LBS ARABES AYANT MAHOMET
«ux. Pour secouer cette domination étrangère, ceux-ci firent appel au roi des Perses, Chosroès I*', qui en profita pour envoyer une armée dans le sud de l'Arabie ; il renversa la domination des Abyssins et y substitua celle des Perses {A^ 575), qui durait encore à lavènement de Mahomet.
Toutefois le centre de l'Arabie demeura étranger à ces événements qui se passaient sur ses frontières. La majeure partie de la population y était formée des tribus toujours nomades des Arabes scéniles ou Bédouins. On n'y rencon trait qu'un petit nombre de villes, qui servaient de station aux caravanes. Les principales étaient Yatreb, qui est devenue Médine, Ocadh, importante par ses foires, et la Mecque, célèbre déjà par la Caaba, le sanctuaire national des Arabes, plus célèbre depuis comme berceau de l'islamisme.
Les religions de FArabie.
Avant l'islamisme, il n'y avait pas moins de quatre religions opposées entre elles en Arabie : le christianisme, le judaïsme, le magisme et le sabéisme.Le christianisme régnait déjà partout où la civilisation avait pénétré. Au iv* siècle, il avait été apporté dans le sud de l'Arabie, chez les Himyarites, par un évêque d'origine indienne, Théophile *, envoyé par l'empereur Constant (A** 343). Il est vrai qu'il y apportait en même temps Thérésie arienne, qu'il avait reçue de l'évoque Eusèbe de Nicomédie. Toutefois la vraie foi y prévalut, et les chrétiens de l'Yémen étaient catholiques lors -de la persécution suscitée par le prince juif Dunaan (A° 523). Durant la domination des Abyssins, un évêque, envoyé par le patriarche d'Alexandrie, mais originaire de Milan, Gregentius se signala par son zèle pour la conversion des Juifs : il a laissé un monument de son apostolat dans une sorte de <5ode moral à l'usage des Himyarites, mais écrit en grec*. Lorsque ce royaume tomba dans la dépendance des rois persans, l'hérésie des Nestoriens, si répandue en Perse, s'y
^) Caauin de Percevais cité, I, p. 111.
^ Voir le texte de ce code bizarre dans la Patrologie orbcque, vol. 86»
introduisit aussi. Dans le nord de T Arabie, le christianisme régnait déjà dans les royaumes deGassan et deHira; mais ce fut l'hérésie desJacobitesquiy comptait le plus de sectateurs.
La présence des Juifs en Arabie paraît remonter à leur première dispersion sous Nabuchodonosor. Ils sy multiplièrent à la suite de la ruine de Jérusalem par Titus. D'autres enfin y étaient venus après la destruction de Palmyre, par l'empereur Aurélien. C'était dans les villes commerçantes que ces colonies juives s'étaient établies de préférence. Dans l'Yemen, ils étaient si nombreux qu'ils furent un instant les maîtres du royaume, sous Dunaan, le persécuteur des chrétiens. Au centre de l'Arabie, ils étaient non moins nombreux à Yatreb, où leur attente d'un Messie ne fut pas étrangère au succès de Mahomet.
Tandis que le christianisme régnait sur les frontières, le cœur de l'Arabie était encore plongé dans une idolâtrie grossière, qui avait son siège principal dans la ville de la Mecque. Là se trouvait la Caaba, le temple carré, bâti d'après leur légende par le patriarche Abraham. On y vénérait la pierre noire, censée former le centre de la terre, « pierre qui avait perdu sa blancheur par les péchés des hommes et devait la recouvrer au jugement dernier. » L'astrolâtrie, appelée aussi sabéisme^ était le fond de leur religion. Les Arabes sabéens reconnaissaient sans doute une divinité principale, Allah ou Ilah\ dans laquelle on retrouve le dieu El des Sémites de la Mésopotamie et YElohim des Hébreux. Mais ils lui associaient un grand nombre de divinités locales : chaque tribu, chaque famille avait son dieu tutélaire sous la forme d'idoles, qu on habillait, parfumait et devant lesquelles on se prosternait. On rapporte qu'il n'y avait pas moins de 360 de ces idoles autour de la Caaba, autant que de jours dans l'année. Le culte n'était pas moins grossier. Il comportait des sacrifices humains, surtout d'enfants. La coutume d'exposer les enfants de sexe féminin y était d'ailleurs très répandue. L'une des pratiques princi-
^) De là leur déesse Ayùàr (al ilâhat), mentionnée par Hérodote (I, 131)»
paies de ce culte consistait dans le pèlerinage que Ton fesait chaque année à la Mecque pour faire sept fois le tour de la Caaba et pour en baiser la pierre noire. L'intendance d'un sanctuaire de cette importance, qui était une source de profits pour la ville de la Mecque, ne pouvait manquer de susciter des rivalités : après une dernière lutte, elle avait passée de la tribu des Khozaïtes, dans celle des Coréishites, et c'est de celle-ci que devait sortir le fondateur de l'islamisme.