HL — LES COMMENCEMENTS DE L'EGLISE CHRETIENNE
Textes latins : CSorpns serlptomm ecdesiasticonim latinomin (pablicatioo de TAcadémie de Vienne), vol. I-XXXV. Vienne, 1866-96. — Textes grecs : Corpus scriptarum ecclenasticorum grœcorum (publication soas presse de rAcadémie de Berlin); en attendant, utiliser la PaArologie grecque de Migne.
Travaux modernes : Hergenrôther, Randbuch der Kirchengeschichtej Tol. L Kribourg, 1876. — DOllinger, Christenthum und Kirche, Ratisbonoe, 1860.— Schelstraete,An^ù7t<tYajr ecclesiae illustrata, Rome 1697, t vol. in-fol. — Dncbesne, Les origines du culte chrétien. Paris, 1890.
Une époque nouvelle avait commencé dans l'histoire de l'humanité avec le christianisme. Jésus-Christ, en quittant la terre, y laissait dans son Église une lumière et une force <\m devaient non seulement régénérer l'homme individuel, mais encore transformer les sociétés. Pour remplir cette mission, il a fallu à TÉglise une organisation merveilleuse, capable de résister à toutes les vicissitudes humaines. Cette organisation, l'Église l'a reçue de son divin Fondateur, qui en posa les principes, et qui en confia le développement à ceux qu*il avait choisis pour ses successeurs sur la terre. L'unité de cette organisation résulte de la hiérarchie du sacerdoce dans lequel les évéques, les prêtres et les diacres sont coordonnés entre eux par un lien spirituel et indissoluble. Au centre de ce grand corps et le régissant, est le siège de Rome, de St-Pierre et de ses successeurs, auxquels le fils de Dieu a confié la conservation de sa doctrine et le gouvernement de son Église, en les investissant du privilège surnaturel de l'infaillibilité.
On a soutenu à tort que dans les premiers temps il y avait une égalité absolue entre les chrétiens, et que tous exerçaient indifféremment les fonctions de prêtre; ou, s'il y a eu dès lors un sacerdoce distinct, que du moins ces prêtres
ont commencé par avoir tous le même rang dans TÉglise^ et que ce n est que plus tard que quelques hommes ambitieux s'étaient arrogé un pouvoir plus étendu, en prenant le titre d'évôques : ces assertions des théologiens protestants* ne reposent que sur une interprétation abusive de quelques textes des Écritures et des pères de l'Église. Il est plus vrai de dire que le principe de la hiérarchie ecclésiastique se trouvait déjà dans la constitution religieuse du peuple de Dieu, avec son sacerdoce, ses grands-prêtres et ses lévites. Car dans sa forme extérieure, l'Église n'est que l'achèvement des institutions de l'Aucien-Testament, comme sa doctrine n'est que le complément de la révélation faite à Moïse et, par Moïse, au peuple élu.
Dès les temps des apôtres, il y a eu une différence trenchée entre le clergé (xX^po^, choix, élite) et les laïcs (Xao;, peuple). Ceux qui se destinaient au service de Dieu, se séparaient du reste des fidèles, en recevant leur mission par l'imposition des mains d'abord des apôtres, plus tard des évêques, comme successeurs des apôtres. Celui qui était une fois entré dans cette élite y demeurait toujours et Timposition des mains lui imprimait un caractère indélébile.
Toutefois, à tous ceux auxquels les apôtres ont imposé les mains, ils n'ont pas communiqué les mêmes pouvoirs. Ils constituèrent quelques uns comme prêtres (Tipeffourepot,. ancieiis), d'autres comme évêques {ïmtrxonoi, gardiens, pasteurs*). Partout où les apôtres prêchèrent l'Évangile, et où
^) On sait assez quel désaccord règne à ce sujet entre les théologiens du protestantisme, qui sont ou épiscopaliens ou presbytériens ou congrégationna* listes, les uns soutenant l'institution divine de Tépiscopat ; les autres rejetant Tépiscopat et restreignant Tinstitution divine au presbytérat; les derniers rejetant le presbjtérat aussi ou plutôt l'identifiant avec rassemblée des fidèles. ^ In der gleichen kircbiichen Handlungsfâhigkeit aller Glâubigeu bestebt das allgemeine Priesterthum des in Wabreit apostolischen christlichen Glaubens. » Rud. Sohm, Kirchengeschichte im Grundriss, Leipzig, 1887. Dans les textes que M. Sohm invoque, il confond sans cesse le sacerdoce qui est une fonction, partant durable, avec les charismaia ou états surnaturels, toujours momentanés dans ceux qui en étaient favorisés. Sur ces charismcUa, voir Dôllinger, Chrislenthum, p. 300 et ss.
') Sur la diflerence entre episcopi et presbyteri, voir Hergenrôtber, vol. U
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une communauté de fidèles s'établit, ils en ont confié la juridiction à un évêque unique appelé à succéder à Tapôtre dans la direction de TÉglise nouvelle. Pas de communauté nombreuse sans évêque et d autre part, dans chaque église, un seul évêque \ Dans cette hiérarchie, les diacres (diaxovoi, serviteurs) ne venaient qu'en troisième lieu, et après eux, les sous-diacres^ les acolytes^ les exorcisées, les lecteurs, les ostiaires ou portiers, tous contribuant aux besoins soit moraux soit matériels de la communauté religieuse. Dans ces premiers temps où les fidèles d'une communauté n'était pas trop nombreux, et qu'une même charité les unissait tous, il n'était pas rare de voir Tévêque associer la communauté entière aux délibérations sur les intérêts communs'. Plus tard, le nombre des fidèles s étant accru, les prêtres seuls formèrent le conseil (presbyterium) de l'évêque, qui continuait à les consulter dans toutes les afi'aires importantes. Mais» à l'évêque seul, appartenait la sanction du pouvoir exécutif. Tous les fidèles aussi prenaient part à l'élection de leur pasteur, ordinairement choisi dans la communauté qu'il était appelé à gouverner. Plus tard, quand cette élection fut réservée au clergé, le peuple conserva longtemps un droit d'acclamation, c'est-à-dire de manifester son assentiment à l'élection qui lui était proposée. Toutefois ce n'est pas l'élection qui fesait l'évêque. L'élu le devenait, comme il le devient encore, par le sacrement de l'ordre que conférait, en lui imposant les mains, un évêque assisté de deux autres^. Si chacune de ces communautés était organisée sur le même type, on y distingue de bonne heure des églises-mères ou métropoles et d'autres, plus récentes, qui leur sont en un certain sens subordonnées. On pense que les apôtres,
p. 254-258. cf. De Smedt, L'organisation des Églises chrétiennes {Revue des Quest. kist. 1888 et 1891).
1) Cypriani, Epist. 66 :8 : •* Unde scire debes episcopum in ecclesiaesse et eccleeiam in epÎBcopo, et si qui eu m episcopo non sit, in ecclesia non esse. •*
') Sur cette intervention des fidèles, Hergenrôther, ib, p. 259.
3) Cjpriani, Epist, 55 : 8 : « Factus est Cornélius episcopus de Dei et Christi ejas judicio, de clericorum pêne omnium testimonio, de plebia quae tonc affuit soffragio.... »
S adressant surtout aux Juifs, ont commencé leur mission par les plus grandes villes, celles où les Juifs formaient toute une colonie, laissant aux évéques qu ils y ont établis, le soin de continuer leur œuvre en répandant TÉvangile dans les villes de second ordre. Aussi Téglise de Jérusalem donna naissance à toutes les autres communautés chrétiennes de la Palestine. Après la destruction de Jérusalem, cette dignité de métropole passa à Césarée. Les deux autres métropoles d'Orient étaient Antioche et Alexandrie. En Occident la seule église métropolitaine fut Rome ' . Tel est l'origine du système métropolitain. Ce système fut étendu par la suite à toutes les provinces de l'Empire romain, et enfin, au iv® siècle, un concile d' Antioche, celui de 341, décréta que le nombre des métropoles répondrait à la division administrative de l'Empire, en sorte, que dans chaque province, l'évéque résidant au chef-lieu aurait l'autorité de métropolitain sur les évoques des autres cités*.
A la suite de ce développement de la hiérarchie dans l'Église, des synodes d'évêques sous la présidence de leur métropolitain s'organisèrent. Ce que le presbyterium était pour l'évéque, le synode le fut pour le métropolitain. Au sein du synode, chaque évéque représentait en quelque sorte le corps de son église, et il était le témoin le plus sûr de la doctrine traditionnelle de celle-ci. Le plus ancien des conciles est celui des apôtres, assemblés à Jérusalem. Depuis ce temps, il n'est plus question de concile avant le milieu du if siècle. Mais alors les querelles naissantes des schismes ou des hérésies donnèrent lieu à des conciles de plus en plus fréquents, d'abords provinciaux, enfin généraux. C'est dans ces conciles que se manifestait l'unité de l'Église par l'unité de l'épiscopat^.
*) Hergenrôther, p. 297.
'; Concile d*Antioche, canon IX dans Collectio Concil, ed Coleti. Venise 1728, t. H, p. 607. On continua néanmoins à distinguer de ces métropoles provinciales les premières métropoles qui dataient des temps apostoliques, et auxquelles Ton a donné, depuis, le nom d'églises patriarcales.
3) Hergenrôther, ib, p. 298.
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Mais il n*y a pas d*uDité sans un centre commun, et la merveilleuse architecture de l'Église eût été défectueuse, sans cette clef de voûte. La primauté d'un chef suprême •était le complément nécessaire de la hiérarchie. Ce que Tévéque est au sein de son diocèse, le métropolitain dans sa province, Tévéque de Rome, le pape, Test pour toute l'Église. Oe gouvernement suprême fut donné à St Pierre par le divin Fondateur de TÉglise dans un langage si clair qu'il se passe de commentaire*; et St Pierre, en établissant son siège définitif à Rome', légua à son tour cette prérogative à ses successeurs, évéques de cette ville; aussi les témoignages^ surabondent pour prouver que dès les premiers siècles les évéques de Rome étaient déjà vénérés comme les chefs spirituels de toute l'Église. Dans plusieurs occasions, les évéques tant d'Orient que d'Occident invoquent la décision du Saint-Siège ; ils envoyent à Rome des relations détaillées d'événements survenus dans leurs diocèses respectifs; les papes président ou en personne ou par des légats les conciles généraux et confirment leurs décrets*. 11 est vrai que cette action de la papauté ne s'est pas manifestée de la même manière à toutes les périodes de Thistoire ; mais le principe en a été reconnu dans l'Église dès sa fondation.
L'Église et TEmpire romain*.
Mais si TÉglise est stable dans ses institutions, l'Église, dans ses relations avec l'Empire romain, n'a pas cessé d'être
*) Sur la primauté de S. Pierre, Ddllinger, Christenthum, p. 30; Hergenrôther, ib. p. 86.
') Sur St Pierre à Rome, Dôilinger, ib. 96. La science protestante a fini par le reconnaître. Parlant de la première persécution à Rome, M. Sohm ajoute : • Unter den rômisc?ien Blutzeugen starb (so darf angenommen werden) der Apostel Petrus den Martyrtod. »» o. cit. p. 7.
3) Voir, entre autres, Cypriani, De ecclesiae unitate ; — Irenaei, Adv. haerni : 3 ; — Ignatii Ântioch. Epist. ad Romanos; — Tertulliani, De pudicia, 21 .
*) Voir les faits dans Hergenrôther, o. cit, p. 554-556.
^) Voir un résumé excellent de tout ce qui se rapporte à ce sujet dans : Allard (Paul), Le christianisme et V Empire romain^ Paris, 1896; plus déreloppé et toujours classique, est rou?rage de Broglie, L'Église et Vempire romain au IV^ siècle. Paris. 1856-1866. 6 vol. in-S».
en butte aux plus grandes agitations. Son histoire se divise^ à ce point de vue, en deux époques : t Église sous les Césars payens, — et t Église sous les Césars chrétiens. La première époque est celle des persécutions, qui fut Y âge héroïque de rÉglise. Pendant trois siècles, le sang des martyrs coule à Rome et dans toutes les provinces, semence féconde, qui ne cesse de multiplier le nombre des chrétiens, au point qu'à Tavènement de Constantin, TEglise comprenait la moitié au moins des habitants de TEmpire.
Constantin, par son édit de tolérance (A** 31 1), ferme Tère des persécutions; une seconde époque commence alors pour rÉglise, celle de la protection officielle, mais qui apporte avec elle de nouvelles épreuves et des luttes d'un nouveau genre. Les Césars chrétiens, en entrant dans l'Église, n'ont pas renoncé à cet esprit autoritaire qui tenait à la nature du pouvoir impérial. Le culte public avait été de tout temp& dans les attributions de l'empereur, en tant que pontifear maximus. De là cette funeste tendance à intervenir, qui semblait justifiée d'ailleurs par la gravité des dissidencesdoctrinales qui éclatèrent alors parmi les chrétiens. Une série de contestations, naissant les unes des autres, s'engage autour de la personnalité du Christ, dont on allait nier tour à tour soit la divinité, soit l'humanité, soit les deux natures. La première en date de ces grandes hérésies chrisiologiques fut l'arianisme, qui niait à la fois la divinité du Christ et le dogme de la Sainte-Trinité. L'auteur de cette doctrine^ Arius, prêtre de l'église d'Alexandrie, se fit tant de partisans que, pour y couper court, il fallut réunir le célèbre concile de Nicée, le premier des conciles œcuméniques (A°325), qui condamna solennellement l'arianisme.
A partir de ce moment, la question religieuse allait primer toutes les autres questions intérieures, et les divisions de l'Église devinrent les divisions de l'Empire. La lutte n'est plus entre payons et chrétiens ; la lutte est entre Ariens et orthodoxes. L'empereur Constantin, qui avait convoqué le concile de Nicée, prit d'abord fait et cause pour l'orthodoxie. Mais circonvenu par les évoques du parti arien ^
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il changea ensuite d'attitude et alla jusqu'à frapper dexil le patriarche d'Alexandrie, le grand Athanase, parce que celuici refusait de recevoir Arius dans son église (A** 335). La mort d'Arius ne mit pas fin à cette lutte scandaleuse (A"" 336). Les successeurs de Constantin embrassèrent ouvertement Tarianisme, et celui-ci paraissait devoir l'emporter lorsque Tavënement du grand Tbéodose, la réunion d'un deuxième concile œcuménique, convoqué par ce prince à Constantinople (A® 381), rendirent enfin la paix à l'Église.
Ces grandes assises religieuses qui réunissaient l'élite de toutes les églises dans la profession d'une foi commune S n*ont pas seulement assuré le triomphe de l'orthodoxie; elles ont encore, par les discussions qui les ont précédées et par les définitions qui en sont sorties, fait faire aux sciences théologiques un progrès considérable. Toutes les branches de la littérature chrétienne, les études bibliques, Yéloquence sacrée^ Xhymnologie, la poésie didactique ou morale^ ont déployé, sous cette impulsion bienfaisante, une activité inconnue jusque-là. Le iv* siècle est, en effet, le premier des grands siècles littéraires de l'Église.
Cette littérature se divise en trois branches. La littérature grecque, qui règne dans les provinces d'Orient, fut illustrée alors par les écrits de S. Athanase d'Alexandrie (f 373), de S. Basile le Grand, de Grégoire de Nysse frère du précédent et de leur ami commun S. Grégoire de Nazianze (f 390), ainsi que par l'éloquence de S. Jean Chrysostome (f 407)*. La littérature syriaque, qui a son foyer à Edesse, atteignit son apogée dans les œuvres à la fois exégétiques, oratoires et poétiques de S. Ephrem (f 373)*. Dans les provinces d'Occident, la littérature latine* rivalisait avec les précé-
*) L'oovrage classique sur les conciles est : Hefele, ConciliengeschichU, roL I. Fribourg, 1855.
*) Un bon résamé vient do paraître sous le titre : Battifol, Anciennes littéralures chrétiennes, Paris, 1897.
^ Un recueil des classiques de cette littérature est en cours x Patboloqia. striâca, accurante Graifin. Paris, 1894.
^) Voir 1 ouvrage classique: Ëbert, Die Oeschichte der christlich-lateinischen LiUralur, vol. I. Leipzig, 1874.
dentés : elle produisit alors en Gaule S. Hilaire de Poitiers (f 368)» en Italie, S. Ambroise de Milan (f 397) et S. Jérôme (f 420). L'Afrique à son tour a donné à l'Église latine S. Augustin (f 430), dont le génie universel vint arrêter la synthèse des sciences sacrées ; et pendant la plus grande partie du moyen âge, Ion ne fera plus, dans les écoles comme dans les livres, que reproduire et transmettre ces enseignements des Pères du iv* siècle.
Mais sî la conversion de Tempire romain a été un triomphe pour rÉglise, le iv* siècle est loin d avoir été pour le christianisme une époque de progrès Jusque-là l'Église et le monde romain avaient formé deux sociétés séparées par un antagonisme radical. La conversion des Césars amena un rapprochement et un mélange dont TÉglise n eut pas à se féliciter. Les vices qui souillaient la société payenne, s'infiltrèrent parmi les chrétiens, et il se produisit un relâchement profond dans la vie et les mœurs du clergé comme des lidèles^. Parmi les fidèles, s'étaient glissés une foule de payens devenus chrétiens sans conviction, uniquement pour conserver ou gagner la faveur du monarque. Le haut clergé, à son tour, fut envahi au contact de la cour par l'esprit d'intrigue, le goût des richesses et lambition qui régnaient dans cette sphère. Mais surtout le pouvoir impérial, qui résume toutes les institutions de l'empire, souffrait d'un vice inhérent à ce régime. Cette disposition suprême de toutes les ressources du monde civilisé, l'habitude du commandement militaire, l'obéissance passive du soldat, l'adulation des courtisans, l'espèce d'adoration dont la personne même de l'empereur était l'objet, tout portait celui-ci à se mettre au-dessus des lois de la morale et de l'évangile. Est-il nécessaire de rapporter tants de faits où éclatent ces abus du despotisme chez les empereurs les plus chrétiens ? On sait la cruauté avec laquelle Constantin sévit contre sa propre famille, en faisant mettre à mort son fils Crispus, sa seconde femme Faustine, son neveu Lucinien*. Le meilleur de ses succes-
^) Voir le tableau de ce relâchement, avec les renvois aux sources, dans Hergenrôther, vol. I, p. 635.
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seurs, Valentinieii I*', dans ses accès de colère, punissait de mort la moindre désobéissance et se repaissait des souffrances des suppliciés*. Les devins ayant prédit à l'empereur Valens que le nom de son successeur commencerait par les lettres Theod^ Valens fit une hécatombe de nobles dont le seul crime était de porter un nom commençant par ces lettres fatales^. Enfin le grand Théodose lui même ne s est-il pas souillé par le massacre horrible de Thessalonîque * ?
Ainsi, même après la conversion des Césars, le christianisme continuait à être paralysé dans son action par les empereurs; il avait pu régénérer l'individu; il lui restait à régénérer la société, et cette mission ne pouvait s'accomplir que par la chute de l'empire romain. Cet empire, fondé sur la force, ne se soutenant que par l'exploitation de l'humanité, n'était point certes la société idéale telle que la concevait le christianisme. L'empire romain devait donc périr. Dieu se servit des invasions des peuples germaniques pour le renverser et préparer un nouvel ordre de choses où la société toute entière serait pénétrée de l'idée chrétienne.
Pour s'en convaincre, il suffit de comparer la longue décadence de l'empire byzantin, qui continue l'empire romain en Orient, avec l'élan si vigoureux des nations nouvelles de l'Europe chrétienne. Des auteurs modernes ont parfois représenté le moyen âge comme un retour de la barbarie qui aurait envahi de nouveau le genre humain. Rien de plus injuste que cette appréciation, et le moyen âge doit être défini plutôt la jeunesse de la société chrétienne.
^) de Broglie, L Église et V empire romain, voL II, p. 103. *') Ib., irol. V, p. 242.
5) /6., voL V, p. 309.
*l Ib., Yol. VI, p. 305.