‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 17 sur 65 · partie ' ",,v ,il · texte numérisé non relu

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les serfs et tous les malheureux trouvèrent sous les arceaux des cloîtres la même protection que sous les portiques des cathédrales.

Saint Colornban. — Un des plus illustres missionnaires de cette épo-

1 Cette règle fut introduite dans la Gaule eu 545 par saint Maur, disciple de aini Benoit , et devint dès lors la loi unique de tous les monastères peodaut ix cents ans.

que vint du monastère de Bangor. Il était Irlandais et s'appelait Colomban, comme le fondateur d'Iona, avec lequel on l'a souvent confondu. Accompagné de douze autres religieux, il parcourut la France, et à sa voix les écoles reprirent leur éclat, les églises furent réparées et les cérémonies du culte observées avec la décence convenable. Après avoir fondé les abbayes de Luxeuil et de Fontaine, il encourut l'inimitié de Brunehaut, dont il blâmait librement Y orgueil et les désordres; et tous ceux qu'il avait irrités par ses réformes le firent chasser de la Bourgogne. Accueilli en Ostrasie par Théodebert, il détruisit les restes du paganisme sur la rive gauche du Rhin, et répandit la parole de Dieu sur l'autre rive. Aidé de ses disciples, Maug et Gall, u convertit les Suèves et les Alemanni, qui habitaient aux environs du lac de Constance, et établit des couvents qui plus tard devinrent des villes. A la mort de Théodebert, Colomban, privé de son protecteur, passa en Italie et y bâtit l'abbave de Bobbio, où il mourut en 6<5. Saint Kilian, autre Irlandais, m a roda sur ses traces, et, vers 685, baptisa un grand nombre de néophytes dans la Franconie, où fut établi, un demi-siècle plus tard, l'église épiscopale de Wurtzbourg (Herbipolis.)

Conversion des Bavarois. — Les Bavarois, après s'être faits chrétiens sous le règne de Thierry Ier, étaient retombés dans l'idolâtrie. A la Gn du septième siècle, une princesse mérovingienne convertit son mari Théodon III, duc de Bavière, et Rupert, prélat issu du sang royal, est considéré comme le principal apôtre des Bavarois. Il quitta son siège de Worins pour se fixer parmi les païens à Junavia et y instituer l'église métropolitaine de Salzbourg. A la mort de ce saint homme (74 8), l'Irlandais Virgile continua son œuvre et eut la gloire de baptiser les habitants encore sauvages de la Carinthie.

Apôtres anylo-saœons. — Saint Boniface. — Les royaumes anglosaxons ne furent pas moins riches que l'Irlande en illustres prédicateurs. Saint Wigbert mourut premier abbé de Fritzlar, en 747, et saint Wilfrid,évêque de Northumberland, entreprit la conversion des Frisons. Willebrord, compatriote et disciple de Wilfrid, lutta contre l'obstination du duc Ratbod grâce à la protection des Héristals, fonda l'évêché d'Utrecht, au centre de la Frise, explora les côtes de la mer du Nord,

Prêcha l'Evangile parmi les Saxons, qui demeuraient à l'embouchure de Elbe, et expira après quarante ans de fatigues et d'apostolat (730). Mais tous ces missionnaires furent surpassés par le célèbre Winfrid, qui changea son nom anglais pour le nom romain de Boniface, si bien

iustifié par ses actions. Le succès qu'obtinrent ses prédications parmi es Hessois, les Thuringiens et d'autres tribus païennes de la Germanie, attira sur lui les regards du pape Grégoire II- Ce pontife reconnut combien les talents et le courage de saint Boniface étaient propres à étendre l'influence du christianisme et du saint-siége. Il lui conféra la dignité d'évêjpie et le nomma son légat en Germanie (723). A l'aide du crédit dont il jouissait à la cour de Rome et parmi les Francs, sous Charles Martel et ses fils, Boniface organisa fortement le christianisme dans tous les pays nouvellement convertis; il distribua en quatre évêchés les églises naissantes de Bavière, fonda deux autres sièges dans la liesse et la Thuringe, et fit rendre le titre de métropole à Mayeoce,

ville qui, depuis les dévastations des Barbares, avait été forcée de céder Je premier rang à celle de Worms (746).

En possession de ce siège important, Bonifacc exerça pendant quelques années une juridiction absolue sur toute la Germanie chrétienne, où il sut maintenir avec énergie l'unité catholique cl la pureté de la Toi. Mais au milieu des honneurs spirituels, celle âme ardente n'aspirait qu'aux rudes travaux de l'apostolat. Avant de se démettre de son siège

four retourner aux pieuses fatigues de sa jeunesse, il écrivit au prêtre ulrade la lettre suivante : « Je te prie, au nom du Christ, d'aller trouver « en mon nom notre glorieux et aimable roi Pépin et de lui annoncer que « je dois vraisemblablement succomber bientôt à mes infirmités et finir « le cours de celle vie temporelle. Aussi je voudrais avant ma mort « savoir quelle récompense if réserve à mes fidèles amis. Je suis inquiet « de leur sort, désirant qu'ils ne soient pas dispersés comme des brebis « sans pasteur et que les peuples qui habitent la frontière des païens « ne perdent pas la loi du Christ. Je désirerais que mon fils Lulle me « succédât, s'il plaît au roi, comme docteur et prédicateur des prêtres « et des peuples, et je demande cela surtout parce que nos prêtres mè- « nent là une pauvre vie. Us peuvent se procurer du pain pour manger, « mais non des vêlements pour se couvrir *. » Conformément à ses vœux, Lulle fut investi du siège deMayence, cl le roi des Francs promit de veiller au sort des colonieschréliennes. Libre alors, Boniface retourna comme simple missionnaire dans les marais duZuiderzée, pays infécond pour la semence divine, dit son hagiographe. En effet, il y trouva le martyre. Le 5 juin 755, une Iroupc de païens pénétra dans son campement, près de Dorckum, et massacra l'illustre vieillard avec cinquante de ses compagnons. Le corps de Boniface, d'abord déposé à Utrecht,fut transporté, par Lulle, dans le monastère de Fulda; et ce lieu sanctifié par le tombeau du héros chrétien devint un centre de lumières pour TOccident.

Ainsi pénétrèrent au milieu de la barbarie germanique la foi et la civilisation chrétiennes. La résistance des tribus qui avaient conservé l'ancien culte teutonique futencore, il cstvrai, énergique et longue, et ne céda qu'à l'épée du victorieux Charlcmogne. Mais déjà même le paganisme saxon avait été attaqué par lesdisciples dcWillcbrord elde Bonifacc. Les missionnaires avaient ou vertla voie aux guerriers, et sur ce point, comme dans tout le reste de l'Occident, le triomphe de l'Église était désormais assuré.

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