‹ Histoire du moyen âgeChapitre 40 sur 114 · ST GRÉGOIRE LE GRAND · texte numérisé non relu

ST GRÉGOIRE LE GRAND

Kent avec des présents et de nombreuses recommandations ^ S. Augustin fixa son siège à Cantorbéry, dans le royaume devenu le berceau de l'Église d'Angleterre, tandis que Londres, que le pape' lui avait désigné comme métropole, n'était pas dans ce royaume. Les Est- Saxons, dont Londres dépendait, ne se convertirent que quelques années plus tard, avec leur roi Sebert, un neveu d'Ethelbert(A^004). Londres par suite ne fut qu'un évéché, dont le moine romain Mellitus fut le premier titulaire : il y érigea deux monastères, St-Paul et St-Pierre (Westminster). Après ces premières conversions, Augustin, devenu archevêque, fut appelé à réformer la discipline parmi l'ancien clergé breton, soumis à sa juridiction. Mais ici il échoua. Il avait convoqué les évéques bretons à un synode pour obtenir leur concours dans la conversion de l'Angleterre. Mais aussitôt des dissidences éclatèrent sur certains points accessoires de discipline, tels que la fixation de la Pâque et le rite du baptême^. La dispute s' échauffant,

») Registrum XI n° 47-56 a.

«) Ib. XI, n« 39. cf. Jaffé, n* 2006. no 2020.

') Entre les moines romains et le clergé breton, il n*y avait aucune dissidence doctrinale : sinon Augustin ne leur aurait pas demandé de concourir à la conversion des Ânglo-Saxons à la foi romaine. Les dissidences celtiques ne portaient que sur trois points, nettement définis dans Tultimatum adressé aax Bretons par Augustin, à savoir : » 1<* observation du comput romain dans la fixation de la Pàque; — 2^ adoption du rit romain dans l'administration du baptême; — 3® concours des Bretons pour prêcher l'évangile aux Anglais, m Beda II, 2. Quant à la protestation de Tabbé de Bangor contre la saprématie papale (publiée par Spelman, Concilia Magnae Briianniae. Londres, 1737), non seulement la copie est moderne, comme Spelman )e reconnaît, mais c*est une imposture protestante, dont la fausseté est établie par Texamen du fond, — reconnue d'ailleurs par les derniers éditeurs, Haddans et Stubbs, Councils and eccl. Documents, Oxford, 1869, qui la reproduisent, mais en caractères microscopiques, uniquement « on account of his^notorieiy. «* Il j a plus : dans la querelle de la Pàque, la dissidence provenait uniquement de la trop grande fidélité des Bretons À l'ancien comput ronaio, le cjcle de 84 ans, corrigé à leur insu durant les invasions qai avaient suspendu toute relation entre les Bretons et Rome. L'origine romaine de ce cycle breton est démontrée déjà dans : (Van der Haegeu). Observatianes in Anonymi laterculum paschalem Amsterdam, 1733. Laathenticité de ce taterculus, mise en doute par Ideler, Chronologie II P* 275, a été définitivement établie par Rossi (p. 86 de ses Prolégomènes aux

les Bretons refusèrent de reconnaître Augustin comme archevêque et se retirèrent, inspirés uniquement par leur haine nationale contre les conquérants anglo-saxons. S. Augustin mourut peu après (A** 604), et eut encore un romain, Laurence, pour successeur sur le siège de Cantorbéry'.

Pourtant à lamortdu roi de Kent, Ethelbert(A^ 616), éclata une réaction payen ne. Son fils Eadbald était toujours pay en; de plus il épousa sa seconde femme, qui avait succédé à la reine Berthe, décédée trois ans auparavant (A"* 613). Son neveu Sebert étant mort la même année, les successeurs de celui-ci dans le royaume des Est- Saxons, entraînés dans cette réaction payenne, allèrent jusqu'à chasser le premier évêque de Londres, Mellitus, qui dut se réfugier à Cantorbéry. Le roi des Est-Angles, Redwald, qui succéda à Ethelbert dans la dignité de Bretwalda, après avoir accepté le baptême à la cour de son prédécesseur, était retourné à ses dieux germaniques, et sacrifiait dans un même temple aux idoles et au vrai Dieu. La chrétienté d'Angleterre, naissante à peine, allait périr, lorsque S. Laurence la sauva en arrachant le successeur d'Ethelbert à ses dieux payons et à son mariage incestueux'. S. Laurence fut moins heureux dans ses efforts pour ramener le clergé breton*. Il mourut peu après (A** 619); ce fut Mellitus, toujours un romain, qui lui succéda comme troisième archevêque de Cantorbéry'.

Son extension au nord de l'Humber.

Chez les Angles qui venaient de sétablir au nord de l'Humber, une seconde chrétienté fut fondée par un autre des missionnaires de S. Grégoire le Grand, S. Paulin, secondé

Inscr. ChrUi., t. I) et par Mommsen (p. 332 du Corpus Inscr. lot,) Sur les autres dissidences de moindre importance, voir Varin, Causes des dissidences entre l'Église bretonne et VÉglise romaine (Ac. Inscr. Mémoires diven t. V< 1858.).

1) Beda, II, 5.

<) Voir la Lettre de Laurence et de ses collègues aux Evéques et abbés d'Irlande dans Beda, II, 4.

9) Beda, II, 8.

CT qrégoir:£ le grakd. 187

également par le zèle d'une princesse déjà chrétienne, la fille delà pieuse Berthe de Kent, Ethelburge, qui venait d'épouser Edwin, le fondateur du royaume de Northumbrie. Edwin était le fils du roi de Déira, mais avait été privé de son héritage par son beau frère, Ethelfrid, qui régnait sur le royaume voisin de Bernicie. Réfugié chez les Est-Angles, Edwin avait épousé en premier mariage la fille du Bretwalda, et avec l'appui de celui ci, il détrôna son beau-frère, qui périt à la bataille d'Idla; il força ses neveux, fils d'Ethelfrid, de se réfugier en Ecosse ; et réunissant la Bernicie conquise à son héritage de Déira, il fonda un nouveau et puissant royaume, appelé depuis lors Northumbrie. Aussi fut-ce lui qui succéda à son beau-père dans la dignité de Bretwalda (A* 617)*. Bientôt veuf, Edwin épousa Ethelburge, qui se fit accompagner du moine Paulin, et grâce aux prières de la pieuse reine, aux instructions de Paulin, aux lettres du pape Boniface V*, Edwin se décida à renoncer aux dieux de ses pères : il convoqua, à cet effet, une assemblée nationale des principaux de son royaume, qui adoptèrent avec lui la foi nouvelle'. Le nombre des néophytes fut tel quil fallut procéder à des baptêmes en masse dans les eaux des rivières (A** 627). Une église fut érigée dans la résidence royale, à York, qui devînt, selon le plan de S. Grégoire le Grand, la seconde métropole de l'Angleterre, et Paulin, le moine romain, en fut le premier archevêque*. L'ascendant qu'Edwin avait conservé chez ses alliés de TEst-Anglie, entraîna également leur conversion : le successeur de Redwald dans ce royaume, Erpwald, devait à Edwin la conservation de sa couronne ; il ne fit aucune difficulté d'adopter la foi de son bienfaiteur'*. Ainsi, dans le court espace de trente ans, l'Église d'Angleterre était constituée

*) Beda, II, 9-12.

«) Jaffé, n» 2008, 2009.

^) Voir dans Beda II, 13, un compte rendu curieux, s'il est authentique, de oe débat solennel.

*) Beda, III, 1, 14.

5) Beda, II, 15.

dans ses grandes lignes. Sans doute, elle allait encore traverser une grave épreuve; mais, la crise passée, elle devait revenir à ce premier plan, que S. Grégoire le Grand avait tracé à l'avance, et qui subsiste jusqu'aujourd'hui dans la hiérarchie anglicane.

Textes latins : Scriptores renim Langobardicamm (cité p. 151). — Jonas, ViTAE SS. Columbani (21 novembre). Attali{\(^ mars), Bertulphi (19 août). — Frédégaire, Chronica (cité p. 81).

Tkavaux modernes : WeissB. Italien und die Langobarden Herrscher vou 568 bis 628. HaUe, 1887- — Flegler, Das Kônipreich der Langobarden in Italien. Leipzig, 1851. — Balan, Storia d'Italia, vol. II. Modôoe, 1876. — Gantu, Storia degli Italiani, vo'. IV, Turin 1860.

A la différence des Anglo -Saxons, les Langobards avaient abandonné le pagianisme germanique, depuis près d*un siècle, lorsqu'ils arrivèrent en Italie. Mais Tarianisme dont ils faisaient profession, non sans y raêler quelques superstitions payennes, ne les rendait que plus intolérants à l'égard du clergé catholique, qui fut l'objet d'une véritable persécution. Sous Authari (A^ 584), l'Église commença à respirer; le clergé catholique fut toléré, à la condition de ne pas faire de prosélytes parmi les Langobards : un édit interdit de baptiser les enfants de ceux-ci dans la foi catholique*. Ce prince avait épousé une princesse catholique, Theodelinde, issue de la dynastie bavaroise des Agilolfings, qui devait être l'instrument de la conversion des Langobards (A** 589)*. Cette union, il est vrai, ne dura que quelques mois, et avec Authari, mort sans postérité, s'éteignait sa dynastie (A^ 590). Mais, dans ce court espace, la jeune reine avait su gagner l'affection de ses sujets à ce point que les ducs du royaume lui offrirent de reconnaître pour souverain celui d'entre eux qu'elle choisirait pour époux. Son choix tomba sur le duc de Turin, Ago ou Agilolf, un Thuringien d'origine, qui fut

0 Oregorii I Regislrum I n° 47.

8) Warnefried, III, 29.

CONVERSION DES LANGOBARDS. 189

proclamé roi aussitôt (A'^SOl)*. A Rome, S. Grégoire P*" venait d être élu pape de son côté, et il s empressa d'entrer eu relation avec la pieuse Tbeodelinde. Il n'eut aucune peine à la détacher du schisme d'Aquilée, qui comptait encore quelques partisans obstinés dans Tépiscopat italien (A** 593)*. Dans ses relations avec les Langobards ariens, ce grand pape ne déploya pas moins de charité chrétienne qu'envers les nations payennes. Grâce à l'appui de l'ancienne population demeurée catholique, il n'eut tenu qu'à lui de détruire ces ennemis de l'Eglise et de l'empire^ : il préféra se les conciher, et par cette politique de paix, il amena le roi Agilolf, alors en guerre avec l'exarque impérial, non seulement à lever le blocus de Rome, mais à ouvrir son royaume à la propagande catholique. Tbeodelinde fonda plusieurs églises, entre autres celles de S. Jean Baptiste à Monza (A* 602)*. Quand le grand moine celtique, S. Colomban, fut chassé de la Gaule, c'est chez les Langobards qu'il vint terminer sa carrière agitée, et il y laissa dans le monastère de Bobbio, sa dernière fondation, un foyer permanent d'apostolat^.

Ily aplus. Tbeodelinde venait de donner au roi un héritier, du nom d'Adoald^. Ce fut dans la foi catholique que cet espoir de la dynastie fut baptisé par l'historien Secundus de Trente (A* 603) ^ Dès l'année suivante, cet enfant fut reconnu et déjà couronné comme roi des Langobards

1) Oriço c. 6. Warnefried, III, 35.

*) Gregorii I, Registrum IV n» 4, 38.

3) Registrum V n<> 6 : - Si ego servus eorum (des Empereurs) in morte vel Langobardorum me miscere voluissem, hodie Langobardoram gens nec regem, nec duces, nec comités haberet arque in summa confusione esset divisa, sed qaia Deum timeo, in morte cujus libet hominis me miscere formido. •*

*) Warnefried IV. 21.

^) Dans un diplôme de confirmation de Louis II Tempereur, en date du 7 oct. 860 (Regesta CaroUngorum n° 1183), est rappelô un acte de donation d'Agîlalf en faveur de Bobbio, qui est perdu. Le texte publié sous ce titre (Trojt, Codex diplomaticus n^ 246), n*est pas authentique.

«; Warnefried, IV, 25.

^) Ib, IV, 27. On discute si Secundus était cvêqne ou abbé de Trenle; il ^ mentionné dans le Registrum XIV n*^ 12.

l9Ô BiâTotkE Dtt îAoVbn aùé.

(A** 604)'. La conversion dô la nation n'était plus qu une question de temps. Ce fut un nouveau triomphe pour S. Grégoire le Grand, qui s'empressa d'envoyer à la reine des félicitations et à ses enfants des présents^.

Après la mort de ce pape, son successeur BonifacellI put réunir à Rome un concile de 72 évoques^, qui constate le rétablissement de l'unité religieuse en Italie (A** 607). Toutefois le schisme d*Aquilée n'était pas tout à fait éteint. L'exarque de Ravenne, pour y mettre fin, s avisa de convoquer les évéques de l'Istrie et de les forcer à élire un patriarche orthodoxe, Candidianus, qui transféra son siège d*Aquilée à Grado, sur le territoire romain. Mais les Langobards, maitres d*Aquilée, firent consacrer un autre candidat, du nom de Jean^, qui maintint le siège patriarcal dans cette ville, en sorte qu'il y eut désormais deux patriarches d'Aquilée, l'un romain et l'autre langobard*. Ainsi la mission de l'Eglise continuait à être entravée en Italie par les divisions politiques de la péninsule. La guerre entre Langobards et Romains n'était interrompue que par de courtes trêves, et Agilolf ne cessait d'étendre sa domination, conquérant ou détruisant les villes romaines enclavées dans son royaume^. Non moins belliqueux étaient les ducs langobards, qui se comportaient en souverains quasiindépendants. G est à cette époque que le duché de Frioul eut à subir une terrible invasion des Avars, qui avaient été jusque là les alliés des Langobards. Le duc Gisolf, de la famille d*Alboin, fut battu et tué; sa résidence détruite par le Khâkan, de connivence avec sa veuve; et ses enfants amenés en captivité, avec un butin immense (A*" 610)^. Quelques années après (A*^ 616) mourut Agilolf, on ignore

1) Warnefried IV, 30.

«) Gregorii I, Registrum, XIV n*» 12.

S) Vila Bonifadi III dans le Libbr pontificalis I p. 316.

«) Epistola JohanU ep. Aquiliensis ad AgilulfUm (Troja n<» 282).

*/ Warnefried IV, Xi.

6; Warnefried, IV, 2832.

T) Ib. IV 37.

Conversion des LANoôbÀRbs. l9l

dans quelle religion ^ Theodelinde, qui lui survécut dix ans*, demeura régente du royaume. Le fils de Theodelinde, Âdoald, navait, en effet, que treize ans. Il allait bientôt rencontrer un compétiteur dans le duc de Turin, Arioald, qui avait épousé Gundeberge, la fille de Theodelinde. De plus Theodelinde avait amené autrefois de Bavière un frère, Gundoald, catholique comme elle, qui avait reçu alors le duché d*Asti de son premier mari, Âuthari^. Sous le règne de son second mari, Agilolf, Gundoald fut assassiné, on ne sait pour quel motifs, mais il laissait un fils Aripert, qui devait régner un jour, et c est à ce neveu de la grande Theodelinde* qu'était réservé l'achèvement de la conversion des Langobards^.

^) Sur la conversion du mari et du fils de Theodelinde, les documents contemporainA se contredisent : certains documents supposent son mari catholique, tels que VEpistola Colombani, n® 5, qui réclame du pape Boniface IV, une profession de foi orthodoxe contre le schisme d'Aquilée, au nom du roi : • Reges nostram rogant fidem rohorari ; rogat Rez ut fiant omnia unom. » Par contre Sizebut, le roi des Visigoths convertis, adresse un Traité contr9 tarianisme (Epistolak Wisigothab n® 9) au fils de Theodelinde Adoald, pour le ramener a la foi orthodoxe, ce qui suppose que celui-ci daisatt toujours profession d*arianisme, quoique baptisé catholique.

<) La date de sa mort n'est pas connue exactement, on ne peut s en rapporter à un Nécrologe de Monza du xii* siècle, qui ^hq cette date : XI kal. fàir, a. 627; on sait que les Nécrologes sont des calendiriers et non pas des chronologies, d ou leur exactitude quant au jour du mois et d'autre part leur négligence ou leur silence quant & Tannée, souvent ajoutée après coup. Il est invraisemblable que Theodelinde ait survécu à son fils -i* 626.

^) Origo, 6 : « Et venit eu m Theudelinda frater ipsius nomine Gundoald et ordinavit eu m Authari rex ducem in civitate Astense. »

^) Warnefried, IV, 40 • nemine sciente auctorem mortis ipsius. i> Frédégaire c. 49, Tattribue A une haine personnelle d'Agilolf.

') Voir le brillant éloge décerné de son vivant & cette reine par le roi Sisebut (Episi. cité note 1) : • Habes illic omni matrem veneratione colendam, doctricem fidei firmissimam, operibus claram, virtutibus cunctis onustam, &aavem eloquio, acrem ingénie, dapsilem dono »... «> Carmen de synodo Ticinensi (circa 698) :

Rex Haribertus pius et catholicus

Arrianorum abolevit heresem

Et christianam fidem fecit crescere.

§ V. — CONVERSIOiN DES SUÈVES ET DES VISIGOTHS EN ESPAGNE.

Textes anciens : les chronIcv minora de Johannes Biclarensis (jusque 590). Isiilorus Hispalensis (jusque C28) éd. Mommsen (dans Auctores Antiq. vol. XI in-4* de Pertz). — Isidorus Hispalensis, De viris illustribus (dans ses Opéra). — Paulus Emeritensis, Yitaepatrum Emeritensium (dans la Patrologia latina de Migae, vol. 80).

Travaux modernfs : de la Fuente (V.), Historia eccl. de Espana vol. II. Madrid, 1873. — Gams, Kirchengeschichtevon Spanien. Ratisbonne, 1862 67. 3 vol. - Dahn, Konige, vol. V (Visigoths), vol. VI (Suôve?).

La conversion des Suèves.

A la même époque, 1 arianisme succombait dans son dernier foyer, en Espagne, où il avait été apporté par les Visigoths, lorsqu'ils sélaient emparés de la plus grande partie de cette péninsule. Ils avaient entraîné dans l'hérésie les Suèves, établis en Espagne avant eux. C'est par les Suèves que l'œuvre de conversion commença. Dans l'histoire de ce royaume, il y a une lacune de tout un siècle, entre les années 469 et 550'. Les noms mêmes de leurs rois, successeurs de Remismond, qui avait introduit chez eux Tarianisme', sont inconnus jusqu'à Charraricou Theodemir P''\ qui régnait au milieu du vi® siècle, lorsqu'arriva en Galice un moine romain du nom de Martin, originaire de la Pannonie*, comme son homonyme, le grand évêque de Tours. La conversion du prince amena celle de la nation. Martin devint archevêque de Braga en Galice et y réunit le concile de ce nom (A'' 572)^, qui réorganisa la division diocésaine dans cette partie de l'Espagne. 11 fonda, en outre, le raonas-

^) La chronique d^Idace, qui finit en 469, n'a pas eu de continuateur to Espagne avant Jean de Biciar, d'où cette lacune d'un siècle.

') Supra, p. 75.

8) Ce prince est nommé Charraric par Grégoire de Tours, Mir. Si Martini. I, II, Theodemir, par Isidore (p. 302); des critiques espagnols (Florez, Espana Sagrada, t. H) font Charraric père de Theodemir; mais ce n'e^t qu'une hypothèse.

*) Gregor. Tur. Hist. Francorum, V, 38.

^) Villanano, Summa conciliorwn tome I, p. 126.

CONVERSION DBS SUÈVBS ET DBS VISIGOTHS. 193

tère Toisin de Dûmes, qui continua son œuvre apostolique parmi les Suèves. Le royaume catholique des Suèves neut toutefqisquunecourtedurée. Leur roi Miro* ouTheodemirll fat impliqué dans la guerre qui éclata dans le royaume voisin des Visigoths, entre le roi Athanagild et son fils Herménegild. Il fut repoussé et mourut au retour de cette expédition (A'' 583), laissant un fils Evoric et un gendre Audika, qui ne tardèrent pas à se disputer la couronne. Athanagild -en profita pour intervenir de même dans le royaume des Suèves. Il prit les armes contre Audika, qui avait détrôné son beau-frère, et qui fut détrôné à son tour*. Le royaume des Suèves était vacant ; Athanagild le réunit à ses Etats ; à partir de là, les Suèves ont disparu de Thistoire comme nation.

Les Visigoths depuis l'extinction de la dynastie des Baltes.

Depuis la chute d*Amalric, le dernier des Baltes (A"" 531)\ le royaume des Ooths avait subi deux grands changements : le centre de leur puissance, qui avait été en Gaule jusquelà. était transféré en Espagne, à Barcelone d'abord, n Tolède ensuite. De plus la couronne, cessant d'être Tapanage d'une dynastie, se trouvait livrée aux entreprises des factions et des prétendants soutenues par celles-ci. Le premier qui s'en empara , fut un étranger , Theudès , g(^néral ost goth, envoyé jadis par Theoderic le Grand pour gouverner le royaume de son petit-fils Amalric durant cette minorité. Theudès en avait profité pour prendre pied en Espagne, où il acquit, par un riche mariage, des terres et des partisans^. Il est soupçonné de complicité dans la mutinerie militaire où périt Amalric*. Il prit la couronne vacante et régna 17 ans non sans succès. Il repoussa une invasion des successeurs de Clovis, qui avaient franchi les Pyrénées

>) Biclar. p. 212.

«) Biclar, p. 216-217.

') Sapra, p. 97.

*) Procope, B. Goth. I, 13.

») Isidopp, Chronica, p. 285.

mSTOIRB DU MOYEN AQB. 13

et assiégé Sarragose (A* 543)*. Il tenta, à son tour, une descente en Afrique, dans les possessions romaines de Justînien, alors en guerre avec les Ost-Goths*. Mais cette diver&iion échoua. Son armée fut repoussée devant le port de Ceuta par les habitants de cette ville (A* 544). Quatre ans^ plus tard, il fut assassiné (A"" 548)^. Theudés laissait un général habile dans la personne de Theudegisel, qui fut élevé sur le trône par les Goths, mais massacré après un an à cause de ses dérèglements (A** 549)*. Agila, son successeur, périt à son tour, à la suite d'une révolte des grands^ du royaume, qui éclata à Cordoue. Athanagild, le chef des rebelles, réclama le secours de l'empereur Justinien, redevenu le maître de la Méditerranée par la conquête de l'Italie et des îles. Le patrice romain Libérius, envoyé avec une flotte nombreuse', défit Agila, qui fut tué par ses propres partisans (A® 554)*^. Les impériaux se mirent aussitôt en possession d'une partie du littoral espagnol, comprenant les ports de Carthagène et de Malaga. C!ordoue devint le centre de cette portion romaine de l'Espagne. Athanagild, débarrassé de son rival, se retourna contre ses alliés^; mais il ne réussit pas à leur reprendre ces ports de mer, si utiles au commerce de Constantinople. Athanagild se rapprocha alors des rois francs, souverains de la Gaule, où les Visigoths avaient conservé un pied, par la possession de la Septimanie : ses deux filles Brunehilde et Galsvinthe épousèrent deux des fils de Clotaire I*'®, mariages ([ui allaient être pour les Francs une source de querelles et de malheurs. Athanagild mourut peu après (A** 567)^, ne laissant qu'une veuve Gosvinthe, qui ne devait pas causer moins de troubles dans le royaume des Visigoths.

1) Gregor. Turon. III, 21, 29. Jordanes, Getica, 58. Isidore, p. 284.

*) Procope, B. Golh, II, 30.

3) Isidore, Chronica^ p. 284.

*) Jordanis, Getica, 58.

^) Jordanie, ib.

«) Isidore, Chronica, p. 286.

') Gregor. Turoa. IV, 8. Isidore, ib.

«) Gregor. Tar. IV, 27-28.

«) Isidore, <&.

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