MIGRATIONS I>£S BARBA.RES
pour étendre son autorité sur la Gaule et jusqu* eu Espagne -(A** 407)*. Débordé par tant d'ennemis à la fois, Stilicon savisa de se rapprocher d'Alaric et d'enrôler au service de son maître les forces des Visigoths. Ce traité perdit Stilicon^ qui devint suspect à son maître et fut mis à mort comme traître par ordre de celui-ci. Mais Alaric, irrité de la mort de son allié, n'en demanda pas moins l'exécution du traité avantageux conclu au nom de l'empereur, et sur le refus d'Honorius, les Qoths reprirent le chemin de l'Occident, où ils devaient trouver en:fin une nouvelle patrie (A^ 408).
Les Ooths pénétrèrent sans peine en Italie, où non seulement ils ne rencontrèrent pas de résistance, mais où ils furent grossis par les mercenaires germains, au notnbre de 30,000, qui avatent pris parti pour Stilicon contre Honorius. Quant à celui-ci, il ne trouva rien de plus pressé que de se renfermer dans la ville de Ravenne, que sa situation insulaire rendait imprenable. Alaric marcha directement sur Rome, qui consentit à lui payer des sommes immenses pour se racheter. L'empereur ayant refusé de ratifier ce. marché, Alaric s'empara du port d'Ostie, dont dépendait le ravitaillement de Rome, où la famine ne tarda pas à se déclarer. Rome ouvrit ses portes aux barbares, qui lui imposèrent un nouvel empereur dans la personne du préfet de la ville Attale. Alaric croyait trouver celui-ci plus accommodant qu'Honorius. Mais Attale refusa de se plier aux exigences croissantes d'Alaric; il en résulta une rupture et la dépositicfn d'Attale (l'an 410). Cette fois Rome fut prise d'assaut et mise à sac par les barbares '. Alarijc ne survécut pas longtemps à cet acte de vengeance; il mourût en Campanie, d'où ilxi^ompr tait passer en Sicile et en Afrique ; ses Goths lui creusèrent une tombe dans le lit du Busento afin de mettre sa sépulture à l'abri de toute profanation^. Les Goths reconnurent.
^) Sar l'histoire de cet usurpateur, voir Fauriel, Gaule méridUmaieyol, I, chap. 1 et 2; Freeman, The tyranlsof Britain, Gaul and Spain (406-411). JUstorieal Reoiew t. I. (IBSô) p. 53-85.
S) Orose, VU, 39-40. Procope, De bello Vandalico. I, 2.
') Jordanis, c. 30.
comme saccesseur d'Âlaric, son beau-frère, Ataulf, qui entra de nouveau en négociation avec Tempereur Honorius. Celui** ci, qui ne cherchait qu'à débarrasser Tltalie de la présence des barbares, détermina par ses promesses les Goths à prendre le chemin de la Gaule, qui était en ce moment en proie à l'anarchie.
L'usurpateur Constantin, qui occupait la Gaule, avait réussi à se faire reconnaître par Honorius. Mais Constantin eut, à son tour, à lutter contre son lieutenant Géronce, qu'il avait investi du gouvernement de l'Espagne, et qui y appela les hordes d'Alains, de Suôves et de Vandales campées en Gaulée Honorius profita de cette rébellion pour envoyer dans ce dernier pays le générai Constance avec la mission d'y rétablir son autorité. Constantin avait pris à sa solde les Francs et les Alemanes. Constance, de son côté, enrôla dans son armée les Burgondes, et avec leur concours, vainquit Constantin, qui fut livré à Honorius et mis à mort par ordre de celui-ci '. Cependant un nouvel usurpateur s'était levé en Gaule, Jovin, secondé par son frère Sébastien et proclamé empereur à Mayence par les légions du Rhin. C'est dans ces conjectures qu'Ataulf entrait en Gaule à la tête des Goths. Jovin essaya de négocier avec lui : mais ils ne purent s'entendre, et Ataulf prit alors ouvertement le parti d' Honorius. Les rebelles furent écrasés, et la tête de lusurpateur envoyée à Honorius (A*" 413)*.
Mais Honorius ayant réclamé la délivrance de sa sœur Placidie, qui était tombée au pouvoir des Goths lors du pillage de Rome, Ataulf, au lieu de la rendre, épousa cette fille du grand Théodose dans la ville de Narbonne, dont il s'était rendu maître^. Menacé alors par les armes du général Constance, Ataulf se décida à conduire ses Goths en Espagne^ (A^ 414)5.
1) Isidore, Hist, VancUUorum et Gothorum. Idatins, (A? 410).
>) Orose Vn, 42. Marcellin, Chronicon (A«4ll).
3) Olympiodore, p. 58. Idace, (A» 412-413).
^) Id. p. 59. On y trouve une deecription curieuse de ces noces.
») Orose, VII, 43.
MIGRATIONS DSS BARBARES. 69'
L^Espagne venait d*être cruellement ravagée par les barbares, que le gouverneur rebelle Géronce avait appelés naguëres à son secours. Les barbares se partagèrent cette province : les Suèves sétablirent dans la Galice; les Âlains prirent possession de la Lusitanie et du territoire de Carthagène, et les Vandales se fixèrent une partie en Galice, une autre partie, les Silingues, en Bétique (Andalousie) ^ Il ne restait au gouvernement romain que la province de Tarragone. Dans cette situation, Ataulf n*eut pas de peine à s'emparer de Barcelone (A^ 414). Il n*eut pas le temps d'étendre ses conquêtes; car, dès Tannée suivante, il mourut assassiné (A** 415)*. Son successeur Wallia, après avoir triomphé d'un autre prétendant, se rapprocha d'Honorius, auquel il rendit la princesse Placidie. Grâce à cette alliance. Les Groths combattirent pour le compte de l'empire romain les autres barbares de l'Espagne : dans une lutte de trois ans, ils anéantirent les Alains, refoulèrent les Vandales et les Suèves dans les montagnes de la Galice et rétablirent enfin la domination romaine dans la plus grande partie de la péninsule (A^ 418)^. En récompense d'un pareil service, Honorius consentit à leur céder en Gaule le territoire de la seconde Aquitaine, entre les Pyrénées, la Garonne et la mer^. Les Visigoths y fondèrent le premier royaume germanique compris dans les limites de l'empire romain. Wallia établit à Toulouse sa résidence royale, où il mourut peu après, ne laissant qu une fille (A"" 419).
Les Goths choisirent pour roi un parent d'Alaric, Théoderic I* (419-451), souche de la dernière branche des Baltes».
1) [dntioB, (Ao 41 1] : « Qallaeciam Wandali occupant et Saevi; Âlani Luaîtaniam et Carthaginensem provincias ; et Wandali cognomento Silingi Baetlcam 9ortiantar. »
^) Olympiodore, p. 60; Orose, VII, 43. Jordanes. 31.
3) Idace, (A<* 418). • Wandali Silingi per Walliam regem omnea extincti. Alani adeo caesi sont a Gothis ut pauci, qui auperfuerant, abolito regni nomine, Qunderiei régis Wandaloruni, qui in Gallaeeia resederat, se patro^ cinio sabjngarent. »
*) Prosper (A* 419), Idace, it.
^) Oljropiodore, p, 61.
Les Vandales en Afrique.
Les Vandales, déjà mentionnés 4ans Tacite \ sont un des anciens peuples de la Germanie. Ils habitaient primitivement non loin de la Baltique^, dans le voisinage des Wendes, avec lesquels on les a à tort confondus parfois^ . Apparentés aux Goths, ils suivirent ceux-ci sur les bords du Danube, qu'ils quittèrent à la suite de Tarrivée des Huns. Entraînant avec eux les Alains, ils marchèrent sur le Rhin et se rencontrèrent avec les Francs, qui leur firent éprouver une défaite ^ où leur roi Godegisel périt (A** 406)*. Les Vandales nen pénétrèrent pas moins en Gaule, qu* ils ravagèrent pendant trois ans, et d où ils passèrent en Espagne, menés par leur roi Gunderic, fils de Godegisel (A° 409). Ils furent dabord refoulés par les Visigoths, qui, on Ta vu, avaient pris le parti des Romains en Espagne. Mais, après le départ des Visi- ;gotbs, les Vandales, avec lesquels se fusionnèrent les restes •des Alains, reprirent la lutte et battirent le général romain Castinus (A° 422). Les Vandales se répandirent de nouveau dans tout le midi de là péninsule, où ils prirent la ville de Séville (A<> 425)*- Gunderic méditait la conquête de la riche province d'Afrique, lorsqu'il mourut, léguant cette tâche à son frère Gaiselic, qui fut secondé dans l'exécution de ce plan par les compétitions incessantes des généraux romains.
L'empereur Honorius venait de mourir à Ravenne (A** 423), «ans laisser d'héritier direct. Ce fut la sœur d'Honorius, Placidie qui prit les rênes du gouvernement au nom du jeune Valentinien III, issu de son mariage en secondes noces avec le général Constance. Veuve pour la seconde fois,
^) Dans Tacite, Germ. 2, Vandilii est un nom coUectif, comme Suèoes. Pline Bist. naJt. IV, 14, qui l'emploie de môme/y comprend les Goths et les fiurgondes.'
^) Ptolémée, Géogr, II, 11, donne cette situation aux Silingnes, qui sont une fraction des Vandales.
3) Cette confusion est courante dans les auteurs di; moyen âge. Voir âhafarih, Slav. Altérthûmer vol. i. p. 419. Marcus, Eut. des Vandales, .p. 3- 15.
*) Frigeridus, fragm, dans Grégoire de Tours, H, 9.
») Idace, (A» 422-425). SaWien, de Gubem. Dei, VII.
MiaRATIOKS DES BAll&AltES. 65
Placidie avait partagé sa confiance entre Boniface, le gouverneur de TAfrique, et Àétius, le gouverneur de la Gaule. Mais Aétius, jaloux de ce rival, réussit, par une double supercherie, à rendre Boniface suspect à Placidie, en môme temps qu*il fesait croire à celui-ci que Placidie se préparait à le perdre. Boniface, pour échapper à ce danger, eut le malheur d'appeler à son secours les Vandales d'Espagne \ qui déjà projetaient la conquête de la riche province d'Afrique. Gaiseric aborda en Afrique avec 80,000 barbares (A*' 429), et se mit en possession du pays, malgré la résistance qu'essaya de lui opposer Boniface, détrompé trop tard. Carthage, Hippone* et quelques autres villes fortes se défendirent quelque temps encore contre les Vandales. Elles ne furent prises qu'après la mort de Boniface, qui périt en Italie, en combattant son rival Aétius. Carthage (A"" 439) ^ devint la capitale du nouveau royaume des Vandales, qui s'étendait depuis l'océan Atlantique jusqu'à la Cyrénaïque. Gaiseric, après avoir dévasté le pays, rétablit la puissance navale de cette ancienne rivale de Rome, et avec ses flottes, il commença à infester les côtes de l'Italie, de la Grèce et de rillyrie : la Sicile, la Sardaigne, la Corse, les lies Baléares, durent reconnaître son autorité ^
Aétius en Gaule.
Cependant, après la mort de Boniface, son rival Aétius, réfugié chez les Huns, en avait ramené un corps de merce^naires, avec lequel il força l'impératrice Placidie à l'investir du commandement général des armées de l'Occident (A"* 432). Dans cette haute charge, Aétius parvint à reculer de quelque temps la chute de cet empire, en opposant sans cesse une
^) Procope, Bellum Vandal. I, 3. S. Augustini, Epistola 20.
') C'est A cette époque que le grand évêque d'Hippone S. Augustin (396- 430) tei minait sa carrière après avoir achevé son Traité de Civitate 2)^ (en 427) et peu avant Toccupation d'Hippone par les Vandales. . >) Idace, (A*" 439). laidore, Bist. Watui, Ed, Th. Mommsen, p« 297.
<) Idace, (Au 440). Prosper t(. i'
HISTOIRE nu MOYEN AQB. 5
66 HISTOIRB DU MOYEN A0B.
nation barbare à l'autre ^ Avec le secours des Alemanes et des Francs, il vainquit les Burgondes, qui, arrivés en Gaule avec les Vandales, y étaient restés et occupaient alors le cours supérieur du Rhin (A** 435)'. Quelques années plus tard, Aétius gagna aussi à son alliance les restes de ces Burgondes, décimés dans un combat contre les Huns, en leur cédant le territoire de la Savoie (A*^ 443) : ce fut le second royaume germanique fondé en Oaule en vertu d'une concession régulière, et à condition de reconnaître Tautorité (tes empereurs'. Mais les Romains ne tardèrent pas à être débordés par Thumeur conquérante de ces sujets barbares. Pendant qu' Aétius avait tourné ses armes contre une nouvelle sédition dite des Bagaudes^, les Visigoths rompaient Talliance romaine et assiégeaient la grande ville de Narbonne^. Aétius, survenant, fit lever le siège et força les Visigoths à rentrer dans l'alliance romaine ( A*'427) . Avec laide des Visigoths, Aétius espérait rétablir aussi l'autorité impériale en Espagne. Dans cette province, après le départ successif des Visigoths et des Vandales, les Suèves, seuls barbares demeurés en Espagne, avaient regagné du terrain sur les Romains : sous leur roi Rechila, qui avait succédé à Hermeric (A** 438), après avoir défait les généraux de lempire, ils avaient successivement occupé Emerita, Séville et Carthagène avec la Bétique (A"" 441). A la demande d*Aétius, et en exécution du traité conclu avec les Romains, le roi des Visigoths, Theoderic I passa avec son armée les Pyrénées^. Mais, au lieu de combattre les Suèves, il s allia avec leur roi Kechiar, qui venait de succéder à Rechila (A*" 448), et lui donna Tune de ses filles en mariage. D'autre part, Theoderic se rapprocha des Vandales, en mariant une autre de ses
^) Voir le portrait d*Aétia8 par Frigeridas, fragm, dans Grégoire de Tours II, 8.
«) Proaper, (A» 435).
^) ProBper (A<> 443). Voir Binding, Burgundisch-Romanische Reieh. Leîpng, 1868, p. M3.
*) Idace^t Prosper (A? 437). \aidon Hist. Chthorum. Ed. Mommsen, p. 277,
•) Idace (A« 449).
BMPIRB d' ATTILA. &7
filles au fils de Gaiseric, Huneric. Cette ligue formidable des trois plus puissants des peuples germaniques renversait tous les plans d'Aétius et mettait Texistence même de Tempire en question, lorsqu'une brouille domestique la rompit. Gaiseric, soupçonnant sa belle-fille d*avoir trempé dans une conspiration contre sa vie, lui fit couper le nez et la renvoya ainsi à son père^ Le roi des Visigoths prit le parti de sa fille, et pour se venger, renouvela son alliance avec Aélius et celui-ci préparait une grande expédition contre les Vandales. Alors Gaiseric, menacé par les forces coalisées des Visigoths, des Suèves et des Romains, sollicita Talliance du puissant roi des Huns Attila et le décida à tourner ses armes victorieuses contre TOccident.
§ ni. — L'EMPIRE BARBARE D'ATTILA ET LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN D'OCCIDENT.
Textes ijitins : Eugippe, Vita S. Severini (vol. I des Anctores antic{i de Pertz). — Eutrope, Breviarium {ib, vol. II). — Victor Vitensis {ib, vol. III). — Jordanie, Qetica (ib. vol. V). — Eaoodius \ib. vol. VU). — Sidoine Apollinaire (ib. vol. VIII). — Chronica minora (Ed. Mommsen ib, vol. IX et X). — Grégoire de Tours. Bist. Francorum (vol. I des 88. Rerom M eroTKringamm de Pertz). — Textes grecs : Histon'ci graeci minores (cité p. 56). — Procope, Opéra (dans le CSorpus Hist. Byzaiit.Bonn, 1833).
Travaux modernes : Am. Thierry, Demierg temps de Vempire d'Occident. Paris, 1860. — Id. Histoire d'Attila et de ses successeurs. Paris, 1864. — Pallmann* DerSturz des Westrôm. Reiches. Weïmar, 1864. — Sievers, Studien zur Geschichte der rôm. Kaiser von 455-480. BerliCi
Depuis la destruction de l'empire des Ost-Goths, le gros de la nation des Huns n'avaient pas quitté l'Europe orientale, où ils continuaient à vivre en nomades. Fractionnés en plusieurs tribus sous des chefs indépendants, ils n'avaient pas cessé de faire des incursions dans les provinces romaines de l'empire d'Orient. Quelques bandes dt tachées avaient fait
i) Jordanes, c. 36.
leur apparition aussi en Occident, mais comme mercenaires dans larmée romaine, sous Aétius.Vers le milieu du v' siècle, Attila, fils de Moundzuk, après avoir tué son frère Bléda» parvint à réunir sous son autorité les hordes éparses des Huns^ Ce conquérant farouche, que les traditions ont surnomma Oodegisel ou le fléau de Dieu^, étendit son autorité sur tous les peuples établis depuis le Volga jusqu'à TËlbe et du Danube à la mer Baltique. Avec ces forces réunies, il recommença la guerre contre l'empire d'Orient, et força Théodose II à lui acheter la paix moyennant une majoration du tribut annuel imposé autrefois^. Attila fixa sa résidence habituelle sur les bords de la Theiss, où il continuait à vivre avec une simplicité patriarcale. Lorsqu'il y reçut les ambassadeurs grecs, porteurs du tribut annuel, tandis que ses convives étaient servis dans de la vaisselle d'or, Attila n'usait que d'une écuelle en bois*. Il y était encore lorsqu'il conçut le projet de porter ses armes en Occident, où il fut appelé à la fois par le roi des Vandales, Gaiseric, menacé par Aétius, et par la propre sœur de l'empereur, qui, chassée de la cour, offrit sa main au roi des Huns pour se venger^. Attila, en traversant l'Europe, entraîna à sa suite, soit de gré, soit de force, toutes les nations sarmates, slaves et germaniques, qu'il rencontrait sur sa route : les Ost-Goths, avec leurs chefs, trois frères de la race des Amales , les Gépides avec leur roi Ardaric, les Hérules, les Rugiens, les Suèves, formaient son contingent germanique^. Aétius, qui attendait Attila en Gaule, avait de son côté renouvelé Talliance romaine avec les barbares établis dans les provinces d'occident : son armée comprenait les Visigoths, sous leur
^) Voir le portrait d'Attila dana Priscus, fragm, ; Jordanie, e. 35.
*) Diaprés la légende, Attila lui-même se plaisait à prendre ce titre. Voir sur l'Attila légendaire, dans le 2* volume d*Amédée Thierry, la 4* partie intitulée : Histoire légendaire et traditionnelle d*Attila,
■) Priscus, Fragm, p. 34.
^) Voir dans Priscus, qui fit partie de cette ambassade, la description d'un festin à la cour barbare d'Attila.
*) Jordanie, o. 42. Marcellin (A? 434); Priscus.
«] Jordanis, 38. Paul Diacre> Eiet. rom. 14 : 2.
EMPIRE d' ATTILA. 69
roi Theoderic I'''^ et son fils Thorismond, les Burgondes, les restes des Alains, plusieurs tribus franqaes, plus un corps mercenaire de 20,000 Saxons ^ Cette lutte allait mettre aux prises les deux groupes des barbares, le groupe oriental et le groupe occidental.
A la tête d*une armée qu on évalue à 300,000 barbares, Attila remonta le cours du Danube, franchit le Rhin à Strasbourg et pénétra jusqu'au cœur de la Gaule, détruisant sur son passage Metz, Trêves, Rheims, menaçant Paris, et investissant Orléans^. Uapproche de Tarmée recrutée par Aétius força Attila à lever ce siège et à se replier sur la Marne. Cest dans la grande plaine dite de Châlons qu'eut lieu la rencontre décisive : les barbares de l'ouest, sous la conduite d* Aétius, y remportèrent la victoire sur Attila et les barbares de l'est. Plus de 150,000 morts restèrent sur le champ de bataille^. Aétius toutefois dut renoncer à poursuivre les vaincus, par suite de la retraite des Visigoths, auxquels il devait surtout la victoire, mais qui y perdirent leur roi Theoderic. Le fils do celui ci,Thorismond, s'empressa de retourner dans sa capitale pour se faire reconnaître
^) Jordanis, 36. Paul Diacre. 14 : 4.
-) A l'expédition de Huns en Gaule, se rattachent une foule de traditions locales, plus légendaires quliistoriques. Le rôle d*AttiIa n'est pas moindre, en effet, dans la légende que dans Thistoire ; il figure non seulement dans les légendes nationales qui aboutissent au poème germanique des Nibelungen, mais encore dans les légendes ecclésiastiques, recueillies dans les Ties des saints : le fait A retenir, c'est l'impression de terreur laissée par le passage des Hun*, si bien qu*au moyen âge, on leur attribue toutes les dévastations des barbares. Les Huns figurent & Cologne dans la légende des onse mille ▼ierges de Ste Ursule (texte du x* siècle dans les ânalbota Bollanoiana ▼ol. HT, 1884); à Tongres, dans la destruction de cette ville épiscopale jus« qu'alors (voir Grégoire de Tours II, 7, et la Vita S, SertxUii seu AraoaiiU 13 mai); A Rheims, dans la Vita S. Nicasii (dans Analecta BolL vol. I 1882); à Orléans dans la Vita S. Aniani Aurelian. dans les SS. R. MbrowiNO. ni, p. 104 (cf. Sidoine Apol. Epist. 8 : 15) ; A Trojes, dans la Viia S^ Lupi Trecensis (29 juillet) ; A Paris, dans la Vita S. Genoûefàê 3 janvier, (texte du vi« siècle après Kohler, Bihl. Hautes études, n« 48, 1881).
3) Jordanis, 38-41. Idace (Ao 451). Prosper, item. Paol Diacre, Hist. rom, XIV. Grégoire de Tours II, 7.
roi contre ses frères. Attila put donc repasser le Rhin sans être inquiété (AM51)«.
L'année suivante, Attila, ayant renforcé son armée en Germanie, tourna ses armes contre Tltalie, où Aétius nétait pas en mesure de lui opposer des forces suffisantes. Une ville après l'autre tomba au pouvoir des Huns, Aquilée, Milan, Pavie, et déjà Attila se préparait à marcher contre Rome. L'empereur Valentinien III envoya à sa rencontre une ambassade, à la tête de laquelle se trouvait le pape S. Léon le Grand : c'est au pape que l'empire dut cette fois son salut. S. Léon parvint à fléchir ce formidable ennemi, en lui parlant au nom de Dieu*. Cette entrevue mémorable eut lieu en Vénétie, sur les bords du Mincio (A^ 452)^. Attila rebroussa chemin et repassa les Alpes. Il mourut Tannée suivante, et son empire éphémère tomba avec lui (A^ 453).
En effet, à sa mort, les peuples germaniques qui avaient dû subir son joug, les Ost-Goths, les Gépides, les Hérules, tournèrent leurs armes contre ses flls : à la bataille du Nétad (A** 454), le fils aîné d'Attila, Ellak, périt; ses frères repassèrent le Danube, et les débris des Huns se retirèrent au nord de la mer Noire. Les peuples germaniques reprirent possession de la grande plaine du Danube : les Ost-Goths s'établirent dans la Pannonie; les Gépides dans la Mésie ; les Hérules dans la Dacie; les Langobards, qui venaient d'arriver sur le Danube, se cantonnèrent au nord des Hérules, au pied des Carpathes.
Aétius, le vainqueur d'Attila, ne lui survécut guère; il
1) Jordanie ib, Grégoire de Tours II, 7.
') Prosper (A** 452). • Suscepit hoc negotium beat, papa Léo, Auxilio Doi fretus ». Le fait est rappelé en 512 dans une Epistola ad Symmachum. •» Léo archiep. ad Attilam per se currere non duxit indignum ut captivitatcm corrigeret corporalem, nec tantum christianorum, sed et Judaeorurn atque paganoium, » dans les Epistolak Impekatorum, pontïficum, aliorum (A** 367-553), vol. 35 du Coiyus scr. eccl, latinorum, » Voir dans Paul Diacre H, Rom. 14 12, la légende postérieure d'une intervention
surnaturelle de Sc Pierre.
^) Jordanis, 42 : « Léo Papa per se ad euin accedit in agro Venetum Ambulejo, ubi Mincius amnis transitur. »