‹ Histoire du moyen âgeChapitre 42 sur 114 · CONVERSION DES SUÈVES ET DES YISIOOTHS. 19T · texte numérisé non relu

CONVERSION DES SUÈVES ET DES YISIOOTHS. 19T

arienDO Deuiatique» tandis que Ingunde était catholique. QosYinthe» ne réussissant pas à faire apostasier sa petitefiUe, la prit en haine et alluma la discorde au sein de la cour de Tolède*.

Pour couper court à ces querelles domestiques, Leovigild assigna à Herménegild la ville de Séville comme résidence; c'est là qu Herménegild se lia d'amité avec Léandre, le saint évoque de cette ville* et le zèle de celui-ci *, joint aux exemples de la pieuse Ingonde^, son épouse, déterminèrent le jeune prince à se faire catholique (Â^ 579). Connaissant la. haine implacable de sa belle-mère et l'influence qu elle exerçait sur le roi, Herménegild n'avait que le choix entre les pires traitements ou une rébellion ouverte^ : il se décida à ce dernier parti, soulevant en sa faveur la masse des provinciaux romains placés sous son autorité et ralliant à sa causetous les éléments réfractaires de TËspagne, les Suèves de la Galice, les Basques des Pyrénées, les garnisons romaines du littoral. Il sollicita même une intervention directe du gouTernement impérial, et c'est dans ces circonstances que l'évêque St Léandre, investi de cette mission à Constantînople, s'y rencontra et s'y lia d'amitié avec le futur pape St Grégoire le Grand (A** 580)*. Mais l'empereur régnant était trop loin et trop absorbé par les affaires d'Orient pour prêter un secours efScace. Leovigild triompha de tous ses adversaires en Espagne. Pour tenir tête aux catholiques, il raviva le fanatisme de son clergé arien ^. Les Suèves furent

1) Oregor. Turon. V. 38.

<) Oragorii Magni, Dialogi III, 31 : • Nuper Herminigiidus rex ab ariana haerett ad fidem catholicam viro ven. Leandro ep., dadurn mihi in amicitiis iàmiliariter jancto, praedicante conversas est. ••

') Gregor. Turon. V, 38 : « tandem commotus ad ejus [Ingundis] praedicationem, convenus est ad legem catholicam. >•

^) Biclar (A* 579) attribue cette rupture « riœa domesiica **, à Galsvinthe» *faeiione Qalrointhae », mais sans s'expliquer plus clairement sur le rOle de^ celle^ci. La correction IngutUhae est une conjecture.

*) Gregorii I, Moralia, praef, rappelle sa rencontre avec Léandre â la cour impériale.

*) Synode arien de 580 (Biclar, hoc A<*); persécution de Tévêque Mausone^ ddMérida, Paulus Emeritensis c. 9-15.

non seulement vaincus, mais obligés de reconnaître la domination du vainqueur * . Les Basques furent refoulés dans leurs montagnes, et une partie d*entre eux, passant la frontière,, allèrent fonder en Oaule une nouvelle province, laOascogne*. Pour les dompter, une ville fut fondée sur leur territoire par Leovigild, ViUoria, qui perpétue dans son nom le souvenir de ce fait d armes. C*est alors seulement que Leovigild se retourna contre son fils rebelle, qui, renfermé dans Séville, y soutint un siège de deux ans^. Séville prise d^assaut,^ Herménegild se jeta dans Cordoue. Trahi par le gouverneur de celle-ci, il ne trouva de refuge que dans une église, d*où il consentit à sortir enfin sur la promesse de son pardon. Il lui fut généreusement accordé, par la médiation de son frère Reccared*. Mais son père ne sut pas lui pardonner sa conversion. A quelque temps de là, Herménegild fut sommé â*accepter la communion des mains d'un prêtre arien : mis en demeure de choisir entre Tapostasie et la mort, Herménegild repoussa Tévêque et fut décapité en prison, préparant par son martyre* la conversion de sa nation. Leovigild, en

M Supra, p. 193.

«î Biclar. A° 581.

3) Biclar, A« 584.

^) Cette réconciliation n*est racontée que dans Grégoire de Toars V, 39. Biclar A^ 584 ne mentionne que la défaite d'Herménegild et son exil k Valence. Quelques critiques modernes attribuent & ce prince une seconde rébellion, par suite d une interprétation toute gratuite du texte de lliistorien franc, qui parle de cette rébellion en deux endroits; il n*en résulte pas qu'il j eut plus d'une rébellion, ni qu'Herménegild fut justement mis & mort pour avoir repris les armes contre son père. Cet épisode si dramatique d'Hermenégild n'est dans aucun contemporain tout d'un tenant : il a fallu le reconstituer avec des fragments épars et susceptibles de combinaisons autres que celle adoptée ici.

^) Ce titre de martyr n'est donné à Herménegild que par un seul témoignage contemporain, mais d'un grand poids, celui du pape lui-même (Dialog. in, 31) : M Recaredus, rex, non patrem perfidum (se. hérétique), sed fratrem martyrom sequens. •> Cela vaut une canonisation. On ne peut invoquer le silence des contemporains espagnols Biclar et Isidore, qui sont des annalistes et non pas des historiens. Grégoire de Tours, qui blâme la rébellion du fils contre son père (VI, 43) mentionne sa mort sans commentaire (VIIl, 28). Le pape St Grégoire I*', en racontant cette mort (Dialogi, III, 31) s'appuie sur des témoignages immédiats, comme il le dit : « sicut multorum relatione qui ab Hispaniarum partibus veniunt, cognoscimus ».

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