ORIGINES GERMANIQUES
^ne asiatique. Ils se considéraient comme indigènes, nés SQV leur sol, et dans leur cosmogonie barbare^ dont Tacite nous a conservé un fragment'» ils se fesaient tous descendre •du dieu Tuisto, tils de la Terre et père de Mannus (Mann y l'homme), qui, à son tour, eut trois flls, ancêtres de leurs trois tribus nationales, les Herminen (Herminônes), les In- Sfoeven (Ingaevônes) et Xes^Istaeven (Istaevônes). La race germanique n avait pas encore de nom collectif. Autant de peuples, autant de noms propres : tels lés noms Seules (ïexxVSnos^) ■ou Gothes (Guthônes), que Ion rencontre au iv* siècle avant notre ère, dans le géographe Pythéas ; tels les noms de Cimbres et de Teutons, donnés aux peuples de la première grande migration germanique en Tan 113 av. J.-C. Cest à :ses voisins de la Gaule que la race doit ce nom collectif de Germains^ qui lui fut donné à l'époque où ses premières tribus franchirent le Rhin et s'établirent au milieu des Celtes •de la Gaule Belgique, au n® siècle avant notre ère*. Quant ^u nom de Deutsch o\x Diéisch qui signifie national^, il n'apparaît qu'au ix^ siècle sous les successeurs de Charlemagne. Malgré cette multiplicité de noms et de peuples, la race germanique n'en était pas moins une, homogène, pure d'éléments étrangers * .
ï) Tacite, Getinanià, 2.
*) Tacite, ib. «• Germaniae vocabalum [quidam dicantj recens et naper nddltum, quoniam qui priroi Rhenum tranegressi Galles expulerint, ac nunc Tntigiri, tune Germani vûcati sint; ita nationis nomen in gentis evaluisse paulatim. » Il résulte du texte de Tacite que ce nom a pris naissance en Belgique, d'abord comme nom particulier des Tongres ou Germains cis- •rbénans (cf. César. B, G, II, 4, VI, 32) d'où il a passé, comme nom collectif, aux Germains transrhénan's.
^) La forme primitive est teôdisc, adjectif, du nom ieod =^n&tion. Dans ces formes, la diphtongue ecse prononce difiSrement selon les dialectes, soit eu, d*où la forme deutsch, soit 1 ' long, (comme people en anglais) d*où la forme •dieUch unitée en Neerl^nde. Le terme teodisc a été appliqué à la langue, a^ant de Tôtre à la nation; lingua theodisca, c'est la langue nationale ; ex. lo8 serments de Strasbourg en 842 (ï^ithard III, 5), Tun romana lingua, l'autre Uudisca lingua ; — les carmina linguae theodiscae formata, mentionnés en 800 (Waldo de Reichenau).
^) Tacite, ib, « Germanos minime aliarum gentjum adventibus et hospitiis mixtos. • — 4. • Germaniae populos nullis aliarum nationum connubiis in-
Cette unité de la race ne ressort pas seulement de leurs-* traditions. On la constate également dans leurs institutions nationales et dans leur religion. Les Romains, qui ont étépresque toujours en guerre avec les Germains, se sont représenté le plus souvent ceux-ci comme un peuple exclusivement guerrier, à demi-nomade, ne vivant que de butin ou de chasse*. Mais leurs plus anciennes institutions prouvent que les Germains étaient sédentaires et agricoles. Il est vrai qu'il ny avait point de villes en Germanie*. Mais si la vierurale plaisait seule à ses habitants, ceux-ci n* en avaient pas moins une résidence fixe au milieu des champs qui fournissaient à leur subsistance^. Ils n exerçaient guère d'industrie et ne faisaient que peu de commerce^. C'était Tagriculture leur principale occupation. Aussi connaissaient-ilsla propriété foncière, et y avait-il chez eux déjà des distinctions sociales fondées sur la répartition du soK
A côté des hommes libres qui formaient la grande massede la population, il y avait, en effet, des familles nobles et des serfs^. Chez les hommes libres, l'indépendance supposait
foctos propriam et sinceram et tantum sai siroilem gentem extitisse. • TacîtefQ donne, comme preuve» l'identité du type physique, • habitus eorporum.*
^) C'est ainsi que César (VI, 2\) les peint : «Vita omnibus in venationibusatque in studiis rei militaris consistit. •> Tacite (Germania^ 15) nous fait la même peinture, mais ne rapplique qu'A certaines classes, telles que les bandes guerrières, lorsqu'il dit : « Quoties bella non ineunt, multum venatibus,. plus per otium transigunt, •> ou à certains peuples, tels que les Chattes dont- 11 dit (ib, 31) : «Nulli domus aut ager aut aliqua cura. ** Car ailleurs opposant les Germains aux Sarmates nomades <« in plaustro equoque riventibQs», il dit expressément : •« domos fingunt ».
*) «Nullas Germanorum populis urbes habitari satis notum est, ne pati quidem inter se junctas sedes. ** Tacite, Germ, 16.
^) « Colunt discreti ac divers!, ut fons, ut campus, ut nemus placuit. » ib.
^) Ce commerce n'était qu'un simple troc. De là, l'absence de monnaie dansl'intérieur du pays « interiores permutatione mercium utuutur <• (ib. 5), et. labsence de spéculations : « fœnus agitare ignotom » (ib, 26). L'impôt est inconnu ; les dons sont en nature (ib, 15), de même les amendes (ib,J,
^) Les termes de nobiles, nobilitas, se rencontre sans cesse sous la plumede Tacite. La hiérarchie des classes se dessine nettement dans la distinction qu'il fait en parlant des affranchis (liberti), qui dans certaines parties de la Germanie •« non multum suprà sei'vos sunt, *> tandis que dans d'autres « et super « ingenuos et super nobiles ascendant » (ib. 25 j. Ce classement est repété au c. 44 sur les Suions.
toujours la propriété, tout au moins d'un territoire indivis, où ils vivaient dans une sorte de communauté * . Les nobles étaient de grands propriétaires, chefs de domaine, qui vivaient du travail d autrui. Au contraire étaient serfs ou dans une condition voisine du servage ceux qui étaient obligés de travailler pour autrui. Parmi ces serfs, il y avait même de véritables esclaves, les uns faits prisonniers à la guerre, les autres ruinés par la passion du jeu. Ces esclaves étaient la propriété de leur maître, qui avait le droit de les vendre et même de les tuer^. Mais, en dehors de ces cas extrêmes, la condition des esclaves, en tant qu'ils cultivaient la terre^ n'était pas fort différente des autres colons^. Les uns et les autres n'étaient astreints qu'à des redevances fixes en
>) Ces communautés rurales, marka, allmendey almening (en Scandinave) £ont l'objet d'une controverse qui n'est pas tranchée. Les textes classiques soiit : César (VI. 22) : « Neque quisquam agri modum certum aut fines habet propries; sed magistratus ac principes in annos singulos... quantum et quo loco ▼isom est agri attribuunt atque anno post alio transire cogunt »; Tacite CGerr/i. 26) : «Agri pro numéro cuitorum ab universis in vices occupantur, quos mox inter se partiuntur; facilitatem partiendi camporum spatia praebent. Arva per annos mutant, et superest ager. » On trouvera les interprétations diverses auxquelles ces textes donnent lieu dans : Waitz, I, p. 103; Maurer, Geschichie der Markverfassung. Erlangen, 1856; Inama-Sternegg, Deutsche WirUehaftsgeâchichte, vol. I, 1879 ; de Laveleye, De la propriété et de ses formée primitives, Paris, 1874 ; en sens contraire, Fustel de Cou langes. Problèmes d'histoire. Paris, 1885.
^) •> Serves... per eommercia tradunt. Verberare servum ac vinculîs et opère coercere rarum. Ocddere soient, non disciplina et severitate, sed impeta et ira, ut inimicum, nisi quod impune est, » Tacite, ib, 25.
^ De là les significations diverses du même terme germanique leode, liti, laeten^ lazzi, qui s'applique chez les uns aux colons, chez les autres aux esclaves. Dans la loi salique, le litus est classé au-dessus du sei^vus, mais inférieur a Vingenuus. Chez les Saxons, on distingue d'après Nithard, IV : 2, •* edhilingi, ftilingi, lazzi Ulorum lingua dicuntur ; latina vero lingua hoc sunt : iiofri/65, ingenuiles slU{\x^ serviles , » *- En réalité, le sens de leode ou lide doit être colon, en général, soit libre soit esclave. On pourrait y ramener les deux formes conjecturales que Ton croit discerner dans les gloses de la lea: salica : freoledo, qui serait le colon libre, et iheoleod, qui serait le cdon esclave (d'où la forme theuleudina^servdi.) cf. Lex salica von Merkei. Berlin, 1850. Vorrede von J. Grimm, p. 30 ; Kern, Die Glossen in der lex Salica, La Haye, 1869.
nature, soit blé, soit têtes de bétail, soit vêtement ^ Il ea résultait qu'il ny avait guère de différence non plus entre l'esclave et l'affranchi. II pouvait y avoir aussi des esclaves domestiques (servi ministeriales), mais seulement par exception dans les maisons des chefs ou des grands^.
Trois prérogatives politiques distinguaient Thomme né libre de celui qui ne Tétait pas : le droit de participer aux assemblées publiques ; le droit de n'être jugé que par ses pairs, et le droit de porter les armes.
Au point de vue politique, le territoire de chaque peuple était divisé en cantons^ ^gau, shire, folk), qui comprenaient à leur tour un certain nombre de villages et de domaines. Il y avait des assemblées publiques, soit cantonales (gaulhing), soit générales (landlhingj. Tous les hommes libres en état de porter les armes prenaient part à ces assemblées, où s'exerçait le pouvoir suprême. Il va de soi que les nobles ou chefs y occupaient la première place. « Dans les moindres affaires, dit Tacite, les chefs seuls décident ; dans les grandes, c'est toute la nation, de manière pourtant que même sur les objets proposés à la foule, il y a toujours une délibération préalable entre les chefs. Ils prennent séance tout armés. Le roi ou les chefs se font écouter plutôt par la puissance de leur parole que par leur droit de commander. Si leur avis déplaît, on le rejette par un murmure ; s'il est accepté, on entre-choque lesframées*. » Tout jeune homme arrivé
4 » [Servo] frumenti modam dominus aut pecoris aut vestU, ut colono, i^jungit et servus hactenus paret. •> ib.
,^i On ne trouve dans Tacite une allusion à Tescla/age domestique que dans ce texte : « Dominum ac servum nullis educationis deliciis dignoscas : inter eadem pecora, in eadem humo degunt, donec aetas separet ingenuos » c. 20» tandis qu'il est très affirmatif en sens contraire c. 25 : « Servis non in nostrum morem discriptis per familiam ministeriis utuntur. »
^) Sur le continent germanique, le terme ^au prévaut : Hennegau» Mosagau, Rheingau, Brisgau, Argovio ; Thurgovie ; sur les bords de TEscaut, on trouve parfois dans le môme sens la terminaison BarU : Bracbant, Osterbant, Teiaterbant ; en Saxe : Ostphalie et Westphalie ; chez les Anglo-Saxons : Shire (Scyre), aussi Norfolk et Suffolk ; chez les Scandinaves : Fylki ; en Suéde : Heradh,
*) Tacite, Germ, c. 11.
INSTITUTIONS GERMANIQURS. ^î
à l'âge de prendre les armes était décoré, au sein de cette assemblée', de la framée et du bouclier par Tun des chefs; soit son père, soit quelqu autre parent. C*est dans ces assemblées que Ton df^cidait de la guerre ou de la paix, que Ton jugeait les crimes considérés comme publics, que Ton déléguait les magistrats chargés de présider les tribunaux locaux. Un certain nombre de ces peuples avaient déjà à leur tête des rois ; ceux-ci étaient toujours électifs, bien que généralement ce choix fût borné à une seule famille, fortnant une vraie dynastie ; mais même là, le pouvoir du roi était limité par l'assemblée nationale*.
Chez les Germains ainsi organisés, il n'y avait pas encore de puissance publique. Leurs lois ne visaient qu'à maintenir la paix intérieure, à défendre la propriété, à pourvoir à la sûreté individuelle. Pour atteindre ce but, les hommes libres étaient groupés en petites communautés, dont les liens de famille formaient le premier noyau, puis venaient les amis et enfin les voisins (vicinij^. La communauté entière était responsable de chacun de ses membres. Chaque chef de maison était responsable de son hôte. Les serfs y entraient par leur maître, qui répondait d eux. Comme compensatioa
^) César lear dénie la royauté, comme institution permanente : • In pace nuUus est comrounis magistratus «*(VI, 23}. Tacite, soit qu'il ait vu de plusprés soit que Tinstitution ne Tint qu'après César, affirme l'existence de rois, mais non partout et avec un pouvoir très mitigé : •• Nec regibus infinita aut ' libéra potestas. » Oerm. 7. De là. parmi les modernes, ces deux thèses opposées, trop absolues Tune et l'autre, sur l'origine de la royauté, instifatioa exotique d'après les uns, empruntée de toute pièce aux Romains (Sjbel, Bntstehung des deulschen Kônigsthum, Francfort 1844), institution foncièrement germanique d'après les autres, ayant débuté sous une forme cantonale» par de soi-disant Gauhônige (Dahn, Die Kûnige der Oermanen, 7 parties» ' 1861-95).
<) Il est à remarquer que Tacite ne parle que du premier lien, celui de la parenté, et ne fait nulle allusion aux vicfni. Dans la marka germanique/ la parenté, résultant d'une souche commune , demeurait le lien principal ; ' c'était une famille élargie et accrue de quelques éléments adventices. Lé terme de vieini comprend ici tous les habitants de la même marka (vicus)^ appelés parfois aussi commarckani.
de cette solidarités les membres de la communauté avaient les uns à Tégard des autres les droits suivants : il n*était permis à personne d aliéner sa portion de terre sans le consentement de toute la communauté* ; à la mort d'un propriétaire qui ne laissait pas d'héritiers, sa succession était partagée entre les membres restants de la communauté^. Quand un membre de la communauté était lésé, tous les associés devaient prendre fait et cause pour lui^.
Dans le principe, en effet, chacun avait le droit de se venger d une offense et de se faire justice soi-même. La composition fut instituée dans la suite pour corriger ce qu'il y avait de vicieux dans ce droit de vengeance. Mais longtemps en* core les hommes libres conservèrent le choix entre la ven-
^) La solidarité judiciaire (QesamnUbUrgschaft) est une institution qui n'apparaît clairement qu'après les invasions ; mais, comme on la constate A la fois chez des peuples tout A £ait indépendants, en Gaule dans la trustis franque^ en Grande-Bretagne dans la FrithJborg anglo-saxonne, on est arrivé pur induction à en faire une institution plus ancienne, appartenant au premier fond germanique (Urgermanisch). De part et d autre, cette solidarité se lie A rinstitution de la centai7i$ (centena, hundred), que quelques auteurs veulent rattacher aussi aux antiquités germaniques, en s'appuyant sur les centeni comités du ch. 12 de la Germania, dont le texte est aussi obscur que controversé. H est plus simple d'admettre que cette solidarité, dans sa première forme, se liait A la marka, d'où elle aurait passé dans la centaine. En tout caïi, cet alinéa est pour la plus grande part conjectural. Sur cette question obscure, voir Gneist, Geschichte des Selfgovemment in England, p. 26 (avec les auteurs j citéd) ; Stubbs, Documents iU, of English constitution, Bist, p. 68; Waitz, vol. I. Beilage l « Von der sogennanten Gesammtbargschaft, » où Fauteur ne prononce contre lantiquité de Tinstitution ; Deloche, La trustis sous les deux premières races, Paris, 1873. dissertation A consulter pour les textes, mais viciée dans ses conclusions par une assimilation malheureuse •des antrustions à la trtistis.
*) Cette restriction au droit d'aliéner les immeubles ruraux se rencontre drins un grand nombre de coutumes du moyen âge. La faire remonter aux •origines germaniques, n*est qu'une conjecture, mais justifiée en tant que tout adaptée A la marca.
^) Ce droit des x>icini A l'héritage résulte de l'absence de tout testament : ^ Nullum testamentum. <• Tacite, 20. Dans le droit franc, les vicini passaient même avant certains groupes de la parenté. Voir ChUperici edictum^ c. 3 dans le Recueil des Capitulaiia regnm Francomm.
*^ Tacite. 21. « Suscipere tam inimicitias seu patris seu propinqui quam Amicitias necesse est. ••
::geance et la composition. De là ce genre de guerre privée •qu on appelait la faida. La composition prenait le nom de Werigeld ou Widrigeld^. Cette composition variait selon la classe à laquelle appartenait la victime : il va de soi que le meurtre d*un homme libre entraînait une peine plus forte •que celui d'un serf. Comme la communauté était solidaire 4e chacun de ses membres* elle était tenue de contribuer à la composition, lorsque le coupable lui appartenait; mais aussi elle se partageait l'indemnité lorsque la victime était des siens'. Et attendu que tout attentat à la vie ou à la propriété troublait la paix publique (freda)^ garantie par la société, celle-ci ou son chef avait aussi une part dans ces compositions^. C'est pourquoi Ion distinguait, dans la com^ position, la part revenant à la famille (eomposiiio pro faida) et la part revenant à la société (compositio pro freda)^.
La plupart des crimes soit contre les personnes soit contre les propriétés ne donnaient lieu qu'à des amendes'. Les •crimes considérés comme publics, c'est-à-dire commis contre la société entière, étaient seuls punis de mort^. Les tribunaux •étaient composés de tous les hommes libres de la communauté présidés par un magistrat délégué par l'assemblée pu-
1) Weriçeld et Widrigéld sont identiques pour certains germanistes, tandis que d^autres en donnent des étjmologies différentes. WidrigM serait WiedervergeUung. tandis que loerigeld s'explique par son équivalent anglo-saxon, leodçeld, leod=%oer ou oo^r (goth.), dans le sens de homo; le composé = Mannes-vergeltung .
*) Taeite, ib. • Recipit satisfactionem universa domus. • 3) Tacite, 12. « Pars multae régi vel civitati, pars... propinquis exsoWitur. » ^) Le mot faida ou faidut s'applique parfois a la composition elle-même .qui réteint, et le mot firedut ou freda à l'amende due pour Tinfraction à la paix.
*) Tacite, ib, « equorum peeorumque numéro convieti mulctantur. • Comparer la U» Bdiwariorum, Tit. II, c. 1 : « Coteras quacumque commiserit l«eccataa [liber Baiwarius] usque habet substantiam, componat secundum legem. «■
*) Tacite en donne, non pas la liste, mais un choix, à titre d'exemple, a
-■avoir : proditares, — transfugae, — ignavi, — inibellês, — corpore infâmes.
La même leao Baivoariorum ne oonnslt que trois cas d'accusations capitales,
.attenter a la vie du souverain, — appeler Tétranger dans le pays, — lui
.livrer une ville.
bli()U6^ Aux hommes libreis, appartenait la se&tence; al^ magistrat, était réservée la sanction '. Le condamné qui refusait de s'exécuter dans un délai voulu, était exclu de la société; il perdait tout droit à la protection des lois et s'exposait à être traité comme un ennemi public.
Les Germains étaient également organisés en vue de la défense militaire du pays. Cette organisation comprenait àenjsi institutions tout à fait différente, Yarmée nationale et la band^ guerrière. L'armée nationale (Heer) se composait ide tous les hommes libres en âge de porter les armes; ^Ue* iD'était convoquée' que dans une guerre dMntérét national et formait la défense du pays contre un ennemi étranger. Cette armée combattait sous les auspices du dieu national^. Les hotnmes libres se groupaient par famille et étaient souvent accQmpagnés de leurs femmes et de leurs enfants^. Tout autre était Tor^anisation de la bande guerrière^.
Les jeunes gens, libres de leur personne, mais ne possédant pas de terre pour vivre et regardant comme indigne^ d'eux de cultiver la terre pour autrui, se choisis^ient un chef réputé par sa bravoure et ses richesses, dont ils formaient Fescorte; Ces compagnons volontaires s'obligeaient à l'obéissance et au dévouement le plus absolus envers le chef de la bande, et en retour celui-ci se chargeait de leur entretien. Les bandes ainsi organisées cherchaient toutes les occasions de faire la guerre ; elles se mettaient au service de quiconque réclamait leurs secours; souvent elles quit-
^) Tacite, t^. « Eliguntur et priacipes qui jura per pages vicosque reddunt.»
<) L action du juge s'exprimait par les termes dedoom (a. saxon), doeming- (néerlandais), tuom (a. h. allemand) ; la sanction du magistrat prend le non» de ban, bannus (jussio, mandat u m).
^) Cette convocation portait le nom de ffaribannus^ Heerbann, c*était un ordre de marche. Le dtuo s'appelait harUogo (heertog, Herzog).
*] Tacite, 7 : « (deum) adosse bellantibus credunt. •
^) Tacite, ib. • Non casus nec fortuita conglobalio turmam autcuneun» facit, sed f&miliae et propinquitates : et in proximo pignora [feminae, in> fautes). »
*y La bande guerrière est appelée dans Tacite comilatus. On ne connais pas réquivalent germanique. Cette institqtion est une des mieux décritestant par César (B. Gcdl. VI, 15, 23) que par Tacite (Germ. 13-'15>.
INSTITUTMONS GERMANIQUES. 25
taient leur pays pour faire du butin à l'étranger ou y conquérir des terres nouvelles à se partager. Dans ce deriiier cas, ces guerriers amenaient leurs femmes et leurs enfants. Ce sont ces bandes guerrières qui pendant des siècles ne cessèrent d'infester les frontières de l'empire romain ; de bonne heure, elles se mirent au service des empereurs S qui leur accordaient alors la permission de s'établir endéans les frontières de l'empire ; ils contribuèrent à précipiter là ruine de la puissance romaine.
Les peuples germaniques se distinguaient par un profond sentiment religieux ; la religion sanctionnait toutes leurs institutions et ils accordaient au prêtre, qui parlait au nom de la divinité, un pouvoir très étendu. Ils se rassemblaient de préférence dans les lieux sacrés, et laissaient au prêtre le soin d'y maintenir l'ordre et de régler leurs débats*. Ils^ consultaient les dieux avant d'entamer aucune affaire impor^ tante^. En temps de guerre, ils empruntaient à leurs foréts^ sacrés des simulacres portatifs, qui leur servaient de bannière^. Des prêtres accompagnaient l'armée et ils avaient seuls le droit d'infliger aux guerriers des peines corporelles'. Outre les prêtres, les Germains avaient des vierges sacrées,, qu'ils consultaient comme des prophétesses, et auxquelles ils rendaient des honneurs presque divins*.
Les Germains n'avaient ni temples, ni idoles de forme humaine ; leur religion n'en était pas moins fort grossière ; dans leurs forêts sacrés, ils adoraient avant tout des divini-
^) Tacite, ib. 15. • Jam et peeuniam accipere doeuimus. «■
*) Tacite, ib. \\. • Silentium per sacerdotes quibas tum et coerceadi jua est, imperatar. •
*) Tacite, ib. 10. « Si [aospioia] prohibuerunt, nuUa de eadem re in eumdem die consultatio. «■
^} Tacite, ib. 7. • Effigies et signa quaedam detracta lucis in praeliua> ferant, •
*} Tacite, ib, « Neque animadvertere neque vincire, ne verberare quidein,. niai sacerdotibus permissum. •
*) Tacite, Eist. IV : 61. • Apud Germanos plerasque feminarum fatidicas et augescente superstitione arbitrantur deas. •• — Germ. 8. « Vidimus sub* Vespasiano Veledam dici apud plerosque numinis loco habitam. •
lés visibles et dont ils ressentaient les effets sensibles \ à savoir le Soleil, la Lune, le Feu, qui est leur dieu Thor^ la Foudre (Thunar)^, les Arbres, la Terre, sous le nom de Nerlhus. Ils reconnaissaient pourtant un dieu suprême qu'ils appelaient Wodan (Odinus)^, et ils allaient jusqu a lui offrir des sacrifices humains^.
Les anciens ont vanté la pureté des moeurs des peuples germaniques* ; la polygamie y était une exception* ; l'adultère y était punie avec une sévérité extrême^. Ils profes-
1) César, VI : 21. « Deorum numéro eos solos ducunt, qaos cernunt et •quorum aperte opibus juvantur, Solem et Vulcanum et Luoam ; reliquos ne fama quidem acceperunt. » Les assimilations forcées que Tacite fait entre les ■dieux romains et les divinités germaniques, nous empêchent de retrouver le véritable caractère de celles-ci. S&uf Nerthus, il n'en désigne aucune par son nom germanique. Il hésite d'ailleurs sur le caractère du dieu suprême, qu*il identifie à Mercure dans un passage (Germ. 9) et à Mars dans un autre ■(Hist. IV, 64). Dans cette question. César a vu peut-être plus juste que Tacite. On a essayé de compléter ces renseignements insuffisants sur le panthéon germanique à Taide des sagas Scandinaves. Mais il ne faut pas oublier qu'il j a un intervalle de huit siècles entre celles-ci et Tépoque de Tacite ; la valeur historique des Sagas a beaucoup diminué dans ces derniers temps, depuis les travaux de Bugge, Studien over de nordiske Gude- og Hette-sagas oprin- ^Ise. Christiania, 1881. Sur l'ensemble de ces religions de Tantiquité, le guide le plus sûr est toujours, Dôllinger, Heidenthum und Judenthum. Ratisbonne, 18G7.
<) On retrouve les noms de ces dieux dans le calendrier germanique, où les jours de la semaine ont reçu les noms des divinités nationales répondant plus ou moins aux noms classiques des planètes : ainsi Sunday^ Sonntag= dies Solis; Monday ^d'ies Lunae; Tuesday = diea Martis, du dieu 3Yo ou ^io que Ton assimilait À Mars; Wednesday, Woensdag (en néerlandais) «a dies Mercurii, auquel on comparait Wodan; Thursday ^ à\Q^ Jovis, l'équivalent de Thor; Friday, Freitag =^ diea Veneris, répondant à la Freya des Germains
^) Tacite appelle ce dieu suprême « regnator omnium deus» (Germ, 39}. ■Ce ne peut être que Wodan^ appelé le « père de toutes choses, Allfôdhr, AUvatern dans la mythologie Scandinave. Cest celui que le calendrier assi- «nile à Mercure (Wodan, Woensdag), et Tacite, dans un autre passage, l'appelle Jfi9rcur0 en efiet. • Deorum maxime Mercurium colunt •• (ib. 9).
*) Tacite, ib. «cui certis diebus humanis quoque hostiis litare fas habent» -Ces sacrifices humains ont persisté jusqu'au vu* siècle chez les Frisons (vita :S. Wulframni, 20 mars), jusqu'au x" siècle chez les Danois (Diethmar I, 19).
») Tacite, ib. 18. Salvien. De gubern. Dei, VII, passim.
*) On ne la rencontrait que chez les cheU, et Tacite ajoute que c'était par |>olitique, non par volupté •• non libidine •>.
7) Tacite, ib. 19.
^ent un grand respect pour la femme et exerçaient une hospitalité généreuse envers l'étranger ^ Cependant ces bonnes qualités étaient ternies par deux vices grossiers, par l'ivrognerie et la passion du jeu. Ils portaient cette dernière passion à un tel excès que souvent, après avoir tout perdu, le Germain jouait sa liberté sur un dernier coup de dé*.
Teille est la description que les anciens nous ont laissée des peuples germaniques, lorsque ceux-ci se mirent en branle et entrèrent en contact, puis en lutte avec les autres peuples. Lear première invasion connue est celle des Cimbres et des Teutons, au temps de Marins (A^* 113 av. J.-C). Un demi siècle plus tard, les Suèves d*Ârioviste franchirent le Rhin et voulurent s'établir dans les Gaules, où ils se rencontrèrent avec Jules César. C'est contre eux que César commença ses célèbres campagnes des Gaules. Après les avoir repoussés, il les poursuivit jusqu'en Germanie, au-delà du Khin : il est le premier général romain qui mit le pied sur la rive droite de ce fleuve, mais en explorateur plutôt qu'en conquérant (A° 55 av. J. C). Arrêtés sur le Rhin, les Germains se portèrent dans la direction du Danube, qui alors ^tait encore en possession des peuples celtiques : les Marcomans de Maraubod envahirent la Bohême et s'y établirent après avoir refoulé les Boïens, auxquels cette contrée doit son nom (A** 12 av. J.-C). Mais, là aussi, les Germains devaient être arrêtés par la puissance romaine : c'est l'époque où, en effet, les généraux d'Auguste, Drusus et Tibère, réduisaient en province les contrées situées entre les Alpes et le Danube, la Rhétie, le Norique et la Pannonie (A** 15 av. J.-C). A partir de ce moment, l'empire romain s'est trouvé en contact avec les peuples germaniques, sur toute retendue de sa frontière européenne. Alors commença la lutte plusieurs fois séculaire de la puissance romaine contre l'indépendance germanique. Mais tous les efforts des gêné-
^) César, t6. VI • hospitem violare fas non putant. • Tacite, (b. « Nofuin ignotomque, quantum ad jus hospitii, nemo discernit. « «) Tacite, ib, 22, 24.
raux romains pour réduire la Germanie en province ne purent triompher des obstacles de la nature ni du courage de ses habitants. Déjà l'empereur Auguste se croyait maître dès contrées comprises entre le Rhin et l'Elbe lorsque le vaillant Armîn anéantit dans la forêt de Teutoburg les légions de Varus (Â"" D. 10). Enfin, après les succès inutiles du jeune Germanicus, Tempereur Claude relira les garnisons romaines de la rive droite du Rhin iBt adopta ce fleuve comme la frontière définitive de là domination romaine dû côj;é des Germains. Il établit sur la rîve gauche sa colohia Agrippina, aujourd'hui Cologne (A* D. 50). Les rives du Hbin et du' Danube furent garnies d*un cordon de forteresses destinées à ijitôrdire l'entrée de lempire aux barbares. La trouée qui demeurait libre entre ces doux fleuves, fut fermée par une barrière artificielle en forme de chaussée* partant dp Ratisbonne sur le Danube pour aboutir au confluent de la Lahn et du Rhin : la zone comprise dans cet angle portait le nom de terres decumates ou de la dîme^ parce qu elles furent livrées au premier occupant à charge de payer la dîme à TÉtat».
Pour , consolider encore cette frontière , Rome usa à regard des Germains d*une politique qui eut plus de succès que ses armes. Elle conclut des alliances avec leurs chefs, profita de leurs divisions habituelles pour intervenir chez eux, prêtant son appui à une faction contre l'autre ; elle sut utiliser leur bravoure guerrière en y recrutant des corps auxiliaires. Certains peuples de la frontière, tels que les Caninéfates et les Frisons, consentirent à payer tribut à Rome; d'autres, tels que les Bataves et les Chérusques, devinrent les alliés des Romains, alliés inconstants, il est vrai, comme il arriva des Bataves, lorsqu'ils se soulevèrent sous leur général Cîvilis, et menacèrent de renverser la domination romaine dans les Gaules (A^ D. 69). Mais ce ne
^) Voir la description de ce limes dans Mommsen, Roem, Geschichte, t. V, p. 111. p. 140.
<) « Decumates agri •. Tacite, Germ. 29; voir Mommsen, ib. p. 138.
fut quune alerte, et après Féchec de Civilis*. il se produisit un apaisement prolongé dans les relations entre les deux nations, Rome se tenant sur la défensive, et les migrations des barbares ayant complètement cessé pour un temps.
Cette accalmie permit à l'empereur Trajan (A** 106) de porter ses armes dans une autre direction, sur le bas Danube, où il soumit les Daces, la dernière tribu thrace qui eût conservé son indépendance ; la frontière de TEmpire fut reculée jusqu'à la chaîne des Carpathes et le territoire des contrées danubiennes forma la province romaine de Dacie^.
A part la guerre de Marc-Aurèle contre les Marcomans de la Bohême (166-180), le statu quo fut maintenu pendant tout un siècle sur la frontière germanique, et un commerce assez actif s'établit même entre Romains et barbares. La colonie à'Augusta (Augsbourg) en Vindélicie était le<?entre de ces échanges, où les Germains apportaient pour leur part leurs laines, leurs fourrures et ces chevelures blond^a si recherchées des dames romaines.
Il nous reste à voir comment les peuples germaniques étaient répartis à cette époque dans TEurope centrale au nord du Danube, qui les sépare des Romains. On peut les partager en cinq groupes géographiques^, à savoir :
V Les Germains oisrhénans S qui durent subir la domina-
1) Voir l'histoire détaillée de cette insurrection des Bataves dans les livres IV et V des Histariae de Tacite.
*) Il ne reste rien de la langue nationale des Daces, qui furent rapidement latinisés comme le prouvent les inscriptions et monuments romainssi nombreux dan» cette région danubienne. Après la perte de la province de Dacie, ces provin- 4:iaux latinisés se condensèrent au sud du Danube, dans la Dada nova, et telle -est 1 origine des Roumains actuels ou du moins de la langue qu'ils parlent. Voir Roesler, Rumânisehe Sludien. Leipzig, 1871.
'] Nous renonçons & nous servir ici de la classification indigène des Gerxnains en trois tribus nationales, que Tacite mentionne, mais sans spécifier. Cette classification d*ailleurs était au fond géographique, comme la nôtre : •> /n^oeoones S" prox irai Oceano, iiiermtnonejr «medii, Istaevones =: céleri, m {Germ. 2.)
^) On a contesté la nationalité germanique de ces tribus belges, dont César disait ^B G. II, 4) : « plerosque Belgas esse ortos ab Germanis, » et qu*il appelle encore (ib. VI, 2) : - Germani cisrhenani. » (cf. VI, 32). Ces textes •sont tranchants, La seule discussion possible, c'est de savoir lesquelles de ces
tion romaine avec le reste de la Belgica, où ils s'étaient établis en plusieurs fois : ce sont les Tongres, sur la Meuse inférieure; les Nemêies sur le cours supérieur du Rhin, les- Ubiens sur son cours inférieur; les Balaves aux embouchures de ce Heuve ;
2"" Les Germains transrhénans, à savoir : près des bouches^ du Rhin, fesant face aux Bataves, les Frisons ; puis, en remontant ce fleuve, les Chamaves dans le Hamaland^; les Bructères et les Tenctères en face des Ubiens ; enfin les Chattes, qui ont laissé leur nom à la Hesse (Hattia) ;
4^ Les Germains du nord : les Chauques situés derrière les Frisons; plus loin les Chérusques derrière les Chauques,. et enfin les restes des Cimbres dans le Jutland ;
4"" Les Germains du midi, compris aussi sous le nom collectif de Suèves, à savoir : les Bermundures, auxquels on rattache les Thuringes * ; les Marcomans en Bohème ; les Quades en Moravie ;
&* Les Germains de Test, que Ton rattachait aux mêmes Suèves, et dont les principaux étaient : les Rugiens (Rûgen) et les Ooths sur le littoral de la Baltique; les Langobards^les Angles, et les Warins sur les bords de TElbe, les Semnons
tribus sont d*origine celtique, et lesquelles d'origine germanique. Pour les Nerviers et les Trévires, il y a doute ^Tacite, Germ, 28), mais non pour les Tongres. La question n'a qu'un intérêt archéologique, les uns et les autres ayant été complètement latinisés, sous la longue domination romaine. La rencontre fortuite d'une soi-disant druidesse chez les Tongres du m* siècle (Vopiscus, Numer, 13) ne prouve rien. cf. p. 8.
*) Les Chamaves se retrouvent à l'époque des Francs et sont même compris dans le nom collectif de ceux-ci : « Chamavi qui et Franci. <• Carte de Peutinger, avec la correction), cf. Ammien Marc. 17 : 8 (A" 358). Quant aux Sicambres des poètes et des chroniqueurs de l'époque franque, c'est une appellation poétique, synonyme de germanique (pars pro toto), comme dans l'apostrophe si connue de S. Rémy a Clovis. Voir Kurth, ffist. des Mérovin^ giens, Paris, 1893. Appendice 3, p. 524. Toutes les hypothèses bâties sur cette pure métonymie tombent devant le témoignage des historiens d'Auguste, affirmant la dispersion des Sicambres par Tibère, et devant le silence de Tacite, qui les ignore dans la description de la Germanie de son temps.
S) On rattache les noms de Thuringi et Hermunduri par une racine commune, les Duri ou Thuri, le second combiné avec une autre racine Ermin^ que Ton retrouve dans Herminones, Irminsul, Arminius,
entre l'Elbe et l'Oder, les Lugiens entre TOder et la Vistule. Dans ce groupe figuraient enfin les Suions (Suède), habitant sur le littoral opposé de la Baltique, le seul peuple Scandinave dont le nom fût parvenu jusqu'aux Romains •.