ÉTAT DU MONDE
élait Hérules. Appuyé sur cette armée, le gouvernement d'Odoacre était avant tout militaire. Dans Tordre civil, il se borna à distribuer à ses barbares le tiers des terres réclamé en Italie et laissa subsister pour le reste l'administration romaine telle qu'il la trouvait établie.
En Afrique, les Vandales formaient, par contre, un royaume homogène, gouverné par leur roi Gaiseric * . . Ce royaume comprenait tout lancien territoire romain depuis l'Atlantique jusqu'à la Cyrénaïque ; les Vandales avaient conquis en outre plusieurs des lies de la Méditerranée, et leurs flottes commandées par le vieux Gaiseric étaient la terreur de toutes les populations riveraines de cette mer. Les Vandales passaient, en effet, pour les plus barbares parmi les peuples germaniques. En outre, ils professaient larianisme et étaient par là en opposition de croyance religieuse avec les Romains orthodoxes de l'Afrique. Il en résulta des persécutions parfois cruelles, qui contribuèrent dans la suite à la chute de ce royaume.
L'Espagne n'était pas remise de la terrible dévastation des Vandales, des Alains et des Suèves. Sur les ruines de la civilisation romaine, deux peuples nouveaux s'étaient partagé cette province, les Suèves et les Visigoths. Les Suèves occupaient la Galice et le nord du Portugal jusqu'au Tage. A leur entrée en Espagne sous la conduite de leur roi Hermeric', les Suèves étaient encore payons. La première conversion à la foi catholique fut celle de son petit-fils Rechiar (448)^, mais qui régna trop peu de temps pour enraciner la foi nouvelle. Rechiar, qui avait épousé une fille du roi des Visigoths, Theoderic P***, se brouilla avec son beau-frère Theoderic II, qui lui enleva le trône et la vie (A** 456)^. Les Suèves parvinrent néanmoins à reconstituer leur royaume sous un nouveau chef, Remismond, qui
>) Sapro, p. 65
•/ Idace (A° 448). Isidore, Hist. Siievorum, Dahn, Konige, vol. VI p. 562.
*) Supra, p. 66.
*) Supra, p. 72.
apostasia en épousant une princesse des Visigoths, dont il embrassa la foi arienne. Dès lors Tarianisme prit pied en Espagne et y devint tout à fait prépondérant à la suite des conquêtes des Visigoths en Espagne ^ Ceux-ci mirent fin à la domination romaine dans la péninsule. La foi catholique ne se maintint que chez les provinciaux romains, grâce au zèle de leur clergé* auquel TEspagne doit aussi la conservation des restes de la civilisation romaine.
Dans lancienne Gaule, il ny avait pas moins de quatre nations nouvelles : les Visigoths au midi de la Loire, les Francs au nord de la Somme, les Burgondes à l'est du Rhône, les Bretons à Textrémité ouest du continent. De ces peuples, les Visigoths étaient les plus puissants : non seulement, ils occupaient toute Tancienne Aquitaine entre la Loire, le Rhône et les Pyrénées; mais, on Ta vu', sous leur roi Euric, ils avaient étendu leur domination sur la plus grande partie de TEspagne; néanmoins leur centre était toujours en Gaule, où Toulouse leur servait de capitale. A la suite de la cession faite par l'empereur Honorius ', il avait été procédé à un- partage régulier du sol, dont deux tiers furent attribués aux barbares et un tiers laissé aux Romains. Au contact des Romains, les Visigoths avaient commencé à se civiliser. Ils s*adonnaient à l'agriculture et avaient déjà quelques lois écrites. Les Burgondes habitaient à TEst du Rhône, qui les séparait des Visigoths. Dans le partage du sol qui suivit la cession de la Savoie^, les Burgondes avaient obtenu un tiers des terres; les deux autres tiers avaient été laissés aux anciens habitants, avec lesquels les Burgondes entretenaient des relations amicales. Au nord, l'ancienne Belgica était presque toute entière passée sous la domination des Francs, les uns établis au iv^ siècle dès les temps de l'empereur Julien'^, les autres arrivés au v* siècle, à la suite de la
1) Supra, p. 72.
2) Supra, p. 63.
3) Oaupp, Ansiedelungen der Oermanen, Breslau, 1844. p. 394. *) Ib. p. 317.
^) Sapra, p. 54.