda principalement aux Bourguignons et à la plus grande partie de la Provence. Chilpéric I«r résida à Soissons, et gouverna la Neustrie, avec une partie de l'Aquitaine. Sigebert fixa son siège à Metz, et eut en partage la Champagne et l'Ostrasie en deçà et au-delà du Rhin. Là s'était presque exclusivement concentrée la race germanique ; et si la part de Sigebert paraissait moins brillante que celle de ses frères, la population belliqueuse de l'Ostrasie devait finir par obtenir la prépondérance sur les autres tribus franques. Déjà même allait commencer la lutte entre l'Ostrasie et la Neustrie, qui semblent personnifiées par deux femmes rivales, Brunehaut et Frédegonde; mais l'antipathie que nous verrons se produire et durer avec tant d'acharnement, prend sa source moins dans la haine réciproque de ces deux reines que dans la différence de caractère et d'intérêts qui sépare les deux pays.
Il fallait que les Francs eussent en eux une vitalité bien robuste pour résister comme ils le firent à ce nouveau partage de la monarchie de Clovis. Le défaut d'unité dans le gouvernement, les crimes odieux dont est souillée l'histoire des successeurs de Clotaire, la violence des factions, les invasions extérieures, rien ne put empêcher cette race d'établir solidement sa domination dans la Gaule. Et c'est même une chose
1 Grégoire de Tours, liv. IV, ch. 21.
digne de remarque, qu'au sortir de toutes ces révolutions, l'empire Franc se soit retrouvé debout, puissant et exerçant encore la suprématie sur les autres nations barbares.
Incursions des Avares et des lombards.— La seconde année de son règne, Sigebert eut à repousser une invasion des Avares, peuple d'origine turque venu des monts Altaï. Vaincu et fait prisonnier, il charma le chef de ces étrangers par son courage et par la beauté de ses traits; et il obtint la retraite des Avares, qui allèrent s'établir entre les Carpathes et l'embouchure du Danube. Les Lombards venaient de quitter ces contrées pour conquérir l'Italie, et ils se trouvèrent à leur tour les ennemis des Francs; mais leurs tentatives au-delà des Alpes furent plutôt des incursions partielles que de véritables invasions. Amatus, patrice des Bourguignons, ayant été tué en Provence par une de leurs bandes, le roi Gontran éleva à sa place Emu us Mummolus, l'un de ces Romains illustres qui se taisaient barbares à la cour des rois Francs. Celui-ci, pendant plusieurs années (569-57G), tint la campagne, dispersant successivement les Lombards à mesure qu'ils passaient les Alpes, et il acquit la renommée du plus grand homme de guerre de son temps.
Double mariage de Sigebert et de Chilpéric. — En vertu de la coutume germaine qui permettait aux rois d'avoir plusieurs femmes, les fils de Clotaire s'abandonnaient à leurs passions grossières; et malgré les remontrances du clergé, leurs mœurs domestiques étaient très-scandaleuses. Seul Sigebert contrastait avec ses frères par la pureté de ses mœurs. Il avait épousé Brunehaut, fille du roi des Visigoths Athanagild, princesse élégante, ambitieuse, imbue des traditions de la royauté impériale telle qu'on la pratiquait en Espagne. Chilpéric qui, après avoir répudié Àudovère, s'était attachéà une femme de basse naissance nommée Frédégonde , voulut aussi avoir une épouse de sang royal. Il demanda et obtint la main de Galsuinthe, sœur aînée de Brunehaut , et lui donna même pour douaire les villes qu'il possédait en Aquitaine. Mais bientôt Frédégonde reprit son ascendant ; la malheureuse Galsuinthe fut étranglée dans son lit, et Brunehaut pour venger la mort de sa sœur poussa son mari à faire la guerre à Chilpéric. Déjà les hostilités avaient éclaté entre TOstrasie et la Neustrie, après la mort de Caribert, arrivée en 567. Ses frères s'étant partagé ses possessions, Paris fut divise par tiers, Marseille par moitié, et l'Aquitaine fut tellement démembrée qu'il en résulta de sanglantes querelles. Les Francs des deux nations ravagèrent si cruellement ce
malheureux pays, qu'il y eut alors, dit Grégoire de Tours, de plus grands gémissements dans l'Église de Dieu que pendant la persécution de Dioclétien.
Assassinat de Sigebert. — Sigebert fut entraîné à la guerre contre son frère autant par le ressentiment de Brunehaut que par l'ardeur des bandes indisciplinées qu'il commandait. Deux fois il envahit les Etats de Chilpéric sans pouvoir faire respecter par ses soldats barbares et à demi païens ni la foi des serments ni les lois de l'humanité. Maître de presque tout le royaume de Soissons, il se prépare à assiéger son frère réfugié dans Tournai. Déjà même il est proclamé roi par les Neustriens épouvantés, lorsque des émissaires de Frédégonde sortent de la foule et le poignardent (575). Aussitôt les Neustriens reprennent leur roi Chilpéric. Brunehaut reste prisonnière entre les mains de ses ennemis; mais les leudes d'Ostrasie enlèvent le jeune roi Cbildebert, fils de Sigebert, et le conduisent à Metz. Gontran, dont le rôle, pendant toute cette période, est celui d'un pacificateur, cherche à tenir la balance entre les deux peuples rivaux; voyant l'Ostrasie affaiblie , il s'allie avec Childebert et l'adopte même comme héritier de son propre royaume.
Rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. — Emprisonnée dans la tour de Bouen , Brunehaut inspire une violente passion au jeune Mérovée, fils de Chilpéric et d'Audovère. Celui-ci la délivre et l'épouse; mais poursuivi par son père, il se cache d'asile en asile , et finit par tomber sous les coups des satellites de Frédégonde. Brunehaut, réfugiée en Ostrasie, est en butte aux violences et aux outrages des leudes : « Qu'il te suffise, lui « disaient-ils, d'avoir gouverné le royaume sous ton mari; a maintenant c'est ton fils qui règne, et il est sous notre pro- « tection. » Jaloux de Gontran , les Ostrasiens tournent leurs armes contre lui , et même se liguent avec Chilpéric. Mais la Bourgogne est sauvée par l'habileté du patrice Mummolus, et bientôt après Chilpéric meurt assassiné (584). Frédégonde dont il avait découvert .et dont il voulait punir les désordres, est accusée de ce meurtre par l'opinion publique. . Cette femme cruelle , vrai type de la barbarie germanique, avait fait périr successivement les fils nés du premier mariage de Chilpéric, sans que ce prince avare et sanguinaire eût cherché à mettre obstacle à ses crimes. Mais la main de la Providence s'était appesantie sur elle en la frappant dans ses propres enfants. Il ne lui restait plus qu'un fils âgé de quatre mois, Clotaire II. Frédégonde fut alors obligée de recourir au roi de Bourgogne. Elle se plaça elle et son fils sous la protec-
lion de Gontran, qui vint à Paris, et s'adressant au peuple rassemblé dans l'église, le supplia d'épargner ce qui restait de la race de Glovis. Cette alliance de Gontran et de Frédégonde intimida les leudes ostrasiens, qui, n'osant agir par eux-mêmes, suscitèrent contre Gontran un fils vrai ou feux de Clotaire Ier, nommé Gondovald. L'Aquitaine s'émut et s'empressa de reconnaître le prétendant; les seigneurs bourguignons firent cause commune avec l'aristocratie ostrasienne; mais Gondovald ayant été assiégé et tué à Comminges, cette défaite porta un coup terrible au parti des leudes; l'autorité royale reprit le dessus; Brunehaut s'empara du pouvoir et ménagea une étroite alliance entre Childebert et Gontran, alliance cimentée par le traité d'Andelot (587). Les rois d'Ostrasie et de Bourgogne se garantirent leurs Etats , se rendirent mutuellement les leudes qui avaient passé d'un royaume dans l'autre , et maintinrent le» dons faits à l'église et à leurs fidèles.
Quelques années plus tard, Gontran meurt à Cbàlons-sur- Saône, sa résidence habituelle, et Childebert se met en possession de la Bourgogne (598). Cet accroissement de puissance le décide à déclarer la guerre à Frédégonde, qu'il accuse de fomenter des conspirations contre lui. Mais son armée, trompée par une ruse grossière, est battue par les Neustriens près de Soissons. 11 expire bientôt après (595), laissant deux fils, Théodebert et Thierry, qui régnent séparément en Ostrasie et en Bourgogne sous la tutelle de leur aïeule Brunehaut. Pendant ce temps Frédégonde consolide par de nouveaux succès le trône de son fils, et meurt à son tour sans avoir reçu en ce monde la juste punition de ses crimes (597) : l'empire des Francs sa trouve alors divisé entre trois rois enfants qui ont chacun leur maire du palais.
Guerre entre les deux fis de Childebert.— Aussitôt les Ostrasiens et les Bourguignons réunis envahissent la Neustrie. Clotaire II, vaincu àDormeille, perd successivement ses meilleures villes et abandonne par un traité tous ses Etats à ses ennemis, sauf douze cantons entre la Seine et la mer. C'en était fait de la Neustrie si les deux fils de Childebert étaient restés unis. Mais Brunehaut, par sa sévérité despotique, avait mécontenté les leudes ostrasiens qui tournèrent contre elle l'esprit de Théodebert et la firent chasser ignominieusement; la vieille reine se réfugia en Bourgogne, obtint sur l'esprit de Thierry un ascendant sans bornes, et recommença contre les grands de ce pays la même lutte qu'en Ostrasie. Malgré l'opposition des leudes qui tuèrent son favori Protadius dans la tente même du roi , elle
parvint alors à allumer la guerre entre les deux frères (C05). Les Bourguignons , d'abord vaincus , perdirent, le Sundgun et l'Alsace et virent les Ostrasiens ravager leur pays jusqu'au lac de Genève. Mais ils eurent bientôt leur tour. Thierry , après s'être assuré de la neutralité de Clotaire II, réunit une armée considérable, battit son frère près de Toul et de Tolbiac et le fit mettre à mort avec ses enfants (612). De là il allait marcher contre Clotaire et peut-être réunir sous son sceptre toute la monarchie franque, lorsqu'il mourut à Metz presque subitement.
Supplice de Brunehaut.— Cet événement inattendu changea la face des choses. Les leudes d'Ostrasie , qui craignaient de voir Brunehaut ressaisir encore une fois le pouvoir pendant la minorité des fils de Thierry , s'entendirent avec ceux de Bourgogne pour livrer le pouvoir à Clotaire. 11 fut résolu, dit Frédégaire, qu'on ne laisserait échapper aucun des fils de Thierry, et qu'on les tuerait tous avec Brunehaut. Warnachaire, maire de Bourgogne, Arnoul et Pépin, les deux plus puissants seigneurs de l'Ostrasie , furent les chefs de cette conspiration d'où Ton peut faire dater la ruine de la royauté mérovingienne. Aussitôt que Clotaire parut avec une armée sur les bords de l'Aisne, les troupes que Brunehaut lui opposait prirent la fuite à un signal donné et furent poursuivies mollement. La défection devint universelle. Clotaire fit tuer deux des quatre fils de Thierry et raser le troisième. Quant au quatrième , il disparut le jour même de la bataille sans qu'on pût jamais retrouver ses traces. Brunehaut, arrêtée au château d'Orbe, dans le pays des Transjurans, fut livrée à Clotaire, qui lui reprocha la mort de dix rois. Outre les crimes qu'elle pouvait avoir réellement commis, on lui imputa tous ceux de Frédégonde. Pendant trois jours elle fut abreuvée d'outrages et livrée aux tortures. Enfin on la lia par les cheveux , par un pied , par un bras à la queue d'un cheval indompté qui la mit en pièces (613).
Ainsi périt cette reine fameuse qui, au milieu de ses violences, se distingua par d'éminentes qualités; ainsi furent vaincues avec elle par la barbarie germanique et par l'aristocratie des leudes la civilisation romaine et la monarchie impériale qu'elle avait essayé de restaurer. La victoire de Clotaire termina la première période de la lutte entre l'Ostrasie et la Neustrie; mais cette victoire qu'il devait aux barbares, aux Ostrasiens , devait être fatale à sa race et à la Neustrie ellemême.
SI
S HI. Région delà moaarchie Franqae tout Clôture II «t Dagobert.
Puissance des Leudes. — La mort de Brunehaut met fin à cette longue période de crimes et de guerres civiles que nous venons d'indiquer rapidement; le fils de Frédégonde, seul représentant de la race de Clovis, réunit sous son sceptre les trois royaumes. Mais son triomphe est plutôt la consécration de la puissance des leudes et des évêques que la restauration du principe monarchique. En effet, Radon est institué maire du palais en Ostrasie et Warnachaire en Bourgogne; ce dernier reçoit même de Glotaire le serment de n'être jamais dégradé. Un concile, tenu à Paris, conserve au peuple la libre élection des évêques, et soustrait les clercs à la juridiction des officiers royaux; il défend en outre d'obéir aux ordonnances du roi qui seraient contraires aux lois, abolit tous les impôts établis sous les fils de Clotaire Ier, et confirme irrévocablement aux églises et aux seigneurs toutes les concessions qui leur ont été faites. Peu après, Clotaire rassemble, à Bonneuii- sur-Marne, les grands de la Bourgogne et leur assure de nouveau le maintien de leurs privilèges (617).
Dagobert est investi de t Ostrasie. — Les leudes savaient que la victoire de Clotaire était leur propre victoire, et ils agissaient en maîtres. Dans une sédition ils mirent à mort Herpon , duc de la Transjurane, et conspirèrent même contre la vie du roi, qui fut obligé de punir du dernier supplice le patrice Aléthée. Un autre leude, dont le jeune Dagobert, héritier du trône, avait puni l'insolence, excita le père contre le fils et faillit amener une de ces tragédies domestiques qui avaient ensanglanté la période précédente. Bientôt Clotaire ayant accédé à la demande des Ostrasiens en leur donnant Dagobert pour roi, on vit éclater un nouveau symptôme de la sourde inimitié qui divisait les deux Ëlnts. « Dagobert, étant venu à Clichy, réclama tous les pays qui avaient appartenu au royaume d' Ostrasie. Comme Clotaire s'y refusait fortement, les deux rois convinrentde s* en rapporter au jugement de douze nobles francs. Arnoul, évêque de Metz, ayant parlé avec beaucoup de douceur pour rétablir la concorde entre le père et le fils, les prélats et les hommes sages réussirent à les pacifier. Clotaire rendit tout ce qui dépendait del'Ostrasie et ne retint que ce qui était situé au -delà de la Loire et du côté de la Provence. Dagobert, habile et brave, partit alors, avec le duc Pépin, pour aller gouverner son royaume 1 » (625).
Victoire de Clotaire sur les Saxons. — A peine avait-il pris
1 Vie de Dagobert. N
possession de l'Ostrasie, qu'il fut attaqué parles Saxons. Vaincu sur les bords du Weser et blessé en combattant au premier rang, il appela son père, qui accourut eu toute hâte. Clotaire tua de sa main Bertoald, chef des ennemis, dispersâtes Saxons, et pour les frapper de terreur, fit massacrer tous les prisonniers dont la taille dépassait la hauteur de son épée. Il mourut au
, retour de cette expédition (628) , avec la gloire d'avoir pacifié l'empire des Francs. En effet, dit un écrivain moderne, si l'on compare ce règne aux époques de trouble et de violence qui le précédèrent et le suivirent, il semble, avec celui de Dagobert, un temps calme entre deux orages.
Indépendance du Midi de la Gaule. — Clotaire II laissait un autre fils, Charibert. Mais le roi d'Ostrasie se mit en possession de la Neustrie et de la Bourgogne. Cédant enfin aux réclamations de son frère, il lui abandonna la Saintonge, le Périgord et les provinces de Cahors et de Toulouse jusqu'aux Pyrénées, à la condition qu'il ne lui demanderait rien autre chose du royaume de leur père, Charibert établit sa résidence à Toulouse et fit alliance avec les Gascons de la Novempopulanie en épousant la fille de leur duc Amandus. A partir de cette époque, l'Aquitaine, qui n'avait jamais été complètement soumise, s'agita pour se rendre indépendante des Francs, et après la mort de Charibert, Amandus se déclara en faveur des fils de ce prince. Dagobert s'opposa au rétablissement du royaume de Toulouse. 11 envoya même, en 635, une grande armée dans le Midi et reçut des chefs gascons le serment qu'ils seraient fidèles à lui, à ses fils et à l'empire des Francs. Malgré cette promesse, l'Aquitaine refusa d'obéir, et cette antipathie des deux races amena plus tard une guerre d'extermination.
Puissance de Dagobert. — Dans les premiers temps de son règne, Dagobert avait visité les différentes parties de ses vastes États, faisant admirer en tous lieux sa fermeté, ses lumières et sa sagesse, reudant la justice à tous avec une parfaite équité et sans recevoir aucun présent. Mais à son retour en Neustrie, il ne s'occupa plus, selon Frédégaire. que de recueillir des trésors et s'abandonna sans mesure à la débauche. Certes le jugement de l'histoire ne doit excuser ni sa cupidité ni ses excès, mais la pensée politique qui dirigeait la conduite de Dagobert a échappé
! aux chroniqueurs contemporains. Il voulait par son faste rehausser le pouvoir royal, et s'il reprit aux leudes les bénéfices dont ses prédécesseurs les avaient comblés, ce fut pour les distribuer à d'autres guerriers plus dévoués et plus soumis. Le séjour de TOstrasie, où il se trouvait sous la tutelle d'Arnoul et