‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 30 sur 65 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De l'Angleterre depuis le règne d'Fgbert jusqu'à la conquête

de ce pay* par 1rs Normande.

g Ier. Première période de l'invasion danoise. — Règne d'Alfred-lc-Graud.

Egbert-le-Grand (800-837). — Parmi les princes étrangers que Charlemagne avait reçus dans son palais d'Aix-la-Chapelle, nous avons déjà cité un jeune roi de Wessex, nommé Egbert, qui, dépouillé de ses Etats, était venu chercher un asile auprès du roi des Francs. Après lamortdeBitric, son rival, Egbert crut l'occasion favorable de retourner en Angleterre, et il partit plein d'espérance, emportant l'épée de Charlemagne pour reconquérir son royaume, et ses conseils pour le gouverner sagement. Reçu avec enthousiasme, le prince saxon fut proclamé roi, en l'an 800, dans une assemblée de thanes et d'évéques, et tourna aussitôt ses armes contre les Bretons qui continuaient de défendre leur indépendance. Il commença par soumettre une partie du pays de Galles, vainquit le roi de Mercie (812), et lui enleva ensuite le royaume de Kent (823); enfin par la soumission successive des Etats de Sussex, d'Essex, d'Estauglie et de

Northumbrie, il acheva en sept ans la conquête de THeptarchie saxonne (830).

Fondateur de la monarchie anglaise, Egbert par son gouvernement ferme et sage eût assuré le bonheur de la nation, si la fin de son règne n'eût été troublée par les invasions des Danois. Dès Tan 787, on avait vu ces hardis pirates, montés sur des barques à deux voiles, aborder vers les côtes orientales de l'île, et disparaître presqu'aussitôt après avoir porté la terreur et le pillage dans les habitations voisines. Leurs incursions, qu'ils renouvelèrent plusieurs fois sous Egbert, furent repoussées vigoureusement par ce prince; mais les victoires signalées qu'il remporta sur eux ne purent préserver l'Angleterre des maux que lui réservaient ces Barbares (837).

Successeurs d' Egbert (837-871). L'histoire des premiers successeurs d' Egbert n'est, pour ainsi dire, que celle des invasions danoises. Le règne de son fils Ethelwulf est tout rempli par les ravages des hommes du Nord, qui s'emparent des principales villes du royaume , et exercent d'horribles cruautés sur les Anglo-Saxons, auxquels ils reprochaient d'avoir quitté le culte d'Odin pour la religion du Christ. Les trois fils d'Ethelwulf, qui lui succédèrent, furent presque aussi impuissants que lui à repousser les attaques de ces ennemis infatigables qui continuèrent de livrer le pays à d'affreuses déprédations. Leurs tentatives toutefois ne furent pas toujours couronnées de succès. En 865, le fameux roi de mer, llagnar-Lodbrog, vint, poussé par les vents, échouer sur les dangereux écueils de la Northumbrie. Comme iElla, roi de cette contrée, était accouru pour repousser les pirates, Ragnar, sans s'inquiéter du nombre de ) ses ennemis, les attaqua avec fureur, pénétra quatre fois dans Ç leurs rangs ; mais, après avoir vu périr tous les siens, il tomba ' enfin vivant entre les mains des Saxons. Ceux-ci se montrèrent cruels envers le vaincu, et voulant venger par un supplice inusité le massacre de leurs frères et le ravage de leurs pays, ils enfermèrent Lodbrog dans un lieu rempli de vipères et de serpents venimeux. Ce fut au milieu de son cachot, que le roi de mer mourant fit entendre, selon la légende Scandinave, le célèbre chant de mort qui se termine par ces paroles empreintes d'une si sauvage énergie : « Une vipère m'ouvre la poitrine et pénètre jusqu'à mon cœur; je suis vaincu; mais bientôt, j'espère, la lance d'un de mes fils traversera les flancs d'jElla.... Nous avons frappé de nos épées dans cinquante-et-un combats ; dès ma jeunesse, j'ai versé le sang et désiré une pareille fin. Envoyées vers moi par Odin, les déesses m'appellent et m in-

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HISTOIltE Ut MOYEN-AGE.

vitent au banquet des dieux : les heures de ma vie s'écoulent ; c'est en riant que je mounai. »

a Ce fier appel à la vengeance et aux passions guerrières, chanté premièrement dans une cérémonie funèbre, courut ensuite de bouche en bouche , partout où Ragnar-Lodbrog avait eu des admirateurs. Non-seulement ses (ils, ses parents, ses amis, mais une foule d'aventuriers de tous les royaumes du Nord y répondirent. En moins d'un an, et sans qu'aucune nouvelle hostile parvint en Angleterre, huit rois de mer et vingt taris ou chefs du second ordre, se confédérant ensemble, réunirent leurs vaisseaux et leurs soldats. C'était la plus grande flotte qui fût jamais partie du Danemark pour une expédition lointaine.... Portés d'abord vers la côte d'Est-Anglic, les Danois marchèrent ensuite sur York, capitale de la Northumbrie, dévastant et brûlant tout sur leur passage. Les deux chefs de ce royaume, 0>bert et ^lla concentrèrent leurs forces sous les murs de celte ville, pour livrer une bataille décisive. D'abord les Saxons eurent l'avantage; mais à la fin, Osbert fut lue en combattant, et par une singulière destinée, .Ella, tombé vivant entre les mains des fils de Lodbrog, expia dans des tortures inouïes le supplice infligé à leur père. 1 » (867.)

Résultats des premières invasions danoises. — Gardant leur conquête, les Danois s'établirent dans la Northumbrie, dont ils firent comme un point de ralliement, pour marcher de là vers le sud de l'Angleterre. Après trois ans de préparatifs, ils commencèrent leur grande invasion, et descendant le cours de l'Humber, ils se mirent à piller les villes, à menacer les populations, et surtout à brûler, avec une rage fanatique, les églises et les monastères. Une armée de Saxons, retranchée près de la célèbre abbaye de Croyland, tenta inutilement de les arrêter; elle fut bientôt écrasée par les forces supérieures des ennemis. Ces Barbares coururent aussitôt vers le monastère qui restait sans défense et où les fugitifs de l'armée saxonne étaient déjà venus annoncer la perte de la bataille. L'heure des premiers offices étant arrivée, l'abbé, qui était d'un grand âge, s'était rendu au chœur, suivi seulement de quelques vieux moines infirmes, car il avait engagé les frères qui étaient valides à fuir avec les objets les plus précieux du monastère. Au moment où monté à l'autel en habits sacerdotaux, il s'apprêtait à donner la dernière communion aux assistants , les Danois envahirent l'église, tuèrent l'abbé dans le sanctuaire même; puis, après

« Au*. Thierry, //,',/. de ta Conq. de l'Any!., I. 1er, |jv. n.

avoir torturé les moines pour savoir d'eux où était caché le trésor de l'abbaye , ils brisèrent les tombeaux des morts, et en dispersèrent les ossements. Beaucoup d'autres monastères furent également pillés et livrés aux flammes. À la lueur de ces incendies, les populations des campagnes, frappées de terreur, fuyaient devant les Danois, qui, en peu de temps, eurent envahi la Mercie et l'Est-Anglie. Le roi de ce dernier pays, Edmond, ayant refusé de se reconnaître le vassal des fils de Lodbrog, fut attaché à un arbre , et après que son corps eut servi de but aux flèches des Danois, ceux-ci lui abattirent la tète d'un coup de hache. Cette mort noblement soufferte releva dans l'esprit de son peuple la mémoire d'un prince dont la vie n'avait pas été irréprochable : Edmond fut honoré comme saint et comme martyr, autant sans doute pour avoir péri en défendant l'indépendance nationale, que pour avoir subi la torture de la main des païens.

A l'approche d'une si terrible invasion, les États saxons de l'Ouest et du Sud se liguèrent inutilement pour repousser leurs ennemis; ils ne purent les empêcher de prendre et d'occuper tout le territoire situé au nord de la Tamise. Alors, des sept royaumes réunis par Egbert, il n'en resta plus qu'un seul qui obéît à la domination saxonne : c'était celui de Wessex, dont le roi, Ethelred, troisième fils d'Ethelwulf, venait de périr à Wittingham en combattant contre les Dauois. Heureusement, Ethelred en mourant laissait, pour le venger, un frère qui devait être le héros de sa race ; nous avons nommé Alfred-le-Grand.

Al fred-le- Grand (871-900). — Alfred n'avait que vingt-deux ans, lorsque le choix de la nation conforme aux vœux de son père Ethelwulf le porta au trône, de préférence à ses autres frères. II justifia d'abord la confiance des Saxons en repoussant des côtes du Sud les invasions danoises, et en défendant au Nord la ligne de la Tamise. Le succès avait favorisé ses armes, et tout semblait assurer l'indépendance du royaume de Wessex, quand malheureusement des germes de division vinrent à éclater entre Alfred et ses sujets.

Ce prince, par la nature de son esprit comme par la direction donnée à ses études, était tout à fait supérieur à son siècle et à son pays. Jeune encore, il avait été envoyé par son père à la cour de Rome, comme vers le centre de toute lumière et de toute vertu ; puis il avait parcouru l'Europe, et après avoir admiré, même dans leur déclin, les grandes institutions de Charlemagne, il avait rapporté dans son Ile natale les connaissances les plus variées. Initié aux secrets de l'éloquence et de

l'histoire, versé surtout dans les chants poétiques de sa nation, Alfred avait en outre reçu de la nature une beauté remarquable jointe à une force de caractère que le malheur devait rendre héroïque. Ces brillantes qualités avaient , au début de son règne , ébloui ses compatriotes , de même que le désir de se montrer digne de leur choix avait d'abord absorbé chez le jeune prince toute autre préoccupation. Mais plus tard, moins disposé à supporter l'ignorance et la grossièreté des Saxons, il eut le tort d'affecter pour eux un dédain auquel ceux-ci opposèrent d'abord un sourd mécontentement, qui bientôt allait faire place à une aversion générale. Les réformes qu'il tenta, son inflexible sévérité envers ses sujets grands et petits achevèrent d'exnspérer toute la nation. Aussi, quand, sept années après son avènement, Alfred, menacé par une nouvelle incursion de Danois, fit porter dans les villes et bourgades de son royaume une flèche et une épée, personne ne répondit à cet appel guerrier usité chez les Saxons. Délaissé par les siens, le roi, dit une vieille chronique, les délaissa à son tour, et seul, il alla cacher sa honte et sa chute dans une retraite ignorée de tous.

Fuite et malheurs d'Alfred. — Sur les confins du territoire anglais et du pays de Cornouailles, au confluent des deux rivières de Parret et de Tone, se trouvait une île entourée de marais impénétrables. Ce fut là que le prince exilé se réfugia, et sous un nom obscur habita la cabane d'un pauvre pêcheur, où il était réduit, s'il faut en croire la tradition, à faire cuire luimême le pain grossier qu'il partageait avec la famille de ses hôtes. Pendant ce temps, l'armée danoise était entrée sans résistance dans le Wessex, et avait soumis le dernier royaume saxon à la servitude la plus dure. Sous le poids d'une insupportable tyrannie, les anciens sujets d'Alfred ne tardèrent pas à regretter le gouvernement d'un prince de leur nation, et à former des vœux pour son prompt retour. Instruit de son côté par l'expérience que donne le malheur, le fils d'Ethelwulf réfléchissait dans la solitude sur les moyens de sauver son peuple, et de reconquérir son affection en lui rendant la liberté. Au fond de sa retraite, où il s'était fortifié, il avait fini par voir so grouper près de lui quelques amis fidèles, et avec eux il menait la vie toute de hasards et de périls réservée au chef de parti qui a juré haine et guerre aux oppresseurs de sa nation. A la tête de ses braves compagnons, il allait sans cesse attaquer partiellement les Danois; et quand sa petite troupe eut été grossie de tous ceux que le joug étranger avait fatigués, il s'apprêta à porter enfin un coup décisif.

Retour et triomphe d'Alfred. — Avant d'en venir là toutefois, il voulut, en chef prudent, se rendre un compte exact des forces et des projets de ses ennemis. Une légende poétique nous le représente alors pénétrant dans leur camp avec les vêtements et la harpe d'un barde, et grâce aux chants appris dans sa jeunesse, charmant les guerriers danois dont la langue différait peu de la sienne. Ayant ainsi surpris les secrets qu'il avait intérêt à connaître, Alfred retourna plein de confiance vers les siens, auxquels il donna rendez-vous près (de la pierre d'Egbert , sur la lisière de la forêt de Selwood. A quelques jours de là, une nombreuse armée de Saxons était réunie autour de la bannière royale de Wessex, et saluant avec transport le retour de son roi, s'élançait sous ses ordres à l'attaque de l'ennemi (878). Après une terrible bataille, Alfred resta enûn maître du a champ de carnage, » et sa victoire fut si complète, que Godrun, chef des Danois , n'ayant pu rallier ses guerriers , fut forcé de se rendre et d'accepter le baptême.Tandis qu'au nord, d'autres tribus danoises se maintenaient dans leur cantonnements, le roi de Wessex, proclamé libérateur de sa patrie, achevait de faire reconnaître son autorité dans les royaumes saxons de Test et du sud (883). A compter de cette époque, les diverses parties de l'Angleterre, redevenues indépendantes, ne formèrent plus qu'un seul Etat, et, rapprochées par de mutuelles infortunes, elles eurent au moins l'avantage de voir disparaître sous le flot des invasions danoises les barrières qui les avaient trop longtemps divisées.

Gouvernement et institutions d'Alfred. — "Redevenu maître du pays situé entre la Tamise, la Lca, POuse et l'ancienne voie romaine appelée le Chemin des fils de Wetla, Alfred s'occupa de mettre son royaume à l'abri d'incursions nouvelles. Par ses ordres, cinquante forteresses furent construites au bord de la mer et sur le cours des principaux fleuves ; en même temps la marine qu'il avait créée autrefois fut accrue et perfectionnée, et toute la population libre reçut des armes pour se défendre.

Après avoir fait de Londres agrandie sa capitale et l'arsenal de ses forces maritimes, il rétablit l'ancienne division du royaume en comtés (county, shire), centuries [hundred) et décuries (decennary). Cette division, d'origine toute saxonne, qui réunissait la population par groupes de dix ou de cent familles, devait faciliter la marche de l'administration et la distribution de la justice. Pour mieux atteindre ce dernier but, Alfred, instruit à respecter, dans ses réformes, les vieilles traditions nationales, fit recueillir les lois d'ina, d'Offa et d'Ethelred, mais en y mtro-

dulsant des changements devenus nécessaires. Voulant aussi dissiper l'ignorance rendue plus profonde par les malheurs du temps, et dont les ténèbres s'étendaient jusque sur le clergé, il fonda des écoles, et en confia la direction aux savants étrangers qu'il avait appelés près de lui. Ainsi que Charleraagne, qu'il avait pris pour modèle, il donnait à ses sujets l'exemple de l'activité intellectuelle, et sans rien dérober à ses devoirs de souverain, il trouvait du temps libre pour cultiver des études qui dès lors ne devaient plus contribuer qu'à sa gloire. Les ouvrages qu'il composa portaient l'empreinte de cette imagination riche et hardie propre à la vieille littérature germanique. Aussi peut-on dire que, s'il fut par ses exploits le héros de la

f résistance saxonne , par ses écrits il se montra le représentant

• non moins fidèle du génie de sa nation.

Les dernières aunées d'Alfred furent partagées entre ces travaux et les nouvelles guerres qu'il eut à soutenir. Les Danois, qui s'étaient disséminés dans tout le royaume, après avoir juré fidélité sur le bracelet d'Odin, puis ensuite sur la croix du Sauveur, ne tardèrent pas à violer leur serment. A l'aspect des premières voilesde pirates qui se montrèrent sur les côtes, entraînés par les souvenirs de leur vie passée, ils jetèrent leurs instruments de labourage pour reprendre la hache de bataille ou la massue garnie de pointes de fer qu'ils appelaient Vétoile du matin. Le soulèvement devint général, quand le fameux roi de mer Hasting, qui pendant quarante ans n'avait eu pour demeure que l'Océan, tenta une descente dans le royaume de Wessex. L'audace de ce chef de pirates échoua contre les précautions et le courage d'Alfred, qui, après l'avoir vaincu plusieurs fois, le força de repasser la mer. Ce fut l'un des derniers exploits du glorieux filsd'Ethelred. Il vit s'éloigner les barques Scandinaves des rivages que sa présence protégeait ; mais l'histoire ne nous dit pas que, comme Charlemagne, il ait prévu et déploré les maux réservés à ses descendants. En effet, repoussé par le héros saxon, le terrible roi de mer allait foudre sur la France et y frayer la voie aux Normands neustriens , futurs conquérants de l'Angleterre.

g II. Seconde période de l'invasion danoise. — Sneccsseort d'Alfred-le- Grand.

Édouard Ief (901-924).— Alfred-le-Grand venait de mourir puissant et respecté dans le royaume qu'il avait délivré de ses ennemis. Son œuvre du moins ne fut pas inutile, puisque, pendant une période de soixante-quinze années qui suivit son

règne, l'Angleterre fut à l'abri des calamités dont elle avait eu tant à souffrir. Edouard ltr, dit l'Ancien, fils et successeur d'Alfred, marcha dans la môme voie que son père, en cherchant à donner l'unité de gouvernement aux divers Etats de l'heptarehie saxonne. Après avoir triomphé de l'opposition de son frère • Etbelwulf, il réunit au domaine de la couronne la Mercie, qui s était restée indépendante sous le gouvernement d'un chef particulier; puis il soumit les Danois de l'Est-Anglie, et il allait également triompher de la longue résistance de ceux du nord, lorsqu'il mourut en 924.

Athelstan (024-934). — Athelstan, son fils aîné, acheva la conquête de la Northumbrie, dont il chassa les Danois, refoula les Bretons de Cornouailles au-delà de ia Tamer, et imposa un tribut annuel aux habitants du pays de Galles. Dans une réunion solennelle, il venait de recevoir le serment des principaux chefs cambrienset écossais, quand une invasion étrangère lui fournit l'occasion de signaler sa toute-puissance. AnlafT, fils du dernier prince danois de la Northumbrie, envahit les provinces septentrionales, à la tète d'une armée composée de cinq nations différentes. Athelstan lui opposa une armée non moins nombreuse, puisqu'on y voyait flotter cent bannières, et qu'autour de chaque bannière mille guerriers s'étaient réunis pour vaincre ou mourir. La bataille se livra à Brunanburg, et jamais, selon le chant national destiné à en consacrer le souvenir, jamais plus grand carnage n'eut lieu dans l'île et plus d'hommes n'y périrent par le tranchant de l'épée. AnlafT, vaincu, prit la fuite, laissant sur le champ de bataille les cinq rois de mer ses alliés ; et à la suite de cette mémorable victoire, Athelstan, déjà salué du nom de conquérant, put prendre pour la première fois le

Successeurs d* Athelstan (934-1014). — Sous les règnes suivants, l'unité saxonne continua de s'affermir. Edred, successeur d'Edmond, fllsd'Athelstan, triomphe à son tour du Norwégien Erick, qui avait excité les Northumbi iens à la révolte. Abattus par cette nouvelle défaite, les Danois parurent enfin se soumettre, et, mêlés à la population anglo-saxonne, ils reçurent des terres et acceptèrent des emplois publics : quelques-uns même entrèrent dans le clergé, où ils rappelèrent par l'austérité de leurs mœurs la rudesse de leurs anciennes habitudes. Cependant, malgré leurs efforts pour cesser de paraître étrangers dans leur patrie adoptive , beaucoup d'entre eux n'obéissaient qu'à regret à des princes qui n'étaient point de leur nation. Les regards sans cesse tournés vers la mer, ils semblaient attendre

que chaque brise du Nord leur amenât quelque libérateur des rivages de la Scandinavie. Leur espoir ne fut pas trompé, car, sous le règne d' Et helred II, des vaisseaux de guerre reparurent sur plusieurs points du littoral de la Grande-Bretagne, et bientôt les invasions des pirates danois reprirent un caractère menaçant. Au lieu de les repousser par la force, le roi d'Angleterre I eut la faiblesse de leur offrir la somme d'argent qui , sous le r nom de danegheld, était levée chaque année pour défendre les \ côtes contre ces mêmes corsaires Scandinaves (993).

Ce lâche tribut devait tenter la cupidité de nouveaux envahisseurs. En effet, au printemps suivant, une flotte de quatrevingts voiles, conduite par Olaf de Norwége et Suénon de Danemark, entra dans la Tamise, et les deux rois ayant planté une lance sur la rive, marchèrent, dit un vieil historien, «escortés par le fer et le feu, leurs compagnons ordinaires. » Pour les desarmer , il fallut encore traiter avec eux ; mais l'argent qu'on leur donna ne fit qu'augmenter leur insolence et leurs excès. A lors poussés à bout par le ressentiment d'injures devenues nationales, les Anglo-Saxons en tirèrent une terrible vengeance, et à la suite d'un vaste complot, tous les Danois de la dernière invasion furent égorgés le même jour et à la même heure. Ce massacre, qui eut lieu en 1003, le jour de la Saint-Brice, attira sur l'Angleterre de longues et sanglantes représailles. Impatient de venger à son tour la mort de ses compatriotes, Suénon ne tarda pas à revenir avec des forces considérables et précédé d'un étendard mystérieux, appelé le Corbeau, que les Danois regardaient comme un gage assuré de la victoire. Devant cette nouvelle invasion, Ethelred, moins que jamais résolu de combattre, se réfugia dans nie de Wight, d'où il alla ensuite en Normandie demander asile au duc Richard, son beau-frère. Suénon se fit aussitôt reconnaître roi à sa place (1014), et dès ce moment, l'Angleterre, retombée sous le joug de ses anciens ennemis, eut à souffrir les maux d'une servitude pire encore que la première. Les églises surtout furent livrées au pillage, le clergé persécuté cruellement, et l'archevêque de Cantorbéry scella par un glorieux martyre la résistance opposée aux oppresseurs de son pays.

Canut-je- Grand (1015-1036).' — AvecCanut, fils de Suénon, la royauté danoise atteint, en Angleterre, son plus haut degré de puissance. Héritier de la couronne de Danemark et des États que son père venait de conquérir sur les Saxons, ce prince joignit les qualités politiques aux vertus guerrières, et sut mériter le surnom de Grand. En vain Edmond Côte-de-Fer, fils

d'Ethelred qui venait de mourir sur le continent (i 010), voulutil revendiquer le royaume paternel : ses courageux efforts et les c inq batailles qu'il livra ne lui valurent que de faibles avantages, et à sa mort, l'exclusion deses deux fils, qui furent envoyés en Suède, laissa Canut seul maître de l'Angleterre (1017). Celui-ci, pour prévenir toute rivalité dangereuse, épousa ensuite Emma, veuve d'Ethelred, qui, avec les deux derniers fils de ce prince, était restée auprès du duc de Normandie. Cette union toute politique, la modération dont le prince danois fit preuve envers ses sujets saxons, et surtout son respect pour les institutions d'Alfred, contribuèrent à désarmer les haines nationales et à pacifier le pays. Non content d'affermir ainsi son autorité, Canut voulut encore réparer les désastres causés par les! invasions de ses compatriotes. Sous l'influence de la foi nouvelle qu'il avait embrassée, il releva les églises en ruine, en fit bâtir de nouvelles, accorda de riches donations aux monastères, et enfin établit au profit de la cour de Rome un impôt annuel qu'il appela le Denier de saint Pierre. Tel fut l'attachement que la sagesse de son administration inspira aux Anglo-Saxons, qu'ils le suivirent dans une expédition en Norwcge, et conquirent pour lui ce royaume. Le pèlerinage qu'il fit a Rome lui fournit encore l'occasion d'obtenir certains privilèges en faveur de ses sujets et du clergé d'Angleterre. La lettre écrite par lui

{)endant son voyage en Italie est un curieux document que 'histoire cite volontiers pour faire voir que, de loin comme de près, Canut veillait aux intérêts de son royaume. Un seul mot de cette lettre : «Je n'ai nul besoin d'argent obtenu par des moyens injustes , » montre suffisamment quelle transformation la morale chrétienne avait fait subir à un chef de Barbares.

Fin de la dynastie danoise. — A la mort de Canut (1035), l'œuvre de pacification qu'il avait commencée s'arrêta soudain, par Teflet des sanglantes querelles qui s'allumèrent entre ses enfants. Hardicanut, qui était né de son mariage avec Emma, devait hériter de la couronne d'Angleterre ; mais elle lui fut disputée par son frère Harald, malgré l'opposition du comte Godwin qui soutenait le parti de Hardicanut, en ce moment retenu dans ses États de Danemark. Ce Godwin, alors tout-puissant dans le pays, était le fils d'un simple bouvier saxon, et devait à une série d'aventures aussi heureuses que singulières son élévation aux premières dignités militaires du royaume. Kn excitant la discorde entre les deux frères, peut-être espérait-il affaiblir la puissance danoise et faciliter ainsi le rétablissement de la dynastie saxonne. Quoi qu'il en soit, le Nord de l'Angle-

terre fut bientôt armé contre le Midi. Dans cette lutte, où la rivalité des races se manifestait autant qu'une querelle de partis, Harald finit par succomber, et Hardicanut, après avoir fait jeter le cadavre de son frère dans la Tamise, fut reconnu roi d'Angleterre (1040). Son avarice et ses cruautés ne tardèrent pas à rappeler les plus mauvais jours de la domination danoise. L'exemple du prince ne fut que trop fidèlement suivi, et bientôt la demeure du Saxon devint l'hôtellerie du Danois; l'étranger y prenait gratuitement le feu, la table et le lit ; il y occupait la place d'honneur comme maître. Si le chef de la famille résistait, il était traité comme une bête fauve, et poursuivi à travers les bois, il devenait ce qu'on appelait Téte-de-Loup. Rejetés ainsi hors de la société, un nombre considérable de Saxons finirent par former un parti puissant, qui répandit partout la haine du joug étranger : aussi, à la mort de Hardicanut, les vœux de la nation lui avaient déjà donné pour successeur un prince de ia famille saxonne (1042).

Rétablissement de la dynastie saxonne. Édoaard-le-Confesseur. — Le représentant de cette famille était Édouard, fils d'Ethelred II, qui de la Normandie, où il avait passé sa jeunesse, revint en Angleterre pour reprendre la couronne de ses ancêtres. Cette restauration, facilitée par l'assentiment national, s'accomplit sans obstacle, et le nouveau roi commença heureusement un règne qui devait durer vingt-cinq années. Aucun événement remarquable ni glorieux ne signala cette nouvelle période. Elle fut seulement troublée par quelques hostilités avec les Écossais et les Gallois, et par les intrigues du comte Godwin, qui prétendait faire subir à son souverain la domination d'un ambitieux vassal. Une autre cause de désordre agita les dernières années d'un prince qui manqua malheureusement de l'habileté politique réclamée par les circonstances. Élevé parmi les Normands, familiarisé avec leur langue et leurs mœurs, Édouard s'entoura de ces étrangers , et leur prodigua les places et les honneurs dans son royaume. Ces actes imprudents devaient avoir les conséquences les plus graves : ils excitèrent le mécontentement de la nation contre celui qu'elle avait rappelé de l'exil, et en répandant au-delà du détroit l'influence normande, ils préparèrent le succès de l'invasion dont il nous reste à parler.

DEUXIÈME PÉRIODE. — CHAPITRE VU. 269 g II I. Conquête d« l'Angleterre par Guillaume de Normandie (IO6O.1087).

Rivalité (le Guillaume et de Harold. — Avant de mourir, le dernier roi d'Angleterre, qui n'avait point d'enfants, avait été fort embarrassé sur le choix d'un successeur. Cédant enfin aux obsessions légitimes du parti saxon , il s'était décidé en faveur de son beau-frère Harold, fils du comte Godwin, et celui-ci, à la mort d'Edouard , s'était hâté de se faire proclamer roi (1066). Quand la nouvelle de ces événements arriva à la cour de Normandie, elle y excita autant de surprise que de ressentiment. La belle et riche province autrefois conquise par Rollon, était alors gouvernée par Guillaume Ier, fils naturel du duc Robert, prince rusé et ambitieux, dont les désirs convoitaient depuis longtemps la succession d'Edouard. Sa parenté avec le roi saxon, dont la mère était normande, et quelques circonstances toutes particulières avaient entretenu chez lui des prétentions qui avaient fini par passer à ses propres yeux pour des droits réels. On rapporte que dans un voyage entrepris sur le continent, malgré les sages avis d'Edouard, Harold avait été contraint de rendre hommage à Guillaume, et que la main étendue sur des reliques qu'il ne voyait pas, il avait juré d'aider le prince normand à recueillir l'héritage du roi d'Angleterre. Aussi, quand Guillaume apprit l'avénemcnt inattendu de son rival, il protesta hautement, et réclama la couronne pour luimême , en se fondant sur un prétendu testament d'Edouard et sur les propres serments de Harold. Le roi saxon ne nia point ses engagements; mais il objecta qu'ils lui avaient été arrachés par surprise et par violence, et que d'ailleurs, élu par la nation, il ne pouvait, sans son assentiment, se démettre de la royauté. Sur ce refus, le duc de Normandie envoya un message à la cour de Rome, pour dénoncer , le parjure, et requérir la médiation du pape dans une cause où il soutenait que la justice et le respect dû aux choses saintes avaient été également violés. Une assemblée, tenue à Saint-Jean-de-Latran et présidée par le célèbre cardinal Hildebrand, depuis pape sous le nom de Grégoire VIÏ, se prononça en faveur de Guillaume, et la bulle qui lui accordait l'autorisation de soutenir ses droits par les armes lui fut remise avec un étendard bénit par le pape.

Départ de Guillaume pour l'Angleterre., — A peine le prince normand s'était-il assuré le concours de l'Église, qu'il convoqua ses vassaux pour la grande expédition qu'il allait entreprendre. Une foule de chevaliers venus de diverses parties de la France et même des pays étrangers, voulurent aussi se ranger sous ses

bannières. Une nombreuse armée d'invasion ayant été ainsi réunie, la flotte qui devait la transporter partit du port de Saint- Valéry, le 27 septembre 10C6, et arriva heureusement en vue des côtes d'Angleterre. Par une fâcheuse coïncidence, Harold, dont toutes les mesures étaient prises pour empêcher le débarquement, avait d'un autre côté une agression non moins redoutable à combattre. C'était celle de son frère Tostig, qu'il avait exilé, et qui, après s'être entendu avec Guillaume, venait, aidé du roi de Norwége, de faire une descente dans les provinces du Nord. Menacé par un double péril, Harold avait donc à défendre à la fois le sol de l'Angleterre contre deux races ennemies, les Danois, ses anciens adversaires, et les Normands, ses nouveaux envahisseurs. Dans cette extrémité, le courage et la confiance du roi saxon ne se démentirent pas. Il marcha d'abord contre Tostig, et comme avant de livrer bataille, il lui avait fait proposer un accommodement , son frère demanda ce que, dans les conditions du traité, il réservait au roi de Norwége : <r Sept pieds de terre anglaise pour sa tombe, » répondit Harold. Incapable de trahir son allié, Tostig aima mieux combattre ; mais il fut tué dans la mêlée ainsi que le roi de Norwége, et après une déroute complète, les débris de l'armée ennemie s'enfuirent sur leurs vaisseaux. Tel fut le carnage pendant cette journée de Stramfordbrige, que cinquante ans après, la plaine était encore blanche d'ossements.

Arrivée des Normands. — Tandis que les Saxons célébraient ce triomphe national , le même souffle de vent qui agitait leurs bannières victorieuses poussait sans obstacle les voiles normandes jusque sur les rivages de Sussex. En mettant le pied sur la terre qu'il allait conquérir, Guillaume fit un faux pas et tomba sur le visage. Un murmure s'étant élevé parmi ses chevaliers, qui regardaient cet accident comme un mauvais présage : «Compagnons! s'écria-t-il en se relevant, quelle chose vous étonne? J'ai saisi cette terre de mes mains, et par la splendeur de Dieu, tant qu'il y en a, elle est à vous. » Cette présence d'espritrassurararmce,quisedirigeantaussitôtversHastingss'arrêta près de cette ville, dans un camp où elle se retrancha fortement. A la nouvelle de cette invasion, Harold, quoique souffrant des blessures reçues dans le dernier combat, se porta vivement à la rencontre des ennemis, avec toutes les troupes qu'il put recueillir sur son passage. Quand les deux armées furent en présence, le duc de Normandie que son caractère portait à négocier avant d'en venir aux mains, fit demander, par un moine, an roi saxon s'il voulait se dessaisir de la royauté, accepter l'arbitrage

du pape ou décider de leur querelle par un combat singulier* Harold rejeta brusquement chacune de ces propositions ; mais Guillaume, voulant tenter un dernier effort, renvoya le religieux avec ces nouvelles instructions : «Va dire à Harold que s'il veut tenir son ancien pacte avec moi, je lui laisserai tout le pays qui est au-delà de l'Humber. S'il s'obstine à ne point prendre ce que je lui offre, tu lui diras devant ses gens, qu'il est parjure et menteur, et que lui et ses partisans sont excommuniés par le pape. » A cette déclaration répétée d'un ton ferme et solennel, un long frémissement parcourut les rangs des chefs saxons : quelques-uns parurent ébranlés ; mais bientôt tous se raffermirent et demandèrent à grands cris le combat. Cependant, troublés par l'idée d'un parjure, les frères de Harold le dissuadèrent de prendre part à l'action, en lui rappelant le serment que, de gré ou de force, il avait prêté sur le corps des saints : « Nous qui n'avons rien juré, disaient-ils, la guerre est pour nous de toute justice, car nous défendons notre pays. Laisse-nous donc seuls livrer la bataille ; tu nous aideras, si nous plions, et si nous mourons, tu nous vengeras. » Quelque noble que fût ce dévouement, Harold ne voulut point l'accepter, et refusant de s'éloigner quand les autres risqueraient leur vie, il donna tous les ordres pour la bataille.

Bataille d'Hastings (1066). — La nuit qui précéda le jour du combat fut employée par les Normands à prier, à réciter dévotement des psaumes et à recevoir les sacrements. Dans le camp des Saxons, au contraire, se passaient des scènes toutes différentes, car, livrés à une bruyante orgie, les guerriers faisaient entendre de vieux chants nationaux, et vidaient, autour de leurs feux, des cornes remplies de bière et de vin. Le lendemain, 14 octobre 1066, l'action s'engagea vivement au milieu d'un grand tumulte et de divers cris d'armes. Les À nglo- Saxons, tous à pied autour de leur étendard planté en terre, et formant une masse compacte et solide, recevaient les assaillants à grands coups de hache qui brisaient les lances et les cotte de mailles des cavaliers normands. Malgré une nouvelle blessure qu'il venait de recevoir, Harold continuait de commander et de donner l'exemple du courage, et déjà il était parvenu à repousser les Normands avec une grande perte, lorsqu'une ruse de Guillaume rétablit la fortune du combat. La fuite simulée d'un corps de l'armée normande attira les Saxons hors de leurs retranchements, et bientôt assaillis dans le désordre d'une poursuite acharnée, ils furent taillés en pièces et défaits complètement. Harold et ses deux frères tombèrent morts au pied de leur éten-

dard, qui fut remplacé par la bannière envoyée de Rome, et à cet endroit même Guillaume, aussitôt après sa victoire, ordonna d'élever un monastère, qu'on appela depuis Y ' Abbaye-de-la-Batailie. Quant au corps du roi défunt, deux moines d'un couvent qu'il avait fondé vinrent le réclamer, au nom de sa mère , pour lui donner la sépulture ; mais d'abord ils le cherchèrent vainement à travers des monceaux de cadavres, et ils ne parvinrent à le découvrir qu'en se faisant aider par une jeune fille nommée Edith « au cou de cygne », et connue par l'affection qu'elle avait inspirée à Uarold.

Couronnement de Guillaume. — Cette grandebataille d'Hastings, tant déplorée par les chroniques saxonnes, et qu'elles appellent un jour de deuil et de mort, était sans doute un beau triomphe pour les Normands ; mais pourtant elle ne leur assurait pas encore la conquête du pays. Aussi Guillaume ne s'arrêta point ; après avoir fortifié Douvres pour établir ses communications avec la Normandie, il marcha sur Londres , où une assemblée de thanes saxons avait proclamé comme roi national le jeune Edgar, petit-fils d'Edmond-Côte-de-Fer. Avant de se hasarder dans cette capitale, déjà grande et populeuse, le prudent Guillaume construisit plusieurs forteressesqui la commandaient, et ce ne fut qu'après avoir reçu l'hommage des principaux habitants, qu'il alla se faire couronner à l'abbaye de Westminster. Sa conduite fut d'abord politique et empreinte d'une certaine modération. Il essaya de s'attacher Edgar par des faveurs et des donations, accorda des privilèges à la ville de Londres, et prêta l'oreille aux plaintes du peuple, sans négliger toutefois de placer sa récente conquête sous la protection de nombreux châteauxforts et sous la garde intéressée de ses barons normands. Quand il eut ainsi pris toutes ses précautions , il voulut revoir son duché, et partit en emmenant, pour plus de sûreté, un certain nombre d'otages anglais.

Un soulèvement général , excité pendant son absence par la tyrannie des seigneurs normands, força le conquérant à un prompt retour (1067). L'Angleterre était toute en feu : à l'Ouest, les rois bretons étaient rappelés ; les comtés de l'Est s'offraient à Suénon, roi de Norwége, et le Nord, agité par Edgar, s'était révolté depuis la Mercic jusqu'à l'Écosse. C'était une cruelle occasion de représailles offerte au caractère vindicatif de Guillaume. Il en usa largement, parcourut en vainqueur furieux les provinces septentrionales, et tout ayant été détruit à la fois, maisons, habitants, bestiaux et fruits *de la terre, le pays entre York et Durham resta pendant neuf ans sans culture. Le prix

DEUXIÈME l'ÉKIODE

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