LES ARABES AVANT MAHOMET
goût des aventures, les Arabes unissaient une passion plus noble pour la poésie et l'éloquence. Déjà leur genre de viei fournissait, par ses aventures ample matière à la poésie, et , leur langue ne s y prétait pas moins par sa richesse et sa flexibilité. « Ceux que la nature avait faits poètes, jouissaient de tous les prestiges de la gloire. Us récitaient leurs vers aux foires qui se tenaient à Ocadh et en présence des tribus assemblées au pèlerinage de la Mecque, et s ils recueillaient les applaudissements du peuple, ils suspendaient à la Caaba leurs poèmes. ^ Une troisième qualité qu'on prêtait aux Arabes, est Thospitalité. «« Il suffit d'avoir bu de Teau d un puits, d'avoir touché aux cordes de la tente, pour avoir un titre à la protection de celui à qui le puits ou la tente appartient. » Ce sont les trois choses dont TArabe se faisait gloire, le courage, Tamour de la poésie et l'hospitalité. Ils considéraient la liberté comme un de leurs biens les plus précieux. 11 n'y avait d'esclaves parmi eux que des étrangers devenus captifs par la guerre. Leurs institutions avaient conservé un caractère patriarcal : elles se résumaient dans la tribu et dans l'autorité des slieiks ou anciens. « Ils avaient une noblesse bien établie pourtant, non seulement pour euxmêmes, mais encore pour leurs chevaux, et ils conservaient avec soin la généalogie de leurs chevaux de race, dont ils étaient aussi orgueilleux que de celle de leurs familles. "
L'histoire des Arabes avant Mahomet est pleine de lacunes que les historiens musulmans se sont évertués à combler après coup, en la rattachant aux origines mieux connues du peuple juif, telles qu'elles sont consignées dans la Bible. La parenté des Hébreux et des Arabes est incontestable, démontrée qu'elle est par l'affinité de leurs langues appartenant l'une et l'autre à la grande famille sémitique*. Aussi ceux qui se considéraient comme Arabes par excellence (Ardb al Arada), se faisaient-ils gloire de descendre, comme les Juifs, du patriarche Abraham, par le fils d'Agar, Ismaël. Toutefois la Bible rattache les tribus de l'Arabie à deux
>) Renan, Histoire des langues sémitiques, Paris, 1855.
souches différentes : elle distingue les Arabes- Ismaélites ^ qui ont peuplé le nord de cette contrée, et les Arabes- Jektanides(Kahtan), établis dans le midi, ceux-ci descendant, par une autre généalogie, du patriarche Sem*. Les Jektanides y fondèrent le royaume biblique de Saba, qui florissait au temps du roi Salomon. Dans la suite de Thistoire, il n'est question des Arabes que de loin en loin, en tant qu'ils se sont trouvés en relation avec les nations commerçantes de Tantiquité. Les marchands phéniciens utilisèrent les nomades de TArabie pour le transit par les déserts des produits de TAsie tropicale. A Tépoque macédonienne, les souverains d'Alexandrie établirent des communications directes par la mer Rouge avec la zone tropicale de l'Arabie et avec les Indes. Le petit royaume des Himyarites (Homériùes est la forme grecque), qui avait absorbé le royaume précédent des Sabéens, jouissait alors d*une prospérité qui valut à ce coin delà grande péninsule la qualification ^ Arabie heureuse^ et dont témoignent encore les ruines des monuments et de noinbreuses inscriptions. La ville de Mareb était le centre de cette puissance. Les ports de Mouza et Aden servaient d'intermédiaire au commerce entre les Indes d'un côté et les nations de la Méditerranée de l'autre. A l'époque romaine, lorsque l'empereur Auguste se trouva maître de l'Egypte, il tenta de s'emparer aussi de ce coin reculé de l'Arabie, siège d'un commerce aussi important : mais l'expédition de Oallus échoua devant les murs deMareb(ran24avant J.-C./. Les Romains, pour se venger, détournèrent le commerce qui se fesait par les ports du littoral arabe de la mer Rouge
*) Dans les écrivains byzantins, on donne parfois aux Arabes le nooa à'Agareni, qui parait provenir du nom biblique d*A^ar, la môre d^Ismael. Strabon, p. 767, mentionne déjà un peuple des Agraei dans sa géographie de TArabie.
<) Le midi de l'Arabie était déjA occupé, avant l'arrivée des Jektanides, par une population pré- sémitique : on j a retrouvé, dans les inscriptions, les restes d'une langue plus ancienne. Aussi dans la Table ethnographique de Moi'se, les mêmes éponymes, Saba, HavUa, figurent deux fois, d'une part dans la généalogie des CoushUes et d'autre part dans celle des Sémites,
^) Le grand géograpbe Strabon, ami de Oallus, nous en a conservé la relation, p 780.