‹ Histoire du moyen âgeChapitre 48 sur 114 · LES ARABES AVANT MAHOMET · texte numérisé non relu

LES ARABES AVANT MAHOMET

Tcrs les ports du littoral égyptien. A partir de ce moment, la prospérité des Himyarites déclina, et ils finirent par tomber sous la domination des rois voisins de TAbyssinie.

L'Abyssinie, située en face de l'Arabie heureuse, avait été occupée quelques siècles auparavant par une population ■de souche arabe, rejeton des Himyarites : le seul document, mais durable, de cette migration arabe en Afrique, c'est Tancienne langue des Abyssins, le Ohez^ qui a une parenté incontestable avec les dialectes du sud de l'Arabie*. A l'époque mai^édonienne, ce royaume abyssin existait déjà'; il avait pour capitale Axom et un port important, Adulîs, sur la mer Rouge. La civilisation grecque y pénétra par l'intermédiaire de l'Egypte macédonienne et continua à y régner à l'époque romaine. A la suite de la conversion de Constantin, les Abyssins embrassèrent le christianisme, qui leur fut apporté par quelques disciples du grand Athanase, et qui, bien qu'altéré, y règne encore aujourd'hui. Presqu en même temps, un évoque arien, émissaire de l'empereur Constance, répandait sa doctrine chez les Himyarites de l'Arabie. Mais la conversion de ce pays ne fut jamais complète. Il s'y trouvait non seulement des payons, mais une faction de Juifs si puissante qu'ils réussirent à convertir à leur religion l'un des rois, Dunaan (Dhu Nowa), qui suscita contre les chrétiens une sanglante persécution (A"" 523). A l'appel des chrétiens d'Arabie et des ambassadeurs romains de Justin P*", le souverain d'Abyssinie, Elesbaan accourut au secours de ses coreligionnaires, renversa le prince juif et y rendit le pouvoir à des princes chrétiens, mais tributaires ^es Abyssins'.

^) Renan, Histoire des langues sémitiques, DiUmann, Zur Geschichie des Aamm Reiches. Berlin (Ac.) 1878, 1880. in 4«.

*) Lear migration, dont la date est inconnue, est en tout cas antérieure â l'année 115 av. J.-C, qui est le point de départ d'une ère nationale des Âbjssina, découverte récemmonr. : Z, der D. Morgenlûnd, Geseîlschaft. t. 44, •p. 175.

*) Sur cette domination éthiopienne en Arabie, au vi* siôcle, efr George, De j&hiopum imperio in AraJbia felici. Berlin, 1833 ; Glaser, Die AbesHnier 4n Ancien und Aftiha. Munich,

A lautre extrémité de TArabie, sur la lisière nord du désert, on rencontre aussi quelques États organisés dè& l'antiquité : à l'époque macédonienne, on y trouve les Arabes^ Nabatéens, sur la frontière de la Palestine, dans l'ancien territoire des Iduméens, avec Petra pour capitale; ils durent dans la suite reconnaître la suprématie des Romains, qui finirent par faire de ce territoire leur province d'Arabie^. Durant cette domination romaine deux autres royaunaesarabes se formèrent, Tun, le royaume de Gassan, sur la frontière de la Syrie romaine, l'autre, celui de Hira, sur la frontière de la Chaldée persane* : ils furent impliqués, l'un et l'autre, dans la rivalité séculaire entre Persans et Romains, dans laquelle le premier se mit au service des Romains, tandis que le second devint tributaire des rois persans. Le contre-coup de cette rivalité se fit sentir jusque dans le royaume lointain des Himyarites.

En effet Justin ien entreprit de détourner le coiûmerce de la soie, qui était une source de richesses pour les Perses, ses rivaux; ce fut l'objet d'une ambassade qu'il envoya au souverain de l'Abyssinie', dont dépendait alors le sud de l'Arabie, pour le déterminer à ramener dans les ports du golfe Arabique le commerce des Indes, qui se fesait alors par le golfe Persique. Si cette tentative n'eut pas le succès espéré*, il en résulta néanmoins une alliance entre Romains^ et Abyssins, dans laquelle les Himyarites entrèrent malgré

^) Sous TiajaD, en fan 105 de notre ère, date de Vère provinciale d'Arabie Cfr. Kiepeit, AUe Géographie, p. 184.

*) Les historiens arabes rattachent la fondation de ces deux royaumes du nord a la dévastation de Mareb par une catastrophe connue- sous le nom de Seil al Arim ou ruptu7'e des digues, arrivée vers Tan 120. de notre ère. Les restes de ces digues, dont dépendait la fertilité de ce pays, existent encore. L'émigration des habitants n'est pas la conséquence, mais la cause de cette dévastation du pays, laissé à Tabandon. C'est à ces Etats particuliers du Nord de TArabie que fut donné d'abord le nom de Sarrasins, qui date de l'époque romaine (cf. Ammien Marcellin, XIV, 4)» mais qui» au moyen âge, ira s'^étendant à tous les Musulmans.

3) Malalas, chron., p. 456. Il ne reste qu*un fragment de la relation de< Tambassadeur Nonnosos, Corpus hist. Byzant. voL 12.

^) C'est A ces efforts de Justinieo pour s'assurer le commerce de la soie^ qu*il faut attribuer Tintroduction des vers, à âoie en Europe* Supra, p. 1^5*i

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