‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 18 sur 65 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

HlMioli-e politique et religieuse de l'FmpIre [d Orient députai la mort de Tkéodoae Jugou'a celle de Lcoii-l'Iaaurleii.

g 1er. Successeurs de Tkcodose. — Règne de

L'empire romain d'Orient, ou, pour mieux dire, l'empire grec byzantin est vulgairement appelé le bas empire; et cette

i D. Bouquet, Script. Franç., I. v, p. 483. *

expression moderne indique avec exactitude la décadence progressive à laquelle nous assisterons dans le cours de cette histoire. Cet empire comprenait pourtant les plus belles et les plus riches contrées de l'ancien monde : en Europe, la Grèce et ses îles, la Thrace et la Dacie jusqu'au Danube ; en Asie, l'Asie- Mineure avec une partie de la Mésopotamie, la Syrie, la Phénicie ; en Afrique, l'Egypte et la Cyrénaïque. Mais l'organisation intérieure resta en Orient ce qu'elle était en Occident, c'est-à-dire pleine d'abus et de vices, qui s'accrurent à mesure que s'affaiblit l'autorité centrale. Exclusivement occupés de querelles théologiques, d'intrigues de cour, de séditions militaires ou de jeux publics, qui souvent dégénéraient en guerres civiles, la plupart des empereurs furent impuissants à défendre les frontières et à surveiller les provinces. En appesantissant sur leurs sujets un despotisme sans gloire, ils obtinrent une servilité sans dévouement; et l'activité humaine, au lieu de s'appliquer aux grandes choses, s'épuisa dans de misérables disputes. Cependant la masse toujours imposante de cet empire, sa civilisation avancée, l'éclat de quelques noms s'élevant au milieu de l'abaissement général, méritent encore l'attention de l'historien. C'est pour lui un devoir de suivre les destinées d'un peuple qui lutta pendant plus de dix siècles contre les Barbares et contre ses propres vices, et qui devait en succombant léguer à l'Europe les trésors de l'érudition des anciens.

Arcadius. — Avec l'indigne fils du grand Théodose commence la décadence de l'empire grec (395). Gouverné tour à tour par Rûûn, par Eutrope, par l'impératrice Eudoxie, Arcadius vit ses Sujets livrés aux dévastations d'Alaric , aux violences des Goths auxiliaires commandés par Gainas, aux brigandages des Isauriens, aux incendies et à la famine. Après treize ans d'un règne désastreux, il mourut, laissant un fils en bas âge, Théodose II, sous la tutelle d'Anthémius, préfet du prétoire. Ce ministre gouverna l'empire avec fermeté et céda ensuite le pouvoir à la sœur aînée de Théodose, Pulchérie, qui reçut à seize ans le titre àAugusta et le gouvernement de l'Orient (414).

Gwrre avec les Perses sous Théodose I*T. — Pulchérie a mérité le reproche d'avoir, dans un but ambitieux, éloigné l'empereur des affaires, en lui inspirant les goûts d'un anachorète et d'un rhéteur; mais il faut reconnaître qu'elle porta dignement un sceptre qui devait paraître lourd aux mains d'une femme. On la vit protéger sans hésitation les chrétiens de l'Orient contre les Perses, ces anciens rivaux de l'empire. La monarchie Néo- Persane, fondée en 226 par Artaxercès Ier, était alors gouvernée

par Bahram V. Les Mages accusèrent les disciples de Jésus- Christ d'avoir insulté au culte du feu et provoquèrent une persécution violente. Pulchérie refusa de rendre les chrétiens fugitifs et envoya une armée à leur secours. Cette expédition fut signalée moins par des exploits guerriers que par la charité d'Acace, évêque d'Amida, qui racheta sept mille Persans captifs et les renvoya à Bahram pour lui donner l'exemple de l'humanité et de la tolérance. En effet, ce prince promit de respecter les chrétiens, et la trêve qui termina cette guerre fut observée pendant quatrevingts ans par les deux partis (422). Quelque temps après, l'ouverture de la succession d'Arsace, roi d'Arménie, donna lieu à un dissentiment passager, puis à un traité de partage. Les Grecs et les Perses s'étant immiscés dans les querelles des deux fils du roi défunt, mirent fin à cet antique royaume. Une partie du pays, sous le nom de comté d'Arménie, passa aux Romains; le reste, avec la dénomination de Persarménie, augmenta les provinces persanes (431-440).

Attila menace l'Orient, — Cependant un ennemi plus redoutable encore que les Perses menaçait l'empire d'Orient : c'était le farouche Attila, dont nous avons indiqué plus haut les ravages et les prétentions excessives. Après avoir imposé à l'empire un tribut ignominieux, le roi des Huns, irrité de la duplicité des ministres byzantins, préparait à Théodose une humiliation nouvelle, lorsque l'empereur mourut en 450. Pulchérie donna sa main et l'empire au sénateur Marcien, qui sut maintenir l'ordre dans l'Etat et la paix dans l'Eglise. Il refusa de payer le tribut à Attila, et sa fière réponse contribua sans doute à détourner le torrent vers la Gaule et vers l'Italie. Sous son règne, les Sarrasins et les Nubiens furent contenus dans leurs déserts ; mais les Ostrogoths, les Héruleset d'autres peuples, s'établirent avec son consentement dans la Pannonie, dans la basse Mésie, dans l'Illyrie. C'est de là que ces tribus barbares devaient partir pour s'emparer de l'Italie et mettre fin à l'empire d'Occident.

Léon /et. — Zénon. — Marcien survécut peu à l'illustre épouse qu'il honorait comme une sainte (457). Apres lui, le patrice Aspar, attaché à l'arianisme, n'osa prendre la couronne pour lui-même et fit proclamer le Thrace Léon, simple tribun militaire et ancien intendant de sa maison. Pour la première fois, la religion consacra par la cérémonie du couronnement les droits du nouveau souverain; mais le choix des soldats, en s'imposant au peuple et au sénat, sembla ramener le fatal usage des élections militaires. Avec l'aide de la garde isaurienne, Léon Ier se défit de son bienfaiteur, dans lequel il redoutait de trouver un

rival; mais il ne racheta ce crime par aucune action glorieuse. Ses généraux réussirent, il est vrai, à éloigner de l'empire les débris de la nation des Huns ; mais l'expédition qu'il envoya contre les Vandales échoua honteusement par l'impéritiede son beaufrère Basiliscus. N'ayant pas d'enfant mâle, il laissa en mourant la couronne au fils de sa fille Ariane (474). Zénon, chef de la garde isaurienne et père du jeune prince, se fit associer à l'empire et bientôt régna seul. Mais ses vices et sa bassesse le rendirent méprisable, et une révolution transféra un moment le sceptre à Basiliscus. Devenu odieux à son tour, l'usurpateur fut renversé sans effort. Zénon ne reprit l'exercice du pouvoir que pour se replonger dans la mollesse ou pour lutter par des exécutions sanglantes contre des troubles toujours renaissants. Sa femme, Ariane, profitant d'une léthargie à laquelle il était sujet, le fit, dit-on, enterrer vivant, et appela au trône à sa place Anastase, simple officier du palais*(49i).

Anastase, — Renouvellement de la guêtre de Perse. — Le nouvel empereur, généralement estimé, commença par abolir la vénalité des charges introduite par Zénon, supprima d'autres impôts détestés et défendit sévèrement les combats des hommes contre les bètes. Il triompha d'une révolte des Isauriens, repoussa avec succès les incursions des Slaves et des Bulgares, et construisit en Thrace, du pont Euxin à la Propontide, un mur de dix -huit lieues pour défendre Constantinople; mais il fut moins heureux contre les Perses. Après de longs désordres qui suivirent la mort de Bahram, Pérozes s'était emparé de la couronne par le secours des Huns nephtabtes établis au nord du Caucase et de la mer Caspienne ; mais bientôt la discorde éclata entre lui et ses alliés, et malgré l'intervention pacifique de Zénon, il périt en les combattant (488). Cabadès, son fils, soutint le fanatique Mazdak qui prêchait le communisme, et les mages, ligués avec la noblesse, mirent à sa place son frère Giamasp. Pour remonter sur son trône, le roi fugitif ne craignit pas d'implorer le secours des Barbares qui avaient tué son père ; puis, quand il fallut payer ces dangereux auxiliaires , il s'adressa à Anastase, et sur le refus de celui-ci , déclara la guerre à l'empire (502). Pendant trois ans l'Arménie et la Mésopotamie furent horriblement dévastées, et Cabadès punit la glorieuse résistance d'Amida par le massacre de tous les habitants de cette ville. Anastase se vit forcé d'acheter, au prix de onze mille livres d'or, une paix qui ne fut qu'une trêve, mais dont il sut profiter pour relever les villes détruites.

Justin Itr< — Les dernières années d' Anastase furent agitées

par de sanglantes querelles religieuses. Après luî, les catholiques, qui avaient pour eux l'autorité morale et la supériorité numérique, firent choix d'un prince dont l'orthodoxie ne fût point suspecte ; et le Thrace Justin, qui, de simple pâtre, était devenu par son mérite commandant des gardes du palais, fut proclamé empereur (518). Aucune guerre civile ou étrangère ne troubla ce règne de neuf ans. Le questeur Procius administra sagement l'empire; les complots furent étouffés, et l'ambitieux Vitalien paya de sa vie la popularité qu'il avait acquise en combattant Anastase. Atteint d'une maladie mortelle. Justin Ier se démit de l'empire en faveur de son neveu Justinicn qu'il avait adopté, et qui avait su gagner l'affection du clergé et du peuple par son orthodoxie et par sa magnificence (527).

Caractère de Justinien. — Le règne de Justinien est pour l'empire grec une période de grandeur en comparaison des temps qui le précédèrent, et surtout de ceux qui le suivirent. A ce titre, il mérite d'être exposé avec quelques développements. Mais, il faut le dire, les exploits des généraux et les travaux des juris consultes contribuèrent plus que le caractère personnel du prince à l'éclat de ce règne. Justinien ne commanda pas lui-même ses armées, et souvent la versatilité de son esprit le rendit ingrat ou imprévoyant. Cependant il eut le mérite, toujours rare, de distinguer et d'employer les hommes les plus remarquables. 11 sut concevoir de grandes entreprises, et réussit à les exécuter.

Conquêtes en Afrique, en Italie, en Espagne. — Tel fut le projet de replacer sous l'autorité impériale les principales provinces de l'ancien empire d'Occident. Les ressources dont le souveraiu de Byzancc pouvait disposer étaient encore respectables, tandis que la plupart des Etats germains, formés après l'invasion, se trouvaient déjà sur leur déclin. Justinien profita de ces deux circonstances pour attaquer séparément et successivement les Vandales, auxquels il reprit l'Afrique (534), et les Ostrogoths, sur lesquels il reconquit l'Italie (535-553). (Voir pour plus de détails le chap. III.) En Espagne, les enseignes romaines reparurent grâce à l'imprudence du roi des Visigoths Athanagild, qui sollicita le secours de Justinien contre son compétiteur Agila. Les Grecs, appelés dans la Péninsule, y prirent possession de toute la Bétique orientale, qu'ils conservèrent jusqu'en 624. (Voir le même chapitre, § Ier.) Ainsi l'empire romain semblait sur le point de se reconstituer en Occident. Mais Justinien était obligé de diviser ses forces pour défendre POrient contre les Perses; et sur ce point, l'empire s'épuisa dans une série de guerres longues et sanglantes, où les victoires étaient presque aussi désastreuses que les revers.

Bélisaire. — Guerres contre les Perses. — - La défection des Lazes, qui s'étaient convertis au christianisme et s'étaient donnés à Justin Ier, causa la première guerre avec les Perses. Cabadès fit attaquer les Grecs, qui construisaient la forteresse de Mindone sous les ordres de Bélisaire. Compagnon des plaisirs peu honorables du prince, ce général fut élevé à la préfecture d'Orient quand Justinien parvint au trône, et il fit oublier l'origine de sa faveur par la manière dont il la justifia. Il défit d'abord les Perses près deDara; et si l'ardeur de ses troupes lui fit perdre la bataille de Callinique, il sauva du moins sa réputation et la Syrie par d'habiles manœuvres. L'incapacité de son successeur aurait perdu l'Asie romaine sans la mort prématurée de Cabadès (531). Le nouveau roi de Perse, dans le commencement d'un règne mal affermi , écouta les propositions de Justinien, et conclut avec lui, moyennant une somme considérable, une paix qui reçut le vain nom de Paix perpétuelle.

Le règne de Chosroès, surnommé Nushirwan, c'est-à-ûire Ame généreuse, est l'époque la plus brillante de la monarchie néopersane ; il rendit le repos à la Perse déchirée par l'anarchie et le fanatisme, veilla à l'administration des provinces, fit appliquer les lois sans avoir égard au rang des personnes, et encouragea l'agriculture. Célèbre par sa justice , il le devint aussi par son amour pour les lettres et les sciences. Mais Chosroès était ambitieux, et il apprit avec autant d'étonnement que de jalousie les victoires de Bélisaire en Italie, et la prise de Borne (540). Sous de frivoles prétextes, il recommença les hostilités, et, tout en déplorant les malheurs de la guerre, il entra dans la Syrie, qu'il dévasta cruellement. Bientôt il fut maître d'Hiérapolis , d'Aparaée et même d'Autioche , qui , après une vaine résistance, fut brûlée en grande partie. Arrivé sur les bords de la mer, il offrit un sacrifice au soleil. Puis, de retour à Ctésiphon, il y fit bâtir, par les captifs syriens, une ville nouvelle sur le modèle des villes grecques.

Chosroès, qui méditait de vastes projets de conquêtes, ne se serait point contenté de l'invasion de la Syrie si Bélisaire n'eût réussi à l'arrêter . Le général romain pénétra jusqu'en Perse, prit position sur le bord de l'Euphrate, couvrit la Palestine, et parvint même avec une poignée d'hommes à inquiéter le grand roi dans sa retraite. Après le rappel de Bélisaire, quinze généraux, sans accord et sans talents, conduisirent en Arménie trente mille Romains que quatre mille Perses mirent en fuite presque sans combat, et l'on pouvait penser que Chosroès allait reprendre l'avantage ; mais la peste vint suspendre les cala-

mités de la guerre, et Chosroès ayant ensuite tourné ses armes vers la Colchide, un armistice de cinq ans rendit quelque repos à l'Orient (545).

Guerre des Lazes. — Les Lazes, qui habitaient l'ancienne Colchide , s'étaient rattachés à l'empire, comme nous l'avons dit plus haut ; mais cette alliance leur coûta la liberté. La forteresse de Pétra fut construite dans leur pays plutôt pour les surveiller que pour les défendre ; et ils ne tardèrent pas à s'indigner des exactions et des violences commises par les officiers impériaux. Chosroès, auquel ils s'étaient d'abord soumis, les souleva à son tour par son intolérance, et ils appelèrent de nouveau les Grecs. Aussitôt Justinien leur envoya un secours de huit mille hommes ; mais la guerre resta concentrée sur ce théâtre éloigné. Les Perses furent successivement chassés des positions qu'ils occupaient, et Chosroès se décida à abandonner un pays qu'il ne pouvait garder contre le vœu de ses habitants (556). Enfin, le traité de 562, qui rétablit les anciennes limites des deux empires, mit fin aux hostilités. Chosroès renonça à ses prétentions sur la Colchide et sur les pays voisins; mais les Romains s'engagèrent à payer un tribut annuel de trente mille pièces d'or.

Invasion des Bulgares. — Trois années avant la conclusion de ce traité, Justinien avait eu à repousser une formidable invasion de Barbares. Une peuplade hunnique, les Avares, fuyant devant les Turks, avait pénétré au delà du Dniéper, et déterminé un grand mouvement parmi les tribus slaves ou tartares qui pesaient sur les frontières septentrionales de l'empire. Pendant que les Slaves envahissaient la Mésie, la Macédoine et la Grèce, les Bulgares dévastaient la Thrace. En 559, Zaber-Khan, leur chef, entraînant sur ses pas une foule de peuples de toute race, traversa le Danube, alors gelé, franchit le mur d' Anastase, et vint camper à quelques lieues de Constantooplc. Au milieu de la consternation générale, Bélisaire, disgracié, sort de sa retraite ; il se met à la tête des gardes et des citoyens armés, trompe les Barbares sur ses forces réelles eu faisant allumer des feux dans toute la campagne, les étonne, les presse et les rejette au delà du Danube. 11 les eût sans doute exterminés, s'il eût été mieux secondé par une cour envieuse et corrompue.

Mort de Bélisaire et de Justinien. — Peu de temps après, une 1 onspiration contre les jours de Justinien fut découverte : deux officiers de Bélisaire y furent impliqués, et déclarèrent, dans les tortures, qu'ils avaient agi d'après les secrètes instructions de

leur général. L'empereur, qui avait éprouvé pendant quarante ans la fidélité de Bélisaire, n'hésita pas néanmoins à le croire coupable, confisqua tous ses biens, et le retint prisonnier. Son innocence fut bientôt reconnue : on le rendit à la liberté ; mais il mourut peu après, succombant à une douleur qui abrégea sa vie. Une tradition postérieure, qui a exercé l'imagination des poètes et des artistes, nous représente le vainqueur des (ioths et des Vandales condamné à perdre les yeux et réduit à mendier son pain. Si elle ne repose sur aucun texte authentique, elle prouve du moins combien les esprits avaient été frappés par ce mémorable exemple de l'ingratitude des princes. Justinien ne survécut que huit mois au héros dont il avait si mal reconnu les services. Il expira à quatre-vingt-trois ans, après trentetrois ans de règne (565).

Administration intérieure, — L'administration intérieure de Justinien ne fut point en rapport avec l'éclat que ses guerres et ses conquêtes ont attaché à son nom. Les abus les plus odieux furent maintenus, et l'empereur toléra le trafic public des emplois et des dignités. Les peuples furent accablés par des impôts d'autant plus écrasants que le chiffre et le mode de recouvrement en étaient laissés à l'arbitraire des officiers du fisc. La plupart des industries, notamment celle de la soie, qui venait d'être importée de la Chine dans l'empire, furent soumises à un monopole oppressif. Des comètes, des tremblements de terre, des incendies et une peste affreuse, qui enlevait jusqu'à dix mille personnes par jour, épouvantèrent et affligèrent les populations. Enfin de sanglantes séditions, nées dans l'Hippodrome, donnèrent lieu à de véritables guerres civiles.

Sédition Nika. — La plus fameuse fut celle de 532, qui faillit coûter à Justinien le trône et la vie. Depuis longtemps les anciennes factions des conducteurs de chars s'étaient réduites à deux : les bleus et les verts, ainsi nommés de la couleur de leurs vêtements. A la rivalité des amours-propres, s'était jointe l'animosité des opinions religieuses. Les verts étaient secrètement attachés à la famille d'Anastase et à l'arianisme, tandis que les bleus soutenaient hautement la cause de Justinien et de l'orthodoxie. Sûrs de la faveur du prince et de l'impunité, les bleus se portèrent à toute sorte de violences contre leurs rivaux ; et un jour que les verts troublaient les jeux par leurs clameurs, Justiuien leur imposa durement silence. « Nous sommes pauvres, « nous sommes innocents, répondirent-ils; une persécution gé- « nérale accable notre parti et notre couleur. Nous voulons bien « mourir, empereur, mais pour votre service. » Justinien ayant

continué ses invectives, ils coururent aux armes. Bientôt les bleus, irrités du supplice de deux assassins, qui appartenaient à leur faction, se joignent aux révoltés. Les prisons sont forcées; le soulèvement devient général ; et, pendant six jours, le massacre, le pillage et l'incendie désolent Constantinople.

Maîtres du champ de bataille, les verts proclamèrent Hypatius, neveu d'Anastase. Si celui-ci eût marché résolument sur le palais, il était empereur : car Justinien, désespéré, avait fait préparer des navires, et voulait fuir avec ses trésors. L'impératrice Théodora s'opposa seule à cette résolution pusillanime. (Tétait une ancienne danseuse, de mœurs dissolues, que Justinien avait fait asseoir avec lui sur le trône, mais qui sut réparer par sa conduite et son courage les désordres de ses premières aunées : « La mort est tôt ou tard inévitable, s'écria-t-elle ; mais il est nécessaire de ne pas survivre à son honneur. Peut-il y avoir de plus glorieux tombeau qu'un trôue? » Les bleus furent ramenés par la persuasion au parti de Justinien, et Bélisaire, à la tête de trois mille vétérans, balaya les rues, refoula les mutins au Cirque, et fit main basse sur eux. Hypatius, abandonné , fut exécuté secrètement. Cette sédition a reçu le nom de nika (victoire), du mot de ralliement que les rebelles s'étaient donné.

Monuments de Justinien. — Justinien témoigna peu de goût pour les lettres; il supprima même les écoles d'Athènes fondées par les Antonins. 11 est vrai que ces écoles, devenues le dernier refuge de la philosophie païenne, se trouvaient par conséquent en opposition avec la religion de l'Etat. En revanche, l'empereur dépensa des sommes considérables pour les monuments religieux ou civils. Il rebâtit sur un plan nouveau la célèbre cathédrale de Sainte-Sophie, construisit une foule d'églises à Constantinople et à Jérusalem, releva de leurs ruines Carthage et Antioche , et depuis Belgrade jusqu'à la mer Noire établit sur le Danube une ligne de quatre-vingts places fortes.

Travaux législatifs. — Mais les travaux législatifs de Justinien ont plus contribué à immortaliser sa mémoire que les guerres et les monuments. Dans l'espace de dix siècles, le nombre infini des lois et des opinions avait fait de la jurisprudence un véritable chaos, et les juges étaient la plupart du temps obligés de prononcer d'après leurs seules lumières. Pour mettre quelque unité dans cette législation on avait publié les Codes grégorien, hermogénien et théodosîen. Les deux premiers, dont il ne reste que des fragments, renfermaient les constitutions de tous les empereurs païens depuis Adrien jusqu'à Constantin; le troi-

sième, que nous avons en entier, celles de tous les empereurs chrétiens depuis Constantin jusqu'à Théodose II inclusivement. La première année de son règne, Justinien ordonna à Tribonien et à neuf autres jurisconsultes de revoir les ordonnances de ses prédécesseurs contenues dans les trois codes, d'en faire disparaître les erreurs et les contradictions et d'en retrancher tout ce qui était superflu. Achevé en quatorze mois, le nouveau recueil fut publié sous le nom de Code de Justinien (528). Puis vinrent les Institutes, qui réduisirent en principes élémentaires, à l'usage des écoles, tout le système des lois romaines; les Pandectes ou Digeste, qui renfermèrent les décisions de deux mille traités de jurisprudence et le résumé d'un nombre immense de sentences; enfin les Novelles, ou authentiques, qui furent le recueil des édits rendus par Justinien lui-même depuis 534 jusqu'en 565. Cet ensemble forme le corps du droit romain, base de presque toutes les législations modernes. Comme tous ces codes s'accordent à reconnaître pour absolue la volonté de l'empereur, la législation romaine, en s'introduisant dans les nouveaux Etats européens, y contribua fortement à raffermissement et à l'extension de l'autorité monarchique.

g II. Suite de l'histoire politique depuis la mort de Justinien jusqu'aux derniers

empereurs Héraclides.

Règne de Justin //.—Justin II, neveu de Justinien, lui succéda sans opposition. Il fit revivre en sa personne le titre de consul, et en acquittant les dettes de son prédécesseur inaugura son règne par un acte de loyauté. Peu de temps après son avènement, il reçut une ambassade des Avares, qui sollicitaient avec hauteur le titre d'alliés. Mais sa fermeté imposa aux Barbares; ils s'éloignèrent des terres de l'empire, s'enfoncèrent dans la Germanie, et allèrent attaquer les Ostrasiens. L'alliance et le départ d' Alboin, roi des Lombards, leur procurèrent ensuite un établissement fixe et de nouvelles chances de succès.

Les Turks, à leur tour, envoyèrent des députés à l'empereur pour le prier de ne pas protéger les Avares, qui s'étaient soustraits par la fuite à leur obéissance. Justin accepta avec empressement l'alliance de ces peuples, dont les descendants devaient, neuf siècles plus tard, renverser l'empire byzantin. Le traité fut porté au pied des monts Altaï, où les Grecs trouvèrent le khan des Turks, Djesabul, couché sur un lit d'or massif, au milieu des dépouilles de l'Asie (572). Cette alliance donna à Justin une confiance qui ne fut point justifiée par le succès. Irrité de ce que Chosroès, dans une expédition en Arabie, avait attaqué le

prince chrétien d'Abyssinie, il suspendit le tribut annuel payé aux Perses, et encouragea dans leur révolte les chrétiens de la Persarménie. Malgré ses quatre-vingts ans, Chosroès entra en campagne avec l'ardeur d'un jeune homme, assiégea et prit Dara, tandis qu'un de ses lieutenants insultait les faubourgs d'Antioche et brûlait Apamée. En même temps Justin voyait l'Afrique ravagée et perdait l'Italie. Retenu dans son palais par la maladie, il n'était instruit ni des plaintes du peuple ni des vices du gouvernement. Mieux instruit des dangers de l'Etat, il se décida enfin à abdiquer en faveur de Tibère, capitaine de ses gardes (578).

Tibère.— Le nouveau prince était aussi remarquable par ses vertus et ses talents que par ses qualités extérieures, et Constantinople vit en lui un autre Trajan. Pendant qu'il arrêtait, en Thrace, les progrès du redoutable Baian, khan des Avares, sou général Justinien remportait sur Chosroès la grande victoire de Mitylène, forçait le vieux roi à repasser l'Euphrate en fugitif, et pénétrait dans l'Assyrie. Chosroès mourut de douleur, laissant le trône à son fils Horsmidas, qui souleva les Perses par sa cruauté et sa tyrannie. Celui-ci voulut continuer la guerre ; mais ses troupes furent battues à Constantine par le vaillant Maurice, qui obtint en récompense la fille de Tibère et l'espoir de l'empire. Bientôt une mort prématurée enleva Tibère à l'amour de ses sujets, et Maurice monta sur le trône (582).

Révolution en Perse. — En même temps une révolution, renversait Horsmidas et menaçait de détruire la monarchie néopersane. Pendant que les provinces s'insurgeaient de toutes parts, les Turks avaient envahi la Bactriane, et se disposaient à opérer leur jonction avec les Romains. Le satrape Bahram s'empara des défilés de l'Hyrcanie et y écrasa les Turks ; puis il marcha contre les Romains, qui s'avançaient du côté de PAraxe, et fut battu. Jaloux des premiers succès de son général, Horsmidas prétendit l'humilier en lui envoyant une quenouille et des habits de femme. Cette insulte fut le signal d'un soulèvement universel. Arrêté par ceux mêmes qu'il avait retenus dans les fers, le tyran fut soumis à un jugement public, chose inouïe dans les annales de l'Orient. On lui creva les yeux, et bientôt après il périt percé de flèches. Chosroès II, son fils, le remplaça; mais Bahram refusa de reconnaître le nouveau roi, et l'obligea à s'enfuir sur les terres de l'empire. Maurice accueillit favorablement Chosroès, et le fit rentrer en Perse avec une puis* santé armée. Il y trouva un peuple repentant et irrité contre Bahram, qui s'était emparé du sceptre, mais sans pouvoir faire

consacrer son usurpation par les mages. Vaincu dans deux batailles, le satrape se réfugia chez leà Turks, ses anciens ennemis : le remords et le désespoir abrégèrent ses jours (591). Chosroès II, rétabli, reconnut les secours des Romains par la cession de Martyropoiis. de Dara et de toute la Persarménie, et jusqu'à la mort de Maurice les deux empires oublièrent leur ancienne rivalité.

Maurice renversé par Phocas. — Mais si la puissance des Romains se relevait en Orient , leurs armes étaient moins heureuses en Europe. Depuis le départ des Lombards, les Avares, gouvernés par Raian, avaient fondé un empire qui s'étendait des Alpes au Pont-Euxin. Toujours plus exigeant à mesure qu'il obtenait plus de concessions, le chef barbare s'était emparé de Sirmium et de Singidunum, et dominait tout le cours du Danube. Il désolait la Thracc par ses incursions, et faisait trembler l'Italie. Maurice, après avoir annoncé le dessein de conduire la guerre en personne contre les Avares, en confia le soiu à son frère Pierre, qui prit honteusement la fuite devant .'ennemi. Priscus, habile général, effaça cette honte en tuant soixante mille hommes aux Barbares; mais il fut rappelé, et pendant l'interruption des hostilités, Maurice mécontenta l'armée par des réformes intempestives. Son refus de racheter douze mille prisonniers, qui furent massacrés par les Avares, porta au comble l'exaspération des troupes. Le centurion Phocas, officier si obscur que Maurice ignorait même son nom, les conduisit jusqu'à Goustantinople. Maurice, abandonné, abdiqua, et Phocas se fit sacrer dans l'église de Saint-Jean-Baptiste (602). Mais une voix imprudente ayant rappelé à l'usurpateur que Maurice vivait toujours, le malheureux prince fut arraché de son asile et massacré avec cinq de ses fils. Peu de temps après, son sixième fils, ses trois filles et sa femme périrent à leur tour, et le tyran n'usa de son pouvoir que pour ordonner des supplices. A la fin, son propre gendre, Crispus, projeta d'en délivrer l'empire; et, de concert avec le sénat, il appela le jeune Héraclius, lils de l'exarque d'Afrique. Phocas ne songea à la défense que quand il vit dans la Propontide les vaisseaux d'Héraclius, aux mâts desquels flottait l'image sacrée du Christ. Mais il était trop tard. Arrêté par les siens et conduit devant Héraclius, Phocas expira dans d'horribles tourments, et la reconnaissance publique éleva sur le trône impérial le libérateur de la patrie (610).

Règne d'Héraclius.— Première période de revers. — Le règne d'Héraclius, qui so compose de revers accablants et de glo-

deux faits d'armes , semble être l'image de son caractère , mélange de faiblesse et d'héroïsme. Une destinée malheureuse voulut que ses triomphes fussent placés entre une double série de désastres.

Les crimes de Phoeas eurent des suites funestes pour l'empire, même après sa mort. Sous prétexte de venger son bienfaiteur, Chosroès II avait envahi les provinces de l'Asie, et tout en dévastant les villes florissantes de la Syrie, il commandait la soumission au nom d'un imposteur qui se disait le fils de Maurice. En vain Héraclius lui offrit son amitié. Le roi des Perses n'en continua pas moins le cours de ses succès. Àntioche , Césarée et Damas tombèrent en son pouvoir. La ville sainte de Jérusalem fut pillée et livrée aux flammes, et on imputa aux Juifs et aux Arabes le massacre de quatre-vingtdix mille chrétiens (614). Les cavaliers persans surprirent Peiuse, la clef de l'Egypte, et reconnurent la longue vallée du Nil jusqu'aux frontières de l'Ethiopie. Alexandrie succomba ; les étendards de Chosroès flottèrent sur les murs de Tripoli, et l'ancienne colonie grecque de Cyrène fut anéantie. Dans la même campagne (615-616) une autre armée alla de l'Euphrate au Bosphore de Thrace. Chalcédoine se rendit après un long siège, et les Perses campèrent plusieurs années en vue de Constantinople. C'en était fait de l'empire si Chosroès avait eu des vaisseaux; mais du moins sa domination s'étendit tout à coup jusqu'à FHellespont et au Nil , qui avaient été jadis les bornes de la première monarchie persane.

Pour comble de malheurs, les Avares reparurent plus menaçants que jamais et vinrent planter leurs tentes devant la capitale. Pour les éloigner, Héraclius employa l'or, ou du moins les prières. Mais pendant qu'il conférait avec leur khan, les Barbares l'attaquèrent à l'improviste, et l'empereur ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Us le poursuivirent, pillèrent les faubourgs de Constantinople et emmenèrent une multitude de captifs (619). Héraclius s'adressa alors à un ennemi plus généreux, et le satrape Sain, qui commandait l'armée de Chalcédoine, lui offrit amicalement de conduire une ambassade auprès du grand roi. Malheureusement il s'était mépris sur les intentions de son maître, et il fut écorché vif par l'ordre du cruel Chosroès.

Celui-ci annonçait le dessein de substituer la religion des Mages à celle de l'Evangile. Mais cette prétention même, l'intolérance des chrétiens schismatiques qui revenaient à la suite de Chosroès, et la différence des mœurs et des langues élevaient

une barrière insurmontable entre les vainqueurs et les vaincus. Il semblait que le roi lui-même se défiât de la stabilité de son pouvoir; il se hâtait de lever sur les peuples des tributs énormes et de transporter en Perse les richesses des provinces de P empire. Au moment où l'empereur, désespérant du salut de Constantinople , se disposait à transférer à Carthage le siège du gouvernement, Pexcès du malheur rendit aux Grecs quelque courage. Le patriarche Sergius , qui entrevoyait la ruine de la religion dans l'abandon de la capitale, conduisit Héraclius à Sainte-Sophie et lui fit jurer de vivre et de mourir avec le peuple que Dieu lui avait confié. Le clergé et les particuliers livrèrent avec empressement leurs trésors pour les employer à la délivrance de l'empire, et dans cette circonstance critique l'Eglise d'Orient sauva la chrétienté.

Période de succès. — Après avoir acheté pour deux cent mille pièces d'or la neutralité des Avares, Héraclius, craignant d'exposer Constantinople en risquant une bataille sous ses murs, transporta en Citicie le théâtre de la guerre. Il commença par exercer ses troupes, excita leur enthousiasme religieux et" remporta sur les Perses une victoire signalée dans ces plaines d'Issus où leurs ancêtres avaient été défaits par d'autres Grecs (622). L'année suivante il va débarquer à Trébizonde, rassemble les troupes qui avaient passé l'hiver dans le Pont, et entraînant contre les Perses les soldats chrétiens de PArménie, il se frave une route jusqu'au centre de l'empire de Chosroès. Partout il éteint le feu sacré des Mages et ruine même Urmia , patrie de Zoroastre, pour venger la profanation du Saint-Sépulcre. II pénètre jusqu'aux villes royales de Casbin et d'Ispahan , dans une suite de combats heureux disperse trois armées ennemies qui l'entourent, les oblige à se renfermer dans des villes fortifiées et va prendre à Salban ses quartiers d'hiver. Au retour du printemps , il opère sa retraite en franchissant de vive force l'Euphrate et le Sarus, rentre en Cappadoce et revoit les côtes de PEuxin et sa capitale après trois ans d'absence (625).

Chosroès épuisa ses Etats pour former trois armées, dont Pune devait assiéger Constantinople et seconder les opérations du khan des Avares. A la tête de quatre-vingt mille hommes et d'une foule de Bulgares , de Slaves et de Gépides , Baian se croyait déjà maître de la ville et refusait de traiter, lorsque les Grecs reçurent d'Héraclius un secours de douze mille soldats couverts de fer. L'énergie de l'empereur passa dans Pâme de ses sujets. Les Barbares furent repoussés dans dix assauts consécutifs et leurs vaisseaux détruits dans le port. Baian brûla

ses machines et se retira avec des pertes énormes, mais toujours menaçant.

Cependant Héraclius, maître du Phase et de FAraxe , tenait en échec l'armée que Chosroès appelait orgueilleusement les cinquante mille piques d'or. L'alliance des Turks Khozares , alors répandus autour de la mer Caspienne , amena du côté de l'Oxus une utile diversion dont il profita pour reprendre l'offensive. Tandis que la révolte éclatait dans le camp persan de Chalcédoine, l'empereur livrait à Chosroès une bataille décisive, non loin des ruines de l'ancienne Ninive. L'intrépidité d'Héraclius entraîna le succès de cette journée où l'armée du grand roi fut anéantie. Sans perdre un instant le vainqueur traverse et dévaste l'Assyrie jusqu'alors inaccessible aux armes romaines, et marche sur Ctésiphon; mais se défiant trop de sa fortune, il se replie sur Tauris. Les trésors de Chosroès, la reprise de trois cents drapeaux, la délivrance d'une foule innombrable de captifs furent le prix de cette glorieuse expédition.

Héraclius reçut à Tauris la nouvelle d'une révolution dont Chosroès venait d'être la victime. L'obstination du vieux roi à continuer cette guerre désastreuse lassa les Perses. Siroès, l'un de ses fils, se mit à la tête des mécontents, détrôna son père et le jeta dans un cachot, où il mourut, après avoir vu massacrer tous ses autres enfants. Avec lui finit la gloire des Sassanides. Le nouveau roi s'empressa de conclure un traité de paix qui rendait aux Grecs toutes leurs provinces et le bois de la vraie croix (628). Les deux empires sortirent de la lutte également épuisés , également incapables de soutenir le choc des Arabes qni allaient paraître sur la scène du monde.

Seconde période de revers. — Le vainqueur de Chosroès revint en triomphe à Constantinople , où il fit son entrée sur un char traîné par quatre éléphants. Mais il donna aux hommes un spectacle encore plus mémorable le jour où , sans diadème et sans pourpre, il replaça lui-même dans l'église de la Résurrection le précieux gage du salut des chrétiens. A partir de ce moment, Héraclius sembla comme étranger aux nouveaux malheurs de l'empire. Attaqué par les Musulmans , il perdit la Syrie et l'Egypte (Voy. le chap. IX.) sans oser reparaître à la tête de ses troupes , et il finit misérablement son règne entre une dispute théologique et une guerre religieuse également funestes à sa puissance et à sa gloire (632-641).

Derniers Hêradides.—* Depuis la mort d'Héraclius jusqu'à Pextinction de sa famille , sept empereurs passent tour à tour sur le trône qu'ils souillent de leur sang moins encore que ae

leurs crimes. Héraclius Constantin, à peine vêtu de la pourpre, est empoisonné par sa belle-mère Martine, qui fait couronner son fils Héracléonas. Héracléonas est mutilé et on coupe la langue à sa mère (641). Constant II, fils du malheureux Constantin, quitte Byzauce où ses violences l'ont fait abhorrer, revient dépouiller Rome de ses ornements publics et va se faire assassiner à Syracuse (668). Constantin III Pogonat fait crever les yeux à ses frères Héraclius et Tibère, et laisse l'empire à son fils Justiuien II (685), le plus monstrueux de tous les tyrans, s'il est vrai qu'il ait donné Tordre de massacrer la population entière de Constantinople. L'usurpateur Léonce détrône et mutile Justinien (695), et bientôt Absimare Tibère, autre usurpateur, fait subir le même sort à Léonce (698). Justinien , rétabli par Terbelis , roi des Bulgares , fait massacrer sous ses yeux les deux tyrans et leurs complices , et termine lui-même sous la main du bourreau le long siècle que sa famille avait fait peser sur l'Orient (7 11)1. »

g III. Etat du Christianisme en Orient. — Nestoriens, Jacobite», Iconoclastes.

On a vu quel fut le rôle glorieux de l'Eglise en Occident, et comment, après avoir ramené tous les Barbares à l'unité catholique, elle implanta chez les tribus encore sauvages de la Germanie et de la Saxe un christianisme pur de toute hérésie. Malheureusement l'histoire de l'Eglise d'Orient pendant la même période est loin d'offrir un spectacle aussi honorable pour la foi et pour la civilisation chrétiennes. Dans l'intérieur de l'empire la religion est troublée par des controverses passionnées et par des disputes sanglantes; au dehors le christianisme se propage avec plus d'ardeur que de discernement; car l'enseignement donné aux peuples de l'Asie n'est pas exempt de tout mélange hétérodoxe, et les traces de cette origine vicieuse ne sont pas encore aujourd'hui entièrement effacées.

Hérésie de Nestorius. — L'hérésie d'Anus aurait mis l'Église en danger de mort, si l'Eglise pouvait périr. Après avoir causé des maux innombrables, elle s'éteignait enfin, lorsque les controverses de Nestorius et d'Eutychès sur l'incarnation vinrent ranimer la fureur des disputes. Le moine Nestorius nommé patriarche de Constantinople en 428, commença par refuser à la sainte Vierge le titre de mère de Dieu et en vint h distinguer en Jésus-Christ non-seulement deux natures , mais deux personnes. Dénoncée au pape Célestin I«r par Cyrille, patriarche d'Alexandrie, l'hérésie nouvelle fut condamnée au concile d'Ephèse (434). Mais les partisans de Nestorius étaient nombreux et puissants. Cyrille finit cependant par l'emporter, et Nestorius, exilé en Libye, y mourut après seize années de misères. Sa doctrine lui survécut : enseignée dans l'école d'Edesse et favorisée par la politique des rois Sassanides, elle

» Destmchels, Bitl. du Moyen-âge, t. 1", p. 250.

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