Sigebert II
t6l3 deux fils
«) Supra, p. 142.
3} Grégoire IV, 23.
(Toir chap. VI § I)
raatorisatton des deux autres*. La paix Ait ainsi rétablie et parut encore consolidée lorsi^ne les deux frères eurent épousé deux sœurs, les filles du roi des Visigoths Âthanagild. Sigebert, qui se distinguait par la régularité de ses mœurs, épousa la célèbre Brunéhilde ou Brunehaut. Chilpéric sollicita et obtint la main de l'autre sœur Galsvinthe, en renonçant à sa vie déréglée. Ces princesses, qui étaient ariennes, embrassèrent la foi catholique des Francs'. Mais ces mariages allaient être pour les Francs une source de calamités. Car Chilpéric, retombant dans ses désordres, reprit une concubine de basse extraction, Frédégonde, et pour élever celle-ci au trône, fit poignarder lâchement sa femme (A"" 567)'. Tel est l'origine de la haine mortelle qui éclata entre les reines de Neustrie et d*Austrasie, Frédégonde et Brunéhilde, celle-ci sœur de la victime, celle-là complice du meurtre, Tune de race royale, l'autre de basse extraction, la première étrangère d'origine, la seconde franque de nation, mais toutes deux implacables dans leur soif de vengeance et sans scrupule dans le choix des moyens. Toittefoi» la guerre n'éclata pas immédiatement, grâce sans doute à l'intervention du troisième frère, Gonthran, qui décida Chilpéric à céder et Brunéhilde à accepter, comme composition du meurtre, Bordeaux et quatre autres villes d'Aquitaine, formant le douaire de Galsvinthe^. Durant la paix qui suivit, les Avars reparurent sur les bords de l'Elbe, où Sigebert éprouva un grave échec. D'autre part Gonthran eut un nouvel ennemi à combattre dans les Langobards, devenus voisins des Francs et bientôt
^) Ce traité de partes n*est connu que par les allusions qu*j fait, en divers passages, Grégoire de Tours, IV, 45; VI, '27, VII, 6, et en particulier par le traité d'Andelot. ib, IX, 20.
«) Grégoire IV, 27. 28.
') Grégoire, ib.
*s Traité d*Andelot (Gregor. Tiir. IX, 20;, § ; de civitatibus « quas Gailesoioda, tam in dote quam in moryanegaba^ hoc est matutinale donum, in Francia veniens certum est adquisi^se^quas etiam, per judicium domniGuntchrHmni, domna Brunichildis noscitur adquisisse. » L'institution de droit privé, visée ici sous le nom de morgengabe, te retrouve dans les lois de toutes les nations germaniques et a eie déjà décrite par Tacite, Germania^ c. 18.
208 HlSTOÀRfi DU MOYBN AGE.
aggresseurs (A"" 508«ô72). Pour les combattre, Goothran eut recours au talent de l'un de ses sujets romains, le général Muromolus, qui eut également à repousser une incursion de Saxons les alliés des Langobards^ Subitement, il éclata une seconde guerre fratricide, où Chilpéric fiit de nouveau Faggresseur, et qui donna lieu aux plus horribles dévastations, Chilpéric persécutant les sujets de Sigebert comme des rebelles*, Sigebert déchaînant à son tour sur la Gaule ses sujets barbares d'outre-Rbin. La vengeance de Brunehilde parait ne pas avoir été étrangère à ces dernières horreurs^.
Paris tomba au pouvoir de Sigebert, Chilpéric fut forcé de se renfermer dans sa ville de Tournai, et déjà une fraction de ses sujets^ allait se détacher de lui pour se donner à Sigebert lorsque celui-ci fut assassiné par deux sicaires de Frédégonde (A*' 575) '^. Sa mort manqua d'entraîner la chute de la branche royale d'Austrasie : son fils Childebert II, âgé de cinq ans, ne fut sauvé qu'avec peine par Tun de ses hommes de guerre; sa veuve Brunehilde, restée à Paris, tomba entre les mains de Chilpéric, qui reprit cette ville; elle fut reléguée à Rouen, réduite à une complète impuissance. Frédégonde, sa rivale, pouvait triompher*.
Les Francs Jusqu'à la mort de Childebert n (l'an 596).
La minorité prolongée de Childebert II, — la première de ce genre chez les Francs, — vit naître aussi les premières
M Grégoire IV, 42. Marius (A» 569).
<) Grégoire IV. 48 : • ecciesias ineendit,... oleriooa interficit... canota dévastât; fuitqoe tempore illo pejor in ecclesiia gemitus quam tempore peraecutionis Dlocletiani. »
'3) L*évêque.St Germain de Paris se fait Técho de ce aoupQon populaire dans une Lettre à Brunehilde (Epistol. Austrias. n^ 9) : « Vulgi verba quasi vestro voto, consilio et inatigatione Sigebertus tam ardue hanc velit perdere regionem. »
^) Gregor. Turon. lY, 52 : « Franci qui quondam ad Childebertum adspexerant seniorem • {se, Childebert I). Il résulterait de là que cette faction arait un caractère plutôt territorial que national.
5) Marius [Ao 575], Grégoire, IV, 52.
®) Grégoire Y, 1.
LES MÉROVINGIBNS. 2D9
facUons de ces grands dont Tambition s*épuisait à conspicer tantôt avec Gonthran contre Chilpéric, tantôt avec Chilpéric contre Gonthran, tantôt les uns contre les autres. Cependant Brunehilde avait échappé des mains de sa rivale, avec la <^mplicité dun fils du premier lit de Chilpéric, le jeune Mérovée, qui épousa cette tante en bravant la colère de Frédégonde^ Mais les Âustrasiens repoussèrent ce jeune prince, qui périt misérablement (A** 577)', et ne permirent pas à Brunehilde de prendre la régence, qui avait été dévolue à un Austrasien du nom de Gogon^. L'intervention de Gonthran ne fut pas plus efficace : il venait de perdre ses fils ; il adopta son neveu Childebert comme héritier dans son royaume de Bourgogne : ce fut l'objet de l'entrevue de Pompierre (A° 577)*. Mais une cabale de traîtres, ayant à leur tête un homme de guerre, Boson, et un évéque. Egide de Rheims, auxquels se rallia son meilleur général, Mummolus', réussit à brouiller son neveu'avec lui (A** 581), tandis qu'arrivait de Constantinople un prétendant du nom deGondevald, qui se fesait passer pour bâtard de Clotaire I", et qui réussit à se faire le centre des intrigues nouées .entre les principaux des trois royaumes francs*. Sur ces entrefaites, Chilpéric, le roi de Neustrie, fut assassiné sans qu'on sache par qui^ ni pourquoi, victime peut-être des haines amassées durant un règne signalé par des excès de tout genre : impo-
i) Grégoire V, 2, 14.
3) Il existe trois lettre» de ce Gogon, qualifié de ntUricius Childeberti regU, (Epist. Austrias. n® 13, 16, 22.)
*) Grégoire V, 18.
5) Marius (A^ 581). Grégoire VI, 1.
6} Sur Gondevald, Grégoire VII, 10-38. Frédégaire Chron. c. 2. Ce personnage et ses aventures forment un épisode des mieux traités par Fauriel, vol. II. c. 16. La complicité de Tempereur Maurice dans cette entreprise n'est rien moins qu'établie : cette controverse fait le sujet de trois Mémoires par Oeloche et Robert, Acao. db3 Inscr. vol. 30^. Paris, 1883.
'^) Frédégaire (c.93 de VEpiiome) met en cause Brunehilde; Tanonyme des Getta c. 35, impute le meurtre à Frédégonde, toutes imputations gratuites en présence du texte de Grégoire de Tours, d'après lequel les perquisitions a ce sujet n'eurent aucun résultat (VII, 21, 29).
8itions arbitraires sur les terres franches, spoliation des églises, prétention à trancher les controverses dogmatiques^ en même temps qu*à réformer Talphabet, offrant dans ce mélange de tyrannie et d'impuissance une vraie contrefaçon du bas-empire ^ Chilpéric ne laissait qu*un enfant de quatre mois, incapable de régner, avec une mère Frédégonde, non plus capable de le protéger. Brunehilde était vengée (A^ 584).
Aussitôt éclata la conjuration des grands tramée depuislongtemps pour proclamer roi le prétendant Gondevald, qui fut reconnu, en effet, par un groupe d'Aquitains mécontents. La nation allait tomber dans lanarchie. Dans cette situation critique, c est Gonthran qui sauva la dynastie et la nation avec elle, en recueillant et fesanl élever à sa cour le fils> de Frédégonde, le jeune Clotaire II, qui devait recueillir un jour la succession entière des Mérovingiens. Gonthran se rapprocha en même temps de son autre neveu Childebert,. et fit écraser les rebelles , en réunissant les forces de TAutrasie et de la Bourgogne. Gondevald et Mummolus furent mis à mort. Les Aquitains firent leur soumission*.
Ces désordres intérieurs expliquent Tinsuccès des armesfranques à cette époque : ils facilitèrent rétablissement des Basques ou Vascons d*Espagne, qui s'emparèrent de Tancienne Novempopulanie en Aquitaine et lui donnèrent le nom nouveau de Gascogne. Le duc franc de cette région fut impuissant à réprimer leurs dévastations (A** 587)^. Les
1) C'est le portrait qu'en trace Grégoire de Tours VI, 46, mais qui force la note en le qualifiant : •• Nero nostri temporis et Herodes ». C'est plutôt an> type de César byzantin.
2) Frédégaire, c. 2. 4.
3) Le nom de Wasccnia se rencontre pour la première fois alors, dans Orégoire (VI, 12), qui parle un peu plus loin des dévastations des Basques dans cette région (IX, 7), mais sans fixer l'époque exacte de leur migration. Cette migration résulte de Tidentité des noms géographiques et des dialectes entre les Basques d'Espagne (Spanovasconia) et ceux de France (GallavascO' nia). Sans doute, il y avait déjà une parenté ethnique entre les Ibères ifËspagne et les Aquitaines de la Gaule (supra, p. 3); mais ceux-ci avaient été latinisés sous la domination romaine. Seuls les Basques d'Espagne étaient demeurés refractaires à cette assimilation. La géographie romaine
LKS MÉROVINGIENS. 21]
armées de Oonthran tentèrent vainement denlever la Septimanie aux ftoths de l'Espagne (585-587)*. D'autre part, les armées de Childebert, appelées en Italie par l'Empereur*, ne réussirent pas davantage à en expulser les Langobards (584-589) ^
Ces désordres ne cessèrent même pas à la majorité de Childebert (A** 586). Brunehilde reprenait aussitôt tout son ascendant en Austrasie* ; ce fut assez pour provoquer une nouvelle conspiration des grands, qui n allait à rien moins qu'à tuer Childebert avec sa mère afin de s'emparer du gouvernement sous le nom de ses deux enfants trop jeunes pour régner. Childebert ne se débarrassa de ces traîtres que par une série d'assassinats. 11 se rapprocha ensuite de son oncle Gonthran, avec lequel il conclut la convention dCAndelot (28 nov. 587)* : c'était un pacte de famille « par lequel ces deux princes réglaient les limites de leurs royaumes ; fixaient Tordre de succession au sein de la dynastie, sans intervention de la nation, et quant à leurs sujets respectifs, s'interdisaient de recevoir chez l'un ceux qui avaient prêté serment à l'autre, tout en garantissant que les concessions faites jusque-là sur le domaine royal seraient maintenues et au besoin restituées. « Ce pacte renouvelait les droits de Childebert comme héritier présomptif de Gonthran dans le royaume de Bourgogne, qui lai échut, en effet, trois ans après, par la mort de cet oncle (A^ 592). Cette concentration des forces de deux royaumes allait mettre Childebert à même de reprendre la guerre contre les Neustriens et de soumettre les populations
d'aillean ne renseigne des Basqaes ou Yascônes que sur le versant espagnol des Pyrénées. On ne peut donc admettre la thèse de Fauriel (vol. Il, chap. 18), qui va jusqu'à nier cette migration du vi^ siècle.
») Supra, p. 200.
*) Le hasard nous a conservé un lot de 24 pièces d'archives relatives à cette négociation de Childebert dans les Epistoîae Austriasicae.
3) Supra, p. 156-156.
^) Dans sa lettre à l'impératrice, Brunehilde lui notifie cette majorité de son fils : « accessit mihi tempus optabile quo Childebertus illam aetatem pertingeret qua... annis robustioribus, perse, firmius exercerat •> (EpistoL Austrias. n? 44).
^) Textuel dans Grégoire IX, 20.
demeurées réfractaires à Tautorité des rois francs, les Gascons de TÂquitaine, les Bretons de l'Ârmorique, les Warnes de la Thuringe^ ; les Warnes furent effectivement exterminés; mais les Bretons demeurèrent indomptables*, et quant aux Gascons, Childebert légua cette guerre à ses successeurs ; car il mourut trois ans après son oncle, ce qui mit fin à Tunion des deux royaumes. Childebert laissait en effet, deux fils, dont Tun, Theudebert II, lui succéda en Austrasie et l'autre, Theuderic ou Thierry II, en Bourgogne, tous deux encore mineurs, et comme Théritier de la Neustrie n'avait non plus que douze ans, les Francs retombèrent dans les inconvénients des minorités, aggravés par l'inimitié implacable des reines-mères, Brunehilde et Frédégonde
Brunehilde et St Grégoire le Grand.
C'est en ce moment que St Grégoire le Grand entrait en relations suivies avec les Francs, jusque-là la seule nation catholique en Occident. Aussi ne leur ménage-t-il pas ses louanges*, qui ne sont pas toujours méritées. 11 avait besoin
1) Sur ces Warnes, mentionnés ici pour la dernière fois, voir supra, p. 1 14.
*) Frédégaire c. 15.
>} D'après la chronologie du Registrum, la mort de Childebert, auquel est adressée une dernière lettre en sept. 595 (VII n^ 6), est antérieure à juillet 596 (VI n®49), première lettre à ses successeurs. Il est mort après le 1*' mars 596, date du seul capitulaire conservé de son règne (roi. I n^ 5).
^) Registrum VI n<> 6 : « Ceterarum gentium régna regni vestri profecto culmen excellit. Esse regem, non mirum est; sed esse catholicum, quod alii non merentur, hoc satis est. Fidei vestrae daritas inter aliarum gentium perfidiam (se. hérésie) rutilât ac coruscat. » Dans ces éloges adressés À des barbares couverts du sang de leurs proches autant que de leurs ennemis, il faut faire la part de la courtoisie diplomatique et du respect professé par le pape pour les autorités établies. Voir un autre exemple, p. 181, n. 8. Par contre, ce respect n*est pas, chez lui, inconciliable avec les menaces de déchéance comminées contre la royauté par d'autres bulles adressées aux mêmes princes francs. « Si quis regum^ antistitum, judicum... contra venire temptaverit, potestatis dignitate careat. • Privilèges éCAtUun dans le Rkoistrum XÏIl, n<» 11, 12, 13. Dans la conception romaine de l'État, dont St Grégoire est imbu, il n'y a de souverain que lempereur, vis â vis desquels ces reges barbares n'étaient que des subordonnés d'un rang plus élevé. H
LES BIÉROVINGIBNS. 21^
de leur concours dans la grande œuvre de la conversion de TAngleterre, et il y avait du reste dans les premiers sièges de la Gaule, à Arles, Lyon, Autun\ quelques évéques disposés à seconder ses réformes. Son admiration pour lorthodoxie des Francs, en elfet, ne l'aveugle pas sur les abus de l'époque qu'il entreprit d'extirper chez eux, à savoir : la simonie et l'ictrusion des laïcs dans les hautes dignités de l'Église*. La plupart de ces lettres, il les adresse à Bmnehilde^, reconnaissant ainsi l'ascendant que cette princesse avait su prendre sous le règne de son fils d abord, de ses petits-fils ensuite. Mais Brunehilde était alors de nouveau aux prises avec Frédégonde. Après avoir échappé à plusieurs tentatives d*assassinat, elle eut à tenir tète à une invasion des Neustriens, qui reprirent possession de Paris et infligèrent aux Austrasiens une défaite sanglante à Lafaux près de Soissons (A"" 596) ^ Enfin la mort de Frédégonde la débarrassa de cette dangereuse rivale (A^ 597). Mais presqu aussitôt une nouvelle cabale d' Austrasiens la força de quitter le royaume de Theudebert pour se réfugier en Bourgogne, dans le royaume de Theuderic. Une rupture entre ces deux royaumes était imminente. Toutefois elle fut retardée par les hostilités pendantes avec les Neustriens. Cette fois les fils de Childebert prirent leur revanche à la bataille de Dormeille et se partagèrent les possessions du vaincu, ne laissant à Clotaire II, qui venait d'atteindre sa majorité, que douze cantons entre l'Oise et la Manche {A* eOO)*. Leur dernière expédition commune eut pour eflet
n j a donc pas lieu de considérer ces bulles comme fausses ou interpolées, comme l'ont fait, par scrupule monarchique, les diplomatistes de l'ancienne éeole. Pardessus, Diplomata I p. 283.
») Registrum VI n» 52, IX n*» 218.
*) Roffistrum V n<^ 58 : «• agnovi quod nullus ad sacrum ordinem sin& oommodi datione perveniat... alia quoque nobis res est valde detestabilis nantiata, quod quidam ex laico habitu — defunctis episcopis — fiunt subito saeerdotes. »
») ReffisM*m V no 5 (595). VIII n« 4 (597), IX n« 212, 213 (599), etc.
M Frédégaire c. 17.
*) Ib. c. 20.
de soumettre les Gascons de l'Aquitaine, qui avaient regimbé jusque-là contre la domination des Francs (A** 602)*.
Au milieu de ce tumulte des armes, la voix du pape se fesait entendre vainement : il comptait toujours sur la réunion du concile, qu il avait réclamé pour la réforme des abus (A"" 599)^. 11 écrivit séparément aux souverains de chacun des trois royaumes (A"* 601)*. Il envoya un légat chargé de convoquer Tépiscopat de toute la Qaule. Mais le haut clergé franc partageait lapathie des souverains. Loin de songer à se réformer, il se faisait en ce moment même l'instrument des rancunes de ses maîtres contre ceux de ses membres qui avaient eu le malheur de leur déplaire. Brunehilde surtout se montrait acharnée à se venger. Déjà, sous le règne de son fils Childebert, elle avait fait condamner et déposer au con* cile de Metz (A° 590)*, l'archevêque Egide de Rheims, qu'on a vu plus haut mêlé à toutes les conspirations des grands contre la royauté. Cette exécution n'était que trop méritée. Maintenant retirée au royaume de Bourgogne, elle n'usa de son crédit auprès de son petit-fils Theuderic, devenu majeur {A° 602)^, que pour s'attaquer aux personnages les plus zélés du clergé de cet État. On ignore le motif de ses premiers griefs contre St Didier, évéque de Vienne, qu'elle fit condamner pour un crime imaginaire au concile de Châlons,avec la complicité de larchevèque de Lyon (A^603)®. Rappelé d'un exil injuste par la voix de son peuple, Didier n'hésita
M Frédégaire c. 21.
*) Gregorii I Registrum IX n^ 213, 215.
3) Ih, XI nM7, 49,50.51.
^) Voir les détails très curieux de ce procès dans Grégoire de Tours X, 19.
*) Le pape St Grégoire, auquel Theoderic avait notifié son avènement (<• scripta vestra ex quibus agnovimus excellentiae vestrae gubernacula fuisse commissa » nov. 602, Registrum XIII n^ 9), le loue de sa déférence pour Brunehilde : « hoc quoque laudabile quod in his quae aviam vestram desiderare cognoscitis, juvare festinatis. *>
^) Sisebut, Yita Desiderii c. 4 ; Frédégaire, c. 24. C'est le ménae Didier de Vienne auquel le pape reprochait son goût frivole pour la littérature profane, Registrum IX n^ 157.
pas à s'élever contre les vices de ses persécuteurs \ Cette fois on lui ferma la bouche en le faisant tuer (A"* 606). Au même concile de Châlons, les évoques du royaume de Theuderic II s'en prirent au célèbre Colomban, dont les fondations récentes relevaient de cette couronne. On lui reprochait et d*afiecter une complète indépendance vis-à-vis de l'épiscopat franc ^ et en particulier de ne pas se conformer dans la célébration de la Pâque au calendrier romain^. Au lieu de se rendre au concile en personne.Colomban lui adressa «m mémoire justificatif. Condamné, il en appela^ au pape St Grégoire, qui mourut sur ces entrefaites, avant d'avoir rendu sa décision (A** 604). Peu après, il encourut la disgrâce de Brunehilde pour avoir osé flétrir les mœurs dissolues de la cour de Theuderic. Colomban, expulsé de son monastère de Luxeuil, fut d*abord relégué à Besançon, finalement embarqué à Nantes pour l'Irlande (A** 609). Une tempête le rejeta sur les côtes de l'Austrasie, où il reçut le meilleur accueil du roi Theudebert, qui lui permit de se fixer dans son royaume, mais dont la mort le força de passer en Italie, fuyant toujours la vengeance de Brunehilde {A*' 612)*. Il ne tarda pas à y apprendre le châtiment qu'il avait prédit à ses persécuteurs.
La réunion des Francs et le concile de 614.
La nation franque était toujours partagée en trois royaumes, lorsqu'une contestation au sujet de TAlsace mit aux prises
*) D*aprés Sisebut, ib. c. 15, Didier attaquait Theoderic et sa mère « cum magis perdere quam regere yitiis cernerentur infestis »... « Desiderium «*, disaient les princes eux-mêmes, « moribus nostris infestum et operibus inimicam. . (ib. c. 16).
*) Voir sur ce conflit les Epistolae Columbani au tome III des Epistolae série in-4^ de Pertz. Dans son appel au pape (Epistolae n^ 1), il invoque un décret conciliaire portant •« ecclesias in barbaris gentibus constitutas suis fivere legibus. n
^) L'origine de cette dissidence a été déjà expliquée supra, p. 185.
*) Ce mémoire est le n^ 2 de ses Epistolae. Sur leur chronologie, N. Arcbiv, XV, p. 500.
*) Jonas, Vita Columbani,
les rcHS de Bourgogne et d'Austrasie. Theudebert, vaincu par son frère dans les deux batailles de Toul et de Tolbiac, fut fait prisonnier et mis à mort, avec son fils Mérovée, par ordre de Brunehilde {AP 612). Theuderic II, après avoir réuni TAustrasie à la Bourgogne, se préparait à attaquer son cousin, le roi de Neustrie, lorsqu'il mourut subitement ne laissant que des bâtards encore mineurs. L'infatigable- Brunehilde comptait s'emparer de la régence une troisième fois,à l'âge de 67 ans, au nom de l'un de ceux-ci, Sigebert II. Mais, appuyés sur la faction des grands, les maires du palais, Warnachaire en Bourgogne et Arnolf en Austrasie, se déclarèrent contre elle et offrirent la couronne à Clotaire II de Neustrie, qui devint ainsi, sans coup férir, souverain unique des trois royaumes*. Clotaire fit mettre à mort Sigebert II et, pour donner plus d'éclat au châtiment de- Brunehilde, il la fit promener sur un chameau au milieu des moqueries des soldats et lier, pour dernier supplice, à la queue d'un cheval emporté (A*^ 613)*.
La réunion de tous les Francs par Clotaire II, mettant fin aux discordes intérieures, fut suivie de la convocation d'un concile national, qui ne rassembla pas moins de quatre-vingts évéques de toutes les parties de la Gaule ^ : on y procéda aux réformes réclamées naguères par St Grégoire le Grand et résumées en dix-sept canons, dont le principal portait abolition de la simonie et rénovation des élections épiscopales*. Ces décrets, promulgués à la date du 10 octobre l'an 614, furent confirmés dans une assemblée des grands laïcs et ecclésias-
^) Frédégaire. c. 38-42. Jonas, Vita Columbani, 57.
') Le supplice de Brunehilde est rapporté, dans un texte antérieur â Frédégaire. la Vita S, Desiderii Viennensis par le roi contemporain, Sisebut d*Espagne (f 620). Quant à la culpabilité de Brunehilde, les attaques passionnées des auteurs anciens, qui vont jusqu'à en faire une autre Jézabel (• tune secunda Jezabel nostris est suscitata temporibus • Vita II Desideriih ont proToqué une réaction chez les critiques modernes, qui la justifient avec plus ou moins de succès depuis Le Cointe (1665) jusqu'au prof. Kurth (1891), le plus récent de ses défenseurs, et le plus complet.
^) Dans le série in*4^ de Pertz, section des Conoiliab vol. I p. 185-193.
^) Ib. canon 2 : « Ordinari debeat quem metropolitanus, clerus vel populascivitatis illius, absque uUa datione pecuniae, elegerint. •
tiques et revêtus de la sanction royale par un édit du 18 octobre suivant. Cet édit\ qui comprend vingt-quatre capitula^ est plus étendu que Tacte conciliaire dont il reprend les dispositions, avec une atténuation significative, où reparaît la suprématie du roi sur Tépiscopat'. Cet édit redresse en plus les abus de Tordre politique qui n'avaient pas moins signalé les règnes précédents, en particulier, les impositions établies arbitrairement sur les terres franches^ et les fonctionnaires étrangers, partant odieux aux justiciables auxquels ils étaient préposés non moins arbitrairement^. C'était une réaction salutaire contre le despotisme byzantin des Mérovingiens, sous lequel les libertés germaniques n'avaient pas eu moins à souffrir que l'Eglise. Une ère nouvelle s'ouvrait pour les Francs.
Mais tandis que les nations germaniques entraient à leur suite dans l'Eglise chrétienne, il surgit tout à coup des profondeurs de l'Arabie un ennemi nouveau et redoutable qui allait arracher au christianisme la plus grande partie de l'Asie et mettre en péril ses conquêtes récentes en Europe : il s'agit de l'islamisme.
1) Dans la série in-4<* de Pertz section des Gapitularia n** 9.
*} VEdictum Clotharii c. I. ajoute au texte du canon ci-dessus : « si persona condigna fuerit, per ordinationem principis ordinetur «*, c'était maintenir le droit régalien de confirmation en matiôre d'élection épiscopale.
') Ib, « ut obicanque census novus impie additus... est, justa inquisitione emendetar. »
*) Ib. » ut nnllas judex de aliis provinciis aut regionibus in alia loca ordinetur. »