ST GRÉGOIRE LB GRAND
dans le synode de Barcelone', Pendant, que le pape travaillait ainsi à la réforme du clergé en Occident, il ne perdait pas de vue les églises d*Orient ; il s*opposa avec énergie à l'usurpation du patriarche de Constantinople, Jean le Jeûneur, qui 8 était arrogé le titre à!évéque œcuménique, c est-à-dire universel, s*élevant par là au-dessus des autres patriarches^; et pour lui donner en même temps une leçon d^humilité, le pape adopta pour lui-même la formule désormais consacrée dans la chancellerie pontificale : Episcopus, Set^us Servorum DeiK
Les relations de S. Grégoire le Grand avec les empereurs d'Orient donnèrent lieu à des conflits non moins délicats. Tandis qu'il s'efforçait de maintenir la paix entre les Romains et les Langobards, qu'il achetait sur les trésors de rÉglise* la retraite du roi Agilolf, qui bloquait la ville de Rome {SOe-ôQS)"*, il était obligé de défendre les habitants des provinces romaines contre les exactions du gouvernement impérial*. Bien qu'ami personnel de l'empereur Maurice, il revendiqua contre lui la liberté des vocations ecclésiastiques, violée par un édit de ce prince qui interdisait la vie monastique à tous ses oflScîers militaires ou civils^. Et quand Maurice fut renversé par l'usurpateur Phocas, il eut pour ce tyran tous les ménagements compatibles avec la dignité pontificale^.
M Registrum IX n« 230.
«) Ib. Vn^37, 39, 41,44, 45.
') Giry, Diplomatique, p. 667.
*) C*e8t dans ce sens qu'il allait jusqu^à dire qu'il subsidiait, lui, Tarmce iangobarde, tandis que Teropereur fesait les frais de Tannée romaine : Registrum V n® 39 : «• Viginti autem jam et septem annos in bac urbe in Langobardorum gladios vivimus. Sed breviter indice quia.sicut in Ravennae partibus Dominorum pietas apud primum exercitum Italiae sacellarium babet... ita et in bac urbe ex causis talibus eorum (se, Langobardorum) aacellarius ego sum. •
») Registrum V n® 34, 36; IX n» 66, 67.
*)/6. Vn<»39. Xn*51.
T Ib. m, n»6l,64.
^) On a reproché an pape Grégoire ses lettres, trop élogieuses en effet (Registrum XIII n° 34, 41, 42), adressées & ce Phocas, usurpateur et meur-
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Mais le plus beau titre de gloire de ce pontificat, ce fut la conversion des nations payennes de la Grande-Bretagne, dont StGrégoiren avait cessé de se préoccuper après avoir renoncé à y porter l'Évangile en personne*. Plus près de Rome, il y avait encore dans Tile de Sardaigne une population payenne, connue sous le nom de Barbariciens, qui, grâce à ses efforts, embrassa le christianisme' . Chez les Langobards, secondé par leur pieuse reine Theodelinde, il commença l'œuvre de leur conversion, en gagnant à des sentiments plus orthodoxes leur roi arien, Agilolf». S. Grégoire ne fut pas non plus étranger à la conversion des Visigoths en Espagne, à laquelle travaillait son ami, Tévêque Léandre de Séville^ C'est ainsi que S. Grégoire fut pendant toute sa vie l'esprit vivifiant et comme l'âme de l'Église universelle.
Au milieu de ses nombreuses occupations, S. Grégoire trouvait encore le temps de publier une collection d'écrits théologiques, des dialogues sur les vies des wSaints dltalie, dont le second livre est entièrement consacré à S. Benoît; un commentaire du livre de Job; des homélies sur le prophète Ezéchiel et sur les Évangiles, et une Régula pasioralis^ son chef dœuvre, sur le ministère ecclésiastique. En mémo temps, par son Sacra mentaire et son Antiphonaire, il fixa
trier de son ami Maurice. Pour s'expliquer cotte défaillance, unique dans uno vie si remplie, il faut replacer le pape parmi les Romains de son temps, doi ( il partageait les illusions et les préjugés, et auxquels le principe de la lég • timité dynastique avait toujours été étranger. Le culte que les Komaii > professaient pour la personne de l'empereur régnant, quelle que fût son origin^. ne leur paraissait pas incompatible avec la liberté républicaine telle qu'i!^ Tentendaient. C'est dans ces sentiments républicains que S. Grégoire écrivat au môme Phocas : « Hoc enim inter reges gentium et imperatores Reipublics'^ distat : quia reges gentium domini servorum sunt, imperatores vero Reipublicae domini liberorum. » Il subsiste A Rome un monum3nt,qui témoigne des illusions des Romains à Tégard de Phocas, c est la colonne érigée & ce tyran :
• PRO . INNUMBRABILIBUS . PIBTATIS . BJU8 | BRNKPICIIS . ET . PRO . QUimK I PROCURATA . ITAL . AC . C0.N8BRVATA . LIBBHTATK « Roumont, GcSChlChU
RonCsW^, 1221.
M Voir plus loin § III.
5) lUgistrum IV n» 23-27; XI n» 12.
«) Voir § V.
^) Voir § IV,