‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 47 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ftnt tic I* Italie dcptilfl la lin du treizième siècle jusqu'en

traité de I.odl.

§ I". Prineipantci et républiques en Lombardie et en Toscane.

Milan. — De toutes les familles princières qui s'élèvent en Lombardie sur les ruines de la liberté italienne, celle des Visconti se place au premier rang. Celui qui fonda la grandeur de cette maison, fut Matteo Visconti, petit-neveu d'Othon, archevêque de Milan. Revêtu par l'empereur Henri Vil du titre de capitaine et de celui de vicaire impérial en Lombardie, il réussit à se faire reconnaître seigneur souverain de Milan, et subjugua successivement depuis 1 3 1 5 les principales républiques guelfes ou gibelines de la Lombardie. En effet, à partir du quatorzième siècle, la rivalité des guelfes et des gibelins perdit sa signification primitive. On vit des guelfes appeler les empereurs et se déclarer les défenseurs de la prérogative impériale. On vit au cohtrairc des gibelins applaudir à la tentative de Rienzi et appuyer la prépondérance de la maison d'Anjou. Dans cette confusion générale des intérêts et des idées, le pouvoir devait appartenir aux plus ambitieux et aux plus adroits.

Puissance des Visconti. — Représentants du parti gibelin, les Visconti visaient à se faire de toute la Haute Italie un Etat indépendant, sous la protection nominale des empereurs d'Allemagne. Us furent longtemps avant d'y réussir. Toutefois, à la mort d'Azzo, petit-fils de Matteo, leur souveraineté s'étendait déjà sur Milan, Pavie, Bergame, Verceil, Crémone, Lodi, Côme, Crème et Plaisance ; ils avaient même enlevé le Bressan à Mastino délia Scala(1339). L'archevêque Jean, proclamé seigneur de Milan, conjointement avec son frère Lucchino, ne tarda pas à rester seul, par la mort de ce dernier, en possession de l'autorité. 11 fit reconnaître sa domination par les villes de Gènes et de Bologne, et pour assurer l'hérédité du pouvoir dans sa famille, il rappela de l'exil ses trois neveux, Matteo, Galéas etBarnabo. La seigneurie fut alors partagée en trois lots (1354). Matteo , prince frivole et débauché, meurt bientôt après empoisonné. Ses deux frères gouvernent conjointement; mais s'ilsdonnent l'exemple d'une rare valeur et d'une fraternelle amitié, ils se distinguent malheureusement aussi par leur impiété et iW impitoyable tyrannie. Toutefois leur puissance continue de s'étendre et de s'affermir. Galéas réussit même à faire entrer par des mariages son fils et sa fille dans les royales maisons de France et d'Angleterre.

Jean Galtas, duc de Milan. — Jean Galéas, son fils et son successeur (1378), se délivre par la ruse et par la violence de l'opposition de son oncle Barnabo; il dépouille le dernier des Scaligers, réunit à ses Etats toute l'Italie lombarde, depuis la Brenta jusqu'au Tésin, et obtient enfin de l'empereur Wenceslas, moyennant cent mille florins d'or, le titre de duc de Milan pour lui et pour ses descendants (1395). Il tourne alors ses vues ambitieuses du côté de la Toscane, et déclare la guerre aux Florentins. Maître, au sud de l'Apennin, de Pise, de Lucques, de Sienne, de Pérouse et de Spolète, il se prépare à attaquer Florence lorsqu'il meurt de la peste (1402). Sa mort rétablit l'ancienne balance politique de l'Italie qu'il avait été sur le point de renverser.

Condottieri. — Le second fondateur de la maison de Visconti avait terni sa gloire par ses cruautés. Ses fils, Jean-Marie et Philippe- Marie, furent cruels sans gloire. Cependant Philippe reprit les desseins de son père contre Florence, et enrôla les plus fameux condottieri de l'époque, tels que François Carmagnole, François Sforze, Sorelli et Piccinino. En général, la guerre ne se faisait plus qu'avec des soldats mercenaires qui coûtaient beaucoup, mais qui combattaient en usant de ménagements réciproques. De part et d'autre, des escadrons couverts d'armures pesantes et presque impénétrables se poussaient à coups de lance comme dans un tournoi sans se faire de blessures sérieuses. C'est ainsi , qu'à la journée d'Ànghiari (1440), l'armée florentine mit en pleine déroute les Milanais, commandés par Piccinino. Le combat avait duré quatre heures, et cependant au dire de Machiavel, un seul homme y périt non de ses blessures, mais foulé sous les pieds des chevaux.

Avènement de Sforze. — Après avoir vu échouer ses projets ambitieux, Philippe Visconti mourut en 1447 fans postérité légitime, et sa race finit avec lui. Jamais dans cette famille l'ordre de succession n'avait été réglé par les lois. Aussi divers prétendants, dont le plus puissant était Alphonse V, roi d'Aragon et des Deux-Siciles, se présentèrent pour recueillir ce magnifique héritage. Sans avoir égard à leurs réclamations, les Milanais rétablirent le gouvernement républicain ; mais ils se trouvèrent dans la nécessité de confier le commandement des troupes au condottiere François Sforze, mari de Blanche, fille du duc défunt. Profitant de sa position nouvelle, et secondé par les Vénitiens, cet heureux aventurier renversa la république et se fit proclamer duc de Milan par le peuple (février 1450).

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Une dynastie militaire s'éleva, qui plus tard devait lutter contre les prétentions redoutables des rois de France1.

Seigneuries de Vérone et de Padoue. — La maison délia Scala, qui dominait À Vérone depuis la chute d'Eccelin de Romano, dut, comme celle des Visconti, la confirmation de sa puissance à f empereur Henri de Luxembourg. En 1 812, ce prince donna à Cane-le-Grand, petit- fils de Mastino, la seigneurie deVicenceet le titre de vicaire impérial dans la Marche Trévisane. En même temps, la famille des Carrares s'établissait à Padoue (i 318). Mastino H, fils de Cane, s'empara de Lucques, et menaça Florence. On dit même qu'il avait formé le projet de se faire nommer roi d'Italie. Mais la politique de Venise et la jalousie des Visconti mirent obstacle à ses vues ambitieuses. Après lui, la grandeur de sa famille déclina rapidement (1351), et Antoine délia Scala, son dernier héritier, fut dépouillé de toutes ses possessions par Jean Galéas Visconti (1387). François Carrare espéra alors succéder aux Scaligers, et voulut joindre à la possession de Padoue celle de Vérone et de Vicence. Mais cette prétention l'entraîna dans une guerre malheureuse contre les Vénitiens, et comme il s'était rendu à Venise pour implorer la clémence du sénat, il fut emprisonné et étranglé avec ses trois fils. Les deux villes en litige, et Padoue elle-même, furent définitivement réunies à la seigneurie en 1405.

Maisons d'Esté et de Gonzague. — Parmi les autres familles qui exerçaient les droits de souveraineté dans la moyenne Italie, on doit mentionner la maison d'Esté, à Ferrare, et celle de Gonzague, à Mantoue. Séparée depuis longtemps de la tige guelfe, la branche italienne d'Esté possédait Ferrare sous la suzeraineté des papes qui tenaient leur droit de la donation de Mathilde. En 1336, les marquis d'Esté ajoutèrent à leurs Etats les villes importantes de Modèneet de Reggio. Plus tard, Borso, fils naturel de Nicolas d'Esté, fut nommé duc de Modène et de Reggio par l'empereur Frédéric 111 (1452), et le pape Paul 11 l'investit ensuite de la seigneurie de Ferrare, à titre de duché (1470). A Mantoue, Louis de Gonzague se fit proclamer capitaine du peuple en 1328, après l'expulsion des Buonacolsi. Son petit-lils François obtint de l'empereur Sigismond le titre de marquis (1433), qu'un siècle plus tard Charles-Quint changea en celui de duc.

Piémont et Mont ferrât. — Les comtes de Savoie faisaient

J Ces prétentions remontaient à Valentine de Milan, sœur de Philippe-Marie, et femme du duc d'Orléans, frère de Charles VI. Or, le roi Louis XII, le premier qui les fit valoir» était le pelti-fils de Valentine.

QUATRIÈME PÉRIODE» -* CHAHÎKË n.

réittôftter leurs prétentions sur le Piémont jusqu'au règne de l'empereur Henri IV, qui avait créé HumbertH marquis d'Italie* Les derniers empereurs Souabes confirmèrent celte dignité aux comtes de Savoie. Frédéric II érigea même le pays de Chablais et d'Aoste en duché, pour Amédée, fils du comte Thomas (1238). Mais l'esprit communal, très-puissant en Piémont, lutta longtemps contre l'influence des comtes ; les villes de Turin et d'Asti se distinguèrent surtout par leur attachement à leur ancienne indépendance. Durant le XIVe siècle, le Piémont fut possédé nominalement par une branche cadette de la maison de Savoie; et il ne fut définitivement réuni que sous le règne d'Amédée VU, en vertu d'une cession faite par Louis I" d'Anjou, comte de Provence (1381). Le comté de Nice vint ensuite arrondir les possessions des comtesde Savoie sous Amédée VIII, qui fit de la Savoie, dit un contemporain, « le pays le plus riche, le plus sûr et le plus plantureux de son voisinage.» Ce sage prince, après avoir été élevé à la dignité ducale par l'empereur Sigismond (1417), fut même nommé pape sous le nom de Félix V par les cardinaux dissidents qui faisaient partie du concile de Bâle(i439). Apartir de cette époque, la domination de la maison de Savoie acquit en Italie une importance toujours croissante.

Depuis le dixième siècle, le Montferrat avait des marquis héréditaires qui s'illustrèrent surtout pendant les croisades, et furent même rois de Thessalonique. En 1284, Guillaume de Montferrat abandonna ses droits sur ce royaume à son gendre Àndronic Paléologuc. Théodore, fils d'Andronic, hérita ensuite du marquisat, et fonda une dynastie nouvelle qui dura de 1306 à 1533. Yolande, li lie de Théodore, porta des droits éventuels à la succession du Montferrat, dans la maison de Savoie, par son mariage avec le comte Aymon-le- "pacifique ( 1 3 3 0). Mais ces droits ne devaieut être exercés que longtemps après l'extinction des Paléologues, et l'annexion du Montferrat au Piémont n'eut lieu qu'en 1713.

Toscane.— Lttcques et Pise. — Dans ce pays, le parti gibelin, représenté par Lucques et Pise , et le parti guelfe, soutenu par Florence et les communes de l'iutérieur, étaient encore en présence. Les efforts de l'empereur Henri VU, et le génie entreprenant de Gastruccio Ca^tracani retardèrent seuls la chute des Gibelins. Elu seigneur de Lucques, en 1320, après l'expulsion des Guelfes, Castracani se lia avec Galéas Viscouti, et défit les Florentins à la bataille d'Alto-Pascio (1325). Deux ans après, il fut créé duc de Lucques et de Pistoie par l'empereur Louis de Bavière. Mais sa mort prématurée sauva la liberté

des communes toscanes. Lucques tomba alors au pouvoir de Mastino délia Scala, puis se donna aux Pisans (1342), et enfin réussit à maintenir son indépendance contre les entreprises des tyrans domestiques ou des ennemis du dehors. Pise fut moins heureuse. Depuis la destruction de sa marine par les Génois et les Aragonais, elle ne put se soutenir qu'à l'aide des mercenaires ou avec l'appui intéressé des Visconti. Vendus pour deux cent mille écus d'or aux Florentins, par un fils naturel de Jean Galéas, les Pisans sont forcés de se soumettre après une résistance désespérée (1406), et de ce moment, l'histoire de Pise ne se sépare plus de celle de Florence.

Florence; ses révolutions.— Les Florentins offrent le singulier spectacle d'un peuple laborieux, économe et intelligent pour ses propres affaires, mais qui ne veut pas être gouverné et ne sait pas se gouverner lui-même. Dès la On du treizième siècle, l'impuissance des institutions démocratiques ayant frappé tous les yeux, Florence se donne successivement pour seigneurs le comte de Valois, le roi de Naples, Robert, et le duc de Calabre, fils de Robert. Sous l'autorité de ces princes étrangers, elle continue toutefois d'être troublée par la rivalité des Noirs et des Blancs, noms sous lesquels se dissimulaient les anciens partis des Guelfes et des Gibelins. Engagée dans une guerre onéreuse contre Pise, au sujet de la possession de Lucques, la république se décida enfin à confier le pouvoir absolu au duc d'Athènes, Gauthier de Brienne (1342). Mais Gauthier gouverna si despotiquement, que l'année suivante les citoyens s'armèrent contre lui et le chassèrent de la ville. La lutte s'engagea entre la noblesse et le peuple. Les nobles furent proscrits, leurs maisons saccagées et réduites en cendres.

A l'aristocratie de race succéda alors une aristocratie nouvelle, sortie des maisons de banque et des comptoirs, et qui inspira une jalousie non moins vive. La question des salaires, ea divisant les maîtres et les ouvriers, vint jeter de nouveaux ferments de discorde entre les deux classes qu'on appelait le Peuple " gras et le Peuple maigre. Retardée par la guerre que Florence i eut à soutenir contre le pape Grégoire XI, la révolution éclata en 1378. La Seigneurie fut chassée de son palais et la dictature fut déférée à un cardeur de laine nommé Michel Lando. Mais la modération de Lando ayant trompé les espérances de ceux qui l'avaient élevé au pouvoir, les troubles ne tardèrent pas à recommencer. L'ancienne noblesse guelfe et les riches marchands se mirent d'accord , reprirent le dessus et abolirent la plupart des lois établies pendant le règne de la multitude (13821. A

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partir de cette époque jusqu'en 1434, les Albizzi gouvernèrent l'Etat avec plus de fermeté et de sagesse que ceux qui les avaient précédés. C'est pendant cette période de calme , que Florence affermit son empire sur les villes de l'intérieur, s'empare de Pise, et, par l'acquisition du port de Livourne, ouvre une voie nouvelle à son commerce (1421).

Avènement des Médicis—kw premier rang des riches familles plébéiennes se trouvait alors celle des Médicis, puissante par son opulence, son amour des arts et sa popularité. Sous prétexte de défendre le menu peuple contre l'aristocratie bourgeoise, cette famille aspirait au pouvoir suprême; et Côme, fils de Jean de Médicis, l'obtint en 1434, lorsqu'il renversa les Albizzi à son retour de l'exil. Considéré comme le triomphe de la démocratie, cet événement fut pourtant le signalde sa ruine. Sans quitter le négoce, et sans vouloir accepter d'autre titre que celui de père de la patrie, Côme fut pendant plus de trente ans l'arbitre suprême de la république. A l'intérieur, il calma les partis, ranima l'industrie languissante et fit fleurir les arts de la paix; à l'extérieur, il sut, par sa médiation respectée, maintenir l'équilibre entre les puissances italiennes. Le deuil public que causa sa mort , et les honneurs rendus à son cercueil , annoncèrent aux Florentins qu'ils auraient bientôt des maîtres (1464).

g II. Rivalité de Gènes et de Venise.

Guerre de* Gaffa et de Chiozza. — Les intérêts opposés des deux républiques maritimes de Gênes et de Venise les entraînèrent dans des hostilités qui se prolongèrent durant tout le cours du quatorzième siècle. Ce fut surtout vers 1S50 que la guerre prit un caractère d'animosité capable de mettre en péril l'existence de Tune ou l'autre des deux rivales. Maîtres de Caffaet de plusieurs établissements sur la mer Noire, les Génois prétendaient interdire l'accès de cette mer aux Vénitiens. D'abord vainqueurs à Gallipoli, ils parvinrent à faire fermer à leurs ennemis tous les ports de l'empire grec, et détruisirent même l'escadre vénitienne près de la Sapienza. Venise, menacée à cette époque par la conspiration de Marino Faliero (1355) et par l'ambition du roi Louis de Hongrie, se vit forcée de demander la paix aux Génois. Mais vingt ans après, les hostilités se rallumèrent, et cette fois mirent en feu toute l'Italie. Après une victoire signalée devant Pola, les Génois pénétrèrent en 1379 au sein même des lagunes de Venise, et y attaquèrent le port de Chiozza. Pierre Doria s'en rendit maître, et il aurait même

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emporté Venise s'il eût profité de la consternation des Vénitiens qui étaient prêls à s'exiler dans l'île de Candie. Les lenteurs de l'amiral génois leur laissèrent le temps d'équiper une nouvelle flotte, avec laquelle Victor Pisani vint fondre sur les Génois. Chiozza fut reprise (24 juin 1380), et le rude échec que Gênes éprouva en cette occasion amena la conclusion de la paix de Turin.

Révolutions à Gènes.— Cette défaite n'aurait pas suffi pour assurer la prépondérance à Venise, si Gênes n'eût pi éparé sa propre décadence par ses commotions intérieures et par l'instabilité de son gouvernement. Pour y remédier, elle voulut se placer sous l'autorité d'un seul, et Simon Boccanegra devint son premierdoge (1339). Mais ce pouvoir nouveau ne put contenir un peuple léger et turbulent, aussi incapable de supporter la liberté que la servitude. Gênes se donne alors au roi de France, Charles VI, dont le lieutenant Boucicaut rétablit la tranquillité dans la ville par des mesures rigoureuses ( 1 40 1 ). Boucicaut occupe au dehors l'activité des Génois, va piller les comptoirs des Vénitiens à Baruth, et s'empare de l'île d'Elbe et de Livourne. Mais le peuple inconstant, après avoir chassé les Français, passe sous la domination des marquis de Montferrat et des ducs de Milan. Déchiré parles factions, il se donne une seconde fois à la France (1458). Enfin de 1464 à I528,<jênes retombe et reste sous la dépendance des ducs de Milan.

Accroissements territoriaux de Venise. — Grâce à la force de son gouvernement aristocratique, Venise, au contraire, nonseulement répare ses pertes, mais encore accroît de jour en jour sa puissance. Le traité qu'elle conclut en 1347 avec le sultan mameluck Hasen-Naser, lui assure une entière liberté de commerce dans les ports de Syrie et d'Egypte, et lui donne les moyens de s'approprier peu à peu tout le commerce des Indes. Délivrée de sa guerre contre Gênes, elle songe à devenir une puissance territoriale. Elle enlève, comme nous l'avons vu, Trévise et Padoue aux Scaligers et aux Carrares. Elle domine dans le golfe de Corinthe par la prise de Patras et de Lépante. En 1420, elle reprend la Dalmatie sur Sigismond, roi de Hongrie, et cette conquête lui facilite l'acquisition du Frioul. Enfin, dans la première moitié du quinzième siècle, Venise démembre successivement du duché de Milan les villes de Vicence, Bellune, Vérone, Brescia, Bergame, Crème, avec leurs territoires. La prise de Ravenne vient agrandir au midi ses possessions de terre ferme, et elle se trouve alors un des Etats les plus considérables de l'Italie et la première puissance maritime de l'Europe.

Tout en dirigeant vers d'utiles conquêtes les armes de sa patrie, le doge Foscari ne sut pas prévenir le coup terrible que la prise de Gonstantinople par les Turcs devait porter au commerce , et plus tard à la domination politique de Venise. Le sénat préféra entamer des négociations pacifiques avec les ennemis de la chrétienté. Mais bientôt en Grèce, à Candie, et dans les Iles de l'Archipel , Tétendard du croissant allait se déployer et faire reculer devant lui le lion de Saint-Marc, jusqu'alors victorieux.

S III. Royaumes de Naples et de Sieile.

Sicile. — Malgré les stipulations du traité d'Anagni, qui ordonnait la restitution de la Sicile à la maison d'Anjou, Frédéric d'Aragon réussit à demeurer maître de cette île; il fut même reconnu roi de Trinacrie par le roi de Naples et par le pape (1 302). Des alliances avantageuses et d'utiles institutions alîerlirentet signalèrent son règne aussi long que glorieux. Après lui, son fils Pierre II et ses deux petits-fils Louis et Frédéric III eurent à lutter contre des troubles intérieurs dont les rois de Naples voulurent profiter pour rétablir leur domination en Sicile (1 337- J 372). Mais ils furent obligés de se contenter d'une suzeraineté nominale. En 1391, Marie, unique héritière de Frédéric III, porta la Sicile dans la branche aînée de la maison d'Aragon, par son mariage avec l'infant don Martin ; et à la mort de ce prince, File fut gouvernée par un vice-roi aragonais.

Successeurs de Charles d'Anjou. — A Naples, le fils de Charles d'Anjou, Charles II, se consuma en efforts impuissants contre la Sicile. Son successeur, Robert, dit le Sage, ne fut pas plus heureux de ce côté ; mais du moins il réussit a étendre son influence sur la haute et la moyenne Italie, où il fut généralement reconnu comme le chef du parti guelfe. Les papes le nommèrent vicaire impérial pour l'opposer à Henri de Luxembourg et à Louis de Bavière (V.le chap. suivant), et les Génois lui déférèrent la seigneurie de leur ville. Toutefois, Robert fut loin de justifier par tous ses actes la réputation de sagesse et d'habileté que lui firent les savants, dont il s'était déclaré le protecteur. Avec lui finit la prépondérance que depuis soixante-dix-sept ans les princes angevins conservaient sur les autres États de l'Italie (i 343). 11 laissait une petite-fille nommée Jeanne, qu'il avait mariée à son petit-neveu André, second fils du roi de Hongrie. Légère et avide déplaisirs, Jeanne rendit en haine à un époux rude et grossier le mépris que celui-ci lui témoignait. André voulut régner non comme le mari de la reine, mais par son propre

HISTOIRE DU MOYEN-A(jK.

droit, et il périt étranglé (18 sept. 1845). Ce crime eut pour premier résultat d'attirer sur le royaume de Naples les armes de la Hongrie, et prépara ensuite les catastrophes les plus désastreuses.

Adoption de Louis d'Anjou par Jeanne /".«—Malgré L'absolution qu'elle avait obtenue du pape, Jeanne Ire n'était point par* venue à se disculper entièrement d'avoir trempé dans le meurtre de son époux. Arrivée sans postérité à l'âge de quarante-trois ans, elle crut garantir la paix publique en assurant sa succession à son cousin Charles de Duras, dernier mâle de la maison d'Anjou. Mais le grand schisme d'Occident survint alors, et Jeanne s'étant déclarée pour le pape d'Avignon, Charles, partisan d'Urbain VI, marcha sur Naples avec une armée hongroise. Hors d'état de lui résister, la reine invoque l'appui de la France et adopte Louis d'Anjou, tuteur du jeune roi, Charles VI. Retenu au-delà des monts par les affaires du royaume, Louis rassemble lentement des troupes. Pendant ce temps, Charles de Duras, après s'être fait couronner à Rome, prend possession de Naples, s'empare de Jeanne et la fait périr au château de Muro (12 mai 1382) : punition tardive de l'assassinat d'André et d'une vie souillée par tous les genres de scandales.

Lutte des maisons de Duras et d'Anjou. — Louis d'Anjou arrive trop tard pour sauver sa mère adoptive et meurt bientôt après dans une ville de la Pouille. Deux ans plus tard, Charles lui-même est frappé par la justice de Dieu. Le meurtrier de Jeanne périt à son tour de mort violente, au moment où il croyait prendre possession du trône de Hongrie (1386). Le royaume de Naples tombe dans une complète anarchie. Le parti angevin reconnaît pour roi Louis H, fils du duc d'Anjou, à peine âgé de dix ans; le parti contraire obéit â un autre enfant, Ladislas, fils de Charles de Duras. La noblesse court aux armes, et, pour soutenir la lutte, accable le peuple d'impôts. Naples se soumet aux Angevins. Mais en 1392, Ladislas, prince formé de bonne heure à la ruse, commence à relever ses affaires et l'emporte à la fin sur Louis qui retourne en Provence (1 399). Une seconde et dernière tentative du prince français ne réussit pas mieux (1411).

Jeanne II (1414-1435). — Ce n'était là que le prélude des longues guerres que l'adoption de Louis d'Anjou devait allumer. Jeanne 11 qui succéda à son frère Ladislas, ayant renouvelé les désordres du règne de la première Jeanne, le parti angevin releva la tête. Louis III d'Anjou se présenta à l'impro-

QUATRIÈME PÉHIODE. — CHAPITRE 11.

viste devant Naples avec une flotte, tandis que le condottiere Jacques Sforze assiégeait la ville du côté de la terre. Dans un si pressant danger, la reine proposa à Alphonse V, roi d'Aragon et de Sicile, de l'adopter pour son héritier s'il la délivrait de ses ennemis. Ce prince accepta, dégagea Naples et força les Français à la retraite (1422). Mais ses succès rapides et son ambition mal déguisé effrayèrent Jeanne, qui, révoquant l'adoption d'Alphonse, lui substitua ce même Louis III qui venait de prendre les armes contre elle. Alphonse se retira en Aragon et céda la place à Louis, qui se trouva en butte à toutes les intrigues d'une cour corrompue. Retenu en Galabre dans une sorte d'exil, Louis y mourut de la fièvre, et Jeanne succomba bientôt après, en léguant ses États à René, comte de Provence, frère puîné de Louis d'Anjou (1435).

Triomphe de la maison d'Aragon. Traité de Lodi.—L& race angevine, issue du vaillant frère de saint Louis, venait de s'éteindre misérablement dans la corruption et dans la honte. René de Provence et Alphonse d'Aragon s'apprêtèrent à faire valoir leurs prétentions respectives. L'Aragonais l'emporta, grâce à l'alliance de Philippe-Marie Visconti, duc de Milan et seigneur de Gênes. Dépourvu de troupes et d'argent, René ne put se maintenir à Naples, et après sept ans de lutte, il abandonna le royaume à son heureux rivai (1442). La dynastie d'Aragon prit la place de celle d'Anjou, et sous cette nouvelle domination la Sicile se trouva encore une fois réunie aux provinces de terre ferme *.

Par son habile politique, Alphonse V parvint à se concilier le pape Eugène IV, qui, après avoir été longtemps son adversaire, consentit à lui donner l'investiture du royaume de Naples. Affermi sur le trône, le nouveau roi se trouva engagé dans une guerre qui avait pour objet la succession du duché de Milan. 11 s'allia avec Venise contre l'usurpateur François Sforze que soutenaient les Florentins, et il envoya une armée en Toscane, Mais au milieu des hostilités, la prise de Constantinople par les Turcs décida le pape Nicolas V à rendre la paix à l'Italie. Sous sa médiation les Vénitiens et le duc de Milan firent la paix à Lodi (9 avril 1454), et peu de temps après, les Florentins et le

1 Toutefois la réunion de la Sicile au royaume de Naples n'eut lieu définitivement que sous Ferdinand-le-Catholique en 1504; car à Naples, Ferdinand, fils naturel d'Alphonse d'Aragon, fonda une dynastie particulière qui régna de 1458 i 1501. C'est donc seulement à partir du seitième siècle que l'expression Royaume det Dtux- Sicile* devrait être employée , bien qu'on la trouve aussi quelquefois usitée pendant l'époque des princes normands et souabes.

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roi de Naples furent obligés d'y accéder. Sous Ferdinand, successeur d'Alphonse, Jean, duc de Calabre, fils de René, essaya de ranimer les forces expirantes du parti angevin ; mais il ne sut pas profiter de la victoire de Sarno (1460). Là seconde maison d'Anjou s'éteignit à son tour, en transmettant ses prétentions sur Naples à la maison royale de France. Ainsi la querelle survécut à ceux qui l'avaient suscitée, et à la Gn du quinzième siècle, la succession de Naples allait mettre en jeu toute la politique européenne.

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