‹ Histoire du moyen âgeChapitre 37 sur 114 · II. — PONTIFICAT DE S* GRÉGOIRE LE GRAND · texte numérisé non relu

II. — PONTIFICAT DE S* GRÉGOIRE LE GRAND

Textes anciens : Die àllesle Biographie Qregor's L par Ewald, 1886, (retrouvée dans un Codex Sangallensis), — Paul Diacre (?), Vita a. Gregoril L — Jean Diacre, Vita S, Gregorii Magni (d4A8 les Recueils des Acta SS. cités). — Grégoire de Tours (cité p. mk — Beda (cité p. 159 .

Travaux modernes ; Denys de Sainte Marthe, Histoire de S,Grégoirelc Grand. Rouen, 1697, in-4". — Lau, Gregor I der Grosse. Leipzig, 18 15. — Pingaud, La politique de St Grégoire le Grand. Paris, 1872.

St Grégoire appartenait à Tune des grandes maisons sénatoriales de Rome, maison illustre par ses alliances, non

^) l^atricit, Con/eM/o : • unde autem Hiberiones qui nunquam notitiam Del habuerunt nisi idola, quomodo facta est plebs Domini ? »

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moins illustre par ses traditions de foi et de piété*. Déjà ses aïeux avaient donné à l'Eglise romaine plus d'un ministre et même un pape, Félix III. D'un esprit vif et plein d'ardeur pour les sciences humaines, Grégoire se destinait à la magistrature. L'empereur Justin II lui confia la haute charge de préteur urbain à Rome (A* 573)*. Mais il ne tarda pas à renoncer aux honneurs du monde, à lexemple de ses parents, pour entrer dans un monastère, celui de St-André, qu il fonda de ses deniers auprès de la maison paternelle (A° 575)^. Quelque chère que lui fût cette retraite, il ne s'en montra pas moins toujours prêt à la quitter, dès que le service Dieu l'appellerait à d'autres devoirs*. Passant un jour au forum où se vendaient les esclaves, il fut touché par la beauté et Tair de candeur de quelques jeunes captifs étrangers. Ayant appris d'eux qu'ils étaient des Angles de la Grande-Bretagne, et que leur patrie était encore plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie, il les racheta et demanda au pape, — c'était Benoît V\ — la permission d'aller porter l'Évangile dans cette contrée lointaine. Il partit; mais telle

*) loscriptiooa du temps concernant les parents de S. Grégoire à Rome dans Reumont, Geschichte Roms t. Il, p. 1180.

•) RegUlrum IV, n° 2 (Jaffé n® 1274) : « inter quos ego quoque tune urba- Dam praeturam gerens pariter subscripsi. »

^) Sur le monastère de St André, Reumont, ib. p. 158. — Voir la pagina donationis de Grégoire diacre, datée du 28 déc. 587 (Registrum, Appendix DO i). Il dit lui même en parlant de son monastère : « in eo monachicum habitnm sumpsi « Registrum I n° 14 a, Jaflfô n° 1082.

*) « Hic de senatoribus primis, ab adolescentia devotus Deo, in rébus pro' priis... monaateria instituit... septimus hevita ad adjutorium papae adsciscitur. Tantaque ei abstinencia in cibis, \igilancia in orationibus, strenuitas in jejoniis erat ut. infirmato stomacbo, vix consistere possit. Litteris grammaticis, dialecticisque ac rhetoricis ita est institutus ut nuUi in Lrbe ipsa putaretur esse secundus «* (Gregor. Turon. X, 1). Ces lignes de Grégoire de Toars c^" 594) sont d*autant plus précieuses qu*elles ont été écrites encore du vÎTant de S. Grégoire le Grand, qui ne venait que d'arriver au pontificat, et partant exemptes de cette exagération oratoire habituelle aux éloges postbames. Quant aux biographes proprement dits de ce pape, écrivant deux siècles après lui, ils sont sujets à caution. Dans le Liber pontipicalis, sa VOa est d*une concision décevante. Heureusement les Ecrits de S. Grégoire, et surtont ses Epistoiae fournissent à riiistorien moderne d'abondants matériaux. Voir note 1 de la poge 180.

Î78 iàistômE du moyen aqé.

était déjà sa popularité que le peuple de la ville contraignit le pape à le rappeler. Benoît I", pour s'assurer ses services, le nomma alors Tun des sept diacres régionnaires * de rÉglise romaine (A® 577). Le pape suivant. Pelage II, l'envoya comme apocrisiaire à la cour de Constantinople, chargé entre autres de réclamer le secours de l'empereur Tibère contre les Langobards (A*^ 580)*. Grégoire se concilia la bienveillance de cette cour et s'y lia avec plusieurs des personnages les plus distingués. Le successeur de Tibère, Maurice, le tenait en tel estime qu'il le choisit comme parrain de l'un de ses fils^. Mais ces honneurs ne diminuèrent en rien son goût pour la vie monastique. Rappelé à Rome, il rentra dans son monastère, dont il fut élu abbé (A*" 584)*. Le pape Pelage n'en continua pas moins à recourir aux conseils de Grégoire, et plusieurs de ses lettres sont l'œuvrô de celui-ci'.

A la mort de Pelage II, tous les suffrages du clergé et du peuple se réunirent pour lui donner comme successeur le diacre Grégoire, qui essaya en vain de se dérober à cette élection par la fuite. Il ne fut pas plus heureux en s'adressant à l'empereur, demeuré un ami, pour le détourner d'y donner sa confirmation. Il fut ramené à Rome presque de force et, sur l'ordre de l'empereur, il dut se soumettre à l'ordination, non sans un tremblement assez justifié^.

^} Sur ce clergé régionnaire, antérieur aux paroisses et premier noyau du collôgo des cardinaux, Reumont, ib, t. I p. 425; p. 543. On a un document de S. Grégoire I*' lui-même sur ces sept régions dans sa l^^ allocution aux Romains (reproduite par Grégoire de Tours X, 1), où le pape organise ses grandes litanies ou prières publiques contre la peste, À la quelle se rattache la légende du Château dit St-Ange.

S) Lettre de Pelage II à Grégoire, 4 oct. 584 (Registrum, Appendice n° H).

^) « Mauricium cujus filium ex lavacro sancto [Gregorius] susciperat « Greg. Turon. ib.

^} Mabillon, De viiamonastica S.Gregorii / dissertatio. Paris, 1676, in-4°.

^) Paul Warnefried Bi^t. Langob, III; 20, lui attribue entre autres la lettre de Pelage 11 sur la question des trois chapitres, • quam beatus Gregorius, cum esset adhuc diaconus, conscripsit. • (Registrum, Appendix n^lll).

^) Ces détails sont de première main, recueillis encore par Grégoire de Tours (ib,)^ qui cite ici aa source, un témoin oculaire, revenu A Tours de Rome,

Qu'on se représente la situatioD : TOccident était devenu étranger à Rome; sur ses cités saccagées et ses églises détruites, campaient des nations nouvelles, hostiles pour la plupart à la foi catholique. En Bretagne, sur les bords du Rhin et du Danube, le christianisme avait été extirpé ; en Espagne, en Italie, des princes ariens persécutaient leurs sujets orthodoxes ^ La ville même de Rome tombait eu ruine, et une peste terrible achevait de la dépeupler tandis que les Langobards, assiégeant les portes, guettaient loccasion d*y pénétrer*. Le désordre était universel et arrivé à un tel degré que Ion croyait toucher à la fin des temps.

Lhomme qui était appelé à faire face à tant de difficultés, était chétif de santé, usé avant Tâge par les austérités du cloître' et partageant au fond le découragement qui régnait autour de lui, et dont on retrouve un écho mélancolique dans ses Homélies^. C'est au milieu de ces circonstances difficiles que s'ouvrait le pontificat du premier des grands papes du moyen âge.

Ce qui distingue la papauté sous S. Grégoire le Grand, c'est l'universalité de son action : depuis les frontières de rÉcosse jusque dans les déserts de l'Afrique, et de l'Atlantique aux rives de l'Indus, rien de ce qui peut intéresser l'Église, n'échappe à sa vigilance; et en même temps, il descend aux moindres détails de l'administration des domaines que l'Église de Rome possédait dès lors, en Italie ainsi qu'en

^) Registmm Vn®37 : « Cuncta in Europae partibus barbaroram jari sunt tndita; destruetae urbei; eversa castra; depopulatae provinciae; nullas terrain cnltor inhabitat; saeyiant et domioantur cotidie in nece fideUum caltorttB idolonim. •» JafiTé, n^* 1360.

*) Ib. ni n<^29 : • in nobis ipsis paacissimis qui ad modicum reUcti sumus, CQin snpemae percassioniB cladibua, humanus gladius incessanter saevit. » Jaffé, n<* 1233. — > Ib. YI n^ 5S : « Qaanta nos a Langobardorum gladiis in cotidiana nostronim civiam depraedatione vel detmncatione atqae interitu paUmar, narrare recasarous. •• Jaffé, n® 1442.

') Voir Orégoire de Tours (supra, note p. 177), et Grégoire le Grand, lui* loême, qui dans ses EpUtolae (passim), se plaint souvent de sa santéé

*) Voir ses Homélieê sur EzechUl^ IT, 6 et pnFsîm.

Sicile. Sa vaste correspondance, qui nous est conservée, reste un monument durable de cette fiévreuse activité*.

Le premier service que Grégoire le Grand rendit à TEglise, ce fut d y mettre fin aux divisions funestes produites par les dernières controverses dogmatiques, en même temps que de rétablir la discipline qui s était relâchée dans le clergé. Il s attaqua d*abordau schisme d'Aquilée*, et s il n'obtint pas ici un succès complet, il parvint néanmoins à ramener plusieurs évêques schismatiques^. Il réussit mieux dans sa résistance aux mouvements des Donatistes en Afrique, et il arrêta les progrès de cette hérésie, encore qu'il trouva peu d'appui chez les évêques de cette province*. En Gaule, Grégoire le Grand apporta une sollicitude spéciale à extirper le vice de la simonie qui s'était glissé dans les rangs du clergé franc. Dans des lettres nombreuses aux souverains et aux prélats francs, il les exhorte à réunir des synodes pour rendre à la discipline ecclésiastique sa première vigueur. Ces exhortations étant demeurées sans effet, il envoya en Gaule Cyriaque, abbé de son monastère de St-André, porteur de nouvelles lettres pour les personnages les plus importants des royaumes francs et chargé dy assembler un synode à cet effet^. Cette mission remplie, Cyriaque reçut Tordre de passer chez les Visigoths d'Espagne, où il assembla également les évêques

^) Cette correspondance est, en môme temps, le plus ancien monument de la diplomatique pontificale. Ces 844 lettres classées en XIV livres répondant aux 14 années de ce pontificat, reproduisaient le Registrum officiel conservé au scrinium ou archives pontificales. Bresslau, Urkundenlehre I, p. 94. Ewald, N. Archiv. III p. 433. Sur lautbenticité de certaines lettres contestées, cf. Mommsen, ib. vol. XVII, p. 189. Dernière édition, Gregorii 1 Registrum epistolarum dans les Honumenta de Pertz, section des Epistolab vol. I H. Hanovre, 1891-95. Le grand mérite de cette édition, c*est d'avoir fixé plus exactement la chronologie de ces lettres. Mais Tédition des Bénédictins au tome II des Opéra S. Gregorii Magni Paris 1705, reste utile par ses notes précieuses donnant un commentaire dont le texte a besoin.

«) Supra, p. 138.

8) Registrum I n» 16, 11 n» 49, VI n» 36, 45.

*) Ib. 1 n» 59, 73, 73, 82, Il n« 46, lll n° 47-48, IV n» 7, 34, 35. V n° 3, VI n« 34, 39, Vill n*» 13, 15.

5) Voir § VI infra.

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