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CHAPITRE IV

De la France et de l' Angleterre depuis la mort de Philippe' le-Hardl et de Henri lu Jusqu'à l'avènement des ValoU.

§ 1er. France. — PUilippe-le-Bel et Iroii fils.

Le règne de Philippe IV le Bel semble ouvrir une ère nouvelle dans notre histoire. Quoiqu'il se rattache encore au Moyen- Age, on dirait qu'il annonce déjà la venue des temps modernes. Au milieu des innovations dont il fut l'auteur ou le. témoin, Philippe IV nous apparaît lui-même comme une nouveauté. On ne voit plus en lui le roi féodal, tout bardé de fer, chevauchant en batailles suivi de ses barons, mais bien un grave souverain, entouré d'hommes de loi et de finance, avec lesquels il règle légalement les intérêts de la royauté. Les légistes ou chevaliers de justice, que nous avons vus apparaître dès lerègue de saint Louis, secondent merveilleusement les projets de son petit-fils. Armés de la plume et des textes du droit romain, ils semblent prendre un cruel plaisir à humilier tout ce qui est grand et respecté, noblesse, ordres religieux, papauté même. Ils brûlent les templiers, font le procès à la mémoire de Boniface VIU, après l'avoir outragé de son vivant, et méritent ainsi le surnom de démolisseurs du Moyen-Age.

Premières hostilités en Guyenne et en Flandre.— Philippe IV était bien jeune encore lorsqu'il fut appelé à remplacer son

QUATRIÈME f'ËUIODE. - CHAPITRE IV.

père sur Je trône. Engagé d'abord dans la guerre d'Aragon, il laissa le roi de Majorque en supporter tout le poids jusqu'au moment où le traité de Tarascon et celui d'Anagni vinrent mettre un terme aux hostilités (1291-1295). Tranquille de ce côté, le nouveau roi tourna toute son attention vers l'Angleterre et la Flandre. Jusque-là, Édouard Ier, entretenant la paix dont saint Louis s'était fait le médiateur, avait montré les meilleures dispositions envers Philippe-le-Bel, auquel il était venu rendre hommage en 1286. Occupé de la conquête du pays de Galles et de lÉco^sc, il croyait n'avoir rien à démêler avec la France, quand la querelle de deux matelots, l'un Anglais et FautreNormand, détermina une rupture soudaine entre les deux nations. Après quelques engagements sans importance, Philippe fait citer Édouard devant la Cour des Pairs, et sur son refus de comparaître en personne, il confisque la Guyenne, qu'il fait occuper par une armée. D'un autre côté, il suscite à Edouard de nouveaux embarras en Ecosse en s' alliant à son adversaire Jean Baliol, tandis qu'à son tour le roi d'Angleterre se ligue avec l'empereur Adolphe de Nassau et tous les autres ennemis de Philippe-le-Bel. Le théâtre des hostilités est bientôt transporté de la Guyenne en Flandre, dont le comte Guy de Dampierre s'arme ouvertement contre son suzerain le roi de France. Une première victoire remportée à Furnes (1297) par le comto d'Artois est suivie d'une suspension d'armes qui est rompue peu de temps après. Alors Charles de Valois rentre en Flandre, fait prisonnier le comte Guy, qui est enfermé au château du Louvre, et impose aux Flamands toutes les rigueurs d'une domination tyrannique. Indignées d'être ainsi traitées en vaincues, les communes flamandes ne tardent pas à se révolter au signal qui leur est donné par la ville de Bruges. Tous les gens de métiers, sous la conduite du tisserand Pierre Kœnig, se soulèvent contre Jacques de Chàtillon, gouverneur de la Flandre, et massacrent plus de quatre mille Français dans la ville. En apprenant cette nouvelle insurrection, toute la chevalerie de France se met en marche, sous la conduite de Robert d'Artois ; mais cette brillante armée s'engage imprudemment à Courtray dans un fos«é rempli d'eau fangeuse et y périt tout entière avec son chef (1302).

Nouvelle guerre contre la Flandre. — La défaite de Courtray, l'épuisement de ses ressources et surtout ses démêlés avec Boniface Y III, obligèrent le roi de France à changer en une paix définitive la trêve conclue avec l'Angleterre en 1299. Edouard, qui se trouvait dans une position non moins fâcheuse, après

avoir vu trois de ses armées détruites en Écosse, fut heureux de signer un traité qui lui rendait la Guyenne et assurait à son fils aîné la main d'Isabelle, iille de Philippe IV. Chacun des deux souverains abandonnant en outre la cause de son allié, le roi de France put alors poursuivre sans obstacle ses projets de vengeance contre le souverain pontife, et, dans cette même année 1 303, consommer sur sa personne le plus odieux des attentats. (Voir le chap. Ier, p. 481) Mais comme son triomphe sur Boniface VIII ne remplissait point son trésor resté vide, Philippe eut recours aux moyens les plus violents pour se procurer l'argent nécessaire aux frais de la guerre de Flandre. L'altération des monnaies, la spoliation des Juifs et des Lombards ne lui suffisant plus, il frappa la bourgeoisie et même la noblesse d'impôts iniques, dont 1 un fut flétri du nom de maltôte. Etant parvenu à lever une nouvelle armée de 80,000 hommes, le roi envahit lui-même la Flandre, et venge le désastre de Courtray en gagnant la sanglante bataille de Mons-en-Puelle (1304). Comme les Flamands, loin de se laisser abattre par cette défaite, revenaient, plus nombreux que jamais, demander une paix honorable ou la bataille, Philippe, effrayé de cette résistance, consent enfin à traiter. Cette paix , signée en 1305, assurait au domaine royal la partie de la Flandre située en deçà de la Lis, et pour tout le reste, Robert de Béthune, fils du comte Guy, se reconnaissait vassal du roi de France.

Abolition de V ordre des Templiers (1307-1314). — Jusqu'alors Philippe-le-Bel avait réussi dans ses projets d'agrandissement comme dans ses combinaisons politiques. II avait désarmé l'Angleterre, soumis la Flandre à sa suzeraineté ; il s'imaginait même que le pape qu'il avait fait nommer consentirait à placer le Saint-Siège sous sa dépendance royale. Son ambition pourtant n'était pas encore satisfaite. Il lui restait à détruire la célèbre corporation religieuse et militaire dont les énormes richesses tentaient depuis longtemps sa cupidité. L'ordre des templiers avait acquis d'immenses domaines dans toute la chrétienté, où leurs possessions, partagées en dix provinces et affranchies de toute juridiction étrangère, reconnaissaient le grand-maître pour seul souverain. Corrompus par le luxe , les templiers s'étaient complètement éloignés de la règle austère qu'ils avaient reçue de saint Bernard, et depuis qu'ils avaient abandonné la Terre-Sainte , leur puissance et leur orgueil ne rendaient que trop redoutable aux rois un ordre qui avait la prétention de former un État dans l'État. Philippele-Bel était déjà irrité contre eux, parce qu'ils avaient chau-

dément soutenu la cause de Boniface VIII ; mais en 1304, forcé par une sédition populaire de chercher un refuge dans la maison du Temple à Paris, il fut ébloui par la vue des trésors qui s'y trouvaient réunis, et dès ce jour il jura, dit-on , la perte des templiers.

Sans autre prétexte qu'une vague rumeur qui attribuait aux cérémonies secrètes de Tordre quelque chose d'impie et d'idolàtrique, le roi fit arrêter en 1307 tous les chevaliers qui se trouvaient eu France ; puis, ayant mis le séquestre sur leurs biens, il alla s'établir au Temple, résidence habituelle du grand-maître. Dans la même année, une bulle pontificale ayant prescrit l'arrestation de tous les autres chevaliers dans les Etats chrétiens, le grand-maître, Jacques de Molay, fut emprisonné avec quatre des principaux officiers de l'ordre. Interrogés parle pape, ils se reconnurent coupables de certains actes d'indignité ; d'autres chevaliers soumis à la torture par Philippe-le-Bel firent les aveux les plus précis, et déjà plus de cent de ces malheureux avaient été condamnés au bûcher, lorsque l'ordre fut définitivement aboli en 1312 par le concile de Vienne. Quant au grand-maître et autres dignitaires, après avoir été plusieurs années retenus en prison, ils protestèrent hautement contre leur première déclaration et furent condamnés à être brûlés vifs comme relaps. Conduits sur un bûcher élevé à la pointe occidentale de l'Ile de la Seine, ils subirent leur supplice ; et une tradition rapporte que le grandmaitre déclara avoir mérité la mort en avouant des crimes dont l'ordre et lui étaient innocents (18 mars 1314).

Mort de Philippe-le-Bel. — Pbilippe-le-Bel , que Jacques de Molay en mourant avait, dit-on, ajourné au tribunal de Dieu, ne jouit pas longtemps des biens injustement enlevés aux templiers. Atteint d'un mal mystérieux contre lequel l'art de ses médecins fut impuissant, il mourut huit mois après à Fontainebleau, âgé seulement de quarante-six ans. Malgré son caractère astucieux et les actes coupables qui ont terni sa mémoire, il n'en signala pas moins son règne par une habile administration. Des acquisitions importantes réunirent tour à tour au domaine de la couronne les comtés d'Angoulême et de la Marche, la seigneurie de Lusignan , ainsi que la ville et le territoire de Lyon qui, depuis plus de trois siècles, n'étaient pas même placés sous la dépendance féodale des rois de France. En outre, il rendit un grand nombre d'ordonnances sur la justice, défendit les duels en matière civile , et s'il mérita le surnom de Faux- Monnayeur par les fréquentes altérations de la monnaie, U

HISTOIRE DU HOTfBîHÇE.

enleva au moins aux seigneurs le privilège de commettre le même abus. Mais les deux événements qui rendirent surtout ce règne mémorable furent la convocation des États généraux et la fixité donnée au parlement.

Première convocation des Etats généraux. — Les Etats généraux, dans lesquels on a voulu voir à tort la continuation des assemblées militaires dites du Charap-de-Mars et du Champ-de- Mai, n'étaient qu'une conséquence toute naturelle de la révolution communale accomplie au douzième siècle, La plupart des villes ayant obtenu avec leur émancipation l'affranchissement de certains impôts, les ressources du gouvernement se trouvèrent par là diminuées, et pour recevoir des communes les subsides nécessaires, il fallut leur faire un appel dans la personne de leurs représentants. Placé, comme on Ta vu, dans des circonstances tout à fait extrêmes, Philippe-le-Bel voulut intéresser toute la nation à son parti, et, dans ce but, convoqua non plus seulement les Etats du midi comme au temps de saint Louis, son aïeul, mais les Etats de toutes les provinces de France. Ce fut en 1302 qu'eut lieu pour la première fois la réunion des Etats généraux , rassemblés dans l'église Notre- Dame de Paris. A la suite des princes du sang, des évêques et des barons, on y vit paraître les représentants des communes, maires, échevins et consuls. De ce jour, on peut le dire, date l'origine du gouvernement représentatif en France : de ce jour, en effet , le peuple si humble qu'il fût encore , prit part aux affaires publiques, et reçut la consécration de ses nouveaux droits dans l'enceinte même et devant les autels de sa vieille métropole. Quoi qu'il en soit, cet appel fait à la nation par Philippe IV ne fut pas adressé en vain. Il trouva un puissant appui dans les Etats qu'il avait habilement flattés par la bouche de son chancelier, et comme le moyen lui avait réussi , il renouvela trois fois encore sous son règne la convocation des représentants du royaume. Dès lors, à la monarchie féodale succède comme une sorte de monarchie parlementaire; et nous verrons bientôt quel adversaire redoutable la royauté rencontra dans le nouveau pouvoir qu'elle appelait auprès d'elle pour conjurer un embarras ou un péril politique*

Organisation et fixité du Parlement. — Cette cour de justice, qui avait remplacé les anciens conseils ou plaids du roi , avait été jusqu'alors ambulatoire, c'est-à-dire qu'elle devait se transporter partout où se trouvait le souverain. Déjà le roi saint Louis, pour donner plus de régularité à l'administration judiciaire, avait établi que Je conseil s'assemblerait quatre fois l'an

et serait divisé en deux chambres, dont Tune dite des Enquêtes, instruirait les causes, et l'autre, celle des Requêtes, jugerait en dernier ressort. Telles étaient les bases primitives sur lesquelles avait été fondé le parlement, quand Philippe-le-Bel, voulant donner à cette institution le caractère de fixité qui lui manquait, rendit, en 1302, l'ordonnance par laquelle il prescrivait que, pour la commodité de ses sujets et l'expédition des causes, le parlement serait désormais sédentaire à Paris, qu'il s'assemblerait à Noël et à la Pentecôte, et que la durée de chaque session serait de deux mois. Cette organisation nouvelle donnée au parlement ne contribua pas moins que la convocation des Etats généraux à fortifier l'autorité de Philippe-le-Bel. Désirant surtout s'appuyer sur les communes, il ne pouvait manquer de s'attirer leur reconnaissance par l'institution d'un tribunal suprême qui semblait leur offrir des garanties contre les seigneurs. Mais ces cours judiciaires, en acquérant des privilèges et de la puissance , finirent par se constituer en opposition avec la royauté qu'elles avaient été appelées d'abord à seconder.

Louis X le Hulin (1314-1316). — Après le règne de Philippcle-Bel, celui de ses trois fils, qui se succèdent tour à tour, n'offre que des événements peu importants. A la mort de son père, Louis X le Hutin joint le titre de roi de France à celui de roi de Navarre, qu'il portait déjà, et désarme les exigences des seigneurs en leur concédant de nombreux privilèges. Par la célèbre Charte aux Normands, il confirme les droits dont jouissaient les habitants de la Normandie et que Philippe-Auguste avait promis de garantir. En même temps, il re>titue les droits régaliens à la noblesse îu midi, et augmente les libertés dont les provinces du nord étaient en possession. Pour remplir le trésor épuisé, l'affranchissement de tous les serfs de la couronne est ordonné par le roi, qui, dans un but tout fiscal, permet également aux Juifs exilés d'acheter leur retour dans le royaume. Une expédition malheureuse contre les Flamands, de nouveau révoltés, termine ce règne éphémère qui avait commencé par l'injuste condamnation et l'assassinat du surintendant Marigny.

Philippe V le Long (1316-1322). — Louis X, en mourant, laissait une fille, nommée Jeanne, et une veuve qui bientôt après mit au monde un enfant dont la mort suivit immédiatement la. naissance. Philippe, frère du défunt, qui s'était fait d'abord donner le titre de gardien du royaume, se met aussitôt à la tête d'une armée, court à Reims, et y prend la couronne

de France. Fortifié de Fonction sainte , il revient à Paris , où une assemblée de nobles , d'évêques et de bourgeois lui prête serment d'obéissance , et déclare en même temps que les femmes sont inhabiles à succéder au trône de France. Ainsi , par l'interprétation forcée d'un article de l'ancien code salique, fut fondée, en 1317, cette fameuse loi de la succession à la couronne, qui tira son nom du recueil même d'où elle avait été exhumée. Le nouveau souverain consolide ses droits en donnant sa fille à Eudes de Bourgogne, qui d'abord avait voulu soutenir les prétentions de Tunique héritière de Louis X. Un autre mariage , celui d'une seconde fille de Philippe V, avec Louis de Rhétel, héritier du comté de Flandre, rétablit la paix entre leroi de France et les communes flamandes. Philippe-le- Long se signale ensuite par de sages ordonnances, dont la plus remarquable est celle qui rendait le domaine de France inaliénable. Malheureusement ce prince ensanglante son règne par de cruelles persécutions contre les lépreux, les sorciers et les juifs, qui de nouveau sont impitoyablement bannis du royaume.

Charles IV le Bel (1322-1328).— Philippe V étant mort, en 1322, sans laisser d'enfants mâles, la loi salique dont il s'était fait une arme contre sa nièce, est invoquée contre ses propres filles, et son frère Charles IV prend la couronne sans aucune réclamation. Ce prince, qui était un sévère justicier, réprime les exactions des hommes de finances et des juges prévaricateurs; il chasse aussi du royaume les marchands étrangers venus d'Italie, et qui, sous le nom de Lombards, se livraient à un commerce usuraire. Ensuite, comme les Flamands insurgés retenaient leur comte prisonnier à Bruges, Charles intervient entre Louis de Rhétel et ses sujets, qui lui rendent la liberté à la condition qu'il respecterait leurs franchises.

Guerre avec V Angleterre. — Excité secrètement par sa sœur Isabelle, qui était alors en mésintelligence avec Edouard 11, son mari, Charles IV ne tarde pas à déclarer la guerre au roi d'Angleterre, sous prétexte qu'il ne lui avait pas rendu hommage pour son duché de Guyenne. Une armée, sous les ordres de Charles de Valois, envahit cette province, et après quelques engagements, Isabelle se rend en France sous prétexte de réconcilier les deux pays. Un accord est en effet conclu entre le roi et sa sœur ; mais cette princesse reçoit en même temps de son frère des secours d'hommes et d'argent, à l'ai le desquels elle se prépare h détrôner son malheureux époux. Après la mort violente d'Kdouard II, son fils Edouard III, qui lui succède, se bâte de conclure définitivement la paix avec Charles IV; mais

ce prince meurt lui-même Tannée suivante, et avec lui s'éteint la branche des Capétiens dirfcts (1328).

Pendant cette première période de sa domination, la royauté capétienne, malgré des obstacles et des périls de toute nature, avait singulièrement grandi, et, en augmentant sa puissance, augmenté aussi le modeste héritage qu'elle avait reçu de son fondateur. Outre le duché de France, le domaine de la couronne comprenait alors le Yermandois , la Normandie , le Vexin , la Touraine, le Berry, le comté de Blois, le Poitou, le Maçonnais, la Champagne, le Languedoc, le Lyonnais, et plusieurs autres fiefs enclavés dans les possessions des grands vassaux. Telle était la riche succession qui allait être transmise aux Valois, mais qu'une rivalité terrible devait leur disputer pendant plus d'un siècle.

§ II. Angleterre. — Edouard 1er et Edouard II»

Edouard Pr (1272-1307). — Edouard Ier, fils de Henri III, avait été appelé à monter sur le trône , peu de temps après Philippe-le-Hardi, dont il avait été le compagnon d'armes dans la dernière croisade du roi saint Louis. A son retour de Tunis, où il avait signalé sa valeur contre les infidèles , il apprit en Sicile la mort de son père, et après s'être arrêté quelque temps en Italie et en France, il rentra enfin dans son royaume pour se faire couronner solennellement à Westminster (août 1274). Administrateur vigilant , le nouveau roi consacra ses premiers soins à réprimer les abus dont se rendaient coupables les gens de justice et à débarrasser les provinces des brigands qui les désolaient; mais par une regrettable concession aux préjugés du siècle, il se laissa entraîner aux persécutions les plus violentes contre les Juifs de son royaume.

Soumission du pays de Galles (1283). — Edouard songea ensuite à tourner ses armes contre le pays de Galles, que ses prédécesseurs avaient jusqu'alors essayé en vain de soumettre complètement à leur domination. Divisé en plusieurs principautés, ce pays, dernier sanctuaire de la nationalité bretonne, avait pu, à l'abri de ses montagnes, conserver son indépendance, sa langue et ses mœurs primitives. Sous prétexte de punir le refus qu'avait fait le prince Lewellyn de lui rendre hommage, Edouard envahit ses domaines, le força dans une retraite jusque-là regardée comme inaccessible, et le contraignit à reconnaître sa suzeraineté. Brisant bientôt un traité qui livrait une partie de leur pays au joug de l'étranger, les Gallois reprennent les armes, battent les Anglais près du détroit de la Menay ,

mais à leur tour éprouvent une sanglante défaite au passage de la Wye. La tète du brave Lewellyn qui avait péri dans le combat, est suspendue comme trophée, aux créneaux de la tour de Londres, et la mort de ce chef, malgré la résistance désespérée de son frère David, amène, quelques mois après, l'entière soumission du pays de Galles (1283). Afin d'en mieux assurer la dépendance, on dit que le prince anglais ordonna le massacre de tous les bardes gallois, dont les chants nationaux pouvaient entretenir dans le cœur de leurs compatriotes le souvenir de la liberté perdue et l'espoir de la reconquérir. Quoi qu'il en soit, voulant sans doute flatter la vanité de ses nouveaux sujets, Edouard prescrivit qu'à l'avenir le titre de prince de Galles serait donné à l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre.

Guerre d'Ecosse (1291). Trois années après, le belliqueux fils de Henri III devait tenter une conquête bien plus importante. Touchant à l'Angleterre, mais séparée du reste de l'Europe par sa position , l'Ecosse jusque là n'avait joué qu'un rôle fort obscur sous la domination des chefs de clans qui contrebalançaient l'autorité royale. A la mort de la reine Marguerite (I29i), la rivalité de JeanBaliol et de Robert Bruce, tous deux prétendants au trône, vint augmenter l'anarchie qui divisait le pays, et le roi d'Angleterre, appelé comme médiateur, saisit cette occasion pour faire reconnaître sa suzeraineté sur TÉcossc. Jean Baliol, pour lequel il s'était déclaré, lui rendit hommage; mais se dégageant ensuite de serments odieux à la nation, il s'allia secrètement au roi de France, et commença les hostilités contre l'Angleterre. Le succès ne répondit pas à cette tentative. Vaincu par les Anglais à Dumbar, et abandonné des siens, Baliol fut contraint de venir implorer son pardon d'Edouard qui Fenvoya dans la tour de Londres, où il fut retenu prisonnier pendant plusieurs années (1297).

Exploits de Wallace et mort d'Edouard /er (1305-1307). — Devenu maître de TÉcosse, le prince anglais, pour assurer sa conquête, prit vainement la précaution de détruire tous les monuments nationaux, et d'enlever la fameuse pierre de Sconc qu'une ancienne tradition faisait servir au couronnement dvs rois. Le pays, opprimé par la tyrannie d'un gouverneur étranger, ne tarda pas à trouver un vengeur dans William Wallace. Ce héros, unissant ses forces à celles de Douglas et de Robert Bruce, battit d'abord les Anglais; mais la journée de Falkirk, où il fut vaincu par Edouard, ruina ses espérances et le condamna de nouveau à mener la vie d'un proscrit. Tandis que les autres chefs écossais, subissant la loi inexorable du vainqueur,

se laissaient enlever tout moyen de résistance, Wallace, poursuivi de montagne en montagne, défendait jusqu'à la fin une liberté qui allait succomber avec lui. En effet, trahi pendant son sommeil, par un de ses compagnons d'enfance, H fut livré à Edouard, qui, sans pitié pour un si noble adversaire, le fit juger et décapiter à Londres en 1 305. Cet acte de cruauté exaspéra les Écossaia, qui se soulevèrent encore une fois et reconnurent pour souverain un petit-fils de Robert Bruce, connu sous le même nom que son aïeul. Edouard, s'étant fait précéder de forces considérables, se disposait à punir rigoureusement cette dernière insurrection, lorsqu'il mourut àCarlisIe, en recommandant à son fils de ne point déposer les armes avant la complète soumission de ("Ecosse (juillet 1307).

Edouard II (l 307 -1 327). — L'Angleterre, triomphante sous Édouard Ier, mais lasse de la dureté de son gouvernement, salua volontiers l'avènement de son successeur. Ce prince, inca** pable de se conduire par lui-même, se hâta de rappeler son favori Gaveston, banni sous le règne précédent, et s'abandonna pour lui aux plus folles prodigalités. Une commission du parlement ne tarda pas à présenter des remontrances au roi, qui fut contraint de se séparer de son favori, et de se soumettre aux réformes réclamées par un conseil de surveillance, dit des ordonnateurs. Malgré les sévères mesures prises par ce conseil, Édouard eut l'imprudence de se placer encore sous la domination de celui que le royaume entier repoussait. Mais à peine Gaveston, revenu de son exil en France, a-t-il repris sa toutepuissance, qu'un soulèvement éclate contre lui , et traîné au château de Warwick, il expie par une mort cruelle ses fautes et son impopularité (1312).

Nouvelle guerre d'Ecosse (1314). — Contraint de dissimuler l'indignation que lui causait ce meurtre, Edouard fit la paix avec ses barons pour marcher contre l'Ecosse, où l'appelaient les derniers vœux de son père. La sanglante journée de Bannock- Burn, dans laquelle trente mille Anglais restèrent sur le champ de bataille, affermit la couronne de Robert Bruce ainsi que l'indépendance nationale de l'Ecosse (1314). Après avoir délivré son pays , Bruce voulut encore soustraire l'Irlande à l'autorité du roi d'Angleterre. La ressemblance de mœurs, de langage et de situation, amène entre les deux peuples une alliance qui perpétue longtemps la guerre, et en 1323, Édouard éprouve une nouvelle défaite à Rlakmor. Cet échec donne un prétexte de plus à l'animosité des barons anglais que le roi avait soulevés en se livrant encore à des favoris. Déjà l'élévation soudaine dç

Hugues Spencer, son bannissement et son rappel avaient rallumé la guerre civile , quand l'exécution des seigneurs qui avaient pris part au meurtre de Gaveston excita une révolte générale.

Fin du règne <T Edouard II (1325-1327). — Peu de temps après, la reine Isabelle, ennemie mortelle des Spencer, se rend en France, dans le but apparent d'y traiter de la paix, mais avec Pinteution réelle d'y lever des troupes contre le roi son mari. Suivie d'une armée d'aventuriers, elle débarque en Angleterre, se met à la tête de l'insurrection, et, par un arrêt du parlement, fait déposer Édouard II et proclamer son fils à sa place. Les deux Spencer sont ensuite livrés au dernier supplice; et des assassins introduits par les ordres de la reine dans la prison du roi détrôné le font périr d'une mort affreuse, en lui plongeant un fer rouge dans les intestins (1327). Le mépris de tout un peuple, des revers accablants et une captivité rigoureuse devaient être pour une épouse criminelle l'expiation de la scène horrible qui termine le règne et la vie d'Édouard II.

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