ST GRÉGOIRE LE GRAND
le rite et les cérémonies en usage depuis lors dans TÉglise latine. La tradition lui fait honneur du beau chant de TÉglise latine, qui s*est propagé dans toutes les cathédrales de rOccident sous le nom de chant grégorien^. Ce qui est certain, c'est qu il érigea et dota la corporation des chantres (sckola canlorum)^, qui se partageait le service des basiliques de Rome. En mémoire de son zèle pour la formation des jeunes chantres^, les écoliers de Rome, après sa mort, ont choisi son anniversaire pour en faire la fête des écoles*. Ce pontificat si rempli avait duré à peine quatorze ans. La postérité reconnaissante a décerné au pape Grégoire P'' le titre de Grand. Ses vertus lont placé au nombre des saints'.
§ m. — LA CONVERSION DES ANGLO-SAXONS.
Textes latins : Beda, HUtoria ecclesiastica gentis Anglorum (cité p. 159). — ViTAE Sti Augvatini (26 Mai), Sti Laurentii (2 février), Sti Melliûi (24 avril), Sûi Paidini (10 octobre).
Tkavaux modernes : Montalembert, Conversion de V Angleterre par les Moines (vol. III-V des Moines d^ Occident). — Lingard, History of the
^) On ne rencontre aucune allusion à cette réforme du chant romain ni dans la correspondance de S. Grégoire, ni dans aucun écrivain contemporain. De là une controverse intéressante qui s*est élevée, au sujet de la paternité du chant grégorien, entre M. Gevaert (Les Origines du chant liturgique de t Église latine, Oand 1890) et dom Germain Morin (Les véritables origines du chant grégorien. Maredsous, 1890). Le premier, partant d'études profondes sur l'évolution de la Mélopée antique dans le c?uint de V Église latine, retarde lachôvement du chant liturgique jusqu*au temps de Grégoire III (740), auquel ce chant devrait son nom Mais si ses arguments ont fortement ébranlé l'attribution traditionnelle, dom Morin combat avec un succès égal l'attribution nouvelle. La conclusion qui se dégage de cette controverse» c'est que le chant grégorien serait en réalité l'œuvre anonyme et collective de plusieurs générations. Ce qui lui aurait valu ce nom (dont la tradition remonte au vin* siècle), c'est que S. Grégoire fut le régulateur de la liturgie, dont le chant ecclésiastique fait partie intégrante.
*) D'après Jean Diacre, Vita S. Gregorii, II, 6.
') D'après une anecdote du même auteur ib.
*) Uu (cité), p. 245.
*) Sur la sépulture et l'épitaphe de S. Grégoire, Reumont, cité, II p. 1 180, p. 1220.
Anglo-saxon Church. Londrep, 18 J5, 2 vol. — Bright, Early English Church History, OxforJ. 18:8. — Hook (W.)i Lives of th£ Archbishops ofCanteràury- vol. l. Londres, 1860.
Los origines romaines de Ttglise d'Angleterre.
Dès son élévation au pontificat, S. Grégoire le Grand, qui avait tant à cœur la conversion de TAngleterre, prit les premières mesures à cet effet en faisant acheter en Gaule et élever dans la foi chrétienne déjeunes esclaves anglo-saxons*. Mais ses principaux auxiliaires, il les recruta dans son monastère de St- André : ce fut le moine Augustin, avec quarante autres prêtres romains', qui furent envoyés comme missionnaires chez un peuple redouté par la sauvagerie de ses mœurs, et dont ils ne comprenaient pas même la languc^ Arrivés en Gaule, ils furent si effrayés de ce qu'ils en apprirent qu'il fallut une nouvelle exhortation du pape pour les décider à poursuivre leur route*. Ils étaient porteurs de lettres nombreuses* adressées par le pape aux rois francs et aux chefs du clergé en Gaule, leur demandant leur appui et des interprètes^. Lorsqu'ils abordèrent enfin dans Tîle de Thanet, Ethelbert, alors Bretwalda et roi du Kent dont cette île dépendait, leur donna toute facilité de prêcher l'Evangile, grâce à la protection de la reine Bcrthe, qui était une princesse franque et catholique. Leur succès fut aussi considérable que rapide: à la Pentecôte de l'année suivante {A° 597), le roi lui-même reçut le baptême avec 10,000 de ses sujets. Le pape, transporté de joie à la nouvelle de ce triomphe, qu'il s'empressa de publier% nomma Augustin archevêque et primat d'Angleterre, et lui envoya un nouvel essaim de missionnaires, porteurs de lettres pour le roi et la reine® de
M Gregorii I Registrum VI n« 10 (A^ 595). «) Beda. I, 23.
3) 76. M gentem barbaram, feram, incredulamqiie, cujus ne liogusm quidem nossent. •*
*) Registrum VI n° 50 a (A« 596).
5) Ib, VI no 49-57.
") Beda, I, 25 : •♦ acceperunt de gcnte Francorum interprètes. •
7) Reg, VIII n» 29.
8; Ib. XI n« 35 et 37.