ORIGINES SLAVES
appelée alors la Scythie d'Europe des peuples qui n étaient pas Scythes, mais qui se distinguaient de ceux-ci par un état social diiférent, à la fois sédentaires et agricoles. Héro* dote les nomme les Scythes agricoles \ et cite dans ce nombre les riverains du Borysthènes, les Alazons et les CcUlipides; et ce seraient là les vrais ancêtres des Slaves qui occupent aujourd*hui la même région de TEurope. Dans ce cas, les Slaves seraient les plus anciens habitants de l'Europe orientale, qu'ils occupaient déjà sous d'autres noms avant l'invasion des Sarmates et même avant celle des Scythes.
Et en effet, les Slaves appartiennent par leur langue à la même grande famille indo-européenne, dont font également partie les Celtes et les peuples germaniques.
Quant au nom de Slave, qui n'apparaît qu'au vi^ siècle de notre ère*, on le fait venir de Slowo (parole), d'où Sîovènes^ les parlants, et cette étymologie paraît confirmée par le nom de Nyemzen ou muets, donnés par les Slaves aux étrangers dont ils ne comprenaient pas la langue.
Institutions slaves.
Les historiens byzantins, qui les premiers se sont occupés des Slaves, nous les représentent comme un peuple vivant encore avec la simplicité des mœurs patriarcales, adonné surtout à l'agriculture, d'un caractère pacifique, hospitalier envers les étrangers, mais aussi très susceptible et en proie à des divisions perpétuelles. L'agriculture était tellement Toccupation dominante que c'est aux Slaves que les Germains ont emprunté la charrue, qu'ils appellent encore p/lug du mot slave plog. Déjà à l'époque de la colonisation grecque,
1) Hérodote, IV : 17, 18. M. Shafarik classe en oatre parmi les Slaves les Budines et les Neuves de la Scjthie.Mais le texte d'Hérodote ne justifie pas celte conjecture.
<) Procope, De beUo Gothico, III, 14 ; Maurice, Ars milUaris, XI, 5; Théophylacte, Hist. VI, 2 : la forme Sclavi, Sdaveni (d'où esclaves) de ces auteurs rend l'exacte prononciation du ^ guttural des langues slaves ; on trouve aussi les formes, Slovènes, Slowiques, Slavines, Esclavons,
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Tagriculture slave produisait assez de blé pour l'exportation^ qui se fesait par les ports grecs de la mer Noire et de la Crimée ^ Ce genre de vie excluait Fexistence de villes. Hérodote, il est vrai, mentionne chez les Gelons une ville du môme nom, qui présentait cette particularité d*âtre construite entièrement avec les matériaux du pays, cest-à-dire en bois, aussi bien les temples et les fortifications que les^ maisons. Mais, en réalité, ces Gelons étaient, non pas des slaves, mais des réfugiés d origine grecque^.
Les institutions politiques des Slaves avaient aussi un caractère patriarcal : le gouvernement y était exercé par lea Anciens, sous le nom de slarosty. Dans la suite, il se forma une noblesse, composée de grands propriétaires (lecky). Les Knèzes ou princes étaient des chefs de tribus. En temps do guerre, ou choisissait un chef unique ou Waywody, dont l'autorité n'était que temporaire.
Les Slaves ne se sont pas fait remarquer dans l'histoire de cette époque comme des peuples belliqueux ou conquérants. Cependant, dans la guerre, ils ne manquaient pas de bravoure. Leurs grands défauts, c'étaient la légèreté, l'inconstance et la manie d'imiter les peuples étrangers. De là de fréquentes guerres intestines et leur asservissement aux peuples belliqueux qui les entouraient. Ainsi s'explique qu'au moyen âge la servitude a pris le nom d'esclavage; esclave vient, en etfet, du mot slave.
Quant à leur religion primitive, on trouve chez les Slaves^ la croyance à une divinité suprême Boh ou Bog, qui, susceptible d'être envisagée sous plusieurs aspects, comme du dieu du soleil (Dagh'Bog) dieu des tempêtes (Stribog), etc. dégénéra en polythéisme. De plus ils y joignirent des divinités empruntées aux étrangers, aux Grecs, la déesse des céréales, Ziwa, aux Germains, le dieu de la guerre, Zwalowii. Ils croyaient aussi à des Esprits (Diasi), répandus dans toute la nature, les uns bienfaisants (bozi), les autres méchants
i) Hérodote, IV, 17, en parlant des Scythes agricoles. Sur les blés de la mer Noire, voir Perrot, Le commerce des céréales en Auiqiie au IV^ siècle avant notre ère (Revue historique, 1877).
«) Hérodote, IV, 108.
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(biesi). Cette déification de la nature les avait conduits à Tidolâtrie. Les Slaves n'étaient pas dépourvus de sentiment artistique. On signalait déjà leurs dispositions pour la musique* et la tournure gracieuse de leurs danses.
Établis entre la Baltique et la mer Noire, les Slaves étaient partagés en trois grandes fractions*, à savoir : les Venèdes ou Wendes^ établis sur le littoral de la Baltique, appelée de leur nom sinus Veneiicus^ ; les Antes^ situés au sud entre le Dniester et le Dniepr ; enfin au centre les Slavines ou Slaves proprement dits, dont le nom a été étendu dans la suite à toute la nation. Quant aux Srb ou Serbes ^ leur nom se rencontre un peu partout sous les formes diverses de Spores^ Sorbes, Sorabes, et semble avoir été un nom collectif de la race avant que celui de Slave ne prévalut*. On doit encore rattacher à cette énumération, comme apparentée aux Slaves, bien qu a un degré déjà plus éloigné, la nation des Lettes ou Lettons, qui appartiennent aux populations européenne de la Russie actuelle. Ils sont aussi anciens que les Slaves, dont ils partagèrent les destinées, bien qu'ils n'apparaissent que beaucoup plus tard* sous leur nom particulier de Lettes, Prusses, Lithuaniens. Peut-être faut-il les retrouver dans les Esthiens qui habitaient dès Tépoque romaine^ le littoral de la Baltique qui s'appelle encore l'Esthonie .
1} Lm premiers Slaves dont l'emperear Maurice {kP 595) fit la rencontre, étaient des joueurs de cithares, qui camulaient les fonctions d^ambassadeur auprès du Khan des Avares. Théophjlacte, Hist, VI, 2.
>) Jordanis, c. 23 : « Hi, ab unastirpeexorti, tria nunc nomina ediderunt^ id est, Venethi, Ântes, Sclaveni. <•
3) Ptolémée, Geogr, III, 5.
*) Sur cette classification des Slaves, les auteurs différent. Procope (ut supra) ne connaît que deux branches, Antes et Sclavènes, et fait des Serbes (défigurés en Spores^ par suite d'une assimilation au mot grec vTcop&iyiv) le nom collectif de la race. Dans Jordanes c. 5, le nom collectif est : Venèdes (Yenethae), dont les Antes et les Sclavônes sont les branches. Shafarik, pour accorder Procope et Jordanis, adopte Srb comme nom indigène et voit dans celui de Wende un nom donné aux Slaves par les Allemand?, leurs voisins.
^) Première mention dans le Qeographus baioariÂS qui ne remonte pas au delà du IX* siècle. Cf. Shafarik, vol. II, p. 673.
^) Tacite Oenn. c. 45, qui place les Esthiens sur le littoral de la Baltique, ajoute : lingua Britannicae proprior; il reconnaît ainsi une difiérence
3<» Les origines germaniques.
Textes grecs : Pytbeas, Fragmenta geographica; — Strabon. —Textes LATINS : César, De hello Gallico ; — Tacite, Germania ; — Ammien. — Textes francs : Lex Salica ; Lex Ribuarîa. — Textes anolo- saxons : Ancient Laws ofEngland, Ed. Ttiorpe. Londres, 1840.
Travaux modernes : Barth, TeutschlanéCs Urgeschichte, Erlaogen* 1841-46, 5 vol. — Muilenhoir, Deutsche AUerthumshunde^ vol. Mil. Berlin, 1870-83. — Eiclihorn, Deutsche Staats- und Bechtsgeschichte^ 5« éd. vol. L Goettinguen, 1843. — Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, vol. I, 3« éd. Kiel, 1880. — Daim, Deutsche Oeschichte, vol. I, Gotha, 1883. — J. Grimm, Deutsche Rechtsalterthûmer, 3« éd., GOttingue, 1881.
Le littoral de la mer du Nord et de la Baltique, ainsi que les îles et les presqu'îles comprises entre ces deux mers doivent être considérés comme le berceau des peuples germaniques en Europe. C'est là que les rencontra déjà vers Tan 330 avant notre ère, le plus ancien explorateur de ces -contrées, le grec Pythéas de Marseille*. A Test, les Germains touchaient aux Slaves, dont ils étaient séparés par la Vistule ; à louest et au sud, ils avaient pour voisins les peuples celtiques. Les Germains finirent par se trouver à l'étroit dans cette région limitée dans son étendue comme dans ses ressources ; à partir du ii'' siècle avant notre ère, ils ont commencé leurs migrations et n'ont plus cessé d'envahir le continent européen dont ils devaient enlever la plus grande partie aux deux autres races européennes, aux Celtes à l'ouest et aux Slaves à Test.
Les peuples germaniques appartiennent par leur langue à la grande famille indo-européenne. Mais comme les autres races de l'Europe, ils avaient perdu le souvenir de leur ori-
<le langue entre les Esthîens et leurs voisins. Quant au rapprochement avec le Breton, on sait ce que valent chez les auteurs anciens ces comparaisons «entre deux langues barbares qu'ils ne se donnaient pas la peine d'apprendre. Cette parenté existe dans Je cas présent, en tant que le letton (sous ses diverses formes, lithuanien, ancien prussien) représente, dans le groupe indo-européen, un type très ancien, assez voisin du sanscrit.
^) Lelewel, J. Pythéas de Marseille et la géographie de son temps, Bruxelles, 1836. Mallenhoff, Pytheas von Massilia dans sa D. Alterthums- Jtunde, vol. I, 1870.