‹ Histoire du moyen âgeChapitre 30 sur 114 · CLOVIS. 9Ï · texte numérisé non relu

CLOVIS. 9Ï

éviter ce danger qu*Alaric avait livré à Clovis le comte romaio Syagrius, qui s*était réfugié chez lui. De plus il chercha un appui auprès d'une autre puissance en voie de formation, celle des Ost-Goths, sous leur grand roi Theoderic, dont Alaric épousa la fille Theodegotha*. D'autre part Theoderic avait épousé Audefleda, la sœur de Clovis. Theoderic mit tout en œuvre pour conjurer la lutte imminpnte entre son beau-frère et son gendre* : il y eut, en effet, une entrevue près d'Amboise, dans une île de la Loire*, où ies deux rivaux se promirent amitié; mais ce ne fut pas pour longtemps.

La conversion de Clovis avait produit, en effet, une sensation profonde parmi la population catholique de toutes les Gaules. Les évoques des pays soumis aux Visigoths n'avaient pas dissimulé la joie que leur causait la conversion des Francs, et cette joie qu'ils manifestaient hautement, ainsi que leur aversion bien connue pour l'arianisme, suffirent pour les rendre suspects aux Goths'. La persécution recommença contre les évoques, et les provinciaux romains prenant le parti de leurs pasteurs, la haine se ralluma entre les deux races. Clovis fut informé des divisions qui existaient dans le royaume de son voisin, et sous prétexte de tirer vengeance de ces hérétiques, Clovis franchit la Loire avec son armée. Dans la bataille livrée non loin de Poitiers dans la plaine de Veuille^, Alaric fut tué (A° 507)* par la main

*) Jordanis, c. 58. Procope. Bell, Golh. I, 12.

^) Quàtrb lettres de Tbkodbrig sur cette médiatioa dans Cassiodore, Epist. Yariae, Ul, n* 1-4.

') Tout ce que les auteurs modernes tels que Fauriel, Aschbach, Sismondi, ont dit des intrigues et surtout des complots de St. Volusien, évéque de Tours, de Qametianus. évéque de Rhodez, de St. Césaire, évêque d^Arles, ainsi que ' des autres membres du clergé catholique dans les pays occupés par les Goths n'a d'autre fondement qu'un soupçon sans preuves de ces derniers. Une lecture attentive et impartiale des passages de Grégoire de Tours (^t^^ I, II, ^ *^6i I, X. c. 31 et Vit. Patrum^ IV) invoqués par les auteurs que nous venons de nommer, suffit pour justifier notre assertion. Comparez Viia S. Cmarii. (27 août).

*) Gregor.Turon. II, 37. Fredeg. EpiL c. 25. Procope De bello Goth. I, 12. ^ dernier parle des Francs, sans nommer Clovis, qu'il semble ignorer.

*) Isidore, Historia Gothorum, Ed. Mommsen, p. 281.

de Clovis, et sa mort fut le signal de la déroute. Comme il ne laissait de Theodogotha qu'un fils de cinq ans, Amalric, les Visigoths se rallièrent autour d un fils d*une autre femme, le bâtard Gaisalic; mais leur puissance dans TAquitaine était brisée. Une de leurs villes après Tautre, Bordeaux, Toulouse,, leur capitale, ouvrit ses portes au vainqueur, accueilli par les provinciaux romains comme un libérateur. Clovis laissa le soin de compléter cette conquête à son allié burgonde, Oondebaud, assisté de son fils atné Theuderic. Les coalisésprirent Narbonne, où Gaiselic s était réfugié, et mirent le^ siège devant Arles. La domination des Visigoths en Oaul» aurait été anéantie, sans Theoderic le Grand, qui cette fois^ envoya une armée d*Ost-Goths sous les ordres de son général Ibbas^ Les Francs, qui n étaient plus commandés par Clovis, furent vaincus sous les murs d'Arles' et obligés de lever le siège de cette ville. Grâce à cette intervention, les- Goths reprirent la ville de Narbonne, avec le territoire da la Septimanie, appelée aussi Gothie^ entre le Rhône et les Pyrénées. Les Francs échouèrent dans une dernière tentative contre Narbonne. Quant à Gaiselic, qui s'était retiré en Espagne, Ibbas le força à se réfugier chez les Vandales en Afrique (A** 510), et le trône fut maintenu au jeune Amalric*, sous le protectorat de son aïeul et tuteur, Theoderic le Grand. On ignore de quelle manière et à quelles conditionsla paix fut rétablie.

Cette guerre n'était pas finie que Clovis reçut de l'empereur d'Orient, Anastase', une dignité qui acheva de lui concilier l'obéissance des sujets romains de son royaume agrandi : il fut revêtu du titre de patrice romain, qui était le rang le plus élevé à la cour impériale, après l'empereur (A^ 508).

1) Sur 1 expédition des O^tgoths, Procope, ib, \, 12; Epistolab de- Cassiodore VIII : nMO ; IV ; n» 17.

«) Jordania, c. 58. Yita S. Caesarii, c. 15. >) Cassiodore, Chronic. (A^ 508.) *) Epistolab de Caesiodore V, n« 43.

») Oregor. Tur. Il, 38.

CLOvis. 93

Les Ftancs ripuaires en Gaule.

Clovis eut plus de peine à se faire accepter comme ^uverain par cette fraction de la nation franque, qui avait conservé, tout au nord de la Gaule, entre le Rhin et l'Escaut, son indépendance avec ses rois particuliers. Clovis évita de faire la guerre à ceux-ci. Profitant des intelligences qu'il s*était ménagées parmi les Francs, le rusé barbare trouva plus politique de se débarrasser de Tuu de ses parents après l'autre, par une série de trahisons et d'assassinats. Le plus puissant dentre eux, Sigebert le Boiteux, roi des Ripuaires, fut assassiné par son propre fils Cloderic, à l'instigation de Clovis, qui fit ensuite tuer ce dernier; après cela, Clovis accourut à Cologne se faire reconnaître comme roi par l'assemblée des Francs ripuaires. Clovis se fit livrer encore par trahison un autre chef franc Ragnachar de Cambrai et le tua de sa main. Il suffit d'un ordre de Clovis pour faire tuer Rignomer du Mans et bien d'autres de ses parents, dont la puissance portait ombrage à la domination des Mérovingiens*. Avec la disparition de ces derniers chefs payons^, le paganisme germanique que les Francs avaient

*) Grégoire de Tours (II, 42) est la source unique pour Thistoire de cette annexion des Ripuaires, dont il fait le dernier chapitre de la vie de Cloyis, et qui présente plus d*une difficulté, tant géographique que chronologique. On ne peut le lire sans être frappé de la sérénité avec laquelle ce pieux historien déroule une série de meurtres, finissant par ce trait sheahspearien : « Après ayoir tué ses parents, on rapporte qu*il s^écriait : « Malheur à moi, « demeuré comme un voyageur au milieu d'étrangers et n*ajant plus aucun • parent pour me secourir en cas d'adversité ». Ce n*est pas qu'il s'affligeât sincèrement de leur mort; il parlait ainsi par ruse seulement, afin de découvrir s*il restait encore quelque parent pour le faire tuer « . Voir Lecoy de la Marche, Clovis, ses meurtres politiques (Revue des Q, hist, 18ô(() ; Kurth, Histoire poétique, p. 290. Ces critiques enlèvent à Grégoire de Tours la paternité de ces récits odieux pour les mettre au compte soit de la malignité romaine (Lecoy), soit de la poésie barbare (Kurth). Il faut en tout cas renoncer À en dégager les faits objectifs et en retenir l'impression très réaliste qu'avait laissée dans les esprits des .contemporains la vie de ces barbares baptisés.

*) Il est à remarquer que cette extermination systématique des chefs francs qui formaient une sorte d'aristocratie nationale, ne visait pas leur paganisme ; car il y avait parmi eux des chrétiens, comme Chararic et son fiU, que CIOTÎs fit toosurer.

apporté en Gaule, perdait son principal appui; la conversion du reste de la nation n*était plus qu'une affaire de temps.

Ainsi la Gaule redevenait chrétienne. Déjà dans un concile tenu à Orléans, le premier concile de Tépoque franque (juillet 511), trente évêques, appartenant à sept des provinces ecclésiastiques de la Gaule, purent se réunir et délibérer sous la protection du roi des Francs * , Ce fut le dernier acte du règne de Glovis*, qui termina ses jours assez brusquement à Paris, dans la force de Tâge (nov. 511), laissant à ses fils le soin d'étendre encore le patrimoine des Mérovingiens.

Les fils de Clovis.

La dynastie fondée par Clovis était représentée par quatre princes, Taîné Theuderic ou Thierry (Theoderic), fils d'un premier lit, les autres, enfants de Clotilde^. Ces quatre

1) Concilia akvi Mkrovinoici, n^ 1 éd. Maassen, dans la collection de Pertz, série in 4®, Hanovre, 1893, p. 1-13.

S) Qaant aux documents du régne de Clovis, les cinq diplômes qu'on lui attribue, sont faux. cf. Bréquigny. Diplomata aevi Merovingici Paris 1791 ; DiPLOMATA GERMANiAB vol. I Hannovre, 1872, dans la série in-fol. de Pertz. Plus authentique est une Circulaire de Clovis aitx écéques, après la conquête de l'Aquitaine (dans les Capitularia Rbgum Francorum, série in-4® de Pertz, vol. I p. 1-2), ainsi que deux lettres de 5. Remy à Clovis Tune (n® 2) avant sa conversion, l'autre (n^ 1) après, dans les Epistolae Austriasicae (vol. 3 des Epistolab série in -4® de Pertz).

3) Succession de la 1^ génération des Mérovingiens, de Clovis I^ A la mort de CloUire I« :

Childeric (t481)

Clovis I«^

en AusTKASiE :

Enfants de Clotilde :

Theoderic I«' (511-534)

Clodomir (511-524)

Childebert Clotoire I«»

Theodebert (534-547)

Theodebald

S. Clodoald (t vers 560)

Ses quatre fils (voir plus loin)

CLOvis. 95

frères commencèrent par un partage des vastes conquêtes de

Clovis. Aucune pensée politique n a présidé au règlement de

cette succession. Les Gaules furent divisées comme un

simple héritage germanique, sur le pied d'une parfaite

égalité. On ne songea pas davantage à sauvegarder le

principe monarchique. Au lieu d'un roi, les Francs en eurent

quatre, portant chacun le môme titre de Rex Francorum.

Il n'y avait toujours qu'une seule dynastie, celle des Méro-

vings, et cela semble leur avoir suffi. Pour maintenir l'union

entre ses membres, il importait seulement d'assurer à chaque

héritier une part équivalente en hommes de guerre et en

revenus du domaine. Ainsi de l'ancienne province romaine

de Syagrius. on fit quatre parts : Theuderic, l'aîné, eut

Rheims; Chlodemir, Orléans; Childebert, Paris, etClotaire,

Soissons. Clotaire eut, en outre, le pays des Francs Saliens;

•les Francs Ripuaires furent attribués à Theuderic, qui y

joignit une moitié de l'Aquitaine; Chlodomir eut l'autre

moitié de l'Aquitaine, et le reste de la Gaule fut laissée à

Childebert'. A la mort de Clovis, il y avait encore en Gaule

trois peuples qui ne reconnaissaient pas l'autorité des

Mérovingiens, les Bretons dans TArmorique, les Visigoths

en Septimanie, les Burgondes de l'autre côté du Rhône.

Ce fut contre les Burgondes que les fils de Clovis tournèrent

d'abord leurs armes. Gondebaud venait de mourir, peu

d'années après Clovis (A"* 516)', laissant comme successeur

son fils Sîgismond, qui était déjà catholique, et qui fit son

abjuration solennelle entre les mains de S. Avite^; ce fut la

fin de l'arianisme dans son royaume, comme le prouvent les

homélies de S. Avite et les décrets des conciles de temps*.

Mais Sigismond ne tarda pas à [se souiller par un crime

horrible. Sigismond avait eu pour première femme une fille

^) Agathîas I, 3. Gregor. Tar. Ill, 1. — Longnon, Géographie de la GaiOeau Vl^ siècle. Paris, 1878.

«) Mûrius(A*51tt).

') S. Avite, Homélies dans ses Opera^( vol. t6 des Auctorks Antiq).

^} Concile d'Epone 17 sept. 517 dans les COiNCii.iA de la série in -4^ de Pertz, Toî. I n«2, p. 15-31.

de Theoderic le Grand, qui lui donna un fils Sigerîc. S'étant remarié, il fit froidement tuer ce fils plein de promesse, à l'instigation de sa seconde femme ^ Ce crime lui attira rinimitié du puissant roi des Ost-Goths, qui ne fut pas sans doute étrangère à la guerre • que lui déclarèrent les Francs : le fils aîné de Clovis, il est vrai, s'abstint de cette lutte, peut-être parce qu'il était gendre de Sigismond, Ce furent les trois fils de Clotilde qui entamèrent la lutte contre le cousin de leur mère^ : les Burgondes furent battus, et livrèrent Sigismond aux Francs (A"" 423). Son frère Godomar restaura une dernière fois le royaume des Burgondes. Ceux-ci durent céder à leurs voisins les Ost-Goths une partie de leur territoire au nord de la Durance*. Néanmoins la guerre continua entre Godomar et le roi Clodomir, qui se hâta de se débarrasser de Sigismond, son prisonnier, en le faisant précipiter dans un puits avec femme et enfants*. Cette exécution cruelle ne lui porta point bonheur. Car, dans une nouvelle bataille livrée à Godomar près de Véséronce, Clodomir fut tué, et son armée dispersée*. Ses frères, Clotaire et Childebert, en profitèrent pour se partager sa portion du royaume de Clovis, après avoir lâchement

1) Marius (A® 522).

2) Procope I, 12, parle d'une coalition formelle des Francs et de Theoderic contre les Burgondes; il est contredit sur ce point par Cassiodore, Epist. VIII : 10. De plus, sa chronologie est erronée; il rapporte ces événements A la U° guerre contre les Burgondes. Mais ce n'est pa» une raison pour nier toute intervention de Theoderic dans la guerre. Procope reste l'historien le plus rapproché du temps de cette guerre Vargumentum eaj silentio qu'on peut tirer de Grégoire de Tours, ne renverse pas un pareil témoignage, cf. sur ce point embrouillé, Binding, cité, p. 252, n.

') D*aprés Grég. de Tours, III, 6, ce serait Clotilde qui aurait pousaé ses fils dans cette guerre de vengeance contre des parents dont elle aurait eu & se plaindre dans sa jeunesse. Voir Kurth, Hist. poét, p. 327, sur les invraisemblances de cette version, qui n'est pas inconciliable pourtant avec la sainteté de Clotilde ; ce serait se montrer plus difficile qu*un évéque et un autre saint du même temps.

^) Binding, cité, p. 265-267.

5) Marius (A® 523). Voir Vita S, Sigismundi (\*^ Mai), texte du viii* siècle dans les Scriptorks R. Mbrowing. vol. II.

6) Agathias, I, 3. Gregor. Tur. III, 6.

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assassiné deux de ses enfants (A^ 524) ^ Le troisième, connu sous le nom de S. Cloud, entra dans les ordres et passe pour le fondateur du monastère du même nom'. Huit ans plus tard, Clotaire et Childebert envahirent de nouveau le royaume bourguignon, et en chassèrent Godomar, avec lequel finit la dynastie nationale et l'indépendance des Burgondes. Leur territoire fut partagé entre les fils de Clovis (A^ 532)^

Lannée précédente, le môme sort avait atteint la dynastie nationale des Visigoths. Leur dernier roi, Amalric, qui devait la conservation de son trône à la protection de son aïeul, Theoderic le Grand, sollicita, après la mort de celuici, Falliance des Francs, ses voisins, dont il redoutait la puissance. Il épousa dans ce but la princesse Clotilde, fille de Clovis. Mais Clotilde, ne voulant pas quitter la foi catholique pour larianisme de son mari, invoqua, contre les mauvais traitements de celui-ci, le secours de son frère Childebert, auquel elle envoya, pour lexciter à la vengeance, un linge teint de son sang. Une armée franque marcha sur Narbonne, où Amalric résidait : Amalric dut fuir, se réfugia à Barcelone, où il fut tué par ses propres soldats*. Childebert ramena sa sœur à Paris après avoir dévasté la Septimanie, qui resta néanmoirs aux Visigoths. Mais c'en était fait de leur puissance en Gaule, ainsi que de leur dynastie nationale, qui s'éteignit avec Amalric, le dernier des Baltes.. Désormais une seule dynastie, celle des Mérovingiens, règne d'un bout à l'autre de lancienne Gaule (A** 531).

») Gregor. III, 18.

*) Vita S, Clodoaldi, 7 septembre : texte du xi« siècle, partant sans "valeur historique.

'} Marius (A» 534).

*) Greg. Tur. IJI, 10. Prpcope, B. Goth. I, 13. Isidore, Hisioria Gothorum. Ed. Momrasen, p. 283.

g ÏI. — THEODERIC LE GRAND ET LES NATIONS GOTHIQUES. (47&^S34 après J.-G.)

Textes latins : les Chrontca minora de Cassiodore^deMarcellin^de l'anonyme dit Valesiantis (Ed. Mommsen^AactorasAntiq.vol. IX). —Victor Vitensis, De persecutione Vandalica(\b, vol. III). — Jordanis, Getiea (ib. vol. X). — Eugippe, Vifa Severini (ib. vol, I). — Ennodias, Opéra (ib. vol. VII). — Paul Warn«frie<l, HUtoria romana (ib. vol. II). — Textes Grecs : Frocope, Opéra (dans le CSorpiui hlst. Bysa&t).

Travaux modernes : Dahn, Koenige^voi, I (Vandales), vol. II (Ost-Goths), vol. V (Visigoths). — Du Roare, Théodoric le Grand, Paris 1846. — Naadet, Histoire de la monarchie des Goths en Italie. Paris, 1811. — Sartorius. Die Repierung der Ost-Gothen in Italien. Hamboarg, 1811. — Hodipkins, Italy and her Invaders, Londres, 1892. 3 vol. — Troya, Storia d'Italia nel medio evo. vol. II Erali e Gothi (476-555). 3 parties. Naples 1844 50. — Manso. Geschichte des Ostgothiscken Reichs in Italien. Breslau, 1824.

Les mercenaires d'Odoacre en Italie.

Lorsqu'Odoacre, assisté de ses mercenaires, dépouilla de la pourpre le dernier César d*Occident, rien ne montre qu il songeait à renverser Tempire romain. Obtenir, pour ses mercenaires, des terres en Italie et, pour lui-même, le commandement militaire suprême, semble avoir été toute son ambition. Il entra même en négociation sur ce sujet avec Zenon lempereur d'Orient, et, en attendant, il s'abstint de prendre le titre de roi et de faire battre monnaie à son effigie ^ Mais lempereur^Zénon le traita comme usurpateur et ne voulut entretenir aucune relation avec lui. Odoacre chercha alors à s affermir ea Italie par des alliances avec les princes barbares, ses voisins, avec Euric, roi des Visigoths* avec Oaiseric, roi des Vandales, qui consentit même à lui laisser la Sicile, moyennant un tribut annuel ^. Il fit aussi une expédition heureuse dans le Norique contre les Rugiens, et en les forçant à^^reconnaitre son autorité, il étendit sa frontière jusqu'au Danube. Fava, le roi des Rugiens» fut tué (A^ 487). Son fils Frédéric se réfugia chee-

1) Cassiodore, Ghronicon (K? 477). Il en résulte que les monnaies portant FLODOVAC (Flavius Odoacer) sontjpostérieures à ta rupture avec l'empereur. S) Procope, B. Goth. ], 12. Jordanis c. 47. ^) Victor Vitenais c. 1. Procope, B. Vandal. I, 5.

THEODERIC LE GRAND. 99

les Ost-Goths en Pannonie*. Il y avait encore en Norique une nombreuse population de provinciaux romains, qui, sur Tinvitation d'Odoacre, abandonnèrent ce territoire dévasté et vinrent repeupler l'Italie*. Au dedans, Odoacre n*avait rien changé à Tadministration romaine. Les terres quil y distribua à ses mercenaires, remplacèrent les soldes de plus en plus élevées, dont la charge retombait sur les habitants. En somme, Tltalie commençait à respirer sous le règne de ce chef barbare, lorsque tout à coup ce repos fut troublé par une nouvelle invasion.

Les Ostgoths en Italie*.

Depuis la chute de lempîre des Huns (A* 454), les Ost- Gk)ths, établis en Pannonie, y vivaient sous leurs lois et leurs chefs particuliers, tout en reconnaissant la souveraineté de l'empereur d'Orient, dont relevait cette province. Trois frères se trouvaient à leur tête, Walamir, Widemir, Theodemir, tous trois issus de la dynastie nationale des Amales ^.

M Eogippe, VUa SeterinU 44.

-) Ennodias, Panegyricus, 6.

3) Jordanis, c. 52.

^) Lliistorien national des Goths, Jordanie, leur donne le nom de GèteSy A la suite des aateurs classiques, qui ont attribué A ce peuple germanique le nom de la tribu thrace des Qètes, qui, chez les Orecs, sont un seul et même peuple que les Daces des Romains (supra^ p. 29). Il n'y a rien de commun entre les Gètes-Daces et les Gôtes-Goths, sinon de s'être succédé dans la grande plaine du Danube inférieur, d'où provient cette confusion.

*) Voici la succession de ces Amales depuis Hermanric (supra, p. 57).

Achiulf

Hermanric (f 378)

Wudulf

Honimund (390)

Winithur

Wandalar

Theodemir (f 475),

avec

deux frères

Theoderic le Grand (f

malafriede (f 530)

AmalasTinthe (526-534) = Eutharic

Th -539)

eodat (534-536)

Athalaric (526-534)

Matasvinthe == Vitigés (536

Des hostilités ne tardèrent pas à éclater entre eux et la couf impériale (A° 460). La guerre, qui dura trois ans, finit par un traité (A** 463), par lequel l'empereur Léon I*' consentit à payer tribut aux barbares. En retour, comme gage de leur fidélité, le fils de Theodemir, Theoderic fut envoyé à la cour de Constantinople, où il fut élevé. Il n'avait que sept ans; il y demeura jusqu'à sa dix- huitième année (A*^ 471), s initiant à tous les progrès de la civilisation romaine. Cependant son oncle Walamir périt dans une guerre avec les barbares ses voisins. Widemir quitta TOrient pour tenter fortune en Italie et en Gaule, où les restes de son armée allèrent se joindre aux Visigoths (A** 473). Theodemir était donc seul chef des Ost-Goths, lorsqu'il mourut; et Theoderic fut reconnu sans peine comme son successeur par la nation entière (A^ 474)*.

A Constantinople, Theoderic avait noué des relations d amitié avec l'empereur Zenon. Lorsque celui-ci fut renversé par un usurpateur, Theoderic l'aida à remonter sur le trône et fut investi en récompense du commandement des armées de l'empire*. Mais des intrigues de cour et l'inconstance de Zenon amenèrent bientôt des mésintelligences entre celui-ci et Theoderic; la guerre éclata et Constantinople même fut menacé. Enfin un traité fut conclu par lequel l'empereur cédait au chef barbare tous les droits qu'il prétendait avoir sur l'Italie depuis la déposition d'Augustule, et Theoderic en retour s'engageait à évacuer, avec tout son peuple, les provinces de l'empire d'Orient (A° 488)^.

Toute la nation des Ost-Goths se mit en marche vers l'Italie; les guerriers, menant avec eux leurs familles montées dans des chariots, suivirent quelque temps le Danube, se frayèrent ensuite par le fer un passage à travers

0 Dans Theoderic^ la première syUabe doit se prononcer, selon les dialectes (voir p, 17) soit Thîderic (d'où Diedrich, Thierry) soit Theuderic {BwSgptfgoç Procope, Theudericus Grégoire de Tours), jamais Tféodoric, comme on le fait par une assimilation erronée au nom classique de Théodore.

') Jordaiii, c. 57.

3) Procope, B. Goth. I, 1. Jordanis, c. 57.

THEOUERIC LE GRAND. 101

le pays des Gépides et prenant par les Alpes Juliennes, ils arrivèrent sur les bords de l'Adriatique, au milieu de l'hiver, non sans avoir perdu beaucoup de monde. Comme ils manquaient de vaisseaux, ils durent contourner le golfe et pénétrèrent jusque Aquilée. Odoacre leur opposa une résistance vigoureuse ; mais il fut battu une première fois près d'Isonzo, une seconde fois près de Vérone*; de plus la trahison se mit dans son armée; un de ses généraux Fufa passa du côté de Theoderic. Odoacre fut obligé de se renfermer dans Ravenne (A° 489).

Mais Tannée suivante, la fortune tourna contre Theoderic. Il fut abandonné par le même traftre Fufa*, qui entraîna dans sa défection Frédéric, le prince rugien, dont il a été question plus haut ; ayant de plus perdu beaucoup de monde par les maladies, Theoderic fut obligé à son tour de se renfermer dans Pavie. Il était perdu sans les Visigoths, qui vinrent renforcer son armée épuisée^. Theoderic remporta alors sur TAdda une troisième victoire (A** 490) sur Odoacre, qui, de nouveau, dut se réfugier à Ravenne, où il tint encore trois ans. Mais la conquête de Tltalie était achevée; l'armée d'Odoacre était anéantie. Quant aux indidigènes, ils changèrent de maître sans résistance. La Sicile fut livrée à son tour à Theoderic par le gouverneur de nie, Cassiodore, père de l'historien. Enfin Theoderic, avec le concours de la flotte dont il s'empara dans le port de Rimini, parvint à bloquer Ravenne des deux côtés et força Odoacre à capituler (A** 493)*. Malgré son serment de lui laisser la vie, Theoderic, quelque temps après, invita

^) Castiodore, Varia, I d^* 18. EDOodius, ib, 8. Jordanie, c. 57. Paoli. Bùtoria, XV.

>) Ennodius, Yita Epiphanii, 111.

3) V&lesianus c. 53. Ennodius, PanegyrictAS,\Q. Il est aussi question d'une intervention des Burgondes en Italie, soit pour Odoacre, soit contre lui, soit uniquement pour piller. Sur ce point obscur, cf. Binding, Burgundisch- Bomanische Reich. p. 103, note.

*) Sur la capitulation d*Odoacre, fragment inédit de Jean d*Antiocbe, dans le Hermès de Berlin vol VI, p. 332.

son rival à un festin et le tua de sa main ^ . C'est ainsi que les Goths sont devenus maîtres de l'Italie.

La domination de Theoderic ne tarda pas à s'étendre au delà des Alpes, et tout d'abord dans les anciennes provinces romaines entre les Alpes et le Danube. Les Gépides, qui s'étaient emparés de Sirmium sur la Save, furent forcés de lui livrer cette place*. Le jeune chef des Hérules se plaça volontairement sous son patronage, par une sorte d'adoption, en recevant de ses mains les premières armes ^. Les Vandales furent obligés de renoncer à leurs expéditions maritimes par les mesures prises par Theoderic pour la sécurité des côtes de l'Italie. Mais la politique de Theoderic le Grand fut avant tout pacifique : il chercha à consolider sa dynastie par des alliances plutôt que par les armes. C'est ainsi qu'il s'unit par des liens de famille à la plupart des souverains germaniques de l'Occident^. Il donna en mariage au roi des Vandales Trasamund sa sœur Amalafriede*. Celle-ci avait d'un premier mariage une fille, Amalaberge, qui épousa Hermanfried, roi des Thuringiens®. Theoderic lui-môme épousa en secondes noces Audeflède, une sœur de Clovis^. Des deux filles qu'il avait d'un premier mariage, l'une, Theudigothe, épousa le roi des Visigoths, Alaric II; l'autre, Ostrogothe, fut donnée en mariage au futur roi des Burgondes, Sîgismond®. Toutefois ces alliances l'obligèrent à

^) Procope, t6. 1, l.Valesianus, 55. — Âgnellus, Vitae pontif.Ravennatensium c. 40 (dans la série in-4<* de Pertz. Scriptorbs Rkrum italicarum).

<) Jordanie, c. 58. Ennodius 12 : 1-4.

•) Castiodore, Varia. IV no 2.

*) Sa politique pacifique est résumée par son ministre en ces termes, Cassiodore, Varia, [ n® 1 : <* Omni quippe regno desiderabilis débet esse tranquiilitas in qua et populi proficiunt et utiiitas gentium custodiator. • Sur ses alliances de famille, ib. III n^* 4 : • Adeo inter reges affinitatis jura divina coalescere voluerunt ut per eorum placabilem animum proveniet quios optata populorum ■.

') Procope, B, Goth. I, 12. Ennodius, 13. Jordanes, 58. Cassiodore, Epist. IV n» 1.

») Cassiodore, Varia VIIÏ n» 10. Procope, ib. I, 84.

'; Gregor. Tur. lïU 31.

^) Jordanie, 58. Ennodius, \ita Epiphanii,

theodëric lb grand. 103

intervenir à diverses reprises dans les querelles de ces MQverains. La guerre entre les Visigoths et les Francs lui fournit Toccasion d'étendre sa protection chez les Visigoths sur son petit-fils Amalaric. Son général Ibbas, on Fa vu, arrêta les Francs devant Arles et débarrassa le jeune roi <les Visigoths d'un compétiteur Qaiselic (A® 510)*. Theodëric prit, au nom de son petit-fils, la régence du royaume des Visigoths, qu*il fit exercer par Theudes, un autre de ses généraux (A** 510-526)*. Theodëric en profita pour joindre à ses États une partie de la Provence jusqu'au Rhône. -Quelques années, il tira un nouveau proât des embarras des Burgondes aux prises avec les fils de Clovis pour leur enlever un territoire au nord de la Durance (A** 523)'. Theodëric devint ainsi, après la mort de Clovis, le souverain ie plus puissant de l'Occident. Quant à l'empire d*Orient, malgré la tension de leurs relations, Theodëric ne cessa daffecter des sentiments de respect filial vis-à-vis de l'Empereur, auquel il prodiguait dans sa correspondance les titres 4e Père et de Seigneur^.

Theodëric mérita le surnom de Grand que l'histoire lui a donné, plutôt comme organisateur de son royaume que comme conquérant. Les Goths se contentèrent de ce tiers des terres, qui avait été précédemment donné aux soldats d'Odoacre ; les serfs ou colons attachés au sol ne firent que <îhaQger de maîtres'. Les autres habitants conservèrent la pleine jouissance de leurs biens et celle de leurs droits. La haute administration ne fut pas changée et resta entre les mains des Romains. Les villes gardèrent leur régime municipal^. Les Goths étaient soumis à des comtes de leur nation et jugés d'après leurs propres lois, en sorte que les deux populations restèrent d'abord séparées l'une de l'autre.

») Sopr», p. 92.

*; Procope I, 12.

^) Sapra, p. 96.

*) Epistolai Thbodoricianab, passim, dans Cassiodore.

*) Proeopa, De beU. Qoth. I, 1. Cassiodora Varia, l, 18. II, 16.

^) SaTÏgny, Hist. du droit rom. t. I. ch. 5.

quant à radministration et à la juridiction*. Un changement fut cependant introduit dans la législation par la publication d'un édit, appelé Edictum Theoderici et tiré entièrement du droit romain. Il fut déclaré applicable aux Goths comme aux Romains ; le droit criminel on forme la principale partie*. Mais les Romains furent exclus de l'armée; le droit de porter les armes fut exclusivement réservé aux Golhs. Ceux-ci étaient ou en garnison dans les grandes villes ou stationnés sur les frontières^. Ils continuaient à obéir eotout à Tautorité militaire du roi.

L'agriculture, Tindustrie et le commerce prirent un nouvel essor sous Theoderic, et l'Italie parvint à un haut degré d& prospérité. Le blé produit dans le pays put sufSre aux: besoins de ses habitants, lesquels ne pouvaient plus compter sur les flottes chargées de grains qui arrivaient autrefois annuellement de la Sicile, de l'Afrique et de T Asie-Mineure. De grands travaux furent entrepris pour dessécher les marais voisins de Spolète ainsi que les marais Pontins^. Les chaussées romaines qui sillonnaient l'Italie furent rétablies, et facilitèrent les communications intérieures'. Mille petits

^) On trouvera les institutions delitaliegothique dans Manso p. 73-122 et l'appendice VHI, avec le tableau complet de ladministration du royaume; dansDahn, Kôniob, partie II I : Verfassung des Ostgotiichen Reichs, Wunr. bourg, 1866. La source principale sont les Varia de Cassiodore, surtout les livres VI-VII, qui ont conservé le formulaire officiel de la chancellerie royale ; le reste du recueil sont des Epistolae officielles aussi, écrites les unes (livre I-V) sous le régne de Theoderic, en qualité de secrétaire; les autres (livre VIII-XII), sou£ les successeurs de Theoderic, en qualité de préfet du prétoire. Edition de Mommsen dans les Auctores antiq. de Pertz, vol. XII.

<) S*il y avait un procès entre un Romain et un Qoth, le comte Goth s'associait un ou deux assesseurs romains et ils jugeaient ensemble. Cassio* dore, VII n« 3.

8) Savigny, Hist. du droit rom. tom. II. ch. 11. Dahn, Kônigb, partie IV : DieEdicta der KK, Theoderich und Athalarich. Wurzbourg, 1866.

^) Ennodius, panegyric, 19. Cassiodore, Var. passim. Procope, de beîL Goth, passim.

5) Cassiodore, Var. II, 21, 32, 33. Une inscription trouvée à Terracin» prouve que les tentatives faites dans les marais Pontins ne furent pas sana succès. Manso, appendice XI.

6) Cassiodore, Var. V, 16, 17.

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navires appelés dromones, coureurs, stationnant dans les différents ports, étaient chargés de protéger le commerce sur la Méditerranée*. Les monuments de larchitecture à Rome étaient entretenus ; les écoles de droit, de médecine et de philosophie à Rome, Rayonne et Pavie eurent à se féliciter de la munificence du grand roi, qui orna ces deux dernières villes de palais magnifiques*. Les hommes les plus distingués du siècle affluèrent à sa cour. Cassiodore, aussi célèbre comme théologien et comme historien que comme administrateur, était le principal secrétaire de Theoderic'; Boèce et son beaupère Symmaque, qui l'un et l'autre comptent parmi les hommes les plus instruits de leur temps, étaient admis dans son intimité. Bien qu'il professât lui-même l'arianisme avec la majorité de son peuple, Theoderic laissa d'abord à TÉglise sa pleine et entière liberté. Denys le Petit, célèbre par sa collection des canons de l'Église et ses travaux chronologiques, et S. Benoît de Nursia, le premier fondateur de la vie monastique en Occident, vivaient à cette époque en* Italie.

Theoderic souilla cependant la fin de son règne par des actes violents et cruels. Voici quelle en fut la première occasion, Dans l'empire d'Orient, les sectes hérétiques s'étaient multipliées sous le règne de deux empereurs, Zenon et Anastase, qui leur avaient été favorables. Sous leur successeur Justin, éclata une réaction : cet empereur fit restituer aux catholiques ou fermer les églises des hérétiques*. Cette mesure qui atteignait également les Ariens, blessa Theoderic, leur coreligionnaire. 11 se constitua le chef et le protecteur des Ariens et envoya à Constantinople une ambassade pour intercéder en faveur de ceux-ci : le pape

i) Cissiodoro. Var, I, 21. II. 34. IH, 30. IV, 51.

«) Cassiodore. Yar. IV, n« 6. IX, n« 21.

') Sur Cassiodore, Mommsen, Osigotische Studien, dans le N. ârchiv, ^ol. XIV (1889); comme source, Anecdoton Hoîderi, éd. Usener. Leipzig,

^} Une coiTespondauce à ce sujet entre Justin et le pape Hormisdas s'est conserTée : voir vol. 33. du Corpus SS. Ecoles, latinorum. Edition deVienne.

lui-même, Jean !•% fut forcé de se mettre à la tête de cette députation (A* 524). Durant leur absence, un sénateur Romain Âlbinus fut accusé d'entretenir une correspondance secrète avec Justin. Le sénateur Boèce prit la défense de son collègue et protesta ouvertement contre les violences de Theoderic. Là dessus il fut arrêté avec d'autres membres du sénat et mis à mort sans jugements Symmaque, beau-père de Boèce, eut le même sort, et lorsque le pape revint de Constantinople, il fut chargé de chaînes et jeté en prison à Ravenne, où il mourut bientôt après (A*'525)*. Enfin, pour combler la mesure, Theoderic préparait un édit qui enlevait aux catholiques toutes leurs églises, lorsque la mort le surprit (A*» 526)3.

La régence d*ÂmaIasvinthe.

La puissance des Ost-Goths commença aussitôt à décliner. Theoderic ne laissait, de ses filles, que des petits-fils : Tun de ceux-ci, Amalric monta sur le trône qui lui revenait chez les Visigoths, qui reprirent ainsi leur indépendance. Les Burgondes reprirent possession des terres cédées autrefois entre les Alpes et le Rhône ^ ; les contrées entre les Alpes et le Danube se déclarèrent indépendantes, en sorte que Théritage de Theoderic fut réduit à l'Italie, avec l'Illyrie et la Sicile. Theoderic avait fait reconnaître pour son successeur en Italie, lautre de ses petits-fils Athalaric, sous la tutelle de sa fille Amalasvinthe*, qui avait épousé un parent éloigné, issu prétenduement des Amales^. Cette princesse se

M Le VaUsianuSy 85. Boethiut, De consolatione I, 4.

<) VaUsianus, 87. Mai-cellin (K9 425). Vita Johannis I dans le Libbr PONTiFiOALis. Ed Duchesne. l^^vol. Paris, 1886.

9) Valesianus, 95. Procope, B, Oolh, I, 1. Ce projet d'édit est sujet à caution. Pfeilschifcer, Theoderic der Grosse und die katholische Kirehe. Munster, 1896,

^) Caaaiodore Varu XI, n^ 1.

«) ib. VIII n» 2-7.

'} Cette descendance, teUe que Jordanis o. 14, la donne, est, en effet, euspeete.

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hâta de se réconcilier avec la cour de Constantiiiople. Elle sattacha à faire oublier les derniers torts de son père, en rendant aux enfants de Boèce et de Symmaque leurs biens confisqués. Elle fit plus : elle confia exclusivement à des maiti*es romains Téducation du jeune Athalaric et s'entoura elle-même de conseillers romains. Cette préférence excita la jalousie de ses sujets goths. Elle fut forcée d abandonner à ceux-ci la direction de l'héritier du trône, qui, à partir de ce moment, se laissa entraîner par des compagnons corrompus à tous les désordres, à ce point qu'il mourut à la fleur de lage*, victime de ses excès. Amalasvinthe conserva néanmoins le pouvoir en y associant son cousin Theodat^, fils d'Âmalafriede, cette sœur de Theoderic le Grand. Mais Theodat la trahit; il commença par éloigner peu à peu des affaires, et la fit assassiner au moment où elle venait de se mettre sous la protection de Justinien^. Cet empereur, qui achevait de reprendre l'Afrique sur les Vandales, n'attendait qu'un prétexte pour attaquer les Goths en Italie : ce fut le signal de la grande guerre gothique, qui devait se terminer par la chute du royaume de Theoderic le Grand (A** 534).

Le royaume des Vandales à l^époque de Theoderic le Grand.

A la différence des Ost-Goths de Theoderic, les Vandales avaient traité les provinciaux romains en vaincus. Non seulement, ils s'étaient partagé les meilleures terres (sortes Vandalorumy, situées dans l'Afrique proconsulaire, à portée de la capitale. Mais encore dans les provinces plus éloignées, le roi s'était attribué le haut domaine sur toutes les terres laissées aux anciens possesseurs romains, et il en profitait pour les accabler de charges de toute espèce. Les anciens habitants sans doute ne furent pas réduits en servitude : mais les uns, ruinés, étaient condamnés à se mettre au service des barbares. Quant aux autres, plus ils étaient

'] CaMiodore, ib. X. n'' 1.

') Fragment d'un panégyrique de TKeodcU. Bibl. E. Chartes, 1862, p. 139. <( Hennèn de Berlin VU (1873). p. 377. 3} Proeope. B. Goth. I, 4. Jordanis, Getica, 59. ^) Voir VEdidum de Euneric A« 484 (dans Victor Vitensis IV. 2).

riches, plus ils étaient exposés aux confiscations ou aux vexations les plus arbitraires*. Les habitants des villes, qui continuèrent à se livrer au négoce, se virent imposer également des taxes élevées. Mais ce qui portait au comble la haine des vaincus contre les vainqueurs, c'était lopposition des croyances religieuses. Les Vandales étaient ariens, à leur arrivée en Afrique*. Maîtres du pays, ils crurent pouvoir extirper la foi orthodoxe; il y eut une véritable persécution contre les catholiques.dont les églises furent données aux Ariens, et dont les pasteurs furent ou bannis ou même exécutés. Telle avait été la situation de TÉglise durant tout le règne de Gaiselic, qui ne lui laissa de relâche qu*à la fin de sa vie, lorsqu'il conclut la paix avec l'empereur d'Orient, Zenon'. Gaiselic mourut un an après la chute de l'empire d'Occident. Avant de mourir, il prit une mesure capitale, concernant la succession au trône : il établit la règle du séniorat^ qui réservait la couronne au plus âgé des parents du souverain décédé et non pas à son parent le plus proche. Il espérait assurer ainsi la stabilité de sa dynastie*, en prévenant les inconvénients des minorités, mais il ouvrait par

^) L*édit de Huneric, cité^ reconnaît plusieurs ordres parmi les Romains, puisque les amendes j sont proportionnées (pro gradibus).

*) Gaiseric aurait été catholique d'abord, d après Idace (A^ 423), • ut aliguorum relatio hahet, »

«i Procope, B, VandaL l, 7.

^) Dynastie des rois Vandales (Asdingen) :

Godegisel (t 406)

Gundeiic I. Gaiseric.

Genzo II. Huneric

mourut avant son père 477-486.

I » Eudoxie

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