CHAPITRE IX
De l'Empire Arabe députa la mort de Mahomet jusqu'à l'avènement des AbaflMlde».
§ 1er. Histoire et conquêtes des Arabes sous les quatre premiers Khalifes. — Première révolution dans le Khaiifat.
État de VOrient. — Au moment où Mahomet mourant léguait à ses successeurs la guerre sainte contre les infidèles, l'Orient, partagé entre les faibles héritiers de Constantin et d'Artaxercès, se trouvait hors d'état de tenir tête aux jeunes et vaillantes tribus de l'Arabie. Héraclius avait, il est vrai, reconquis les anciennes frontières de l'empire Romain. Mais les provinces épuisées par de longues guerres , déchirées par les dissensions religieuses, écrasées par les exactions des gouvernants, étaient prêtes à accepter toute domination nouvelle qui , en échange de contributions moins élevées, leur assurerait plus de tolérance et plus de sécurité. De son côté la monarchie persane, toute meurtrie de ses discordes civiles , s'indignait d'obéir au parricide Siroès. Quand celui-ci eut succombé aux atteintes de la peste ou à la violence de ses remords, dix rois ou reines montèrent successivement sur le trône dans l'espace de trois années. Enfin la tiare royale fut placée sur la tête d'Iesdegerde HT , enfant de douze ans, aussi inhabile à gouverner qu'à combattre. Les Perses saluèrent son avènement comme une ère nouvelle, sans prévoir que de cette époque allaient dater la conquête de leur pays et la chute de leur nationalité.
Troubles intérieurs sous les quatre premiers khalifes. — Ceepndant l'empire naissant des Arabes semblait sur le point de dis-
paraître avec celui qui Pavait fondé. A la mort de Mahomet, ce fut partout un conflit d'ambitions rivales. Les chefs de tribus, dépouillés de leur autorité par le pontife-roi, voulaient rétablir l'ancien gouvernement. Les fugitifs de la Mecque et les auxiliaires de Médine faisaient valoir leurs prétentions respectives. Bans le midi de la péninsule, un chef puissant s'était insurgé et se disait à son tour inspiré de Dieu. Enfin les Koreischites annonçaient le dessein de retourner à leurs idoles. Mais l'énergie d'Omar empêcha la division du khalifat et fixa sur Abou- Bekre, beau-père de Mahomet, les suffrages des principaux chefs de l'Islamisme. Ali, cousin et gendredu prophète, finit par se soumettre à un choix qu'il considérait comme contraire à ses droits légitimes; les dissidents furent ramenés à l'unité de la croyance; et Je signal de la guerre sainte entraîna au dehors Pardeur impatiente des Arabes. Toutefois, pendant que ceux-ci s'emparaient de l'Asie avec une rapidité qui rappelle celle des conquêtes d'Alexandre, l'autorité des khalifes (vicaires du prophète) était encore mal affermie. Leurs ordres n'étaient point suivis par les généraux et les soldats victorieux ; leur existence même était menacée par les complots des assassins. Omar, qui remplaça Abou-Bekre en 634, fut tué après dix ans d'un règne glorieux, Othman, son successeur (644-655), fut poignardé par les siens. Le pieux Ali ne fut élevé après lui sur la chaire de Mahomet que pour lutter contre de nouvelles révoltes et pour succomber à son tour sous les coups d'un fanatique (660). C'est donc plutôt au prosélytisme des Musulmans et à l'unité de leur foi, qu'à la vigueur et à la stabilité de leur gouvernement, qu'il faut attribuer leurs prodigieux succès pendant cette période.
Conquête de la Syrie (632-638). — Après avoir convoqué les guerriers de toutes les tribus, Abou-Bekre avait envoyé une armée dans la Syrie, en recommandant aux généraux de ne pas couper les palmiers, d'épargner les vieillards, les femmes et les enfants, et d'exhorter les peuples à embrasser l'Islamisme avant de les combattre. Les premiers efforts de cette armée furent arrêtés par la résistance de Bostra, dont les habitants avaient juré de défendre leur religion jusqu'à la mort.Mais Khaled, que Mahomet avait surnommé l'épée de Dieu , ayant soumis les princes chrétiens deHira et d' Ambar, vint se joindre à l'armée assiégeante. LesSyriensfurentrepoussésdansune sortie, et la ville elle-même fut livrée par la trahison du gouverneur Romanus. Maîtres de Bostra, les Arabes marchèrent sur Damas, dont ils interrompirent le siège en apprenant qu'une armée romaine de soixantedix mille hommes s'avançait au secours de la place. Rassem-
iU HISTOIRE DU MOYEN-AGE.
blant toutes leurs forces, ils ne craignirent pas de se mesurer avec cette armée, et une victoire complète couronna leur audace. Cinquante mille Grecs restèrent sur le champ de bataille d'Aiznadin (633), et Damas vit avec épouvante les Arabes reparaître au pied de ses remparts. Après soixante-dix jours de siège la ville capitula. Abou-Obéidah, qui commandait l'armée, accorda quartier; mais Khaled, entré d'assaut par une autre porte, eut beaucoup de peine à se laisser fléebir. Il ne donna aux principaux habitants que trois jours pour fuir, et à l'expiration de ce délai il se mit à leur poursuite, les atteignit et les extermina.
La prise de Damas entraîna celle d'Emèse, d'Héliopolis (Balbeck) et de toute la Célésyric. Effrayé de ces premiers revers , l'empereur Héraclius confie au patrice Manuel la conduite d'une nouvelle armée, que les historiens arabes portent h quatre-vingt mille hommes. Soixante mille Arabes chrétiens de la tribu de Gassan doivent seconder comme auxiliaires les mouvements de cette armée. Mais tout cède au fanatisme musulman : « Devant vous est le paradis , s'écrie Khaled , le diable et « le feu de l'enfer sont derrière. » La bataille s'engage au lieu où le Yermouk va se perdre dans le lac de Tibériade, et les Arabes, trois fois repoussés, finissent par rompre et par disperser l'armée chrétienne (636). Les vainqueurs vont se reposer un mois à Damas , où Abou-Obéidah leur distribue le butin , en ayant soin d'accorder une double part aux coursiers de noble race.
Jérusalem , vivement pressée à la suite de cette victoire , se défendit pendant quatre mois. Le patriarche Sophronius demanda qu'Omar vint lui-même garantir la capitulation; et le khalife arriva bientôt, monté sur un chameau qui portait un sac de dattes, nourriture frugale du commandeur des Croyants. A la vue de Jérusalem, la cité sainte que les Musulmans révèrent le plus après la Mecque et Médine, Omar loua Dieu ; il entra dans la ville sans précaution et sans crainte, s'entretint avec le patriarche, accorda la liberté religieuse, et fit bâtir une mosquée sur l'ancien emplacement du temple de Salomon.
Héraclius se trouvait à Antioche lorsqu'il apprit que les Musulmans s'avançaient vers le nord de la Syrie, et s'étaient même emparés d'Alep dont le château passait pour imprenable. Abandonnant honteusement le théâtre de ses anciens exploits, il laissa Antioche se soumettre en payant trois cent mille pièces d'or, tandis que son fils Constantin évacuait Césarée, où s'étaient réunis les débris de l'année vaincue. Césarée prise, les autres villes maritimes Tripoli, Tyr, Sidon, Beyrout, Ptolémaïs,
Ascalon, se rendirent sans résistance, et toutes les autres places de l'intérieur suivirent cet exemple. Vers la fin de Tannée 638 , la Syrie entière, depuis le Taurus jusqu'à Gaza , fut soumise aux Musulmans. Ils trouvèrent dans les ports des vaisseaux grecs, en construisirent de nouveaux et se préparèrent à attaquer par mer Tempir^de Constantinople. En même temps un autre corps d'armée s'emparait d'Edesse , d'Àmida, de Dara et de INisibe. Cette conquête de la Mésopotamie, qui fut le dernier exploit de Khaled , mettait les Arabes en communication avec la Perse.
Conquête de l'Egypte (638-640).— La conquête de l'Égypte fut l'œuvre d'Amrou, fils d'Ass, celui des généraux qui avait le plus contribué aux victoires de l'islamisme en Palestine. Dans sa jeunesse, il avait fait des vers contre Mahomet, et s'était même rendu à la cour d'Ethiopie pour en chasser les proscrits. Il en revint converti lui-même, alla rejoindre le Prophète à Médine, et servit avec zèle les deux premiers khalifes, qui appréciaient ses talents et son courage. 11 campait alors près de Gaza, avec quatre mille hommes, lorsque, sur un ordre équivoque d'Omar, il envahit l'Egypte, enleva Faramiah (Péluse), après tren te jours de siège ; et, renforcé par quatre mille Syriens, il osa attaquer Memphis. Située sur la rive occidentale du Nil, cette grande ville était défendue par un pont fortifié et par le château de Babylone, qui lui servait d'avant-poste sur la rive orientale ; mais Babylone ayant été emportée d'assaut, Memphis ue put opposer qu'une faible résistance, et finit par capituler1.
Malgré ce succès, la petite armée conquérante aurait été forcée de regagner le désert, si elle n'avait trouvé un allié puissant au cœur même de l'Egypte. En effet, les doctrines hérétiques avaient depuis longtemps semé une division profonde parmi les habitants de ce pays. Les Coptes, qui formaient la grande majorité de la population, et qui professaient l'hérésie des Jacobites, abandonnèrent les Grecs, leurs persécuteurs, pour se soumettre aux Arabes. Mokawkas, chef secret des dissidents, traita avec Anrirou, comme il avait accueilli quelques années auparavant les députés de Mahomet. Moyennant un tribut de deux pièces d'or pour chaque chrétien, les Coptes obtinrent la liberté civile et religieuse, et aussitôt ils fournirent des vivres aux Arabes, et leur ouvrirent les routes, les ponts, les canaux qui conduisaient de Babylone à Alexandrie.
» Les Arabes, qui de Babylone pouvaient communiquer avec la mer Rouge plus facilement que de Memphis, abandonnèrent celle-ci cl fondèrent à babylone la ville du Caire ou do la Victoire.
Cette cité, reine du commerce du monde, maîtresse de la mer, et siège des autorités impériales, était presque exclusivement peuplée de Grecs : aussi, la résistance se concentra dans ses murs et dura quatorze mois. Les Arabes proportionnèrent leurs efforts à la difficulté du siège et à la résolution des habitants. Dans une suite de combats acharnés, ils perdirent yingt-trois mille hommes sans se laisser abattre, Enfin, la prise d'Alexandrie recompensa leur persévérance (610). Amrou trouva» dit-on, dans la ville, quatre mille palais, quatre mille bains, quatre cents théâtres et quarante mille juifs tributaires. S'il ne put empêcher les premiers excès de la victoire et l'incendie de ce qui restait de la bibliothèque des Ptolémées l, il se montra du moins clément et généreux dès qu'il eut arrêté la fureur de ses troupes. Il remplaça l'impôt désastreux de la capitation par d'autres tributs calculés d'après les produits de l'agriculture et du commerce, appliqua un tiers de ces revenus à l'entretien des digues et des canaux, et voulut, à l'exemple des Pharaons, des Ptolémées et des Césars, achever de percer l'isthme qui sépare la Méditerranée du golfe Arabique. Mais quand le çiége du gouvernement eut été transféré de Médine à Damas, ce projet fut abandonné sous prétexte qu'il ne fallait pas faciliter aux flottes des chrétiens l'accès des villes saintes du Prophète,
Expédition en Afrique (647). — A l'avènement fl'Qthman, Amrou, disgracié par le nouveau khalife,, dut céder le gouverment de l'Egypte à l'émir Abdallah. Celui-ci, voulant justifier son élévation par de nouvelles conquêtes, attaqua l'Afrique romaine. Les sables du désert de Barca n'arrêtèrent point les Arabes, qui, avec l'aide de leurs chameaux, traversèrent sans frayeur un pays semblable à leur propre patrie. L'exarque de Tripoli, Grégoire, succomba glorieusement en défendant l'indépendance de son pays, et les vainqueurs poursuivirent les Grecs jusqu'à Sufétulà, qui tomba en leur pouvoir (647). Mais les fatigues et les maladies empêchèrent les Musulmans de s'établir solidement dans cette partie de l'Afrique; et, après une campagne de quinze mois, Abdallah regagna les frontière» <}e l'Egypte avec de nombreux captifs et un immense butin.
Cotiquéle de la Perse (636-652).— Dans la troisième année de
* Abul-farage prétend que le Khalife fit détruire les livres de la Bibliothèque pomme inutiles ou dangereux, et que quatre cent mille volumes servirent pendant six mois à chauffer les bains publics ; mais ce récit d'un étranger qui écrivait six cents ans après a été contesté avec raison par la critique moderne. Les annalistes antérieurs, Chrétiens et Egyptiens, tels qu'tfulychius , ne parlent point de ce fait. On sait d'ailleurs que le grand dépôt littéraire des Ptolémées s'était trouvé diminué à plusieurs reprises par des pillages et des incendies.
son règne, le khalife Qmar, instruit de la faiblesse et des divisionf de rem])ire persan, avait chargé Sa/i'd de poursuivre, avec trente mille hommes, l'œuvre commencée par Khaled. Sérieusement menacés, les Perses retrouvèrent leur ancienne énergie, et ils confièrent au visir Bustan la garde du drapeau royal et la défense de la religion de Zoroastre. Bustan rassembla cent vingt mille guerriers dans les plaines de Kadesiah, où s'engagea une bataille sanglante qui dura trois jours ( 636). Enfin, les Sarrasins ayant pénétré jusqu'à Bustan, qui fut égorgé dans sa tente, les Perses s'enfuirent en désordre au-delà de l'Euphrate et du Tigre. Çtésiphon fut pris, pillé, détruit et remplacé par la colonie arabe de Bassora qui, placée au confluent des deux fleuves, de. vint bientôt une cité florissante.
Cependant le jeune roi lesdegerde, retiré dans l'ancienne Médie, y réunissait des forces imposantes.Sans se laisser abattre par un premier échec, il livra une action générale à IN é ha vend, au milieu des collines situées au sud d'Ecbatane (Hamadan); mais la valeur des Perses succomba de nouveau devant le fanatisme des musulmans» qui donnèrent à cette bataille le nom de Victoire des Viotoires (642). La journée de Néhavend détermina la soumission de rirakadjémi et de l'Àderbaidjan; et la prise d'Hamadan, de Bel, de Casbin et de Tauris rapprocha de la mer Caspienne les vainqueurs, qui opérèrent dans le Diavbékir leur jonction avec l'armée de Syrie. Tous en-» Semble, redescendant vers le Midi, le long du Tigre et du golfe Persique, vinrent poursuivre dans le Farsistan le malheureux lesdegerde et le chassèrent de Persépolis (Istakhar). Le petitfils de Chosroès manqua d'être arrêté au milieu des palais en raines et des statues mutilées de ses aïeux, triste emblème de la grandeur passée et de la fortune présente de la Perse. 11 ne s'arrêta qu'au-delà de l'Qxus, où les Turks de la Sogdiane et l'empereur chinois Taï-Tsong lui permirent de lever des troupes pour reconquérir ses États. Mais il ne tarda pas à être abandonné par ses auxiliaires tartares, qui battirent ses derniers défenseurs et le tuèrent lui-même sur les bords du Marg-Ab (652). Son fils et son petit-fils s'éteignirent dans l'obscurité, et avec lui Unit réellement la race de Sassan
Conquête de h Tmnsoxiam (701-112). Toutefois pendant longtemps les Musulmans furent inquiétés dans la possesr- 9Ûm de la Perse , et quoique Ahnaf eût conquis sans peine les
1 La religion des vainqueurs fut imposée & la Perse ; et les derniers adorateurs du feo sa réfugièrent dans l'Inde, où leurs descendants forment encore, wus la 9MH jle Gucùrcs el 4e ftu?t> > tup caste méprisée et proscrite.
principales villes du Khorassan, Hérat, Balkh et Mérou, les Arabes hésitèrent encore à passer TOxus. Ce ne fut que dans les premières années du siècle suivant (707-712) que la Transoxiane et le Kharisme furent subjugués. L'étendard du Prophète fut alors planté jusque sur les frontières de l'empire chinois, et Kasim, franchissant même le Sind, alla imposer aux pacifiques Indous l'autorité du khalife et la foi du Koran.
La conquête de la Syrie, de l'Egypte et de la Perse eut une grande influence sur la civilisation des Arabes, en les mettant en contact avec la philosophie des Grecs et en leur inspirant le goût des sciences et des arts de l'Orient. Ainsi en vingt ans leur empire s'était étendu des bords de l'Oxus aux rivages de Tripoli. Des succès si rapides furent tout à coup suspendus par leurs querelles intestines.
A la suite du tumulte qui avait coûté la vie au khalife Othman, Ali avait été proclamé par le peuple (655) ; mais la veuve de Mahomet, Ayesha, que les Musulmans appelaient la mère des fidèles, et qui trois fois avait écarté Ali du khalifat, souleva contre lui deux chefs puissants, Thelha et Zobéir. Ceux-ci se firent un parti dans l'Irak-Arabi et livrèrent bataille, près de Bassora, à l'armée que commandait le khalife en personne. Us furent, il est vrai, vaincus et tués ; mais ce fut pour céder la place à un adversaire plus redoutable. A côté du khalifat s'élevait l'orgueilleuse famille des Ommiades , ainsi nommée d'Ommiah, l'un des oncles du Prophète et père d'Abou-Sophian. Ce dernier avait été l'un des plus grands ennemis du Prophète. Néanmoins son fils Moaviah finit par reconnaître Mahomet pour l'envoyé de Dieu, devint son plus ardent prosélyte et obtint plus tard le gouvernement de la Syrie. 11 s'était illustré par des expéditions maritimes contre les îles grecques de l'archipel, avait menacé Constantinople et défait la flotte de l'empereur Constant 11, sur les côtes de la Lycie. Aussi lorsqu'Ali voulut lui retirer le gouvernement de la Syrie, il refusa d'obéir, se ligua avec Amrou, mécontent comme lui, et prit le titre de commandeur des croyants (émir al moumenin). La guerre civile commença, et la bataille de Seffein laissa la querelle indécise ; trois fanatiques résolurent alors d'y mettre fin en frappant à la fois les chefs des deux partis. Mais Ali tomba seul sous leur poignard dans la mosquée de Koufah (660).
Avènement des Ommiades. — Après la mort d'Ali, Moaviah obtint l'abdication du fils aîné de ce prince, Hassan, et resta possesseur de la dignité de vicaire du Prophète. Cette révolu tion fut suivie d'une autre qui porta sur la nature même du
khalifat. Moaviah fit reconnaître son fils comme son collègue \ et son successeur , et rendit ainsi le khalifat héréditaire, d'é- v lectif qu'il avait été jusqu'alors. Afin de donner à sa dynastie quelque popularité, il recommença la guerre contre les chrétiens. Mais F esprit de révolte qui se manifestait de toutes parts en faveur des Àlides l'empêcha de consacrer à ces entreprises la totalité des forces de l'empire. Ben-Hadidje, lieutenant du khalife, appelé par les Africains eux-mêmes, fit dans la Byzacène une expédition brillante, mais sans résultat (665). Après lui, Akbah courut rapidement jusqu'en Mauritanie , et arrêté par l'Océan, lança son cheval dans les flots en regrettant de ne pouvoir aller plus loin prêcher, le glaive en main, l'unité de Dieu. A son retour, il périt enveloppé par une multitude furieuse de Grecs et de Maures. Mais il avait du moins pris possession de cette terre lointaine par la fondation de Kairouan, qui devait contenir la turbulence des Barbares (674). Cependant Zobéir, son successeur, succomba aussi en voulant le venger. Les armes des Musulmans n'obtinrent pas sur mer des succès plus durables. A la tête de la flotte, que Moaviah avait commandée avec gloire, Yesid, fils du khalife, pénétra pendant six années consécutives dans la Propontide (668-674). Mais Gonstantinople, six fois menacée, repoussa six fois les infidèles au moyen du feu grégeois. Constantin IV, Pogonat, battit même complètement les troupes de terre, et Moaviah fut obligé d'acheter la paix par un tribut annuel de trois mille pièces d'or. Cette transaction humiliante s'explique par les désordres intérieurs qui fermentaient du vivant même de Moaviah et qui éclatèrent à sa mort.
Troubles après la mort de Moaviah. — Yesid I*r vit s'élever contre lui un compétiteur dangereux. Hossein, second fils d'Ali , refusa de reconnaître celui qu'il considérait comme l'usurpateur des droits de sa famille. Aveuglé par l'enthousiasme de ses partisans, il se mit en marche vers l' Eu p h rate ; mais il fut environné par des cavaliers ennemis dans la plaine de Kerbela et périt en vendant chèrement sa vie (680). Le khalife épargna sa famille, qui fut renvoyée à Médine, et c'est de lui que descend cette longue suite d'imans dont la Perse révère encore la mémoire. Pendant les deux règnes suivants la guerre civile bouleversa l'Arabie, l'Egypte et la Perse. Merwan Iep reconquit l'Egypte, mais il ne put triompher du redoutable Abdallah, fils de Zobéir, qui, maître de la plus grande partie de l'empire , menaçait d'exterminer la race d'Ommiah. Enfin, sous le khalifat d'Abd-el-Malek, Hegiage, célèbre comme
poëté et comme général, reprit la Mecque d'âssaùt* réduisit gufaeessivement tous les ennetois de* Omrriiades (691-697) , èt assura le triomphe de leur dynastie.
Changement dans la nature du khalifat. — Remarquons toutes fois que cette longue querelle prépare de loin le morcellement de l'empire arabe par la division dès partisans de l'Islamisme ëft deux sectes religieuses, les sonnites et les schiites ; que de plus la translation du siège du khalifat horé de l'Arabie, à Damas, amène de notables changements dans la nature et dans l'esprit du gouvernement. Moaviah se permet l'usage du vin et celui des vêtements de soie» Abd*el-Malek cherche à transférer de la Meeque à Jérusalem le pèlerinage ordonné par le Koran et à remplacer par la pierre de Jacob la pierre noire de la Caaba. En abandonnant la simplicilé des mœurs arabes , les Ommitidés enlèvent à la dignité de khalife son caractère patriarcal. Leur pouvoir n'est plus fondé, comme celui des premiers successeur* de Mahomet, sur la doctrine et la pratique du Koran, mai* sur la force militaire, base chancelante et mobile, ainsi quë l'atteste l'histoire de tous les temps.
§ II. Bfetolf* et conqnètea dei Arabes fout 1* dynastie des Ommiades.
— Secoude révolution dans le khalifat.
L'unité apparente qui venait d'être rétablie dans l'empire et là tranquillité momentanée qui en fut la suite permirent aux Musulmans de se livrer à de nouvelles entreprises. Nous allons les voir achever la conquête de l'Afrique et, parvenus au détroit de Gadès, envahir et subjuguer l'Espagne. Aux deux extrémités de l'Europe, sur les bords de la Loire comme sur les rivages de la Propontide, les sectateurs de Mahomet se trouvent aux prises avec les populations chrétiennes , mais ils rencontrent Une résistance énergique et vont se briser à l'Occident contre les bataillons des Francs, à l'Orient contre les hautes murailles dè Constantinople.
Conquête de F Afrique {G$î-10$).-— Hassan, gouverneur de l'Egypte, fut chargé, par le khalife Abd-el-Malek, dé soumettre l'Afrique. On lui donna quarante mille hommes et la faculté dé pourvoir à cette expédition avec les revenus de sâ riche province (692). Carthage, qui avait échappé jusqu'alors aux armes des Musulmans, fut emportée d'assaut. Mais l'empereur Léonce ayant envoyé le préfet Jean avec une flotte grecque et une troupé nombreuse de Goths espagnols, les Arabes évacuèrent Carthage, et se retirèrent à Kairouart et à Tripoli. Toutefois ce dernier effort de l'empire resta inutile. Les urecs battus près"
d'TJtique furent obligés de se rembarquer, et Carthage, prise dé nouveau, fut de nouveau détruite pour ne plusse relever (698). l)ès-!ors aucune ville grecque de la côte ne fut en état de résister aux vainqueurs.
Cependant les Arabes n'étaient point maîtres du pays. Les tribus maures ou berbères qui occupaient les montagnes de l'intérieur se soulevèrent sous le commandement de leur reine Cahina et défendirent avec un sauvage fanatisme l'indépendance du désert. Hassan, bors d'état de lutter contre le torrent, dut sfc retirer sur les frontières de l'Egypte pour y attendre des renforts. Maîtresse de la campagne, Cahina fit, dit-on, démanteler toutes les villes, de Tripoli à Tanger, et couper les arbres fruitiers. Mais son joug devint odieux aux Africains, et quand les Arabes reparurent, ils furent reçus comme des sauveurs. Cahina fut tuée dès la première bataille, et l'édifice mal affermi de sa puissance s'écroula avec elle (708). Sous Walid 1er, Musa et ses deux fils, qui succédèrent à Hassan, mirent fin h cette guerre en transplantant trois cent mille Berbères en Asie. Le reste des habitants embrassa peu à peu la religion et la langue d'Un peuple qui lui apportait , avec des mœurs semblables, le souvenir d'une commune origine. Le christianisme, jadis si florissant dans cette contrée, y fut totalement anéanti. Tous les ports de l'Afrique, comme au temps des Vandales, redevinrent des nids de pirates d'où le pillage et la mort venaient fondre sur les lies voisines. A partir de cette époque, la Sardaigne, la Corse, les îles Baléares et plus tard la Sicile devinrent des champs de bataille, où les indigènes défendirent avec un courage inutile leur liberté et leur foi religieuse.
Conquête de V Espagne (711). — Le plus important résultat dé la conquête de l'Afrique, ce fut d'ouvrir aux Arabes l'accès du continent européen. Déjà l'Espagne avait tenté leur ambition , et sous le règne d'Othman leurs Hottes avaient ravagé l'Andalousie. Les Musulmans se souvenaient toujours que les Goths avaient secouru Carthage, et ils voyaient avec colère ces infidèles maîtres de Ceuta et de plusieurs points fortifiés sur là cote mauritanienne. Aussi se tenaient-ils prêts à envahir ce riche pays de l'Occident dont ils connaissaient la fertilité et à renverser la domination des Visigoths dont les rapports intéressés des juifs leur avaient appris la faiblesse. (Voir le chnp. III,
A la mort de Sisenand , le trône, occupé par Chintilla et ehstiite par Tulgà son fils, passa de nouveau à une autre famille. Mais du moins pendant les règnes prospères de Chihdasuinthe
1IIST01RK DU MOYEN-AGE.
et de Recésuinthe, l'Espagne jouit de trente années de repos (G42-G72); ee dernier défendit même la Mauritanie contre les premières attaques des Arabes. Son successeur Wamba, qui dut la couronne à l'élection, fut, malgré son âge avancé, un prince actif et courageux. 11 réprima une révolte de la Septimanie, fit prisonnier dans Nîmes le rebelle Paulus, et équipa une flotte nombreuse qui fit éprouver plusieurs échecs aux Musulmans sur les côtes de l'Afrique. Mais fatigué par de continuelles révoltes, il abdiqua de gré ou de force, en faveur d'Erwiga (680). Celui-ci transmit le sceptre à son gendre Egiza, dont le règne fut la dernière lueur de l'astre palissant des Visigotbs. Les juifs, très-nombreux en Espagne et vivement persécutés depuis le règne de Chintilla, entretinrent des relations secrètes avec leurs frères d'Afrique, espérant obtenir par eux le secours des Sarrasins. Le complot ayant été découvert, on défendit l'exercice du culte juif, on enleva les enfants de sept ans pour les faire chrétiens, et les relaps perdirent leurs biens et leur liberté. A l'aide de sa flotte, Egiza repoussa une tentative prématurée des Arabes sur la Bétique, et il assura sa succession à son fils Witiza dans l'assemblée nationale de Tolède (696). Mais les violences et les fautes de ce prince amenèrent bientôt sa chute. Un descendant de Recésuinthe, Roderic, qui avait son père à venger, renversa Witiza, lui fit crever les yeux et se mit à sa place (710). Cette usurpation fut la dernière. La bataille de Xérès et la rapide conquête des Arabes allaient changer la face de l'Espagne.
Le comte Julien, gouverneur de Ceuta, avait à se plaindre de Roderic, qui, selon la tradition, avait outragé sa fille. D'autres ont prétendu que son dévouement pour la cause des fils de Witiza, réfugiés auprès de lui, fut le seul mobile de sa conduite, et qu'il fut guidé par un intérêt politique et non par un ressentiment particulier. Quoiqu'il en soit, il résolut d'appeler les Musulmans à son aide, et, il offrit à Musa non-seulement de lui remettre la place qu'il commandait, mais même de le conduire au cœur de l'Espagne. Dans son aveuglement il ne craignit pas de représenter ses compatriotes comme une nation sans courage, gouvernée par un prince méprisé- Les Goths en effet n'étaient plus ces Barbares redoutables, que nous avons vus marcher triomphants des bords du Danube aux rivages de l'Atlantique. Dans les loisirs d'une longue paix, la jeunesse avait désappris l'usage des armes, et les murs des villes tombaient en ruines. Déjà des bruits sinistres, avant-coureurs d'une chute prochaine, se répandaient dans toute l'Espagne. On rap-
portait que le roi Roderic, ayant forcé l'entrée d'une caverne mystérieuse, y avait trouvé des statues revêtues de costumes étranges, tenant à la main des sabres nus, et que sur ces sabres se lisaient des inscriptions qui annonçaient le dernier jour de l'Espagne.
Ce fut au mois de mai de Tannée 7 1 i que les Arabes débarquèrent sur la côte européenne du détroit de Gadès. Musa s'était empressé d'accepter l'offre de Julien, et, avec le consentement du khalife Walid, il avait donné à son lieutenant Tarik cinq mille vétérans, qui devaient être suivis de prompts renforts. Tarik prend d'abord possession du château d'Algésiras et du rocher de Calpé, depuis nommé Gibraltar (Gibel-al-Tarik, montagne de Tarik). Après avoir brûlé ses vaisseaux, pour ôter aux siens tout espoir de retour, il marche résolument au-devant de Roderic, qui avait réuni cent mille hommes, et lui livre bataille près de Xérès de Frontera, sur les bords du Guadalète. Soutenu par les partisans de Witiza, dont la défection jette le désordre dans les rangs des chrétiens, Tarik disperse cette nombreuse armée, et Roderic se noye dans le Guadalquivir, ou va finir ses jours dans une retraite ignorée.
Cette victoire décide du sort de l'Espagne. Suivant le conseil de Julien, le chef arabe laisse à un de ses lieutenants le soin de réduire Cordoue, et se dirige rapidement sur Tolède. Cette grande ville, siège du gouvernement des rois visigoths, est surprise sans défense et accepte une capitulation honorable. Tarik laisse aux chrétiens leurs assemblées , leurs tribunaux , leurs lois et le libre exercice de leur culte, à la condition de s'abstenir de toute discussion sur l'islamisme. En même temps il récompense les juifs, dont les intrigues ont puissamment aidé son aventureuse entreprise. Des bords du Tage au golfe de Biscaye tout se soumet à son approche, et l'Espagne, qui avait résisté deux siècles aux armes romaines , est réduite en peu de mois par quelques cavaliers sarrasins. Seuls, d'indomptables fugitifs se décidèrent à mener une vie pauvre et libre dans les montagnes des Asturies plutôt que de subir le joug des étrangers. Dans cet asile, un descendant de Recarède défendit avec succès la liberté et la religion nationales, et le glaive de Pelage est devenu depuis le sceptre des rois catholiques.
Succès et disgrâce de Musa. — Cependant Musa , jaloux des succès de son lieutenant, avait passé de Mauritanie en Espagne avec dix mille Arahes et huit mille Africains. Parmi les villes qui n'avaient point encore reconnu la domination musulmane, Mérida fut la seule qui opposât une vigoureuse résistance.
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Musa là réduisit enfin, plus par la douceur que par la force, tandis que son fils, Abd-cl-Azis, soumettait toute la Bétique orientale, depuis Malaga jusqu'à Valence, et laissait au Goth Théodemir le gouvernement de celte province sous la condition d'un tribut annuel. Déjà les conquérants s'élançaient au delà des Pyrénées, quand la discorde de leurs chefs vint suspendre leurs progrès. Non content dé ravir à Tarik le fruit de ses travaux, Musa ne craignit pas de le faire emprisonner et frapper de verges. Mais, à sort tour, il fut arrêté.par un messager du khalife Walid, qui, saisissant la bride de son cheval, lui ordonna d'aller rendre compte devant le commandeur des croyants. Musa obéit. De Ceuta à Damas, il se montra sur toute la route dans Une pompe triomphale, suivi d'un cortège de vingt mille Captifs. Mais en àrrivant il trouva dans Soliman, frère et successeur de Walid, un maître soupçonneux et un juge irrité. Fustigé luimême à la vue du peuple et condamné à une amende de deux cent mille dinars d'or, il fut exilé à la Mecque et succomba bientôt à la douleur qtie lui causa là fin tragique d'Abd-el-Azis. Accusé d'aspirer à la royauté, ce jeune homme fut égorgé, sur l'ordre du khalife, dans la mosquée de Cordoue, et, par un raffinement dé crUàtité f on alla porter sa tête à soù malheureux père.
Prospérité de l'Espagne. — î)epuis cette époque les gouverneurs de TEspàgne, appelés ivalis, furent placés sous l'étroite dépendance des vice-rois d'Afrique ; et la politique des souverains de Dama* y établit des colonies militaires tirées des diverses provinces de l'empire. Les khalifes espéraient entretenir ainsi parmi les vainqueurs un efcprit de rivalité qui devait prévenir toute tentative d'usurpation. Mais lèUr conduite à l'égard des vàincus fut généralement douce et bienveillante. L'agriculture fut encouragée et améliorée par d'utiles travaux d'irrigation. L'industrie et le commerce surent mettre à profit les produits d'un âol déjà naturellement fertile. Des villes et des bourgades florissantes s'élevèrent de tduteg parts, et l'Espagne sortit du long état d'épuisement ôùj'avait tefiUe l'incapacité des Visigoths. La prospérité dont jouit cette riche province soUs la domination de& O/nmiâdes expliqué pdurtjuoi seule elle leur resta fidèle au moment de letir chute.
Vers la fin du premier siècle de l'hégire , à l'épdque où nous sommes parvenus, Fehipire drabfc se trouve à l'apogée de sa grandeur. Les khalifeé sont les monarques les plus puissants et les plus absolus de la terre. L'unité politique semble fondée aussi bien que l'unité religieuse ; et cependant nous allons voir
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cet empire, si fort en apparence, éprouver à ses deux extrémités un double échec, qui sera comme le signal de sa décadence et de sa prochaine dissolution.
Invasions en Gaule. — Avant même que la soumission de l'Espagne fût entièrement achevée, les Arabes avaient réclamé la Septimanie comme une dépendance du royaume des Goths. Dès que les discordes furent apaisées par la disgrâce des chefs, une émulai ion de gloire et de conquête s'établit entre les vieilles bandes de Tarik et de Musa, et les nouvelles colonies militaires. Ni l'Ebre ni les Pyrénées ne purent arrêter les hardis cavaliers de l'islamisme; ils se lancèrent au delà des tnonts pour soumettre la Gaulé au successeur de Mahomet. Carcassone et Nîmes furent prises; Toulouse fut assiégée, Bordeaux détruit. Sous les ordres d'Abdérame, ils pénétrèrent jusqu'en Poitou, jusqu'en Bourgogne. Autun fut saccagé par eux; et, en 731, ils brûlèrent l'église de Saint-Hilairc de Poitiers. Mais là, Charles Martel et ses francs devaient arrêter l'invasion musulmane. La bataille de Tours porta un coup terrible à l'ardeur envahissante des Arabes, et s'i!s reparurent deux fois encore sur les bords du fehôrte , ce fut pour éprouver de nouvelles et irréparables défaites (732-739). (Voir pour plus de détails, le chap.v,pag. 93.)
Siégé inutile de Constantinople. — Nous avons indiqué plus haut quels furent pour la chrétienté tout entière les résultats de la victoire de Charles Martel. A Vautre extrémité de l'Europe, les murailles de la ville de Constantin opposaient aussi au torrent une digue infranchissable. Walid Ier avait voulu sans succès venger les revers de Moaviah en envahissant PAsie-Mineure. Après avoir ravagé l'Arménie, la Cappadocc et la Cilicie, son général Moslémah se maintint avec peine dans les défilés du Taurus et dans les régions qui a voisinent le Caucase. Espérant plus dé succès sur mer, le khalife Soliman résolut d'assiéger de nouveau Constantinople, et fit des préparatifs formidables. Moslémah traversa la Phrygie, passa avec cent vingt mille hommes l'Hellespont à Abydos, et vint entourer la ville pendant qu'une flotte de dix-huit ceuts vaisseaux attaquait le port ; vainement les Grecs découragés par la déposition successive de trois empereurs offrirent pour se racheter une pièce d'or par habitant. Ils allaient succomber, lorsque l'élection de Léonl'Isaurien, en leur donnant un chef énergique, releva leurs espérances. La flotte arabe fut brûlée par le feu grégeois. A la reprise des hostilités qu'avait suspendues un hiver rigoureux, une seconde flotte venue des ports de l'Egypte éprouva le même désastre. L'empereur réussit à armer les Bulgares contre les
Musulmans, dont plus de vingt mille périrent dans une bataille contre ces Barbares. Enfin Omar II, successeur de Soliman, permit à Moslémah de se retirer avec les débris de ses troupes. Le siège avait duré treize mois (717-718). De longtemps les khalifes ne purent rien entreprendre contre l'empire grec, et Constantinople continua d'être le rempart de l'Europe orientale contre les sectateurs de Mahomet.
Chute des Ommiades. — Ces revers, en faisant reculer îa puissance arabe, atteignirent le khalifat lui-même. Les descendants d'Abou-Sophian n'avaient jamais pu effacer aux yeux des fidèles Musulmans le vice de leur origine ni empêcher leurs sujets de se tourner vers les légitimes descendants du Prophète. L'esprit de révolte un moment comprimé se manifesta de nouveau à la mort d'Omar II, qui, par des scrupules de conscience, avait encouragé lui-même les prétentions des Fatimites. Hescham rendit vaines les tentatives de l'iman Zéid pour remonter sur le trône, où Ali n'avait fait que passer. Mais les guerres intestines qui s'allumèrent après la mort d'Hescham entre les membres de la dynastie régnante (741-744) accélérèrent le moment de la chute des Ommiades. L'impuissance où était tombée la race d'Ali détermina les dissidents à se réunir en faveur des Abbassides, descendants directs d'Al-Abbas, oncle de Mahomet. Sortant de leur obscurité, les Abbassides firent prêcher dans les provinces d'Orient leur droit héréditaire, et l'émir du Khorasan, se soulevant le premier, commença la sanglante querelle des blancs et des noirs. Ibrahim, arrière- petit-fils d'Abbas, avait déjà fait de grands progrès, lorsque, dans un pèlerinage à la Mecque, il fut surpris et mis à mort. Ses deux frères Aboul-Abbas et Almanzor se tinrent cachés à Koufah, dont les habitants se déclarèrent en leur faveur. Avec l'aide des Koufiens et des peuples de l'Irak, ils levèrent une nombreuse armée, et engagèrent contre le khalife Merwan II une action générale sur les bords du Zab. Non loin de ces lieux, Darius avait perdu la bataille d'Arbelles : là encore, à plus de mille ans de distance, se décidèrent les destinées de l'Orient. Merwan vaincu s'enfuit en Egypte, où il fut poursuivi et tué d'un coup de lance à Busir (750). Avec lui se termina la dynastie des Ommiades , qui avait duré quatre-vingt- douze ans depuis Moaviah.
Avènement des Abassides. — Cette révolution dans le khalifat fut cimentée par d'horribles cruautés. Aboul-Abbas, proclamé khalife, justifia son surnom de Saffah ou Sanguinaire, en faisant égorger quatre-vingts émirs ommiades qu'il avait attirés par une feinte réconciliation; et sur leurs corps on dressa la
table d'un splendide festin. Mais le vainqueur ne jouit pas longtemps de son triomphe; il mourut après quatre ans de règne. Almanzor, son frère et son successeur, refusa comme lui de résider à Damas, et il alla foncier près des ruines de Ctésiphon la ville de Bagdad , qui devint la capitale des Abbassides.
Fondation du khalifat de Cordoue. — Cependant l'Espagne n'avait reconnu qu'en frémissant le joug de la dynastie nouvelle. Pendant que les provinces de l'Asie et de l'Afrique s'empressaient de se soumettre, un parti puissant s'organisait dans ce pays en faveur d'un descendant de Merwan Ier, le seul des Ommiades qui eût échappé au massacre de sa famille. Appelé par les mécontents dans la Péninsule, l'émir Abdérame échangeait les misères de l'exil contre les splendeurs de la royauté, et fondait le khalifat de Cordoue (756). Ainsi l'immense empire conquis en moins d'un siècle par les armes musulmanes se trouva divisé en deux khalifats rivaux et ennemis*